Filles de Lilith, Sarah Blau

🦩Chronique🦩

« Je n’aurais jamais cru que ce serait si éprouvant. »

Mais sans doute, qu’elles non plus…

Elles ont cru pouvoir défier le système, la politique, la religion avec cette idée de refuser d’être mère…Et quelqu’un décide de leur leur faire payer, cette insubordination…Elles l’ont peut-être dit trop à haute voix, trop démontré, trop tenu leurs convictions qu’elles se retrouvent, une à une, dans de macabres mises en scènes de maternité forcée…Les Filles de Lilith est un polar saisissant et très interessant pour sa problématique féministe. Un moment intense de lecture qui amène à réfléchir sur la condition féminine, le rapport au désir, la liberté de choix, les revers de la maternité, la dissociation…J’ai été bluffée! La tension est de tous les instants, puisque le danger est partout, le féminin est menacé et puis, qu’est-ce qu’on veut des (non)-mères?

« Soyez gentille, Sheila, mettez vos opinions subversives en sourdine. »

Allons bon, Sheila, tu vois bien que tu les déranges là avec ton ventre vide, il ne faudrait pas en plus que tu ouvres ta bouche, pire que tu convaincs les autres femmes de faire de même! Parce qu’au fond c’est de ça qu’ils ont peur, que l’ordre établi soit renversé. Que leurs main-mises ne soient plus aussi fortes. Alors ils t’appellent SORCIÈRE, te font passer pour la méchante, l’aigrie, la laide, l’incompétente, la démone…Après l’édifiant essai de Mona Chollet, Sorcières, je me passionne pour les figures représentatives de la sorcière dans nos Histoires…Ce qualificatif est tellement chargé, connoté, imprégné, subversif, mystérieux, et tellement éculé que je le cherche en ce moment beaucoup dans mes lectures pour comprendre comment il peut prendre mille et une formes et effrayer autant, même encore aujourd’hui…Et ici, avec ce contexte particulier et les références bibliques/ artistiques, les Filles de Lilith sont des sorcières parce que femmes célibataires et sans enfant, ayant fait le choix volontaire et assumé de faire carrière « à la place de » la vie de famille…C’est le gros point fort de ce roman, ce lien rouge sang qui unit ces femmes, et qui bouscule tous les tabous de la société et ses injonctions.

« Quand on craint pour sa vie, on balance la passion par-dessus bord. »

Je ne balance pas la passion, je m’y accole…Et vous savez, combien j’ai une véritable passion pour les polars, et celui je vous le recommande vivement! Ce thriller est haletant. J’ai aimé aussi le parti pris de l’autrice de faire un personnage féminin trouble, auquel il est difficile de s’attacher, de choisir sciemment, un sujet sensible et de mettre en lumière d’une manière différente et originale, les femmes fortes et libres de la Bible. La Lilith qu’on retrouve ici, est puissante, indépendante et inspirante. Ses filles, le sont tout autant! J’ai aimé trouver d’autres sorcières toutes aussi fascinantes, et je compte bien élargir mes connaissances autour de celles que j’y ai rencontrées…Bref, je peux vous le dire sans crainte, c’est une pépite envoûtante!

La Véritable Histoire de Gaya Sharpe, Anne Steiger

« Encouragez-la à vivre. »

Qu’est-ce qu’on sait des histoires?

Qu’elles vivent un temps et puis meurent…

La Véritable histoire de Gaya Sharpe, c’est peut-être juste cela, une histoire de partage.

Parce qu’elle est venue comme ça, dans ce monde, la petite Gaya, dans un entre-deux partagé, elle suscite notre curiosité…Imaginez elle est ici et là-bas, elle peut aller, une fois par an, comme s’il n’y avait pas de frontières. Elle nous ouvre un espace d’entrevie avec un amour infini…Écoutez son chant, et ainsi, vous comprendrez…

« Zuste de l’amour, Papa, ze te promets que ze leur donne rien d’autre. »

Ça fait un moment déjà que j’ai refermé ce livre, mais elle me reste en mémoire, cette histoire, elle s’est inscrit quelque part, et pour le coup, elle ne veut pas mourir, ne veut pas partir, ne désire pas s’éteindre…Je me dis qu’aujourd’hui, il est sûrement temps de vous parler de Gaya Sharpe…

