Ce que savait la Nuit, Arnaldur Indridason.

Couverture Ce que savait la nuit


Synopsis:

Les touristes affluent en Islande et les glaciers reculent lentement. Le cadavre d’un homme d’affaires disparu depuis trente ans émerge du glacier de Langjökull. Son associé de l’époque est de nouveau arrêté et Konrad, policier à la retraite, doit reprendre bien malgré lui une enquête qui a toujours pesé sur sa conscience, en partie sabotée par la négligence d’un policier toujours en service.

Au moment où il pensait vivre sa douleur dans la solitude – le meurtre de son père n’a jamais été élucidé et sa femme vient de mourir d’un cancer –, Konrad doit reprendre ses recherches, malgré les embûches et la haine. Seul le témoignage d’une femme qui vient lui raconter l’histoire de son frère tué par un chauffard et le supplie de trouver ce qui s’est passé pourrait l’aider à avancer…

Ce nouvel enquêteur, jumeau littéraire d’Erlendur, permet à Indridason de développer le spectre de son talent. Konrad est né en ville, il a eu une enfance difficile, il vient de perdre l’amour de sa vie, il est en train de renoncer à lui-même. Arnaldur Indridason se place ici dans la lignée de Simenon, avec la construction d’un environnement social et affectif soigné et captivant. Un beau roman noir sensible aux rebondissements surprenants.


Ce que j’ai ressenti :

  • Tu te rappelleras le souffle de l’elfe…

Quelle joie de pouvoir me replonger dans les eaux froides de l’Islande, et retrouver l’ex-inspecteur Konrad. Je me rappelle l’immense coup de cœur pour Passage des Ombres et j’étais contente que ce nouveau tome soit dans la continuité de la Trilogie des Ombres. Ce personnage est particulièrement touchant, et grâce à cette nouvelle enquête et le cadavre sorti du glacier de Langjökull, j’ai pu retrouver de la magie de mon précédent ressenti, tout en découvrant encore des facettes intéressantes du personnage de Konrad. Les elfes ne sont plus, mais il n’en reste pas moins qu’il y a quelque chose de fascinant à se plonger dans les romans de Arnaldur Indridason.

« -Et dire qu’il y a encore des gens pour douter des effets de l’activité humaine sur le climat, avait déploré le glaciologue dans l’émission matinale. »

  • Tu entendras les vibrations de la Lune.

Arnaldur Indridason m’a encore conquise avec sa plume, un mélange de poésie et de force tranquille. Il conte avec une douce mélancolie, les affres de la culpabilité, tout en déclinant les sonorités des appels silencieux des coupables et des innocents. La Lune, témoin des drames, éclaire d’une douce lumière les pires douleurs. Il y a eu un moment magique avec cette éclipse de lune, qui m’a énormément touchée…De manière posée et efficace, ce roman noir est à la fois un passionnant engrenage d’interrogatoires et une contemplation d’une beauté stupéfiante. Maintenant, je rêve de voir L’Islande au clair de Lune, c’est dire, son pouvoir de persuasion….

« La lune était décrite ainsi dans un poème : elle était la boucle de la nuit. L’antique amie des amants. »

  • Tu diras…Ce que savait la nuit…

La nuit, les secrets sont toujours plus lourds à porter, alors Konrad récolte les confidences, les souffrances, les aveux terribles… Même à 30 ans du drame, les mots ressortent, les souvenirs resurgissent, les ombres reviennent…Les fragments de vies se collent un à un, et doucement le puzzle de ce meurtre sordide, prend forme dans le regard hanté de cet inspecteur à la retraite…Le rouge et le noir s’épousent sur un fond blanc glacé, et c’est magnifique…

« La seule manière de vaincre la mort est de l’accepter. »

Le petit +: La couverture sublime!

 

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Metailie pour leur confiance et l’envoi de ce livre! Ce fut une très belle lecture.

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La transparence du temps, Leonardo Padura.

Couverture Mario Conde, tome 8 : La transparence du temps


Synopsis:

Alors qu’il approche de son 60e anniversaire, Mario Conde broie du noir. Mais le coup de fil d’un ancien camarade de lycée réveille ses vieux instincts.
Au nom de l’amitié (mais aussi contre une somme plus qu’honorable), Bobby le charge de retrouver une mystérieuse statue de la Vierge noire que lui a volée un ex-amant un peu voyou.
Conde s’intéresse alors au milieu des marchands d’art de La Havane, découvre les mensonges et hypocrisies de tous les “gagnants” de l’ouverture cubaine, ainsi que la terrible misère de certains bidonvilles en banlieue, où survit péniblement toute une population de migrants venus de Santiago.
Les cadavres s’accumulent et la Vierge noire s’avère plus puissante que prévu, elle a traversé les siècles et l’Histoire, protégé croisés et corsaires dans les couloirs du temps. Conde, aidé par ses amis, qui lui préparent un festin d’anniversaire somptueux, se retrouve embarqué lui aussi dans un tourbillon historique qui semble répondre à l’autre définition de la révolution : celle qui ramène toujours au même point.

Un voyage éblouissant dans le temps et dans l’histoire porté par un grand roman plein d’humour noir et de mélancolie.


