Ecoute la ville tomber, Kate Tempest.

Couverture Ecoute la ville tomber


Synopsis: 

Becky, Harry, Leon. Ils quittent Londres en pleine nuit, une valise d’argent pour seule ressource, avec la furieuse envie d’échapper à tout et de se réinventer. Comment en sont-ils arrivés là ? Que cherchent-ils à fuir ? Kate Tempest attrape le lecteur à chaque phrase en évoquant ces enfants du désordre, abîmés par la solitude et les déceptions avant même d’avoir trente ans, mais qui s’obstinent à poursuivre leurs rêves. Vendre de la drogue, danser, s’étourdir, ne sont que des manières d’essayer de vivre, intensément, éperdument.


Ce que j’ai ressenti:

  • Entends l’effondrement des rêves…

C’est Becky, Pete, Harry, Léon et Londres…Mais ça pourrait être toi, moi, tes amis, ta ville…Tellement ce roman, il s’inscrit dans la réalité de nos jours. Vibrant, étonnant, puissant…Une réalité de jeunes trentenaires qui se débattent dans un quotidien absurde de superficialité, nimbée d’ombres d’addictions, avec une perspective d’avenir nébuleux…Une génération désenchantée. Ils n’ont pas encore renoncé à leurs rêves, mais ils ne l’ont pas encore touché du doigt non plus, alors ils se fracassent entre drogue et alcool, se drapent de fierté et donnent un dernier élan pour essayer d’atteindre leurs objectifs…Mais regarde les murs se craquellent…Et Ecoute la ville tomber

« La ville bâille, fait craquer ses phalanges. Regarde quelques pauvres âmes sombrer, par sa faute, dans la spirale de la folie. »

  • Entends la voix de Kate…

J’avais déjà eu un coup de foudre pour la plume de Kate Tempest avec Les nouveau anciens, et d’ailleurs elle y fait un très joli clin d’œil à la fin de son premier roman.  Dans Ecoute la ville tomber, on sent encore sa volonté de nous parler de la jeunesse soumise à des désordres affectifs et sociaux, mais avec une rage de vivre étourdissante. Addictif, violent, percutant. Kate Tempest arrive à capturer les états d’âmes écorchés, les ambitions folles, les corps meurtris, les rêves idéalistes, les cœurs brisés et les idées fulgurantes qui animent ses citadins et nous renvoie tout cela, dans une poésie fracassante…Entre le béton, les gris de l’âme, les bleus au corps, l’asphalte sans fin, le sang versé, les illusions perdues, Londres ne reluit pas vraiment, mais que veux-tu? …Ecoute la ville tomber

« Regarde la ville s’écrouler pour se relever à travers la brume et les mains rouges de sang. »

  • Entends le coup de coeur.

C’est le genre de lecture qui ne laisse pas indemne. Tu reçois en pleine figure, un coup de poing de solitude mortifiante et un uppercut de désespoir englué par les conséquences d’une ville vorace, et tu le ressens puissance Poésie, parce que l’écrivaine a un talent fou pour transmettre les mots et les émotions. Elle te rend accro aussi bien que groggy, d’intentions et d’instants suspendus. Je suis touchée par l’énergie qu’elle a d’être aussi à vif, et de le rendre en choc littéraire…Pour moi, même si je ressors un peu KO et bien vacillante à l’issue de cette lecture, je n’ai rien eu de moins, qu’un énorme coup de cœur…

 

« Chacun cherche cette étincelle qui donnera du sens à sa vie. Cette miette de perfection fuyante qui fera peut-être battre leur cœur plus fort. »

 

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

 

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Trop Humains, Sylvain Neuvel.

 

Couverture Les dossiers Thémis, tome 3 : Trop humains


Synopsis:

Neuf ans se sont écoulés depuis que Rose a sauvé l’Humanité du peuple Ekt, les créateurs de Thémis. Coincée sur leur planète en compagnie de Vincent et de sa fille Eva, elle cherche désespérément une solution pour rentrer chez eux. Mais sur Terre, rien n’est plus comme avant. Un nouvel ordre mondial s’est installé. De nouvelles alliances se sont formées et les anciennes divisions se sont renforcées alors que la troisième guerre mondiale menace d’éclater. Le monde est au bord de l’implosion… Rose, Vincent et Eva devront bientôt choisir leur camp et accomplir un ultime sacrifice.


Ce que j’ai ressenti:

Dossier EE1.0 et EE2.0
Journal de coup de cœur archivé.
Lieu: Top Secret.

Le Sommeil des Géants.

L’Eveil des Dieux.

Dossier EE3.0
Journal Personnel de Stelphique
Lieu: quelque part sur la Terre.

« Toujours faire attention à ce que l’on souhaite. » (p19 Trop humains.)

En Janvier 2017, j’ai vu entrer dans mon monde, une super nova littéraire, un coup de cœur fantastique pour le premier tome d’une saga de géants: Les Dossiers Thémis. Et j’ai souhaité la lire au plus vite , connaître tous les secrets de cette aventure mystérieuse à la croisée du thriller et de la science-fiction…Octobre 2018, j’ai fini le troisième tome avec autant de frénésie que pour le tout premier. 24 h pour lire les 450 pages…Alors quitte à souhaiter encore, lancer dans les étoiles un petit vœu de lectrice passionnée , j’aimerais que cette trilogie soit juste le premier cycle d’une longue saga…Parce qu’il est inconcevable de quitter cet univers…Je suis devenue Themisophile, et j’ai adoré ça! Eyesunt yesk!

Dossier EE0I
Dossier personnel D’esat Ekt
Entretien entre Thémis et Stelphique .
Lieu inconnu.