Cette petite fille très spéciale porte sur ses frêles épaules, un secret d’une ampleur phénoménale, parce que les humains ne veulent pas à faire face à la différence d’une part, et d’autre part, à leurs manquements, alors elle s’y colle, cette enfant, jusqu’à donner de sa propre énergie vitale pour le diffuser…Elle ne recule pas, toujours accès sur son objectif de révélation, elle persévère envers et contre tous. Elle a une détermination admirable. Mais…Personne n’est encore prêt. C’est un secret bien lourd qu’elle soutient, et comme tous les secrets, il faut son heure pour le mettre en lumière…Elle est gardienne et, nous, nous sommes juste les possibles récepteurs…Puissions-nous être suffisamment solides pour détenir la portée de sa vérité…

Dans ce roman fantastique, il est surtout question de temps, de vie et de mort, de passages, d’amour et d’écologie…Des sujets qui nous préoccupent depuis la nuit des temps avec les douleurs inévitables qui y sont associées. Tout y est fluide, pourtant, presque évident et dans le même temps, tellement mystérieux…Certaines choses nous dépassent, mais j’ai une totale confiance en l’Amour pour savoir qu’il est infiniment puissant pour passer les caps difficiles, et grâce à Gaya, elle nous en montre la voie…

« Quelque chose est en train de changer, dit-elle avec une solennité désarmante. (…) La céleste lumière s’affaisse. »

L’autrice nous donne à réfléchir sur l’Après.

Parce que finalement, Qu’est-ce que l’Après?

L’après-vie, l’Après de nos immobilités, l’Après-catastrophe, l’Après de nos inconsciences, l’après-apocalypse, l’Après de nos erreurs…

Autant de questions qui ne trouvent pas de réponses adéquates encore…L’irréversible est presque là, parce que nous avons perdu de vue l’essentiel…Qu’est ce qui va donc nous rester, pour agir, Avant?…

Il y a une énergie positive qui se dégage de ces pages, et au-delà de ça, c’est une bien belle histoire qui lie un père et sa fille, une histoire touchante qui parle de tolérance et de respect.

Je recommande!

Les Dangers de fumer au lit, Mariana Enriquez

💀Chronique💀

« …C’était comme plonger dans un miracle. »

Vous savez, parfois, on cherche quelque chose. Quelque chose d’imprécis, flou, grandiose, intense dont on ne sait rien encore…Et puis, un jour on tombe dessus, on tombe dedans, on tombe amoureuse…

Je suis tombée sur ce recueil de nouvelles de Mariana Enriquez, je me suis plongée dans l’ambiance de réalisme magique, et j’en suis tombée en amour…Parce que je ne connaissais pas encore celle qu’on surnomme la Reine des ténèbres, je n’attendais rien, mais mon cœur, lui battait. Et lui, savait. Lui, savait que ça aller marcher, cogner, enchanter. Lui, savait, parce qu’elle a tout, cette Reine: le talent et le style. Mais que de beauté aussi, et l’intention…L’intention de te faire passer une nuit semblable à nulle autre pareille. Une nuit peuplée d’êtres, tous plus effrayants les uns que les autres. Une nuit de peur. Une nuit qui fait appel à toutes les peurs sourdes et les plus inavouables…Avec quelle peur, toi, vas-tu passer la nuit? Avec quels monstres vas-tu fricoter, cette nuit? Lesquel.les vont venir te hanter, vont venir te prendre, vont t’entraîner encore plus loin que tu ne l’as jamais été? Qui de la peur ou du montre est le plus redoutable?

