Le temps des hyènes, Carlo Lucarelli.

Le temps des hyènes par Lucarelli

Pourquoi je l’ai choisi:

Principalement pour en savoir plus sur l’histoire italienne, et puis, le voyage vers d’autres contrées…

Synopsis:

Une épidémie de suicides s’empare de la colonie italienne d’Érythrée : le sort des indigènes n’intéresse guère, mais quand on découvre le corps du marquis Sperandio, propriétaire des terres et pionnier enthousiaste, pendu au plus haut sycomore d’Afelba, les autorités s’émeuvent. Aussitôt le capitaine des carabiniers royaux Colaprico et Ogbà, son Sherlock Holmes abyssin, accourent. Nos deux enquêteurs s’égarent dans des fausses pistes à dos de mulet, du port de Massaoua aux hauts plateaux d’Asmara : il faudra bien scruter la terre rouge. Une vieille sorcière, un étrange chien féroce, une princesse noire, d’anciennes amitiés, deux sales types qui cachent bien leur jeu et des métaphores à base de piment viennent épaissir le mystère. Les agioteurs mafieux ne sont pas loin, le temps des hyènes a commencé. Cupidité des colons, hostilité des soldats, racisme crasse font de ce court polar un petit bijou du genre, drôle, efficace et diablement sensuel. Il n’y manque ni le recours aux langues locales de la corne de l’Afrique et de la botte italienne, ni la morale finale comme on l’aime. Une réussite. 

Ce que j’ai ressenti:… L’étrange sensation de Aini berberè zeb’hi

-Le temps des rêves est fini, murmura-t-il, maintenant c’est le temps des hyènes. 

Le temps des hyènes, c’est un temps de violences qui se cache au pied d’un sycomore…Sous une chaleur étouffante, des vies brisées, des morceaux d’Histoire,des tessons de légendes, des crocs sauvages, des débris de poussières de rêves…Un polar mosaïque aux couleurs chaudes: des pièces de faïences rougies de sang vengeurs, d’autres de couleurs d’or floues, certaines de terres pimentées…Et en fond sonore, un rire carnassier…

Nos deux enquêteurs auront bien du mal à lever le voile sur cette vague de mystères qui entourent ses suicides, mais un peu de génie de Sherlock Holmes semble habiter instinctivement l’un des deux alors, à force de détails et de situations incongrues, tous les petits secrets enfouis dans la terre rouge vont prendre forme dans ce patchwork de cupidité. On se plaît à suivre ce duo improbable, qui dans leur différences, ont toujours au fond des yeux, une marque de respect et la même envie de résoudre les équations que la mafia dissimule dans les sombres recoins…

Il n’y a rien de plus trompeur que l’évidence. 

Dans cette lecture, j’ai aimé l’authenticité. Ce mélange des langues et des expressions non traduit, cette effervescence bouillonnante du choc des cultures, la ronde des mots aux consonances d’ailleurs…Une bonne rasade savoureuse de chianti italien ainsi qu’un mélange de dialecte africain pimenté qui relève le roman noir de Carlo Lucarelli, pour mieux nous raconter les failles d’une colonisation sur les bords de l’Érythrée. Rien n’est évident dans ses relations entre les deux nationalités, mais l’auteur nous le fait ressentir avec une ardeur passionnée et teintée d’une touche de magie noire ensorcelante…

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement Camille ainsi que les éditions Métailié pour l’envoi de ce livre! Ce fût une lecture envoûtante…

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Né un mardi, Elnathan John

Couverture Né un mardi

Pourquoi je l’ai choisi:

J’adore partir vers d’autres ailleurs…Né un mardi promettait un dépaysement total…

Synopsis:

Dantala vit dans la rue avec les voyous de Bayan Layi, fume la wee-wee sous le baobab, fait le coup de poing pour le Petit Parti. Souvent, les bagarres tournent mal mais, comme on dit, tout ce qui arrive est la volonté d’Allah. Un soir d’émeutes, pris en chasse par la police, il doit s’enfuir.
Sans famille, il trouve refuge à Sokoto auprès d’un imam salafiste. Il apprend l’anglais avec son ami Jibril, tombe amoureux, psalmodie l’appel à la prière, lit tout ce qu’il peut. Le gamin naïf mais curieux découvre l’étendue de ses contradictions et la liberté de la pensée, et gagne sa place et son nom dans un monde chaotique et violent. Alors que les tensions entre communautés ne cessent de croître, un imam irascible fait sécession et part à la campagne fonder une secte extrémiste.
Loin de l’exotisme et du tiers-mondisme bien-pensant, Elnathan John nous emmène dans une région dont on ignore presque tout : harmattan, poussière des routes, vendeurs de koko, et le goût du dernier morceau de canne à sucre – le meilleur. On brandit des machettes, on assiste à des matchs de lutte, on prend toutes sortes de transports, on marche, on court, on aime, on est Dantala de bout en bout, passionnément. Un formidable roman d’apprentissage, sensible et poignant, dont on sort complètement retourné.

Ce que j’ai ressenti:

Comme le vent soulève le rideau de la couverture, il souffle dans ses pages, un air chaud venu du Nigéria, empreint de ses expressions fulgurantes, de ses tourments sanglants, de ses relents nauséabonds, d’un goût sucré inoubliable…Un vent de passion et de violence qui fait voler en éclat  la poussière rougie de sang, et l’innocence de cette jeunesse désœuvrée. Dans ce premier roman, la fiction prend des airs de réalités troublantes et on vit les petites et grandes histoires de ses terres arides. Elnathan John nous emporte au coeur de l’Afrique, nous la raconte sans fard et artifices, déchirante et survoltée, au plus près de la foi et ses travers tourbillonnants.

Mais Umma disait que parfois les gens qu’on trouve méchants sont simplement idiots et que, s’il est facile de se repentir d’être méchant, il est difficile d’arrêter d’être idiot.

Dantala, c’est un gamin qui traîne dans les rues, et qui pourrait se faire entraîner sur des parkings de haine, mais qui choisit le chemin lumineux de la culture et de l’humilité devant Allah. A force de lire et d’apprendre les langues, à force de prosternations et de confiance, il se forge une opinion, ne se laissant plus guider par une fatalité lâche, mais avance sûrement sur la voie de la bonté et la liberté de penser.  C’est un personnage qui m’a émue dans cette quête noble du savoir, on le voit doucement se transformer au fil des pages et de ses expériences, jusqu’à l’audace de s’écrire : un roman d’apprentissage intense!

-S’il vous plaît, je veux quelque chose pour écrire. 

Elnathan John met dans ce livre une telle richesse, entre les troubles adolescents qu’il caresse avec sa plume, et la force d’une culture qu’il prend à bras le corps, il nous révèle, à travers le regard naïf d’un jeune homme, les dessous de la corruption et les chemins enténébrés de l’extrémisme religieux dans une région, où même la météo devient chaos…Une lecture au rythme des prières, où l’amitié inonde de clarté ces lignes noires, où les émotions nous submergent vers toujours plus de tolérance grâce au talent d’un conteur inspiré…

 

 

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement Camille et les éditions Métailié de leur confiance! Ce fut une lecture bouleversante!

 

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Il n’en revint que trois, Gudbergur Bergsson

Il n'en revint que trois par Bergsson

Pourquoi je l’ai choisi:

J’aime à découvrir de nouveaux horizons, de nouveaux auteurs…Depuis les énormes coup de cœurs de l’année 2017 dénichés chez les éditions Metailié , j’ai une totale confiance en leurs choix. Partir en Islande, en plein mois de Janvier, ça force l’ambiance…

Synopsis:

Une ferme perdue en Islande, à des kilomètres du premier village, entre un champ de lave, des montagnes et des rivages désolés. Le ciel est vide et les visiteurs sont rares.
Mais l’écho de la Deuxième Guerre mondiale ne va pas tarder à atteindre ses habitants. Soudain soldats, déserteurs, espions débarquent, mais aussi radio, route, bordels et dollars. Puis viendront les touristes. L’ordre ancien vacille et ne se relèvera jamais. 
Les personnages de Bergsson sont tout d’une pièce, rugueux et âpres comme la terre qui les a vus naître. Il y a ceux qui partent, ceux qui restent, ceux qui reviennent. Faut-il s’arracher à ce morceau de terre où rien ne pousse ? Ou guetter le renard en ignorant les secousses de l’histoire ? 
Un texte sec et fort qui décrit le basculement brutal de l’Islande dans la modernité, les bégaiements de l’histoire, la force magnétique de certains paysages, qui sont comme des gardiens de la tradition familiale : nul n’y échappe.

« Une histoire du peuple islandais du XXe siècle : le livre le plus fort et le plus remarquable de Gudbergur Bergsson. » Fréttabladid. 

Les personnages:

Il y a « Le vieux » « Les gamines » « La grand-mère » « Le fils » « le gamin »…Un choix original de pronoms pour désigner ses personnages, et sans doute une volonté de l’auteur de nous relier d’une façon plus  familière avec leurs émotions. Et c’est réussi, ils sont tous attachants dans leur manières: taiseux et résignés, mais également aimants et résilients, tout cela dans une pudeur savoureuse…

J’ai eu une petite préférence pour La grand-mère avec, sa volonté d’instruire ses protégées avec son livret, et  son immense détermination à le faire seule, même si les avenirs sont incertains, elle se bat contre l’ignorance…

Ce que j’ai ressenti:

J’ai une fascination pour les paysages enneigés…Une sorte d’attraction, que j’adore pouvoir ressentir en lecture. Cette fois-ci, je suis partie vers un horizon qui m’est encore inconnu, voir un peu les mentalités de ces fermiers qui vivent loin de tout… Si on se laisse séduire incontestablement par le panorama époustouflant du lieu dans laquelle la ferme se situe, la solitude tient quand même une grande place, et c’est sur ses habitants qu’elle abattra, son ombre mordante…Car, vivre dans en ces lieux, implique des sacrifices  qui se mesurent en pertes et en retrouvailles, en deuils et naissances, en fuites et retour aux racines. Un espace nourri en attentes interminables et petites joies éphémères, un temps qui s’étire en longueur, une nature impitoyable, et puis soudain, le grondement de la Seconde Guerre Mondiale qui vient perturber encore plus, cet équilibre fragile…Une ligne temporelle de monotonie qui joue des boucles, et aux points reliés, continue son Histoire: cette guerre redistribue les rôles, régurgite des objets nouveaux, et l’Islande se modernise lentement…L’auteur raconte avec finesse, les bouleversements de cette petite communauté, reculée…

On a besoin d’énergie qu’on soit en guerre ou en paix, la vie se nourrit de notre énergie et de celle de la nature, répondit le vieux, épuisé.

J’ai trouvé l’écriture de Gudbergur Bergsson très sensible et aussi, très riche. Un roman noir dans la blancheur des neiges, des destins sombres imbriqués dans l’âtre d’une ferme isolée. Dans cet espace réduit et une vie de labeur sans fin, il nous capte intensément avec le poids écrasant de cette continuelle patience inconsciente de « ceux qui restent »…Une patience aiguisée dans leurs contemplations de la faune et de la flore qui les bousculent, nourrie de la sagesse de ses temps de respect, rompue aux trop nombreux abandons de « ceux qui s’en vont »…Finalement, la magie de la  plume de Bergsson nous raconte milles trésors d’enseignements d’humilité,  et illumine dans leurs yeux, la joie de voir « ceux qui s’en reviennent » et…Il n’en revint que trois.