Déclinez moi votre nom et votre grade, s’il vous plaît.( p29 Le Sommeil des Géants)

Stelphique , Fée lectrice.

-Rappelez-moi les conclusions de votre rapport.( p25 Le Sommeil des géants )

-C’est simple, je sais quand un livre va me plaire quand j’arrête tout, pour le lire, que je grignote une nuit de sommeil pour suivre mes personnages préférés , quand je me couche les yeux piquants de fatigue et mouillés de larmes d’émotions vers 2h du matin…Tel fut mon expérience avec le dernier tome, Trop Humains de Sylvain Neuvel…Seuls, les lecteurs passionnés peuvent comprendre cette sensation. Là, je savais intimement qu’il y a eu cette connexion et une passion non feinte de féru de lecture SF, pour cette histoire pas comme les autres, une de celles qui résonnera toujours dans ma tête parce que, trois fois je suis partie dans les étoiles, et trois fois, mon cœur a pulvérisé les records de pulsations cardiaques. Une mission réussie!

Et qu’avez-vous fait après avoir rendu votre rapport? (P26 Le Sommeil des Géants)

-J’ai tenu à garder pour moi, un peu de ce plaisir, presque égoïstement pendant un temps , parce que je savais que j’avais mis le point final à une trilogie qui a su me transporter vers d’autres situations géo-politiques intéressantes, un éventuel envahissement extra-terrestre à faire trembler le monde, un voyage à l’intérieur d’un géant au delà des étoiles, un futur sombre fait de tensions armées…En somme, une expédition extraordinaire dans le temps et dans l’espace…J’avais envie de faire un au revoir temporaire à Kara, Vincent, Rose, Eva, Thémis parce qu’ils ont accompagné mes nuits d’insomnie, et remplie de leur joie de vivre, un peu de mon imagination, mais je sais qu’il me reste encore , le plaisir exquis de la relecture…Je ne pouvais tenir ce dossier indéfiniment dissimulé, alors j’ai rendu mon rapport au service secret qui saura le placer habilement dans ses archives, au rayon Coup de Cœur!

 

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

 

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement Claire ainsi que les éditions Le Livre de Poche Imaginaire pour l’envoi de ce livre! Merci de leur confiance, ce fut une lecture addictive!

 

La mort selon Turner, Tim Willocks.

Couverture La Mort selon Turner


Synopsis: 

Après La Religion et Les Douze Enfants de Paris, le nouvel opéra noir de Tim Willocks.

Lors d’un week-end arrosé au Cap, un jeune et riche Afrikaner renverse en voiture une jeune Noire sans logis qui erre dans la rue. Ni lui ni ses amis ne préviennent les secours alors que la victime agonise. La mère du chauffeur, Margot Le Roux, femme puissante qui règne sur les mines du Northern Cape, décide de couvrir son fils. Pourquoi compromettre une carrière qui s’annonce brillante à cause d’une pauvresse ? Dans un pays où la corruption règne à tous les étages, tout le monde s’en fout. Tout le monde, sauf Turner, un flic noir des Homicides. Lorsqu’il arrive sur le territoire des Le Roux, une région aride et désertique, la confrontation va être terrible, entre cet homme déterminé à faire la justice, à tout prix, et cette femme décidée à protéger son fils, à tout prix.

Le fauve Willocks est à nouveau lâché ! Délaissant le roman historique, il nous donne ici un véritable opéra noir, aussi puissant qu’hypnotique. On retrouve dans ce tableau au couteau de l’Afrique du Sud tout le souffle et l’ampleur du romancier, allié à une exceptionnelle force d’empathie. Loin de tout manichéisme, il nous fait profiter d’une rare proximité avec ses personnages, illustrant de la sorte la fameuse phrase de Jean Renoir : « Sur cette Terre, il y a quelque chose d’effroyable, c’est que tout le monde a ses raisons. »


Ce que j’ai ressenti: 

  • Rencontre explosive!

C’est rare, mais je tenais à le dire: je veux revoir, à tout prix, Radebe Turner! Il incarne cette idée de justice dans sa plus noble définition, envers et contre tout, en dépit de tout…Et ça, c’est précisément, tout ce que j’aime. Bref, j’ai adoré ce personnage, j’ai eu un coup de foudre pour cet homme de valeur, de sagesse, et sacrément déterminé. Un héros taillé, démesurément, pour les causes perdues…Un flic qui mène sa propre défense pour les êtres de « rien », ceux qu’on oublie au détour d’un carrefour, ceux qu’on laisse mourir à côté d’une poubelle, ceux dont personne ne se soucie…Lui, il va en faire son « leitmotiv », et je peux vous le dire que cette mission ne se fera pas dans la dentelle, ni dans les sourires entendus et hypocrites pour la hiérarchie …Un feu incroyable anime cet inspecteur, et il brûlera tout sur son passage…

« -Que justice soit faite même si les cieux dégringolent… »

  • A feu et à soif…

Le décor est planté en Afrique, Lankopf, Cap-Nord. L’air est irrespirable de trop de poussière, de trop de pouvoir empoisonné. Entre la chaleur abrutissante et la corruption imprégnée, difficile de se sentir bien sur ce petit bout de terre, à quelques pas d’un no man’s land de perdition…En partant, comme cela, bille en tête pour rendre justice à cette jeune fille sans nom, contre la famille Le Roux, dirigeante sur des kilomètres à la ronde, Turner n’avait pas idée des lourdes conséquences qu’il va engendrer. L’auteur plonge son héros en plein enfer, mais il le fait avec panache,lui donnant une assurance surdimensionnée et une soif de justice incompressible, qui ne va plaire à la reine des lieux…La descente policière n’est qu’un apocalyptique chaos à l’image de l’édifice de puissance de Margot Le Roux:  un western des temps modernes en terre africaine, avec fusillades et actes de violences en tout genre…

« Trouve la force du fer dans ton âme. Si le fer n’est pas là, c’est qu’il n’y a plus rien. »

 

  • Une plume flamboyante!