Douze nouvelles, c’est autant de façons d’approcher des Dangers. Pas seulement celui de fumer au lit, que je te déconseillerai évidemment, mais celui de toucher du doigt, le point de bascule, entre une réalité de misère et l’horreur pure…Ce point-là, c’est précisément par ici, que se glisse toutes les pires créatures, comme si la porte leur été enfin ouverte, et qu’ils auraient la liberté incivile de venir hanter, les pauvres humains qui se trouvent à leurs portée. Ces pauvres humains qui sont victimes de leurs vices, de leurs obsessions, de leurs maladresses, de leurs penchants pour la violence. Tu sais, ces pauvres humains qui dérangent pour des raisons obscures…Ceux-là, la nuit les retrouvent et leur délivrent les prémisses de l’enfer…La nuit est triste, parlante, vierge, exumante, battante, revenante, voyante, dévorante, chaude, brûlée, terrifiante, dangereuse…

Ce recueil, c’est un cauchemar à lui tout seul, avec ses fantômes, ses zombies, ses cadavres, mais c’est aussi, c’est une dénonciation subtile et poétique des faits de société. Il y a un côté engagé et puissant, qui se ressent dans ces nouvelles, qui fait qu’on est immergé dans une ambiance électrique addictive…Une seule nuit suffit, pour en devenir accro ou à croc, c’est selon…

Ça tient de l’ordre du miracle d’être encore surprise par le genre, de trouver sa Reine des ténèbres et une nouvelle obsession après tant d’années à lire, et pourtant…Je l’ai trouvée. L’envoûtement est acté et volontaire…Ne me demandez pas à ce niveau, si j’aime Les Dangers de fumer au lit, écoutez plutôt mon cœur faire des feux d’artifices dans la nuit qui s’avance petit à petit…

Si vous cherchez vous aussi, la nuit, le frisson, le fantastique, il serait sans doute temps d’accueillir dans vos demeures et plus si affinités, la plume sensationnelle de Mariana Enriquez!

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement Alina Gurdiel ainsi que les éditions du Sous-Sol de leur confiance et l’envoi de ce livre.

Y avait-il des limites si oui je les ai franchies mais c’était par amour ok Michelle Lapierre-Dallaire

💥Chronique💥

« Je suis transpercée par la vie à des moments où les autres ne sont qu’égratignés. »

Qu’est-ce qu’on choisit, dans cette vie?

C’est peut-être la seule question fondamentale qu’on peut se poser après cette lecture…

Est-ce qu’on choisit la non-fiction pour raconter l’indicible?

Est-ce qu’on choisit la poésie pour réparer le cœur, le corps et l’âme?

Est-ce qu’on choisit l’amour ou l’autodestruction?

Ce texte est incroyable. Incroyable de force. Incroyable d’amour. Incroyable d’incandescence. Incroyable de troubles. Incroyable d’excès. Incroyable d’émotions.

Ça coule, ça déborde, ça brûle, ça explose.

Ça exulte, ça expulse. Pulvérisation criss.

Je n’ai pas pu le lâcher. C’était impossible.

Ce texte est bouleversant à bien des égards. Il pose le problème des limites. Où sont-elles? Qui les fixent? Qui les dépassent? Qui les brûlent? Qui les outrepassent? Qu’est-ce qu’on en fait, s’il n’y en a plus? À quoi servent-elles?

Ce texte est hypnotisant. Tantôt manifeste, tantôt récit intime, il parle de survivre après la dévastation. Il t’accroche jusqu’à bousculer tes propres limites, jusqu’a déglinguer tes propres codes de pensées, jusqu’à déconstruire l’idée d’un éventuel champs de limites. Il conduit au pouvoir manifeste de la liberté. Il vire de l’ardeur à l’aspiration vers la profondeur, en dansant négligemment sur la douleur.

Il est incendie régénérant.

Ce texte est amour. Il parle d’amour sans limites, d’aimer dans la démesure, d’aimer jusqu’à tout donner, de mourir d’aimer. Il n’est qu’amour, mais toutes ses formes limites aussi. Il est amour avec ses pertes, ses abandons, ses travers, ses maux et ses déchirures. On ne se remet jamais de l’amour. Je pense que j’ai laissé dans cette lecture, des bouts de moi par terre, que je ne vais pas pouvoir reprendre, tellement il m’a arraché, mais…

Ce texte est un coup de cœur comme on en fait peu. À la limite je vous trouble en vous disant cela, mais c’est juste par amour ok. C’est par amour pour l’émotion. De manière générale, j’aime le TROP. Le trop me va mieux que le trop peu. Le trop, pour moi, contient une authenticité, une vérité indéniable. Qu’est-ce qu’on foutrait là, sinon, si ce n’était pas pour aimer TROP? C’est évident qu’il est troublant ce texte, avec cette réalité du trouble de la personnalité limite, mais personne ne m’en voudra d’aimer crissement l’énergie tonitruante et sans concessions, qu’il dégage.