« Parce que être libre signifie à la fois jouir de certains droits et être garant de la liberté et des droits d’autrui. »

Une lecture qui ne se laisse pas apprivoiser facilement, à l’image de cette renarde blanche qui gambade autour de ses lignes et d’une grotte mystérieuse… Toute beauté se mérite, c’est bien connu, et ici, elle prend forme dans les reliefs escarpés de l’Islande… La patience sera une vertu nécessaire pour l’ultime récompense: le plaisir de saisir toute la poésie de ce nouveau roman fraîchement sorti pour cette rentrée littéraire de Janvier 2018.

Les lecteurs comme toi aiment les histoires qui sentent la poussière d’os.

 

 

Ma note Plaisir de Lecture  8/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement les éditions Métailié de leur confiance et l’envoi de ce livre! Ce fût une lecture intéressante.

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Loups Solitaires, Serge Quadruppani.

Pourquoi je l’ai choisi:

J’ai une fascination pour le loup, et associé au plaisir de lire un polar contemporain de la collection Métailié Noir, ce choix me paraissait évident! Je trouve cette couverture juste magnifique.

Synopsis:

Pierre Dhiboun, membre des forces spéciales françaises infiltré dans un groupe djihadiste au nord du Mali, a disparu à son retour en France. Manifestement, il a déserté. Mais de quelle armée ? Beaucoup de monde aimerait le savoir : sa supérieure directe – une générale de gendarmerie qui ne rend compte qu’au président –, une mystérieuse organisation d’anciens contractants de toutes les guerres d’Orient et tous les services secrets français. Dhiboun est-il un loup solitaire ?
Or voici qu’il réapparaît près d’une base où les armées occidentales mènent d’étranges opérations à distance, aux côtés d’une rousse piquante et de son amant chirurgien en rupture de chirurgie.
Ce qui semblait une classique affaire de terrorisme cantonnée à des déserts lointains va muter brusquement en rencontrant le Limousin profond, ses marginaux foldingues, ses gendarmes clochemerlesques, et surtout ses animaux bien décidés à n’en faire qu’à leur tête.
Car un loup, un vrai, pénètre sur le plateau de Millevaches.

Ce que j’ai ressenti:…Une belle chasse contemporaine…

Entends-tu ce trot cadencé? Non, forcément, car c’est à pas de loup que Serge Quadruppani se déplace dans la forêt obscure du terrorisme, et qu’il traque sous couvert des arbres, l’ombre des djihadistes. Dans ce polar contemporain, aux thèmes plus que sensibles de l’actualité, il trottine avec la douceur de ses coussinets, mais la rage au ventre,  sur les territoires internationaux, devine les intentions des hautes sphères politiques, s’infiltre dans les réseaux sombres. Une petite touche d’audace par ci et, un humour mordant par là, c’est un réel plaisir de suivre ses Loups Solitaires.

J’ai beaucoup aimé le parallèle Nature/Humanité qui se dégage de ses pages. Entre la sauvagerie fascinante du loup, l’attachement des blaireaux, l’œil avisé du faucon ou les abeilles nerveuses, la faune nous étonnera toujours! Derrière cette apparence d’observation, on peut voir en miroir la complexité des comportements humains et Serge Quadruppani adore déstabiliser son lecteur à force de métaphores et de clins d’œil appuyés. Il joue de notre attention, de nos impressions, de notre concentration comme le ferait sans doute le chat Piano avec sa proie, mais l’auteur peut se faire Scorpion aussi, et balancer un dard de confusion dans vos esprits…

-Tu sais que la panique , ça vient de Pan, la divinité qui incarne les forces invisibles et mystérieuses de la nature?

Entre traque instinctive et chasse à l’homme, ce polar noir est un condensé d’énergie! L’auteur maîtrise , à coup de rebondissements hargneux, son intrigue explosive! En s’infiltrant dans l’ombre, il enchaîne les actions, les enjeux, les stratégies, et nous sert un roman d’espionnage vibrant, et dans ce jeu de dupes, ou les trahisons sont pléthores et les promesses rompues, il ne nous reste plus qu’à discerner le vrai du faux…Et c’est bien tout le plaisir du lecteur de chasser les doutes, pour espérer approcher de près la beauté du Loup.