Tim Willocks m’a conquise dès le premier chapitre…Il a une écriture sensitive, furieuse, poétique, palpitante, empathique, magistrale qui fait que l’on ressent l’intensité de ces drames, la misère de cet environnement, la chaleur extrême, les inégalités honteuses, et la douleur intime de Turner. Je suis restée scotchée dans la scène du désert de sel, c’est presque insoutenable, et cela prouve bien que l’auteur a un immense talent. On a l’impression d’y être, de voir carrément l’horreur sous nos yeux, de sentir les effets de la déshydratation, de goûter le sel de ses scènes de violences, de toucher de près, la poisseuse main mise de la corruption, d’entendre la mort, à pas fracassant…Avec un tel personnage qui pousse cette envie de justice vers son idéal ultime et cette plume incroyablement sensible et bouleversante, j’ai eu un coup de coeur pour ce thriller noir. Stupéfiant, inattendu et puissant, mais vraiment, un énorme coup de coeur!

 

« Je suis donc assis dans une voiture avec un homme mort, mort avec de la poésie aux lèvres. »

 

Ma note Plaisir de Lecture sticker-fee-libellule 10/10

Remerciements: 

Je tiens à remercier très chaleureusement les éditions Sonatine, pour leur confiance et l’envoi de ce livre! Ce fut une lecture addictive!

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L’histoire sans fin, Michael Ende.

Couverture L'histoire sans fin


Synopsis: 

Bastien, un garçon de dix ans, déroba un jour un livre ancien qui le fascinait et se réfugia au grenier pour le lire. Un livre pas comme les autres…Il y était question d’un pays fantastique où vivaient une toute petite impératrice, des elfes, des monstres, un garçon à la peau verte…Un pays menacé de mort et rongé par un mal étrange. Et voilà que Bastien, irrésistiblement entrait dans l’histoire, une histoire fantastique qui recommençait avec lui, L’Histoire sans fin… Le roman de Michael Ende est un plaidoyer passionné pour le droit de fantaisie, à l’imagination, un rêve, dans un monde où ils n’existent presque plus.


Ce que j’ai ressenti:

 

Il était une fois…
…L’histoire sans fin…
Bientôt quarante ans, qu’elle illumine nos cœurs,
Autant d’Inspiration, et plaisir d’Autrefois,
A voir et à revoir le destin de Bastien,
Se perdre et se retrouver, au-delà des pleurs.

Le Néant avance mais le Pays Fantastique demeure
Les mensonges progressent mais les souvenirs se meurent…
Il faut sauver la Magie: la magie d’une bonne histoire!
Sois le nouvel empereur, et réécris dans le noir,
Ta propre destinée, aux côtés de Atréju
Grimpe sur le dos de Furchur, et zou!

Quelle imagination et belles rencontres,
Tant de lieux et d’animaux fabuleux,
Tant de courage qui va à l’encontre
Des pires lâchetés, c’est juste merveilleux!
Message de Poésie et d’Amour dans un Désir
On en voudrait tant des histoires à n’en plus finir…
Mon Vœu Véritable: Que se répande l’Eau de Vie
Que tous, lisent, cette histoire ci!

Et ils vécurent bien plus heureux,
Et ils eurent beaucoup d’histoires…
Mais cela, est une autre histoire
Qui sera contée, une autre fois…

 

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

Et que le vaste monde poursuive sa course folle, Colum McCann (LC avec Cannibal Lecteur).

Couverture Et que le vaste monde poursuive sa course folle


Synopsis: 

7 août 1974. Sur une corde tendue entre les Twin Towers s’élance un funambule. Un événement extraordinaire dans la vie de personnes ordinaires.
Corrigan, un prêtre irlandais, cherche Dieu au milieu des prostituées, des vieux, des miséreux du Bronx ; dans un luxueux appartement de Park Avenue, des mères de soldats disparus au Vietnam se réunissent pour partager leur douleur et découvrent qu’il y a entre elles des barrières que la mort même ne peut surmonter ; dans une prison new-yorkaise, Tillie, une prostituée épuisée, crie son désespoir de n’avoir su protéger sa fille et ses petits-enfants…
Une ronde de personnages dont les voix s’entremêlent pour restituer toute l’effervescence d’une époque. Porté par la grâce de l’écriture de Colum McCann, un roman vibrant, poignant, l’histoire d’un monde qui n’en finit pas de se relever.


Ce que j’ai ressenti:

  • Et comme une funambule, partir pour New-York….

C’est presque avec une certaine appréhension qu’on débute ce roman, parce qu’on sait qu’elle est là. La douleur, le souvenir du drame…New-York, le World Trade Center…Et comme un funambule, on se lance en coupant notre respiration, pour partir à la conquête de nos réminiscences et de l’imaginaire de Colum McCann. Une corde tendue entre les Deux Tours, un homme qui défit la vie et la mort, et en bas, les spectateurs de ce spectacle totalement fou. Sentir un New-York bruyant, grouillant, effervescent qui gravite autour de ce lieu et, plonger dans leurs quotidiens, souvent chaotiques. Voir d’en haut les destins de ces gens ordinaires, goûter un peu de leurs vies souvent brisées dans une de ses chutes vertigineuses que nous réserve le destin. Contempler d’en-bas ce qui se cache derrière leurs façades et les sourires empruntés…

Colum McCann n’a pas son pareil pour nous faire revivre, dans un New-York des années 70, les éclats d’existences.