Je choisis donc de vous dire de tout mon cœur, quitte à y laisser ma peau et plus encore, que c’est LE livre à lire cette année. Je ne nuance même pas mon propos, lisez-le et voyez par vous-meme comme il fait de la magie! De la magie bouillonnante, criante, hurlante, révoltée et courageuse!

« J’ai envie de créer de la magie pis de filer dans le ciel comme une étoile, de laisser derrière moi une traînée de poudre magique et brillante. Mais on dirait que la magie fait peur au monde, pis y a personne qui a l’air capable de s’émouvoir encore des étoiles. Même les petites qui brillent super fort. »

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement Le Nouvel Attila pour leur confiance et l’envoi de ce livre.

Une saison pour les ombres, R.J Ellory

🐺Chronique🐺

« Le passé nous suit, aussi loin, aussi vite que l’on aille. »

Rien ne sert de courir, de fuir, de résister, la nuit, là-bas, à Jasperville, dure des mois, alors je vous prie de croire que les ombres ne vont pas se gêner de prendre l’espace. L’espace que certains laissent dans leurs liens, l’espace que le froid vous empêche de fouler du pied, l’espace que l’oisiveté n’a pas encore gâché, l’espace que vous leur laissez…Les ombres, là-bas, sont dévorantes: elles ne craignent rien, ni personne. Elles arrachent, lacèrent, détruisent tout. Une saison pour les ombres c’est bien assez de temps et d’espace pour faire son œuvre et ses dégâts, le froid fera le reste…Mais un appel survient. L’urgence rappelle Jack Devereaux, et lui fera payer son escapade de vingt-six ans: le karma réclame son dû…

« La conscience est un pays intérieur. »

C’est peut-être ce que j’ai préféré dans ce roman noir, les questionnements sur l’intériorité. L’appréhension d’être ou de faire quelque chose de mal, d’être condamné dans cette idée ou métaphore du monstre, de ne pouvoir sortir de sa condition extérieure ou intérieure malaisante, de toujours devoir faire face à des mensonges ou des actes de violences inouïes. Et crier au loup, encore et encore…Toujours l’accuser, lui, plutôt qu’eux. Parce que dire c’est lui, c’est le loup, c’est nier son intériorité, nier sa part d’ombre, nier l’acte de cruauté. Et puis comment faire? Comment est-ce qu’on se défait d’un attachement, d’un lieu, d’une malédiction? Pourquoi on bascule? Qu’est-ce que nos légendes, nos héritages, nos imaginaires, notre sang, disent de nous? Il y a-t-il au fin fond de nous, à l’intérieur, un lieu où les esprits mauvais tiennent le siège? Est-ce que Jasperville, de par sa position, aurait-elle, des bêtes plus présentes, des ombres plus féroces, des hommes plus enclins à perdre l’esprit? Peut-être, en tout cas, c’est les jeunes filles qui en pâtissent, sont retrouvées mortes, et c’est bien les hommes qui ne font pas leur part du boulot pour rendre justice, en criant aux loups ou autres légendes faisant partie intégrante de cette nature hostile…Mais qui ira à l’intérieur, qui ira à l’intérieur des choses et des foyers, qui osera seulement?