« Je crois au besoin de croire. Je crois à la poésie qui exprime ce besoin. Je crois au besoin de règle. Mais je crois aussi à la règle du besoin. Et j’ai besoin de toi. »

 

Ma note Plaisir de Lecture  8/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Métailié de leur confiance et pour l’envoi de ce livre! Ce fût une lecture fascinante!

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Nécropolis 1209, Santiago Gamboa.

Pourquoi je l’ai choisi :

J’ai tellement adoré la plume de Santiago Gamboa, qu’il me tardait de découvrir, ses autres écrits. Je trouve aussi que la couverture est juste superbe!

Synopsis:

Au sortir d’une longue maladie, un écrivain est invité à un congrès de biographes à Jérusalem, métaphore d’une ville assiégée par la guerre et sur le point de succomber. Comme dans un moderne Decameron, les vies extraordinaires des participants laissent perplexe le héros de ce tour de force littéraire et stylistique. Parmi les participants de ce congrès, on croise le libraire bibliophile Edgar Miret Supervielle, l’actrice italienne de cinéma porno Sabina Vedovelli, l’entrepreneur colombien Moises Kaplan et surtout José Maturana, ex-pasteur évangélique, ex-forçat, ex-drogué, qui dans la langue puissante des rues les plus sordides raconte l’itinéraire de son sauveur, le charismatique Messie latino de Miami. Mais quelque temps après sa communication, José Maturana est retrouvé mort dans sa chambre. Tout semble indiquer un suicide, mais des doutes surgissent : qui était-il vraiment ? Ce roman débordant d’énergie explore les différentes versions d’une même histoire, qui varie sans cesse et nous incite à écouter, souvent avec stupéfaction, les récits surprenants des autres protagonistes de cette histoire qui veulent témoigner avant la fin du monde.

Ce que j’ai ressenti:…Si tu découvrais le mystère 1209…

Si je te faisais un brouillon de « Paroles écrites dans le creux du silence« , comme cet écrivain biographe, assurément que je vous parlerai de la poésie moderne et de la plume renversante de Santiago Gamboa. Je vous dirai qu’il y a tellement d’intensité dans ses écrits que tu as le cœur déchiré quand il te raconte toute la peine du monde, que tu ressens même le cri silencieux de toutes ses âmes en perdition, qu’il te reste gravé dans ton esprit, un tatouage d’émotions violentes tout en circonvolutions lyriques.

Mais de quel ciel est tombé cet ange?

Si je te faisais une brève esquisse de ses personnages, je te peindrais des êtres déchus qui ont voulu s’envoler mais reviennent avec des ailes brûlées dans les affres de la drogue, des anges aux regards flous, pétris de décadence humaine qui ne se révèlent que dans la douleur. Chaque intervenant, plus meurtri dans sa chair et son esprit, par les aléas d’une vie dissolue sans lumière, mais qui possède une fureur de vivre bouleversante. Entre le mystère du suicide ou le meurtre honteux, Santiago Gamboa nous met au défi se confronter à l’importance d’une vie, aussi insignifiante soit-elle, et pourtant fondamentalement précieuse…

« Le hasard, le hasard est l’encrier dans lequel Dieu trempe sa plume pour tracer les destins. »

Si je te faisais écouter le doux son d’une conférence littéraire, tu entendrais malgré tout, le contexte de guerre et le chaos qui se déroule derrière les vitres. Même en entendant la poésie du thème de congrès « L’âme des mots« , tu entendrais la mort qui se joue dans les ruelles de Jérusalem. De l’importance de s’accrocher à la littérature internationale, au pouvoir du Verbe pour contrer les affrontements de violence extrême dans cette ville ancestrale assiégée…Santiago Gamboa est un amoureux de la littérature, et cela se sent, il peut te conter les merveilles du monde, comme te dépeindre l’obscurité fiévreuse, sans un tabou: il est tout simplement un auteur exceptionnel avec un talent immense.