« On avait maintenant deux immenses buildings qui trouaient les nuages. Le verre reflétait le ciel, la nuit, les couleurs, le progrès, la beauté, le capitalisme. »

  • …Danser sur le fil des mots…

Colum McCann m’a éblouie. Avant même la page 35, j’ai eu un coup de foudre pour un des ses personnages : Corrigan. C’est le genre de personnage qui me touche dans son étrange façon de mener sa vie, tellement entier, au dépit du bon sens ou de son confort, il donne tout. Tout. Son temps, son altruisme, son aide, sa dévotion, sa vie, son idéalisme. Les autres personnages ne sont, bien sûr, pas en reste, mais Corrigan avait quelque chose de spécial, à vagabonder toujours comme ça dans les rues, pour se confronter de près avec la violence.

« Peut-être était-ce de la naïveté, mais il s’en fichait, il préférait mourir le cœur à nu, disait-il et surtout ne pas finir du côté des cyniques. »  

Mais tout du long, cet auteur m’a transportée dans une brume de beauté lyrique, j’ai dansé sur les paragraphes d’émotions, des vides et des espaces sublimés par une plume douce, effleurant des courants d’air et des souffles de drames, je me suis laissée bercer sur le câble de son intrigue en m’émerveillant de ses points d’impacts entre chacune des vies qui se croisent…

« Pas à pas, pense Jaslyn, nous trébuchons dans le silence, à petits bruits, nous trouvons chez les autres de quoi poursuivre nos vies. Et c’est presque assez. » 

  • En équilibre, pour d’infinis changements…

« Il est plus difficile de faire le bien que le mal. Les malveillants le savent mieux que les autres, voilà pourquoi ils deviennent mauvais. Et pourquoi ils le restent. Le mal est l’apanage de ceux qui jamais n’atteindront la vérité. C’est le masque de la bêtise, du manque d’amour. On peut bien rire de la bonté, la trouver mièvre et dépassée, qu’importe- Ce n’est rien de tout ça, il faut se battre pour la préserver. »

Je pense avoir trouvé encore un auteur à suivre de, très près. Et trouver aussi une place toute spéciale dans ma bibliothèque, où son funambule pourra continuer de s’exercer, à son aise, sans risque de chute. Un endroit réservé dans mon esprit où il pourra continuer de me faire voir la vie à l’aube d’un bouleversement. Quelque part en apesanteur, garder à l’esprit que la vie est un équilibre précaire, où beautés et drames se rencontrent…C’est typiquement le genre de lecture qui te hante encore même, après la dernière page tournée, parce que tu sais que tu viens de faire un shoot d’adrénaline, là-haut, perchée à regarder un passé qui se délite et un présent qui change imperceptiblement…

Et dans le futur, prévoir une relecture…Assise en position de yoga, à se dire…Et que le vaste monde poursuive sa course folle…. 


« Son terrain, c’était le bonheur : un bonheur à définir, à traquer, à extirper de l’oubli. »
Ma note Plaisir de Lecture   9/10

Critique de Cannibal Lecteur :
Ce que je recherche dans une lecture, ce n’est pas le côté bling-bling des personnages (sauf s’il est intéressant), mais plutôt des tranches de vie de Ceux-D’En-Bas, de Ceux-Dont-On-Ne-Doit-Pas-S’Occuper…

Parce que bien souvent, nos pays « civilisés » s’occupent plus de choses futiles ou d’aller balayer le paillasson du voisin, que des problèmes importants dont souffrent ses concitoyens.

Ce roman fait la part belle à des tranches de vie des gens d’en bas : prostituées, mères ayant perdu un (des) fils au Vietnam, pseudos artistes victimes de la poudreuse (la drogue, pas la neige), prêtre irlandais faisant ce qu’il peut pour aider son prochain,…

On pourrait croire que les différentes parties qui composent ce livre sont en fait des nouvelles, mais non.

Si au départ, tout le monde a l’air de naviguer dans ses propres eaux, on remarque, au fil de sa navigation, que tout le monde est en train de se rejoindre sur le grand fleuve de la Vie et que tout ce petit monde va interagir ensemble, avec, en toile de fond, en fil d’Ariane, ce funambule qui, en 1974, tendis un câble entre les Twin Towers et y dansa durant plus d’une heure.

J’ai adoré les passages avec le prêtre irlandais, Corrigan, rejoint à New-York par son frère Ciaran, et son implication en tant qu’Homme de Dieu pour aider les plus faibles, dont les prostituées du quartier. La plume de l’auteur m’a emporté dans les quartiers miséreux, dans les ghetto et j’ai eu du mal à redescendre sur Terre. Magnifique !

Je me suis régalée des passages avec l’entrainement du funambule, j’ai dévoré ceux avec Tizzie, la prostituée embarquée durant une descente de police et qui, du fond de sa prison, nous contera sa vie bien remplie, ses rêves, ses envies et tout ce qui a foiré à un moment donné.

J’ai été estomaquée de lire le compte-rendu de l’accident par celle qui en était responsable indirectement, j’ai dévoré sa vie d’artiste consumée par la Blanche et les fêtes à l’excès, j’ai aimé suivre son cheminement vers la rédemption. Tout comme j’ai avalé l’histoire de Gloria, jeune fille Noire durant les années 30 et cette ségrégation qui me donne toujours froid dans le dos.