Ce que j’ai ressenti:

  • Un pressentiment …

En lisant La transparence du temps, il y a comme un espace étrange qui s’est ouvert, pour que je puisse me glisser dans les failles de l’Histoire. Une histoire très dense où, il est question des pouvoirs d’une Vierge Noire, d’un Diable qui se promène dans les rues sans chaussures, et des meurtres crapuleux au sein des cercles huppés des collectionneurs. Et là, il m’est venu un pressentiment…L’idée même que j’allais A-DO-RÉ  ce roman… C’était plus que cela même! Une intuition qui s’est vérifiée au fil du temps et de sa transparence… Je me suis imprégnée de ce roman d’une richesse incroyable, et impressionnée par la profondeur et la plume de Leonardo Padura…Et si l’on allait voir en quelques points, comment ce livre m’a immensément touchée par son tourbillon mélancolique et ses couloirs obscurs…

« Il pensa alors qu’il voyait le temps à travers la transparence d’une goutte de pluie accrochée à une branche. Ou en franchissant les années, à travers la transparence cristalline d’une larme qu’un état d’âme altéré mais incoercible avait arraché à ses yeux. » 

  • Un feeling…

Tout d’abord, il y a eu un coup de foudre pour le personnage principal, Mario Conde, ancien flic à la retraite, torturé à l’idée de passer le cap de la soixantaine, féru de littérature et de bon café. Il a une vision idéaliste de l’amitié, donc quand un ancien camarade vient sonner à sa porte, il fonce les yeux fermés dans une enquête dangereuse où les requins ne reculeront devant rien, pour s’approprier la pièce rare…Il paraissait évident que j’allais avoir un attachement immédiat pour cet homme touchant, désintéressé, intelligent et surtout addict à la lecture. On sent dans ce roman, que la dynamique de l’amitié est le moteur de cette intrigue, mais qu’elle est souvent contrariée par les mécanismes aléatoires, tels que les ambitions personnelles, la situation politique, les enjeux économiques…

« -Et tu crois que je devrais changer?
(…)
-Non, ne change pas…Tu es un désastre, mais un désastre plutôt bon. Et comme nous le savons toi et moi: ce qui est bien, mieux vaut ne pas y toucher. » 

  • Une ambiance…

Ce roman a une atmosphère puissante. Entre la situation politique et sociale de La Havane que l’on ressent extrêmement violente et l’Histoire sanglante de la Vierge Noire au cours des siècles, c’est une alchimie des plus intenses qui m’a saisie. La pauvreté, la foi, la convoitise mènent souvent sur des sentiers très sombres…Cette enquête se révèle donc des plus passionnantes grâce à ses sauts dans le temps, qui offre à cette Vierge très particulière, une aura énigmatique. L’auteur a sans doute dû faire un travail de recherches minutieux sur les croisades des Templiers et la guerre civile en Espagne, et le rendu est tel, que cette histoire de statue de la Vierge Noire devient juste fascinante. On craint son pouvoir autant qu’on voudrait qu’il soit réel…Et forcément, les personnages à son contact, sont subjugués et pourraient jusqu’à, tuer pour Elle.

« L’Histoire prouvait, disait-il, que rien ne s’était jamais amélioré; que les fondamentalismes, l’arrogance, le goût du pouvoir et les innombrables stratégies utilisés par les uns pour tromper, exploiter, gouverner et, par définition, pourrir la vie des autres, étaient des attitudes omniprésentes depuis l’âge des cavernes. » 

  • Un voyage…

Par sa qualité et cette plume immersive, j’ai voyagé dans les temps, sur d’autres continents, et j’ai même redécouvert  un peu l’histoire de ma ville: Marseille. Et ça, c’est juste stupéfiant! Leonardo Padura m’a bluffée pendant ses 400 pages, avec sa sensibilité et son talent, pour me faire ressentir les turbulences du temps, mais en capturer aussi, toute sa magnificence. Mes passages préférés de ce livre sont ceux, avec Antoni Barral, personnage mystérieux, qui m’a littéralement envoûtée dans ses réflexions et ses incursions dans le temps. Ils resteront un de mes meilleurs moments de lecture. Il y a un mélange de mystères, de réflexions philosophiques et d’Histoire qui s’entremêlent, et qui m’ont passionnée.

C’était à la fois douloureux et réconfortant. Dévastateur et instructif. Ce désastre était aussi -ou surtout?- la vie.

  • La poésie…

Et forcément, la crème de la crème, après tous ces excellents points de plaisir, il y a La Poésie. Leonardo Padura ajoute des touches de magie au cœur de ses pages. Des moments exquis de lecture où on se laisse glisser entre imaginaire et légendes, passé et présent troubles, mélancolie et tendresse…Un grand moment de lecture!

« Conde avait des réactions inédites et stupéfiantes. Il avait éprouvé la plus inquiétante de toutes la nuit où il s’était retrouvé face à face avec le diable. Il avait même senti son odeur. » 

  • Coup de coeur! ❤ 

 

 

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Metailié de leur confiance et l’envoi de ce livre. Ce fut une lecture fascinante.

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La fille du cryptographe, Pablo de Santis.