« Qui sait? On se recroisera peut-être un jour dans une situation où il n’est pas question de jeunes filles mortes et de psychopathes. »

On recroisera le froid, les ombres et les abandons dans cette histoire, jusqu’à en faire des flocons cristallisés de malheurs qui n’en finiront pas de tomber sur Jasperville. On croisera aussi, le talent indéfectible de R.J Ellory, qui chaque fois, malgré la noirceur du cœur des hommes, nous en ramène aussi des brisures lumineuses. On croisera évidemment, la violence parce qu’elle fait partie de ce monde. On croisera quelques bêtes sauvages, un fantôme ou deux, et des récurrences affreuses. On croisera le silence, les traumatismes, les tragédies domestiques, les promesses non tenues, les espoirs effacés, l’ignoble et l’indicible. Mais on ne croisera plus jamais Thérèse, Lisette, Anne-Louise, Fleur, Estelle, Virginie, Geneviève, Madeleine…

Et peut-être que vous croiserez, mon cœur brisé dans cette chronique, parce que à cet endroit précis, que je le suis…Je porte en moi les fantômes de celles qui ont disparues dans Une saison pour les ombres…

Coup de cœur, of course!

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement Sonatine éditions de leur confiance et l’envoi de ce livre.

L’enfant rivière, Isabelle Amonou

🪶Chronique🪶

« Il y avait une différence entre savoir et vivre. »

Savoir et vivre la maternité. Savoir et vivre la xénophobie. Savoir et vivre l’errance. Il y a effectivement une différence monumentale entre savoir ces états, et les vivre. Parce qu’être mère, être nowhere, être perdue dans un monde insensé, c’est ne rien savoir et tout vivre comme un déchaînement de remous incessants. Vivre au cœur de la violence, c’est savoir qu’elle est infinie, tenace, retorse, tempête. Vivre avec la violence, c’est savoir donner la vie à des stratagèmes de survie. Vivre c’est savoir que la violence est partout. Partout, dans la nature, dans l’environnement, dans la société, dans l’Histoire et les futurs anticipés, dans les mémoires et les imaginaires, dans le sang et les écrits. Les marques sont visibles et invisibles, mais toujours dévastatrices…Et il y a savoir et vivre, avec. Même si vivre, ce n’est pas tout à fait exact, c’est survivre qu’il conviendrait de dire. Mais dire, c’est d’abord oser dire, oser parler, oser dénoncer, oser combattre, oser défendre, oser s’insurger pour que chacun soit en droit de savoir. Mais souvent, le traumatisme est si grand, que ne serait-ce que, dire, est déjà, une tourmente…

« Parfois, la rivière ne rendait pas les corps. »

Zoé, Tom et Nathan, c’était une cellule familiale, une promesse, un chemin ordinaire et normé tout tracé…Mais Nathan est devenu L’enfant Rivière. Ne reste que le désarroi des parents, la résignation contre l’espoir féroce, l’instinct contre le chagrin, l’acharnement contre la fuite…Deux manières de vivre le drame, mais la même souffrance partagée, et toujours pas de mot pour désigner cet état…Petit à petit, l’histoire nous dévoile la disparition de l’enfant et les circonstances qui l’entoure. Et entre passé et futur, il y a des similitudes effroyables, des circonstances aggravantes, des fantômes désenchantés qui guettent et se répondent dans l’ombre…Les terres québécoises sont hantées de souffrances et de traumatismes, tous plus violents les uns que les autres, et laissent ces enfants à la dérive et en proie aux plus dévorants…Mais Zoé ne se résigne pas. C’est une femme forte et déterminée, elle prend tout ce qu’elle a dans le ventre, et cherche…

« Certains peuvent beaucoup et d’autres non. »

Elle cherche l’enfant, l’origine, le chemin. Elle cherche la raison, les réponses, l’invisible. Elle cherche la transmission, l’héritage, l’apaisement…Et peut-être ce que nous découvrons, nous lecteurs, c’est un portrait de femme atypique et captivant. Une femme puissante et fragile, qui tente de s’épanouir entre deux cultures, entre deux (dé)rives, entre deux mondes…

C’est une histoire qui m’a beaucoup touchée. Une histoire qui parle du peuple autochtone et des peuples migratoires, qui est entre l’hier et le demain, entre roman noir et quête initiatique. Immersif et renversant!