En fait, là où je me suis le plus ennuyée, c’est dans la partie avec les femmes ayant perdu un enfant au Vietnam… Bizarrement, alors que le sujet aurait dû me plaire, j’ai perdu le fil de l’histoire, le plume de l’auteur ne m’a pas emporté durant ce chapitre là et j’ai complètement passé au travers au point de le sauter en entier.

Malgré ce chapitre loupé par moi, tout le reste m’a enchanté, subjugué, emporté, et une fois que je me replongeais dans les pages, je n’étais plus là pour personne tant ces vies étaient intéressantes à découvrir.

Je ne mettrai sans doute jamais les pieds aux États-Unis, mais je pourrai dire que grâce à la lecture, j’ai voyagé dans tout le pays et rencontré bien de ses habitants, et pas uniquement les gens d’En-Haut, mais plus souvent ceux d’En-Bas, ceux qui sont les plus intéressants à lire.

3,9/4 Sherlock

       

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

Sirius, Stéphane Servant.

Pourquoi je l’ai choisi:

Je suis attentive aux retours de la blogosphère, surtout quand c’est un livre « moins » en vue, alors quand j’ai vu que les coups de coeur s’accumulaient autour de cette nouveauté Jeunesse, j’ai eu envie de pousser la curiosité, jusqu’à le découvrir aussi….

Synopsis:

Alors que le monde se meurt, Avril, une jeune fille, tente tant bien que mal d’élever Kid. Entre leurs expéditions pour trouver de la nourriture et les leçons données au petit garçon, le temps s’écoule doucement… jusqu’au jour où le mystérieux passé d’Avril les jette brutalement sur la route. Il leur faut maintenant survivre sur une terre stérile pleine de dangers. Stéphane Servant, avec tout son talent de conteur, nous plonge dans un univers post-apocalyptique aussi fascinant que vénéneux. Une lecture addictive !

Ce que j’ai ressenti: « Nous sommes lé zétoiles de la Constellation. » 

« -Moi, en attendant d’être mort, j’espère qu’on sera vivants. »

Il est temps de rallumer les zétoiles et d’aller en direction de Sirius avec l’adorable Kid et sa grande soeur Avril. En plus Kid, lé un garçon trop attendrissant, hyper sensible, et surtout un des derniers enfants à naître sur Terre. Alors le suivre, c’est suivre encore un peu d’innocence dans un monde en déclin. En effet, un terrible virus inexpliqué a tué la vie autant que l’espoir. Plus rien ne pousse, plus rien ne naît, plus rien de bon n’arrive. Reste le chaos. Alors mû par un courage et une étincelle de volonté, ses deux enfants traqués entame un long chemin vers ce qui leur parait, comme un eldorado possible, aller au devant de leurs souvenirs dans une quête d’illusion utopique, que la Montagne sera leur nouveau foyer…Mais le monde se meurt, les étoiles tombent du ciel, et l’humanité semble être pris dans une tourmente de folie….

« Kid alors compris que la beauté ne pouvait se départir de la liberté. Ce que l’on possède finit par perdre tout éclat. Comme si la liberté était l’essence même de la beauté. »

Avec une plume magnifique, Stéphane Servant nous conte un monde post-apocalyptique effrayant et désenchanté, mais dans la douceur et la naïveté de ses deux enfants, ce livre Jeunesse devient une étoile resplendissante, aussi brillante que son nom l’indique: Sirius. C’est un road-trip d’une beauté ravageuse, un livre qui sensibilise sur l’environnement, et une formidable histoire de fratrie. Il est dans ce livre des instants de poésie pure et une connexion avec la Nature qui redonne un souffle de vie dans ce panorama où règne le désespoir et la violence. Cette lecture, elle m’a bouleversée parce qu’il y a cet espoir candide mélangé à un désespoir infini, et cette histoire va longtemps résonner en moi…

 A quoi pourrait bien ressembler le monde si le ciel se vidait de ses étoiles? A quoi pourrait bien ressembler la vie si plus jamais on ne pouvait faire un vœu?

Cet auteur sublime l’anticipation de son récit avec l’idée d’un lien plus « instinctif » avec la Nature mais, aussi dans son antagonisme avec la « communication » entre les espèces vivantes.  J’ai trouvé cela magnifique, d’autant plus que ces pages bien « spéciales » sont d’une beauté lyrique lumineuse et viennent enrichir le compte à rebours des chapitres allant decrescendo vers une fin où, l’avenir est incertain…Il y a une certaine bienveillance dans ces pages, sans doute, parce qu’il est classé en Jeunesse, mais cette étiquette ne doit pas en refréner certains, parce que ce livre offre de puissantes émotions et réflexions sur nos comportements irréfléchis envers notre chère planète, mais je dirai aussi que l’auteur possède un œil plutôt avisé sur les relations humaines. En abordant des thèmes forts comme le fanatisme et la folie du désespoir, l’altruisme et la transmission du savoir, Stéphane Servant montre les deux facettes de l’espèce humaine et finalement, le monde qu’il réinvente dans Sirius, est un idéal intéressant à atteindre…

« Depuis que la vie s’était tue, le monde n’était que silence. »

En bref, c’était une très belle lecture! Si jamais, vous voyiez une étoile turquoise briller sur les étals, n’oubliez de la prendre entre vos mains, il se pourrait que vous alliez bientôt faire partie de la Constellation…Sirius a éclairé mon p’tit monde, et y laissera une traînée scintillante dans mon cœur de lectrice…

 

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Les fantômes de Manhattan, R.J. Ellory.