L’idée de mourir d’amour ne peut être comprise que lorsqu’on est sur le point de mourir d’amour.

Santiago Gamboa, avec Nécropolis 1209, nous dévoile une fresque tourmentée, un roman noir puissant, un kaléidoscope de vies fracturées. Il a le génie de barbouiller de sang et de larmes amères chacune de ses histoires, mais de leur insuffler aussi, toute une lumière poétique intemporelle. Inconditionnellement, je suis fan de cet auteur, il me ravage le cœur à chaque lecture, il m’emporte dans des tourbillons d’abîmes bouillonnantes,  mais me ramène toujours au port de la beauté, grâce à l’énergie bienfaitrice de sa prose stylistique.

Indispensable, Incontournable, Magnifique…C’est le genre de Coup de Cœur, comme il en arrive si peu souvent, une révélation qui se vérifie, un auteur qui entre direct dans mon Top Personnel ! Tout simplement, je l’adore…

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Métailié pour l’envoi de ce livre. Ce fût une lecture bouleversante!

Les buveurs de lumière, Jenni Fagan.

Couverture Les buveurs de lumière

 

Synopsis:

Le monde entre dans l’âge de glace, il neige à Jérusalem et les icebergs dérivent le long des côtes. Pour les jours sombres qui s’annoncent, il faut faire provision de lumière – neige au soleil, stalactites éclatantes, aurores boréales.
Dylan, géant barbu et tatoué, débarque au beau milieu de la nuit dans la petite communauté de Clachan Fells, au nord de l’Écosse. Il a vécu toute sa vie dans un cinéma d’art et essai à Soho, il recommence tout à zéro. Dans ce petit parc de caravanes, il rencontre Constance, une bricoleuse de génie au manteau de loup dont il tombe amoureux, et sa fille Stella, ex-petit garçon, en pleine tempête hormonale, qui devient son amie. Autour d’eux gravitent quelques marginaux, un taxidermiste réac, un couple de satanistes, une star du porno.

Les températures plongent, les journaux télévisés annoncent des catastrophes terribles, mais dans les caravanes au pied des montagnes, on résiste : on construit des poêles, on boit du gin artisanal, on démêle une histoire de famille, on tente de s’aimer dans une lumière de miracle.

Dans ce roman éblouissant au lyrisme radical, peuplé de personnages étranges et beaux, Jenni Fagan distille une tendresse absolue qui donne envie de hâter la fin du monde.

Ce que j’ai ressenti:…Coup de cœur cristallisé…

-C’est juste une saloperie d’ère glaciaire, camarade, c’est ça, la une d’aujourd’hui!

Le monde décline, le soleil se divise, le froid s’installe…Jenni Fagan nous conte la fin du monde avec poésie et fracas. Les paysages se cristallisent de beauté sous sa plume, alors que des blocs de grossièretés viennent se fracturer sur les lignes, et l’Ecosse devient plus belle encore, dans ce silence absolu, qui prend tout l’espace…Dans ses pages, on sent que la vie se suspend, et cette auteure lui apporte la grâce d’une écriture lyrique qui t’illumine de l’ultime aurore, avant l’extinction du monde…Le temps s’étire vers l’apocalypse, mais ce décor a des allures de magnificences, et les dernières lumières se boivent avec ivresse…La synergie de ce livre tient à cette fascination à voir un dernier spectacle naturel magique, fait d’aurores boréales, de parhélie, de chutes de neiges éblouissantes, tout en ayant, une infinie tendresse d’une humanité qui ne veut pas s’éteindre, alors même que l’instant fatal se profile…

Le soleil descend en spirale à travers la cime des arbres, révélant des sédiments de poussière argentée et ambrée. Un étang gelé. Des boucles de glace forment une fleur de givre sur une branche tombée. Chaque pétale glacé est parfaitement recourbé et transparent. L’hiver les a sculpté pendant la nuit. Les a placé là.