Ceci n’est pas un fait divers, Philippe Besson

🩸Chronique🩸

« Une femme était morte, c’était une chose sérieuse, une chose très grave, il n’y avait pas de place pour la comédie. »

Le nouveau roman de Philippe Besson nous plonge au cœur d’une tragédie familiale et dans la mécanique d’un meurtre abject. Un homme tuant sa femme. Un père tuant la mère de ses enfants. Une monstruosité insidieuse actuelle (et trop fréquente) que l’auteur dénonce avec brio, sous couvert de fiction, grâce à une intelligence émotionnelle et une délicatesse pudique envers ces personnes qui perdent, non seulement un être cher mais également, tous leurs repères sous les coups d’une masculinité hégémonique…

Ce n’est pas une comédie, ce n’est pas un fait divers, ce n’est plus tolérable ces danses de la mort…Ceci est un féminicide.

Féminicide. Le mot est posé. Il faut nommer les choses pour les combattre. Il faut dire et répéter-encore et encore-les choses, pour que la société entende-enfin- le problème. Il faut les écrire pour toucher le cœur des gens et sortir du silence pesant et poisseux.

Un féminicide. Ceci n’est pas un fait divers, loin de là, c’est une violence systémique silenciée. Car si certains s’acharnent à amoindrir, à nier, à vouloir effacer ce mot, d’autres prennent la plume, pour dire les choses, faire sortir du cadre établi l’horreur d’un continuum de violences plurielles, dénoncer la violence domestique et conjugale, ramener ce mot sur le plan politique et social ainsi que dans la sphère littéraire pour que les choses changent…

Un féminicide, ce n’est pas qu’une seule victime, on le comprend bien avec ces pages, c’est aussi, une famille pulvérisée et des enfants désemparés, qui en plus de la perte inconcevable d’une mère, en plus de la sidération d’avoir un père meurtrier, le pire était de constater l’ingérence de la société face à ce type de crimes et de violences très ciblées…

Ceci est un texte bouleversant.

Un texte qui fait la lumière sur les ombres d’un foyer. C’est un objectif braqué sur une scène de crime. Ce sont des faits violents et indétectables qui font le drame. C’est un témoignage de l’avant-après des victimes collatérales. C’est un épanchement. C’est un uppercut. C’est un déchirement. C’est deux enfants détruits, qui racontent l’indicible…

Difficile de rester insensible, calme, aveugle après une telle lecture…Car, ceci est un foudroiement. Ces quelques pages, sont des coups au cœur. Impossible de ne pas être foudroyée par le chagrin. Impossible de ne pas avoir des ratés dans le coeur, le souffle ou le pas de danse. Impossible de ne pas ramener à nos mémoires, les chiffres statistiques épouvantables de ces femmes qui meurent chaque année, en France et partout dans le monde. Le nouveau roman de Philippe Besson est beaucoup de ces choses sérieuses et graves qu’il faut nécessairement prendre en compte, mais autant vous le dire, c’est tout sauf un fait divers…Mais en revanche, ceci est le livre que je vous recommande de lire pour commencer cette rentrée littéraire 2023!

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement Alina Gurdiel ainsi que les éditions Julliard de leur confiance et l’envoi de ce livre.

La dernière ville sur terre, Thomas Mullen

Chronique:

« Il se demanda s’il existait un point de non-retour, une ligne tracée dans la terre, un fardeau de douleur et de souffrance au-delà duquel on ne pouvait jamais aller. »

Est-ce que La dernière ville sur terre saura trouver sa liberté, malgré le point de non-retour, malgré la douleur, malgré la limite?

Peut-on échapper à une épidémie? Peut-on échapper à la guerre? Peut-on réellement échapper aux fantômes? Jusqu’où peut-on aller? Tel sera le noeud de questions qui vont venir tour à tour prendre le souffle, enlever les convictions, terrasser les illusions quand l’inconnu.e s’invite sur les lieux…Bienvenue à Commonwealth. Ou pas.