Synopsis: 

Miguel Dorey est atteint d’un défaut d’audition qui l’amène à mettre en doute la réalité de ce qu’il entend. Il est obsédé par les langages secrets des civilisations oubliées tout autant que par les codes de l’espionnage. Avec ses camarades du cours du professeur Colina Ross, il fonde un Cercle des cryptographes qui gagne une petite réputation internationale. 
L’agitation étudiante de 1968 va permettre à Miguel de rencontrer Eleonora, une jeune fille pleine de secrets. Mais l’instauration de la dictature dans les années 70 et l’irruption de Victor Crámer, un vieil ennemi du professeur, transforment le paisible Cercle en une organisation proche de la lutte armée qui finira par tomber aux mains des militaires. 
Emprisonnés, isolés du monde, les étudiants sont chargés de déchiffrer tous les écrits confisqués par l’armée, et Miguel découvre des secrets qu’il doit cacher. 
Pour la première fois Pablo de Santis crée un monde ancré dans une époque historique, bien réelle, où son héros lunaire finit par agir sur la vraie vie. Une trame solide et dense nous raconte de façon magistrale le climat sombre, les amours complexes de Miguel et Eleonora, la rivalité, le soupçon et la délation.


Ce que j’ai ressenti:

 

  • Fallait-il être sourd pour entendre les secrets?

Doté d’un don, plus qu’un handicap, Miguel Dorey est un passionné de cryptologie, tellement obnubilé par les mondes enfouis, les mots perdus, les messages cachés, qu’il prend la décision de créer un groupe, Le Cercle des Cryptographes. Un cercle d’intellectuels où les rivalités font rage, où les secrets font et défont l’énergie de cohésion. Et en plus, la beauté et le mystère de La fille du cryptographe vont emmener les membres les plus investis sur des chemins de traverse obscurs…Entre amitiés opportunistes et jalousies dissimulées, la magie des secrets n’aura jamais autant briller…

« La cryptographie nous intéresse parce que nous ne savons pas ce que pensent ceux qui nous entourent et parce que souvent nous ne savons pas ce que nous même nous pensons. »

  • Fallait-il être fasciné pour s’y entendre en cryptographie?

Chercher les lettres, deviner les mots, inventer les codes…Une activité qui peut susciter tellement de convoitise en temps trouble…Pablo de Santis nous embarque en Argentine, aux frontières d’une dictature et d’une révolution naissante, et place son petit groupe de passionnés au centre de toutes les attentions. Des services secrets à la politique, ils veulent tous exploiter, leurs talents…Mais jusqu’où peut-on aller en temps de crise? Et les décryptages ont-ils la même valeur? Jusqu’à quel point un secret peut t-il hanter? Autant de questions, qui laissera à Miguel, un curieux goût de sel…

(…) mais la vie est si prolixe et si changeante que ce qui n’était pas continûment présent s’évaporait dans l’air.

  • Fallait-il être subjugué pour adorer La fille du cryptographe? 

Ceci est une lecture des plus intéressantes, une lecture qu’il faut apprécier, lire et relire pour en saisir toute la symbolique cachée. Prendre des notes, relever toutes les citations, faire des recherches personnelles sur le contexte, se laisser prendre aux jeux des secrets, cela fait deux semaines, que je l’ai fini, et  je n’arrivais pas à quitter cet univers, pour justement en saisir toute l’essence…Tellement riche qu’une première lecture ne peut suffire, il faut extraire le sens premier pour deviner la portée, plus intense, de cette intrigue…C’est rare quand un livre fait ce genre d’impression forte…Alors, j’ai apprécié ce moment…Subjuguée, par l’évanescence de La fille du cryptographe.

Il n’y a pas de message secret dans cette affirmation: Initiez-vous à la cryptographie, lisez cette nouveauté Metailié!

« La folie, c’est poursuivre dans le temps ce qui n’a plus la moindre suite. »

 

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement Camille ainsi que les éditions Métailié pour l’envoi de ce livre!

 

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Sympathie pour le démon, Bernardo Carvalho.


Synopsis: 

Ma vie s’est terminée il y a trois ans, à la veille de mes 53 ans, dans l’entrée d’un théâtre, à Berlin. Du moins, c’est là que j’ai commencé à mourir.” Murmurée à l’oreille d’un homme bardé d’explosifs, dans une chambre d’hôtel juste après un attentat à la bombe, cette phrase donne une idée de la tension qui tisse ce roman du début à la fin.

Envoyé au Moyen-Orient dans une zone de combat pour transporter la rançon d’un mystérieux otage, le Rat affronte les conséquences d’une crise déclenchée par une relation amoureuse destructrice. À la limite de la folie, mais raisonnant avec une rage froide, il essaye de comprendre ce qui a fait de lui la proie d’un amant toxique qui a transformé la soumission en puissante arme de guerre.

Une analyse impressionnante du mal, du pouvoir et du désir.


Ce que j’ai ressenti:

  • Et au milieu des décombres, le chaos…

Il s’ouvre comme cela ce roman, sur un champ de ruines, mais juste devant nous, un homme se tient encore debout…Pour autant, que durera ce moment…Un instant T où un Rat, se retrouve dans une mission suicide au fin fond d’une chambre sordide au Moyen-Orient. Un arrêt sur image de chaos avec un dôme de raisons obscures qui entoure cet homme brisé, à l’instar de cette vision de destruction…Bernardo Carvalho a concoctée une petite bombe littéraire d’une telle énergie violente qu’elle en devient juste fascinante. Attention, on en prend plein les yeux, l’écriture y est dure et sans artifices, mais les feux sont bel et bien là!  Cette lecture dynamite nos coeurs et nos têtes, parce que l’on touche de si près, le Mal, dans toute sa splendeur. Une attirance si destructrice…

L’illusion donne la force de continuer à vivre, pour aussi terrible que soit la vie.