Parhélie…Si le soleil se triple, les personnages aussi…L’ombre d’une descendance sur trois générations, rencontre un trio éclaté d’un noyau de famille et tente de devenir une nouvelle cellule triangulaire. Chiens de soleils et fantômes de vie…Dylan le géant est hanté par le souvenir de sa mère et sa grand-mère, tandis que Constance l’hyperactive est tiraillée entre les deux hommes de sa vie, tandis que Stella l’adolescente erre entre les aspects de son hermaphrodisme. Tout comme le vent qui s’infiltre sous la glace laisse des traces noires, au plus on creuse dans le passé de ses habitants de Clachan Fells au plus on voit les destins qui comptent, leurs parts d’ombres…Lentement, les secrets craquent sous leur poids écrasant, dans ce compte à rebours glacial, pour se fondre en un nouvel environnement familial réinventé par la destinée…

-L’amour est ce qui donne un sens aux choses les plus étranges.

Jenni Fagan m’a enchantée avec cette anticipation enneigée et verglaçante de mystères. On sent qu’elle a maîtrisé, de bout en bout, la construction de son intrigue qui va de pair avec l’évolution de ses personnages atypiques. Petit à petit, le cercle social et géographique se rétrécit pour laisser place à l’essentiel: le miracle de la tolérance. Les buveurs de lumière est un roman d’une rare beauté, un texte expressif  avec une poésie moderne qui m’a bouleversée. C’est un énorme coup de cœur! J’ai encore du mal à quitter cet endroit, ces personnages, cette plume…Cela fait une semaine que je lis et que je relis ces pages, que je m’enivre des splendeurs, des vertiges, des lumières, peut être suis-je devenue, une buveuse de lumière aussi…

Tous les humains sont des pèlerins de la lumière.

 

 

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Métailié pour l’envoi de ce livre! Ce fut une magnifique découverte!

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Retourner dans l’obscure vallée, Santiago Gamboa.

Couverture Retourner dans l'obscure vallée

Pourquoi je l’ai choisi:

Tout d’abord, j’ai complètement craqué sur cette magnifique couverture et quand j’ai vu que ce livre abordait le thème de la poésie, j’ai tout de suite voulu en savoir plus…

Synopsis:

Ils étaient venus en Europe pour échapper au chaos et pouvoir vivre et penser, mais le monde a tourné, les crises et le terrorisme ont changé les gens et les perspectives. Il y a Manuela qui fuit son enfance saccagée dans la poésie et les livres, Tertuliano, le fils du Pape, philosophe messianique, populiste et violent, créateur d’une théologie de l’harmonie des Maîtres Anciens, le prêtre Palacios à l’obscur passé paramilitaire qui aspire au pardon, le consul et Juana l’aventureuse qui se poursuivent, se désirent, liés par des sentiments indéfinis. Parmi eux, l’ombre de Rimbaud, poète précoce et génial qui marche et se cherche dans des voyages sans répit. Ils se rencontrent, se racontent, décident d’une vengeance et d’un retour vers la Colombie où la paix s’est installée. Vagabonds insatiables, blessés, épuisés, tous cherchent à retourner quelque part, les mondes qu’ils ont quittés ont disparu, tous savent que revenir est impossible, sauf peut-être dans la littérature. Et pourquoi pas à Harar. Roman polyphonique vital et plein d’énergie, ce retour à l’intrigue haletante et magistralement construite nous fait voyager dans les êtres, les sociétés et au plus profond de nous-mêmes.

Ce que j’ai ressenti:…Marcher dans l’ombre de Rimbaud…

« Je suis quelqu’un dont personne ne s’attend à ce qu’il existe ».