Parce que personne n’est à l’abri même confiné, parce que toute personne est confrontée à l’autre, parce que la conscience viendra toujours tourmenter les hommes, il est important de reprendre les tenants et les aboutissants des décisions prises, pour ne pas à avoir à réitérer les mêmes erreurs que par le passé…La vie a tôt fait de nous rappeler nos finitudes, nos vulnérabilités, nos pires travers, peut-être qu’en allant à Commonwealth, voir ceux qui y vivent, travaillent, aiment, gèrent, protègent, vous soyez aussi pris, d’une gêne respiratoire, d’une peine de coeur, d’un sentiment malaisant tenace…Et pourtant, ce n’est « que le passé », un siècle nous sépare: 1918, la première guerre mondiale, l’épidémie de grippe espagnole mais les mots sont encore et toujours, similaires, à mon grand dam: quarantaine, violence, pénurie…Superposition étrange, écho réminiscent? Coincidence, hasard? Je ne crois pas, ça sonne trop juste, trop fort, trop intensément pour que l’on reste insensible à cette histoire, à ces familles, à ces drames. C’est trop récent pour ne pas y voir les miroirs du temps, qui nous mettent face à nous-mêmes…C’est tellement immersif, que l’on songe à nos propres manquements, à nos amours, à nos pertes incommensurables…Et pourtant, je crois que cette lecture est bienvenue. Une bienvenue pour réfléchir à l’Histoire, aux petits et grands événements qui changent des vies, irrémédiablement…Alors certes, il y a cette menace qui rôde, cette menace de fin, cette menace de mort, puisque c’est La dernière ville sur terre, mais c’est tout de même une bienvenue parce qu’il y a toujours l’opportunité de rencontrer des personnes attachantes, des valeurs fondamentales, des paysages sylvestres, des objections fuyantes et des situations démentielles propres à ce type d’épidémie meurtrière planétaire…Et qu’il est toujours intéressant de se confronter à ces dynamiques qui nous touchent de près, simplement parce que ça nous rappelle notre humanité et ce qu’on en fait, en période de crise…

« L’homme possède rien qui puisse pas lui être retiré. »

Qu’est-ce qu’on possède et qu’est-ce qu’on perd? Et comme je n’échappe à rien, je préfère laisser…Je laisse bien peu ce matin, parce que je me suis détachée du combat, des armes, et des masques…Je laisse bien peu, ce matin, parce que j’ai peur que la vie me retire les choses qui me qualifie, les gens que j’aime, une respiration déjà hachurée, un paysage enneigé que je n’aurai peut-être plus l’occasion de voir au vu de l’état du monde et de l’effort de guerre…Je laisse bien peu ce matin, que l’avant-poste d’une ville en plein désarroi, et peut-être l’espoir que d’autres décisions se prennent avec plus d’intelligence et de recul effectif, que la voix de Rebecca soit moins murmure, que les hommes cèdent moins à l’obscurité, qu’on apprenne à mieux vivre ensemble…Je laisse ce matin, c’est vrai, qu’un peu de dépouillement et quelque chose de grand à construire sur cela…Je laisse un peu de la conviction inébranlable que nous pouvons y arriver…Et le Coeur enrôlé à cette idée, je préfère aller jusqu’à laisser échapper vers vous ce sentiment d’urgence qu’il vous faut découvrir La dernière ville sur terre! Juste parce que rétropédaler peut déterminer la fenêtre de tir de nos futurs chemins…Je laisse quelques mots ce matin, tellement peu, peut-être, mais rien que de moins que la vérité: c’est une lecture qui va marquer les esprits et réveiller quelques fantômes!

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement les edition Rivages de leur confiance et l’envoi de ce livre.

L’antre, Brian Evenson

🚶🏻Chronique🚶🏻

« C’est trop souvent le problème, je me suis dit: nous ne savons pas poser les bonnes questions . »

Définir. Définir quelle serait alors la bonne question? Qui parle et qui répond? Qui est prêt à entendre les réponses et repositionner sa condition pour poser la future question?

Qui définit? Qu’est-ce qui définit? Qui définit les bonnes questions et les bonnes réponses? Que savons-nous? Qu’est-ce qu’on transmet? A-t-on le mot de passe? Est-ce qu’un terminal est assez large, assez compétent, assez subtil pour répondre aux questionnements philosophiques, identitaires et instinctifs des personnes?