Couverture Les fantômes de Manhattan

Pourquoi je l’ai choisi:

Ce n’est plus un secret, si vous suivez le blog, chaque nouveau livre de l’auteur R.J.Ellory est un grand événement en Féerie. Cette année encore, l’euphorie était au rendez-vous, peut être plus encore, en découvrant le synopsis…

Synopsis:

Annie O’Neill, 31 ans, est une jeune fille discrète. Elle tient une petite librairie en plein cœur de Manhattan, fréquentée par quelques clients aussi solitaires et marginaux qu’elle. Son existence est bouleversée par la visite d’un nommé Forrester, qui se présente comme un très bon ami de ses parents, qu’elle n’a pratiquement pas connus. L’homme est venu lui remettre un manuscrit. Celui-ci raconte l’histoire d’un certain Haim Kruszwica, adopté par un soldat américain lors de la libération de Dachau, devenu ensuite une des grandes figures du banditisme new-yorkais. Quel rapport avec l’histoire intime d’Annie ? Et pourquoi le dénommé Forrester est-il si réticent à lui avouer la vérité ? Lorsqu’elle lui sera enfin dévoilée, celle-ci sera plus inattendue et incroyable que tout ce qu’elle a pu imaginer.

Les personnages:

Annie O’Neil est une libraire paisible, qui voit son quotidien prendre une certaine effervescence et faire resurgir des souvenirs oubliés et de nouvelles passions. Peut être parce que c’est une femme, qu’elle a une certaine sensibilité et une passion pour les livres, j’ai eu un bon feeling avec cette héroïne.

Jack Sullivan est un ami extraordinaire, du genre de ceux, qu’on adorerait avoir dans la vie réelle….L’amitié qu’il éprouve envers Annie est jolie, pleine de tendresse et complètement désintéressée.

J’ai beaucoup aimé aussi les personnages de Harry Rose et son acolyte Johnnie Redbird dans leur duo d’escrocs « dignes »…

Ce que j’ai ressenti:…Hantée de passions…

Je ne me lasserai jamais de lire une histoire, racontée par R.J.Ellory. Tout simplement parce qu’il a l’art et la manière  d’écrire avec une poésie lumineuse de sombres romans noirs. Je suis conquise à chaque fois, parce qu’il a une façon bien particulière de connecter son imagination aux interrogations contemporaines, de faire revivre l’Histoire dans ses tragédies, et de voir encore, toute la beauté du monde et la simplicité de la vie…Les Fantômes de Manhattan est le deuxième roman écrit par cet auteur, et je me fais une joie de voir tous ses romans qui resurgissent de l’ombre, pour que nous puissions nous délecter du plaisir d’être emporté dans ses intenses lectures. Dixième roman de mon auteur favori publié par ma maison d’éditions Chouchou , Sonatine éditions , c’est une coïncidence heureuse puisqu’elle fête ses 10 ans, cette année. Alors, ça se fête en fanfare avec d’aussi belles publications, et je leur souhaite encore un bon anniversaire et pleins d’aussi jolies pépites à leur catalogue, (déjà bien riche!)…

« Elle les accueillait, tous autant qu’ils étaient, parce qu’il lui restait encore assez d’idéalisme pour croire qu’un livre avait le pouvoir de changer une vie. » p16 

Dans Les fantômes de Manhattan, les livres sont là, hantant les lieux, les pages, les personnages…Et puis, il y a les personnages de fiction dans la fiction, dansant autour du feu de l’intrigue…Les livres, encore et toujours, un moyen de mieux comprendre sa vie, de mieux se comprendre, mieux comprendre le monde qui nous entoure…Forrester, cet inconnu mystérieux, en apportant une histoire inachevée et inédite, et sous l’impulsion d’un Club de Lecture, va complètement réorienter le destin de Annie…Il arrive avec des lettres, qui viennent s’échouer sur des plages désertes de souvenirs personnels de cette jeune femme et ce manuscrit qui pèsent plus lourd en conséquences que l’idée de quelques feuilles volantes un peu noircies d’encre : en voilà un très bon départ vers des tourbillons d’émotions…Le pouvoir des mots et des histoires, qui racontent des morceaux d’Histoire, des destins mêlés, des horreurs et des beautés. La lecture au coeur de tout, ou tous nos amours dans les lectures: Annie va le vivre très intensément, à la lumière de la passion….

« Les fantômes s’en sont allés, se dit-elle. Enfin-et peut-être pour toujours-, les fantômes s’en sont allés. »

Ce que j’admire le plus dans les livres de R.J Ellory, et c’est d’autant plus vrai avec ce nouveau livre, c’est sa capacité à relier. Relier les événements, relier le monde, relier les histoires, relier les gens. Dans ses écrits, il s’efforce toujours de connecter ses intrigues dans un contexte historique et ici, on traverse le passé de l’Europe et de l’Amérique, dans ses parts sombres de violence, mais on retrouve également, cette petite étincelle d’espoir qui tend vers l’Autre. Cette Annie orpheline et solitaire, va au cours de ce roman , se rendre compte qu’elle fait partie de ce monde, qu’elle est la somme d’un amour, qu’elle n’est pas qu’un électron lambda, qu’elle est ici et maintenant sur la planète, et qu’il lui faut vivre sa vie, et non pas se laisser porter entre solitude et dépression…Elle n’est pas fantôme, mais bien vivante! C’est inspirant, mais sous la plume de cet auteur, c’est juste renversant…

« La femme que je suis maintenant aspire à un autre genre de vie. »p350

Pour la force de cette histoire et l’ingéniosité de cette intrigue, parce que cet auteur a un talent fou, ce livre est un Coup de Coeur.