  • …Trio infernal…

Bernardo Carvalho explore toutes les dynamiques qui anéantisse un homme. D’un triangle amoureux masculin, à une mission secrète en terre brûlée, en passant par cette tendance à la folie furieuse, on frôle tous les cercles vicieux des passions qui animent le coeur des hommes. Tant de séduction autour de la violence, tant de toxique autour de l’amour, que Sympathie pour le démon donne le vertige, le vertige des grandes émotions…Le lecteur devra trouver son interprétation face à la perdition, sa voie au milieu de ce fatras de mensonges, tenter de marcher sur les lignes d’ondes négatives sans se brûler aux flammes de l’enfer, se confronter à l’haleine fétide du diable…Lui résister.

« Pourquoi il y a tant de gens qui s’aiment? « 
« Pourquoi? » dit-il en souriant. je ne sais pas, parce que c’est bon, parce que ça fait du bien. »
« C’est tout? »
« Tu trouves que c’est peu? »

  • La passion brute.

Difficile de rester de marbre face à ces moments aussi intenses. Brut. Violent. Explosif. C’est ce que j’aime dans la littérature sud américaine, cette puissance dans les sentiments, l’énergie folle qui passe dans leurs mots, l’ampleur ravageuse que l’on devine derrière les lignes. Je suis bluffée. Même refermé, ce livre il continue de brûler sous les braises de son trop plein de passions. Je viens de me prendre un uppercut, mais là, tout de suite, ce que je voudrais , c’est lire le prochain et les précédents livres de cet auteur, car c’est impressionnant comme Bernardo Carvalho a cette façon très particulière de raconter avec autant perspicacité, la rage de vivre et sa compagne si sympathique, la fatalité de la mort…

Avant le déclic du détonateur, précipitez-vous vers cette lecture!

Alors, la mort ne meurt jamais? »

 

 

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement Camille ainsi que les éditions Métailié de leur confiance. Ce fut une lecture explosive!

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Manuel de survie à l’usage des jeunes filles, Mick Kitson


Synopsis: 

Que font deux gamines en plein hiver dans une des plus sauvages forêts des Highlands, à des kilomètres de la première ville ?

Sal a préparé leur fuite pendant plus d’un an, acheté une boussole, un couteau de chasse et une trousse de premiers secours sur Amazon, étudié le Guide de survie des forces spéciales et fait des recherches sur YouTube. Elle sait construire un abri et allumer un feu, chasser à la carabine. Elle est capable de tout pour protéger Peppa, sa petite sœur.

Dans le silence et la beauté absolue des Highlands, Sal raconte, elle parle de leur mère désarmée devant la vie, de Robert le salaud, de la tendresse de la sorcière attirée par l’odeur du feu de bois, mais surtout de son amour extraordinaire pour cette sœur rigolote qui aime les gros mots et faire la course avec les lapins.

Un premier roman passionnant et tendre, qui parle de survie, de rédemption, et des vertus régénérantes de la nature. Une vraie réussite.


Ce que j’ai ressenti:

  • Des jeunes filles attendrissantes…

En plein coeur des Highlands, il se peut que vous entendiez une réminiscence d’écho de rires de jeunes filles, parce qu’une fois, que vous aurez découvert cette lecture, il est quasi certain que ces deux personnages vont continuer de hanter vos esprits. Elle s’appelle Sal, Salmarina Brown, elle a treize ans et un caractère bien trempé doublé d’une intelligence supérieure à la moyenne. C’est la grande soeur de Peppa, Paula Brown, dix ans, avec peut être un caractère encore plus pétillant et une langue bien pendue aux accents impétueux. Deux gamines, vivant au milieu des bois, à l’assaut de leurs aventures et qui tente de survivre dans le froid…Parce que la vie ne les a pas épargnées, elles se retrouvent à fuir leur quotidien cauchemardesque, mais elles n’ont rien perdu de leur malice. Alors on les regarde, ses deux enfants, avec de la tendresse au fond des yeux…

« Tu es magique Sal. »p168

« On n’oublie pas Peppa. » p217

  • …Mais qui, ne s’en laisse pas conter…

Mick Kitson a réussi à créer deux fillettes éblouissantes, sans doute pour illuminer le cadre bien noir dans lequel, elles évoluent entre violence et alcoolisme. Derrière les enfantillages, il y a une réalité difficile à vivre, à encaisser, à comprendre. Sal prend les rennes de sa vie et le destin de sa petite soeur, et devient une petite guerrière, débrouillarde et alerte, pour préserver ce qu’il leur reste d’innocence….Quand peu à peu, on découvre leur environnement familial, nos cœurs se serrent…Pourtant, à force de vidéos instructives, de lectures évasion et de respect envers la nature, le moment si délicat du passage de l’enfance à l’âge adulte se passe tout en douceur, presque sans fêlure irréversible…Elles sont fortes Sal-N-Peppa , avec un couteau et un Manuel de survie, elles trouvent la force intérieure de se construire un nouvel abri, un nouvel avenir, un petit éden…

« Et je croyais que ça marcherait parce que quand on croit que quelque chose va se produire alors ça se produit donc il faut faire attention à ce qu’on croit qu’il va se produire. »

  • …Bien cachées, au fin fond des bois…

J’ai particulièrement aimé que l’histoire se déroule en forêt et apprécié, que l’auteur ai saisi tout l’émerveillement des enfants devant la nature:  leur curiosité exacerbée par la faune et la flore en perpétuel mouvement, la force de leurs silences face à l’immensité, leurs colères éphémères devant les accrocs imprévus, l’amour naissant pour la Déesse Mère…Mick Kitson explore à sa manière et avec beaucoup de sensibilité, le Nature Writing dans son premier roman, et c’est plutôt époustouflant!