« Existe-t-il une raison à ça? s’est interrogée une partie de moi qui s’éveillait. »

Être ou ne pas être, telle est la question, paraît-il…Alors, quand est-il de l’être, des êtres qui précèdent, des autres qui font peuple et environnement? Qui suis-je et qui est l’autre? Est-ce qu’il reste un « je », s’il n’y a plus personne? « Qui suis-je? » quand l’autre n’y est plus pour faire face à sa propre existence? Qui suis-je quand l’humanité a disparu de la surface de la terre? Et si je ne puis pas être, qui suis-je alors?

L’Antre c’est avant tout, un questionnement. C’est une conversation hypothétique entre un futur et un passé, deux temps qui s’étiolent et, où l’apocalypse s’est invitée…Un dialogue fortuit entre deux personnes dans un espace réduit anxiogène. Ne reste que quelques mots dérisoires sur une machine défaillante…

L’antre renvoie à notre intériorité, à notre identité, à notre corps, à notre condition, à notre finitude. C’est un lieu et un état, un entre-deux où personne ne se reconnaît, un antre où deux personnes ne s’identifient pas correctement…C’est une lecture qui interroge nos certitudes et nos données. Une lecture qui creuse nos méninges, nos mémoires, nos identités, et tranche dans nos chairs, nos noms, nos éternités…

« Peu importe ce qu’est la vérité. Ce qui importe, c’est l’impression qu’on en a. »

Grande. Ce livre m’a fait grande impression. Dans ce livre, il y a matière et matériaux. Des absences et des présences incertaines. Des impossibilités et des devenirs hantés. Un échange qui nous renvoie à nos peurs, à nos imaginaires, à nos instincts de survie. Brian Evenson ouvre un antre où les questions sont essentielles, terrifiantes, vivaces, existentielles, perspicaces, dérangeantes, vertigineuses, avant-gardistes….Et elles résistent en impression. Elles restent comme des traces indélébiles. Tout le charme de cette projection caverneuse et post-apocalyptique réside dans cette quête mystérieuse et philosophique de l’identité du personnage principal qui n’est que la réflexion de nos propres questionnements sur ce qui fait de nous, des êtres humains…Stupéfiant! À découvrir absolument!

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement Quidam Éditeur de leur confiance et l’envoi de ce livre.

Prendre soin de l’enfant intérieur, Thich Nhat Hanh

☀️Chronique:

Il est des rencontres à faire. Des rencontres inédites ou heureuses. Des rencontres fortuites ou ébouriffantes. Et si on allait rencontrer notre enfant intérieur? Et si on rencontrait le Bonheur? Qu’est-ce qu’on lui dirait? Qu’est-ce qu’on ferait?

Il est des moments de soin à s’accorder. Parce que c’est nécessaire, bienvenu, reposant. Parce que la fin d’année y est propice, parce qu’un peu d’attention envers soi peut être un geste révolutionnaire ou réconfortant. Parce qu’un peu de méditation est toujours bon à prendre, ce livre est comme une respiration profonde entre deux moments forts…

Faire cette lecture, c’est aller au devant de ses sensations, réfléchir sur nos craintes, s’assoir à côté de nos souffrances, lâcher prise sur le passé, respirer dans le présent, s’exercer pour la guérison future. Autant de petits challenges personnels à apprivoiser et faire sien(s) au moment qui vous sera opportun…Autant de graines à planter, arroser, faire fructifier…

J’ai marché pendant quelques jours avec l’esprit éveillé, le souffle ralenti, le corps détendu…J’ai lu et adoré ce petit livre pour la découverte philosophique du bouddhisme, l’enseignement de la respiration consciente, l’énergie positive qui s’en dégage. C’était très intéressant d’avoir une autre approche de réflexion sur nos blessures et la manière de les gérer. Une lecture à garder sur la table de chevet pour pouvoir y tendre plus facilement, pour retrouver l’état d’esprit du care, et sourire tout simplement avec cet enfant qui est en nous…Une édition collector lumineuse et ensoleillée!

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement les éditions Pocket de leur confiance et l’envoi de ce livre.

Previous Older Entries

En Féérie, il brille quelques poussières…

Enter your email address to follow this blog and receive notifications of new posts by email.

Rejoignez les 243 autres abonnés