« Pourquoi fallait-il que la profondeur de l’amour ne se mesure qu’à l’aune du malheur de la perte? »

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement Muriel et les éditions Sonatine pour l’envoi de ce livre! Ce fut un coup de coeur!

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Le moulin à paroles, Christos / Julie Ricossé

Couverture Le moulin à paroles

 

 

Synopsis:

Tous les jours, en haut de la colline, le moulin à paroles faisait valser les syllabes des conversations du village dans ses grandes ailes colorées. Ainsi, il créait des expressions amusantes pour les enfants, des phrases irréprochables pour l’école, des mots à tiroir pour les menuisiers, des adjectifs bien moulus pour les épiceries et bien d’autres merveilles que le meunier distribuait chaque matin.

Mais un jour, le maire décida de moderniser le village et installa un distributeur automatique de mots…

Ce que nous avons ressenti:

Un moulin à paroles. Brasser les mots et faire ressortir milles et une nuances de petites et grandes associations, de mettre en évidence les extravagances du langage et choisir les sons farfelus qui feront sourire par leur fantaisie. Être poète des temps modernes en lançant des mots destructurés en l’air dans un ensemble d’illustrations géométriques: C’est ici que se trouve toute la beauté et l’intérêt de cet album!

Nous avons été sous le charme de cette proposition originale de l’idée d’un Moulin à paroles généreux en mots et en idées pétillantes. Si Maman a adoré la morale qui se cache derrière ses pages, Jazzelfique aura bien aimé, quand à elle, l’humour de ces petites perles cachées dans le décor…Une double interprétation donc, selon l’âge qui nous fait sentir que la modernité perd de son charme si elle est associée à une quelconque idée de profit…De couleurs chaudes à froides, l’enfant peut se rendre compte intuitivement de cette perte de gaieté quand le distributeur automatique de mots prend sa place dans le village…

Partager cette lecture pendant l’instant précieux de l’Histoire du Soir, c’est prendre le temps de parler de l’expression d’un Moulin à paroles, d’expliquer que la pauvreté du langage pourrait amener vers une pensée étroite…Alors, tu lances toi aussi, des mots en l’air comme Poésie, Fantaisie, Passion…Tu t’improvises des pâles d’énergies positives brassant l’air du temps comme le fait ce Moulin à Paroles, et tu essayes de faire sentir à la génération suivante, les parfums et la richesse du vocabulaire…

 

Notre Note Plaisir de Lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Balivernes pour l’envoi de cet album. Nous avons adoré cette histoire, pleine de fantaisie!

 

Les intrus, Lauren Oliver.

Couverture Les intrus

Pourquoi je l’ai choisi:

Je ne sais pas résister à une bonne histoire de revenants, et je connaissais déjà la plume de Lauren Oliver en Jeunesse et pour laquelle, j’avais déjà bien succombé au charme de son imagination…J’étais donc curieuse de la découvrir dans un autre genre…

Synopsis:

À la mort de Richard Walker, un vieil homme solitaire, acariâtre et très riche, son ex-femme, ses deux enfants et sa petite-fille retournent dans la maison familiale pour la succession. Mais la bâtisse est hantée. Hantée par des souvenirs d’enfance qui ressurgissent à mesure que les nouveaux arrivants se réapproprient les lieux. Hantée également par de vrais fantômes qui observent et commentent les agissements de chacun, en espérant qu’un jour, enfin, ils pourront quitter les lieux à tout jamais. La très guindée Alice et la cynique Sandra, toutes deux mortes depuis longtemps, sont peu disposées à laisser la place aux nouveaux occupants. Les deux fantômes jouent des coudes pour rester maîtresses de leur propriété au travers de laquelle elles communiquent : escalier qui grince, radiateur qui siffle et ampoules qui grésillent remplacent les mots pour communiquer avec les nouveaux locataires. Mais bientôt, les vivants comme les morts seront confrontés à leur passé et à des vérités douloureuses…

Les personnages:

Je me suis beaucoup attachée aux deux fantômes féminins de cette maison, Alice et Sandra, sensible à leurs peines et tracas de leurs conditions, pour finalement être bouleversée par leurs histoires vécues dans leurs autres vies. D’ailleurs, c’est bel et bien les ombres qui prennent toute la lumière dans cette intrigue avec leurs mystères secrets…Fascinée par leurs échanges et petits apartés, entre les non-dits des vivants de la famille Walker…

C’est peut être le petit bémol de ce livre : c’est que j’ai eu un peu de mal avec la famille Walker. Ils m’ont paru bien fades, comparé à la consistance des fantômes, un poil dérangée aussi, par leurs petites afflictions puériles…

Ce que j’ai ressenti:

Quelle langue parlons- nous? Celle des craquements et des murmures, des grognements et des frémissements. Mais vous le savez. Vous nous avez entendus. Simplement , vous n’avez pas su interpréter ces sons.

Bienvenue dans le manoir des Walker, où les secrets et les morts se murmurent, dans les salles de cette grande demeure. Les Pièces deviennent Personnages car elles sont remplies d’histoires hantées, d’êtres coincés dans leur déni passé, et le Manoir a bien des choses à dire… Ces fantômes tiennent à se manifester d’une manière ou d’une autre, et tant pis, pour les vivants qui se murent dans leurs chagrins à coups de névroses honteuses…Ouvrez bien les oreilles, il se pourrait que vous les entendiez ces esprits frappeurs au détour d’une canalisation, ou d’une page écrite d’un temps révolu…Les Intrus souhaitent un embrasement, et mettent le feu aux poudres de ses habitants toxiques…

Le passé remue sous les cendres, ses pétales soulèvent la poussière.