« En fait l’ensemble de la nature est la Déesse Mère elle-même et c’est elle qui crée et qui soigne toute forme de vie. » 

 

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement Camille et les éditions Metailié pour l’envoi de ce livre. Ce fut une bien jolie lecture.

 

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Le bruit du dégel, John Burnside.

Couverture Le bruit du dégel


Synopsis: 

Kate, étudiante à la dérive, fait des « enquêtes » cinématographiques dans les rues désertées des banlieues pavillonnaires. Son père vient de mourir brutalement et elle noie son chagrin dans la défonce. Au cours d’une de ses déambulations, elle rencontre Jean, une vieille dame en pleine forme qui coupe son bois et prépare des thés délicats. Jean propose un étrange marché : elle veut bien raconter ses histoires, mais à condition que Kate cesse de boire.
Tandis que Jean déroule le mirage du rêve américain et règle ses comptes avec quelques fantômes, Viêtnam, guerre froide, mouvements contestataires, Kate affronte enfin son deuil impossible et retrouve une place dans le monde.
Avec sa prose magnétique et tendre, John Burnside rend le monde aux vivants et rappelle que seules les histoires nous sauvent.


Ce que j’ai ressenti:

  • Etre sauvée par des histoires…

Kate, jeune femme en pleine étude cinéaste, est en souffrance, perdue dans un brouillard alcoolisé, à la dérive même de sa propre vie…Et un jour, elle rencontre Jean Culver une vielle dame, un peu singulière….Dans un échange implicite, elles décident de se voir plus régulièrement. L’une et l’autre, se sauvant grâce à leurs histoires et une bonne dose de chaleur…Que c’est joli de voir naître une amitié aussi désintéressée avec ces deux femmes si solitaires…

John Burnside a un pouvoir magique: c’est un conteur hors pair, il nous raconte la vie dans toutes ses contradictions, sa beauté et ses horreurs, avec une pointe de philosophie positive…Toute en quiétude, et autour de boissons chaudes réconfortantes, il nous crée une atmosphère suave où deux femmes, de générations et destins différents, se lancent à l’assaut de leurs souvenirs…C’est d’une douceur exquise d’avoir à contempler un peu de ce temps suspendu, et apprécier leurs échanges faits de tendresse et d’empathie.

« Il me semblait comprendre. Premier et second amours. Et derniers amours, sans espoir. Tout ça, c’était de l’amour en fin de compte. »

  • …Dans les strates de souvenirs…

On traverse par les sillons de la mémoire de Jean, tout un pan d’Histoire américaine où la guerre et ses aléas ont fait des ravages, tandis que dans ceux de Kate, on frôle toutes les inquiétudes de la jeune génération, complètement anéantie d’aspirations…Un tissage de liens et d’expériences personnelles qui mêlent Passé et Présent, chacune devenant un réceptacle d’émotions vives, mais dans leur entente tacite, toujours cet élan commun, d’espoir, ce rêve de futur meilleur…Hantées toutes deux, par des fantômes, elles vont danser, rire, pleurer, partager autour de ses restes de peines dans une ambiance cocooning tout en savourant des douceurs sucrées. Les résidus de ses douleurs, en ont fait des femmes fortes mais fragiles, solitaires mais aimantes, merveilleuses mais écorchées à jamais…

« Les seuls fantômes qui reviennent hanter leur ancien monde sont les esquintés et les malfaisants. »

  • …Par une force tranquille…

John Burnside a une plume sensible et poétique, où l’on ressent une sagesse apaisante. Il a réussi à me captiver dans toutes les nuances de calme et d’ondes de bonheur à saisir, avant l’inévitable… Il se dégage comme une force tranquille dans ce roman, de se recentrer sur l’essentiel pour mieux apprécier, dans un silence, le bruit du dégel et les plaisirs simples de la vie. En somme, juste se poser, écouter, apprendre des anciens, boire un thé chaud, Faire des beignets et fendre du bois, comme ligne de conduite. J’ai adoré cette lecture parce qu’elle se joue du temps, de nos tourments, de nos peurs enfouies, alors qu’il est si facile de se faire chauffer un peu d’eau, y jeter un sachet d’herbes aromatiques et de lire, un bon livre…

Un bon livre comme, Le bruit du dégel de John Burnside, fraîchement sorti pour la rentrée littéraire 2018…

 

« Quand on entrevoit l’ailleurs, même brièvement, personne ne pourrait nous tenir rigueur de penser que le bonheur et le temps sont une seule et même chose. »

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

 

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement Camille et les éditions Metailié pour l’envoi de ce livre! Ce fut une lecture enrichissante.

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Noli me tangere Ne me touche pas, Andrea Camilleri

Pourquoi je l’ai choisi:

J’ai adoré cette couverture! Elle est très réussie, et attire le regard. Je craque souvent sur les couvertures à dominante rouge…

Synopsis:

« Je suis fille du vent et du désert. Et cette rose ne mourra jamais. »

Laura, belle et brillante épouse d’un grand écrivain, disparaît alors qu’elle était sur le point de finir son premier roman. Son mari s’inquiète, la presse s’emballe et toute une ribambelle d’amants en profitent pour dire tout le mal qu’ils pensent d’elle.