Poète de génie et vagabond dans l’âme, suivre les traces de Rimbaud, c’est un peu comprendre ses textes, la puissance de ses mots, le vertige de ses frasques…En toile de fond, sa vie et son œuvre, comme inspiration et une jolie invitation au voyage…On parcourt dans ses lignes les routes européennes, on s’éloigne en Afrique, on se retrouve en Colombie…Santiago Gamboa nous éclaire les chemins sombres de la haine, en tournoyant dans les recoins obscurs des intérieurs humains ravagés, mais qui nous fait la grâce d’y mettre toute une poésie lumineuse, grâce à une plume d’une sensibilité étonnante…Un grand moment de lecture, tout en multiples références littéraires, hommage aux poètes français et respect envers les plus grands textes…

Quand l’ouragan de la réalité rencontre des âmes fracassées et nous font Retourner dans l’obscure vallée: la Poésie, comme catalyseur à la violence, le dernier rempart face au souffle venteux du fanatisme, ultime bouclier contre l’obscurantisme…Pour ceux qui sont sensible à son chant, cette invitation est un flux de remous contraire d’émotions fortes qui sublime tout en beauté, mais malmène ses plus grands adeptes de cette forme de création…On sent que c’est un art qui se mérite, qui prend au cœur, qui, presque, déchire les âmes qu’Elle emprisonne dans des tourments intenses…Santiago Gamboa a saisi toute la fureur qui anime ces artistes, toute cette vibration au son des mots et, bien souvent, le fatal tourbillon qui en résulte…

Il y a dans la poésie un besoin d’absolu , un appel mystique qui donne à la réalité un certain éclat symbolique, car Rimbaud voulait passionnément croire en quelque chose. Son unique foi était la poésie, donc devait se dilater et donner toutes les réponses. Il avait déjà perçu qu’elle lui permettait une curieuse alchimie: transformer les souffrances et la pourriture de la vie en un métal précieux.

J’ai été sacrement bouleversée par deux des personnages dans ce roman. Manuela, et sa façon de vivre la poésie et Tertuliano,  et sa façon de voir le monde. Leur parcours est tellement jonché de violences, qu’il nous faut apprivoiser cette haine qui entoure leurs esprits, essayer de comprendre leurs souffrances, se confronter à leurs cheminements intérieurs…Et de ce fait, le lecteur devient plus actif car, poussé vers une réflexion plus profonde, il y a comme un devoir de mémoire devant ce passé hanté par le terrorisme et les guerres. Ce sont des passages très difficiles, mais heureusement, que ces blessures vont guérir avec le temps et qu’elles ont connues Les Illuminations des poètes: pour ne plus jamais tomber dans les pièges de l’intolérance et que la puissance de leur génie créatif traverse les siècles pour ne jamais oublier cet élan d’espoir qu’ils sont allé chercher aux fins fonds d’eux mêmes, après Une saison en enfer

« L’oubli est aussi nécessaire que l’espoir, mec, seul celui qui oublie peut croire en quelque chose et aller de l’avant. »

C’est une lecture toute en intensité, cet écrivain a le talent fou de nous envoyer un vent d’émotions fortes, tout en intelligence…Tout ce que j’adore et ce que je recherche en fait, et ici, on est servi quant à ces attentes…Ce livre, c’est redécouvrir Rimbaud,( et d’ailleurs, relire sa poésie, pendant cette lecture, est un plaisir immense,) mais ce livre c’est aussi une incroyable aventure humaine qui mène un quatuor de personnages vers un rêve, un désir fou de voyage, un port d’espoir…L’ombre d’une liberté sans limites…

Si au bout du chemin il n’y a rien, qu’est-ce qui peut éclairer le cœur d’un homme?

Un coup de cœur littéraire d’une rare intensité, et un auteur que je m’empresse de noter dans mes futures découvertes tellement l’énergie et l’intensité de ses écrits m’ont captivée…

 

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

Remerciements:

Je tiens à remercier Alina Gurdiel pour sa confiance ainsi que les éditions Métailié pour l’envoi de ce livre ! Ce fût une lecture enrichissante!

 

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