Tout d’abord, j’ai adoré la plume de cette auteure, c’est fou cette poésie et cette façon si sensible de décrire ces sensations si fugaces, et pourtant bel et bien humaines, qui nous relie à ce monde. C’est le gros point fort de ce livre, cette sensibilité à fleur de mots. En prenant le choix de faire parler ses fantômes, Lauren Oliver embellit toutes nos petites habitudes qui leur sont maintenant inaccessibles, et rend ces petits instants intimes précieux. Et, puis cette façon particulière de nous mener de pièces en pièces,  pour nous présenter des scènes de vies et de tourments intérieurs qui jouent toujours sur la ligne très sensible entre la vie et la mort. C’est un roman trouble, opaque de secrets et de fractures que l’on pressent entre les lignes, et qui te hante encore longtemps après que tu aies refermé ces pages…Il me reste encore une impression de voile poétique de pensées noires, à avoir traversé ainsi les souffrances de ses énergies prisonnières des murs…

Parce qu’au bout du compte, immanquablement, l’infini gagne.

J’ai passé un agréable moment avec cette histoire et encore une fois, cette auteure me bluffe par tant d’imagination et de petits détails qui font que cet incroyable version « Rooms haunted » a de quoi vous faire dresser les poils…Jusqu’à la fin, elle maintient un suspense et une ambiance oppressante, fait de révélations en apparitions, qui vous maintiennent une bonne partie de la nuit, éveillés et presque médium, le temps de la visite des lieux…

Chaque fois qu’un cœur se brise, une luciole naît.

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement Léa des éditions Livre de Poche Imaginaire pour l’envoi de ce livre. Ce fût une découverte envoûtante…

Les Ferrailleurs, tome 2 : Le Faubourg, Edward Carey.

Les Ferrailleurs, tome 2 : Le faubourg par Carey

Pourquoi je l’ai choisi:

Je vous l’avais dit, j’étais très impatiente de lire la suite de cette saga fantastique des Ferrailleurs, et l’attente va être longue, pour la suite et fin de cette trilogie…

Synopsis:

Rien ne va plus depuis que le Château de l’extravagante famille Ferrayor a croulé sous l’assaut des objets rendus à la vie. Le jeune Clod, ayant perdu forme humaine, erre de ruelles en échoppes dans une ville ravagée par la crasse et la pauvreté ; sa complice Lucy Pennant, elle, est ensevelie sous les décombres du manoir, où elle fait la rencontre d’une créature aussi monstrueuse qu’attachante. Pourchassés, nos deux héros vont devoir se réunir pour déjouer les plans de Grand-Père Umbitt, qui règne en tyran sur le peuple asservi du Faubourg.

Ce que j’ai ressenti: Changement de décor, mais toujours autant de charme obscur…

Quand j’ouvre ce deuxième tome de la trilogie, je retrouve immédiatement cette ambiance sombre et délicate, ce style inimitable de Edward Carey…Et la magie fonctionne encore, parce qu’il a cette grâce de savoir créer un vrai monde à part, avec ses règles et ses étrangetés. Avec Le Faubourg, il nous ouvre encore un peu plus son univers, lui conférant un autre aspect que la vie de Château, étend notre regard sur d’autres horizons encore moins reluisant de ce Londres revisité. Et quelle fantaisie grisâtre dans ces rues qui se balade encore allègrement! C’est étourdissant d’immondices et de rencontres insalubres…

« Vivace est la beauté, elle ne se laissera jamais enterrer. »

Lucy Pennant et Clod Ferrayor ne sont pas au bout de leurs peines, pour tenter de comprendre et d’infléchir la volonté du maître des lieux…A coups de tentatives infructueuses et de rencontres chanceuses, ils se découvrent plus enhardis, moins insignifiants, et nous lecteurs,  de les suivre dans leurs folles aventures, on découvre deux adolescents étranges et attachants avec leurs doutes, leurs failles et leurs tracas. Leur passage à l’âge adulte se fait dans la lutte pour les autres dans une obscure farandole d’objets doués de paroles, et ils en sortent grandis, et plus proche que jamais, tout en étant à chaque fois séparés…Chapitre après chapitre, leur histoire d’amour s’inscrit dans cette intention de faire bouger les choses… Heu, les objets… Heu pardon, les gens…*Veuillez m’excuser, je suis encore dans les brumes d’un rêve…Pourquoi ai-je un demi-souverain dans la poche?!*

Les hommes dans les guerres perdent leur âme, elle est foulée aux pieds, je l’ai vu, il n’y a plus d’individus, rien qu’une masse, une grande masse qui court à son anéantissement.

Je craque carrément pour cette plume poétique et gothique, et ces moments de lectures me sont précieux car cette plongée dans un imaginaire si prégnant, devient un délice de découverte. On ne sait jamais à quoi s’attendre, puisque c’est totalement loufoque, plein de folie douce, délicieusement inventif…Et puis, ces jeux de mots, cette qualité de métaphores, c’est juste fantastique! Vous l’aurez sans doute compris, j’ai plus que hâte de lire La Ville, tome 3 de cette trilogie pleine de surprises….

« Je suis sujette à des rêves incroyables. Nanny me dit que je ne devrais pas lire autant de livres, que si je continue à ce rythme, ils finiront par me tuer. »

 

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Le livre de Poche Imaginaire pour l’envoi de ce livre! Ce fût une lecture fascinante.

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En Féérie, il brille quelques poussières…

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