Mais Laura est-elle cette séductrice cruelle et sans cervelle, cette femme calculatrice et superficielle, ce monstre d’égoïsme que décrivent ses amants ? Ou bien un être tourmenté et absolu, avide de spiritualité, chroniquement affligé de crises de mélancolie, de ghibli, comme elle dit, qui l’obligent à se retrancher du monde et des hommes ?

Le subtil commissaire Maurizi mène une enquête discrète sur les traces d’une femme mystérieuse, fascinée par la fresque de Fra Angelico, Noli me tangere, qui a magistralement orchestré sa propre disparition.

Construit comme un kaléidoscope de dialogues, articles, lettres qui tentent tour à tour d’approcher l’insaisissable Laura, ce court roman est un formidable hommage à une femme libre et à la possibilité qu’a tout un chacun de se réinventer radicalement.

Ce que j’ai ressenti:…Quand le ghibli t’emporte…

Tu sais pourquoi le ghibli souffle sur toi? Parce que c’est toi, le désert. 

  • J’ai aimé ce roman parce qu’il est insaisissable, tout comme son personnage principal Laura…Elle tourbillonne dans le vent, voltige d’hommes en hommes, tournoie dans les musées, se couche avec le ghibli…Ô Laura, comme tu les as fait tourner les cœurs et les têtes, Ô Laura, comme tu les as rendu tous fous de toi, mais ô combien, ils ne t’ont jamais comprise…Parce que tu es une personne complexe, Laura, un de mes plus jolies rencontres féminines littéraires… Raffinée, séductrice, légère, belle, étrange, disparue, souriante, présente, sensuelle, apathique, aimante, intelligente, sensible, cruelle, indifférente, intéressée, Noli me tangere…Mais tout cela, les hommes ne le saisissent pas, alors ils parlent de toi avec véhémence ou douceur, violence ou candeur, mais toi Laura, tu vis dans l’air du temps, tu es même carrément le vent du désert, s’infiltrant entre les lignes que ses personnes ont écrites, en pensant à toi…Ô Fascinante Laura…

« Je suis fille du vent et du désert. Et cette rose ne mourra jamais. »

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  • En partant à la découverte de cette femme et de son inquiétante disparition, nous partons aussi au cœur de l’Art et des villes européennes…Un voyage initiatique pour comprendre les œuvres qui ont inspiré plus d’un artiste, autour d’une scène mythique de la Bible, Noli Me tangere. L’auteur a su créer une sorte d’affinité énigmatique entre Laura et la fresque de Fra Angelico, qui renforce le mystère de ce petit roman épistolaire. Entre intuition et étude, cette virée soufflée au plus près de la peinture, s’avère des plus intéressantes à découvrir en toile de fond pieuse, et forcément une envie de petit détour culturel se lève de cette plume esquissée par un auteur passionné…

 

  • Parce qu’il a cette aura impalpable, parce qu’il a aussi une forme et une originalité tellement mystérieuse, ce Noli me tangere/ Ne me touche pas de Andrea Camilleri m’a captivée tout en gardant, ses petits secrets…Et c’est ce qui fait tout son charme: ce souffle insaisissable et ses tourments fascinants…

« Ce qui est, à bien y penser, une forme d’absolu. » 

 

Ma note Plaisir de Lecture  8/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Metailié de leur confiance et pour l’envoi de ce livre!

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Passage des ombres, Arnaldur Indridason

 

Synopsis:

Un vieil homme solitaire est retrouvé mort dans son lit. Il semble avoir été étouffé sous son oreiller. Dans ses tiroirs, des coupures de presse sur la découverte du corps d’une jeune couturière dans le passage des Ombres en 1944, pendant l’occupation américaine.

Pourquoi cet ancien crime refait-il surface après tout ce temps ? La police a-t-elle arrêté un innocent ?

Soixante ans plus tard, l’ex-inspecteur Konrad décide de mener une double enquête. Jumeau littéraire d’Erlendur, il a grandi en ville, dans ce quartier des Ombres si mal famé, avec un père escroc, vraie brute et faux spirite. Il découvre que l’Islande de la « situation » n’est pas tendre avec les jeunes filles, trompées, abusées, abandonnées, à qui on souffle parfois, une fois l’affaire consommée, « tu diras que c’était les elfes ».

Un polar prenant qui mêle avec brio deux époques et deux enquêtes dans un vertigineux jeu de miroirs. Où l’on découvre que les elfes n’ont peut-être pas tous les torts et que les fééries islandaises ont bon dos…

 

Ce que j’ai ressenti:…Le souffle des elfes…

Et dans la bise glaciale, un elfe m’a soufflé
Les secrets de l’Islande, et ses contes populaires…
Il m’a raconté ses jeunes filles téméraires
Qui se mettent dans la situation, et après,
Divaguent, se laissent bercer de légendes insulaires
En perdant d’elles-même, au détour d’une aire…

Et dans le froid hivernal, un elfe m’a soufflé
L’horreur des passages hantés par des drames violents
Les tables et les vautours qui tournent inlassablement
Autour de la peine et des disparitions éhontées…
Il m’a parlé de destins brisés, il a plus de 65 ans,
Et de la culpabilité qui s’enracine dans le temps…

Et dans cette nature hostile, un elfe m’a soufflé
La puissance des liens du sang, l’odeur ferreuse
Qui suinte de ses histoires de Guerre désastreuses…
Il m’a conté dans les coulisses d’un Théâtre abandonné
Que les musiques des orgues basaltiques, fiévreuses,
Résonnaient de concert, avec les plaintes des malheureuses…

Tu diras que c’était les elfes qui t’ont soufflé
De te précipiter sur ce polar islandais…
Le Passage des Ombres s’ouvre sur deux enquêtes noires
Mais où, la féerie s’immisce et laisse croire
Que les phénomènes surnaturels sont de la partie…
Tu diras que c’était les elfes qui t’ont soufflé
Qu’il y a eu un coup de cœur chez la fée!

 

 

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement Camille ainsi que les éditions Métailié de leur confiance et l’envoi de ce livre! Ce fût une lecture féerique!

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Ayacucho, Alfredo Pita

Couverture Ayacucho

 

Synopsis:

Dans l’air pur des montagnes d’Ayacucho règne une odeur de mort. Pourtant, quand Vicente Blanco, reporter espagnol, débarque dans la ville andine pour enquêter sur le Sentier lumineux, il ne voit rien. Les militaires paradent, l’archevêque Crispin joue au basket, les habitants se taisent, les “subversifs” se cachent. Pas de scènes tragiques, pas de barricades, pas de combats. Tout juste, parfois, quelques bruits de balles. Avec deux journalistes locaux qui deviennent vite des amis, Vicente découvre lentement l’horreur de cette guerre sourde et silencieuse, qui dans les campagnes alentour prend les populations en otage. À force de courage et d’investigations, ils ont la preuve que l’armée a trouvé une méthode pour faire disparaître les corps.
Mais la vérité peut s’avérer dangereuse, et les journalistes sont des cibles à abattre. Dans une prose visuelle et lyrique, avec un sens de la narration extraordinaire, Alfredo Pita raconte magistralement cette guerre sale, et rend un hommage vibrant à ses victimes, anonymes ou non. “Le” roman de la violence péruvienne des années 80 et 90.

Ce que j’ai ressenti:

Depuis le commencement de la répression, contre le Sentier Lumineux, l’armée a fait disparaître les gens, mais au début ils n’étaient que quelques-uns et on pouvait les identifier. 

Si seulement vous pouviez voir mon exemplaire de Ayacucho, rien qu’à l’oeil nu, vous pourriez voir que ce livre ne m’a pas laissée indifférente…C’est très souvent le cas avec les lectures de la collection Metailié, et quand je le feuillette une énième fois pour écrire cette chronique, je le vois maintes fois corné ( c’est quand un passage me bouleverse…), des phrases sont surlignés en fluo (c’est quand la poésie s’y glisse), et puis, il y a toutes les recherches en post-it que j’ai faites pour mieux m’imprégner de l’ambiance du livre…Oui si seulement, vous pourriez voir tout cela, il a vécu ce livre: en couleurs et plissage, en émerveillement et émotions…Ce n’est pas une lecture qui laisse indemne: il m’a fait prendre conscience, que dans le monde, il y a des lieux maudits et Ayacucho porte bien son nom: Le Recoin des Morts…

« Mais quand je voyage, je retrouve la liberté et mon vice de toujours, le papier, les crayons, l’encre. »

Le talent d’un auteur se déniche dans les détails. Alfredo Pita en étant journaliste, écrivain et poète nous dévoile dans une prose magnifique et bouleversante, tout un contexte historique, politique et social au Pérou: il a l’art et la manière d’utiliser les mots qui parle au coeur, de suggérer plutôt que de heurter,  de dépeindre avec une beauté sensitive, les malheurs d’une population. Une plume à l’image de la violence péruvienne: dissimulée à un oeil non averti, il en reste pourtant l’odeur, encore plus intrusive… Le cadre de vie de Ayacucho est irrespirable, les horreurs bien dissimulées aux regards d’autrui, et ce qui est encore pire, car c’est dans l’ombre que les monstres se révèlent, les plus cruels…En créant son personnage de Vicente Blanco et ses deux acolytes un peu téméraires Luis et Max, Alfredo Pita lance son intrigue dans une enquête journalistique pour comprendre les massacres qui s’y déroulent, pour rendre justice aux victimes de ses pairs tués à Uchuraccay, mais surtout pour faire enfin la lumière, sur ces milliers d’anonymes, disparus dans le néant…Une enquête qu’on ressent comme une urgence, au péril de leurs vies, avec toutes les menaces sourdes ou énoncées…La tension dans ses lignes est oppressante, et pourtant, l’auteur arrive à nous atteindre avec de la douceur et de la poésie…

« Tout au long de l’histoire du Pérou la vie d’un indien n’a jamais rien valu. Elle n’est bonne qu’à arroser la terre des autres de sueur et de sang. Et je ne parle pas de ses larmes parce qu’il y a longtemps qu’il n’en a plus! »

Je ne croyais plus jamais revoir écrit, et surtout dans l’actualité des années 80, les mots tels que « Camps d’extermination ». Mes yeux se sont brouillés… Comme j’ai été naïve de croire que l’Histoire aiderai les Hommes à ne pas reproduire les horreurs du passé… Ayacucho, théâtre macabre et lieux de perdition pour tous ses habitants, victimes d’une guerre silencieuse entre la folie terroriste du Sentier Lumineux, l’Etat Péruvien et quelques arrangements flous avec l’Eglise: un cocktail détonnant qui a vu mourir des milliers d’innocents dans les hauteurs andines…Voilà pourquoi cette lecture, restera longtemps dans mon esprit, parce que tout le contexte est réel dans cette fiction, et qu’on ne peut décidément pas rester de marbre devant de telles souffrances…C’est d’abord un coup au coeur, avant d’affirmer que c’est un coup de coeur. Une histoire qui mérite de sortir des sombres sentiers, où la cruauté a cru agir impunément. Un livre magnifique pour ne pas oublier cette tragédie ignoble…

« Alors la logique s’impose: ce qui est invisible n’existe pas,et s’il arrive quelque chose à ce qui n’existe pas, aussi dramatique que cela soit, quelle importance. » 

Meilleurs moments du livre:

  • Vous savez, maintenant ma passion pour l’auteur Santiago Gamboa, alors quand Alfredo Pita lui fait des clins d’oeil, et danse jusqu’au bout de la nuit, à ses côtes, je me serai bien vu à cette soirée…
  • Au fur et à mesure de mes découvertes, je me rends compte que j’adore la littérature de l’Amérique Latine, ces auteurs ont le don de me bouleverser, Alfredo Pita a su me toucher par sa plume et à l’intérieur de ses pages, il fait révérence à des auteurs et des poètes que j’ai bien hâte de mettre dans ma PAL, s’ils sont aussi doués que ces deux là.
  • Et une des citations les plus belles, comme un conseil:

    « Tu sais Vincente, ne crois pas ce que les gens te disent, (…), et lis beaucoup, ne t’arrête jamais de lire, il n’y a pas de meilleure antidote à la bêtise humaine que de lire de tout pour essayer de se faire une idée, m’a-t-il dit en guise d’au revoir. 

« Père, protégez ces hommes qui cherchent la vérité et défendent leur prochain. »

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement, les éditions Metailié de leur confiance et pour l’envoi de ce livre. Ce fût une lecture bouleversante!

lu-en-part-avec-la-me

 

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Le temps des hyènes, Carlo Lucarelli.

Le temps des hyènes par Lucarelli

Pourquoi je l’ai choisi:

Principalement pour en savoir plus sur l’histoire italienne, et puis, le voyage vers d’autres contrées…

Synopsis:

Une épidémie de suicides s’empare de la colonie italienne d’Érythrée : le sort des indigènes n’intéresse guère, mais quand on découvre le corps du marquis Sperandio, propriétaire des terres et pionnier enthousiaste, pendu au plus haut sycomore d’Afelba, les autorités s’émeuvent. Aussitôt le capitaine des carabiniers royaux Colaprico et Ogbà, son Sherlock Holmes abyssin, accourent. Nos deux enquêteurs s’égarent dans des fausses pistes à dos de mulet, du port de Massaoua aux hauts plateaux d’Asmara : il faudra bien scruter la terre rouge. Une vieille sorcière, un étrange chien féroce, une princesse noire, d’anciennes amitiés, deux sales types qui cachent bien leur jeu et des métaphores à base de piment viennent épaissir le mystère. Les agioteurs mafieux ne sont pas loin, le temps des hyènes a commencé. Cupidité des colons, hostilité des soldats, racisme crasse font de ce court polar un petit bijou du genre, drôle, efficace et diablement sensuel. Il n’y manque ni le recours aux langues locales de la corne de l’Afrique et de la botte italienne, ni la morale finale comme on l’aime. Une réussite. 

Ce que j’ai ressenti:… L’étrange sensation de Aini berberè zeb’hi

-Le temps des rêves est fini, murmura-t-il, maintenant c’est le temps des hyènes. 

Le temps des hyènes, c’est un temps de violences qui se cache au pied d’un sycomore…Sous une chaleur étouffante, des vies brisées, des morceaux d’Histoire,des tessons de légendes, des crocs sauvages, des débris de poussières de rêves…Un polar mosaïque aux couleurs chaudes: des pièces de faïences rougies de sang vengeurs, d’autres de couleurs d’or floues, certaines de terres pimentées…Et en fond sonore, un rire carnassier…

Nos deux enquêteurs auront bien du mal à lever le voile sur cette vague de mystères qui entourent ses suicides, mais un peu de génie de Sherlock Holmes semble habiter instinctivement l’un des deux alors, à force de détails et de situations incongrues, tous les petits secrets enfouis dans la terre rouge vont prendre forme dans ce patchwork de cupidité. On se plaît à suivre ce duo improbable, qui dans leur différences, ont toujours au fond des yeux, une marque de respect et la même envie de résoudre les équations que la mafia dissimule dans les sombres recoins…

Il n’y a rien de plus trompeur que l’évidence. 

Dans cette lecture, j’ai aimé l’authenticité. Ce mélange des langues et des expressions non traduit, cette effervescence bouillonnante du choc des cultures, la ronde des mots aux consonances d’ailleurs…Une bonne rasade savoureuse de chianti italien ainsi qu’un mélange de dialecte africain pimenté qui relève le roman noir de Carlo Lucarelli, pour mieux nous raconter les failles d’une colonisation sur les bords de l’Érythrée. Rien n’est évident dans ses relations entre les deux nationalités, mais l’auteur nous le fait ressentir avec une ardeur passionnée et teintée d’une touche de magie noire ensorcelante…

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement Camille ainsi que les éditions Métailié pour l’envoi de ce livre! Ce fût une lecture envoûtante…

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En Féérie, il brille quelques poussières…

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