Et que le vaste monde poursuive sa course folle, Colum McCann (LC avec Cannibal Lecteur).

Couverture Et que le vaste monde poursuive sa course folle


Synopsis: 

7 août 1974. Sur une corde tendue entre les Twin Towers s’élance un funambule. Un événement extraordinaire dans la vie de personnes ordinaires.
Corrigan, un prêtre irlandais, cherche Dieu au milieu des prostituées, des vieux, des miséreux du Bronx ; dans un luxueux appartement de Park Avenue, des mères de soldats disparus au Vietnam se réunissent pour partager leur douleur et découvrent qu’il y a entre elles des barrières que la mort même ne peut surmonter ; dans une prison new-yorkaise, Tillie, une prostituée épuisée, crie son désespoir de n’avoir su protéger sa fille et ses petits-enfants…
Une ronde de personnages dont les voix s’entremêlent pour restituer toute l’effervescence d’une époque. Porté par la grâce de l’écriture de Colum McCann, un roman vibrant, poignant, l’histoire d’un monde qui n’en finit pas de se relever.


Ce que j’ai ressenti:

  • Et comme une funambule, partir pour New-York….

C’est presque avec une certaine appréhension qu’on débute ce roman, parce qu’on sait qu’elle est là. La douleur, le souvenir du drame…New-York, le World Trade Center…Et comme un funambule, on se lance en coupant notre respiration, pour partir à la conquête de nos réminiscences et de l’imaginaire de Colum McCann. Une corde tendue entre les Deux Tours, un homme qui défit la vie et la mort, et en bas, les spectateurs de ce spectacle totalement fou. Sentir un New-York bruyant, grouillant, effervescent qui gravite autour de ce lieu et, plonger dans leurs quotidiens, souvent chaotiques. Voir d’en haut les destins de ces gens ordinaires, goûter un peu de leurs vies souvent brisées dans une de ses chutes vertigineuses que nous réserve le destin. Contempler d’en-bas ce qui se cache derrière leurs façades et les sourires empruntés…

Colum McCann n’a pas son pareil pour nous faire revivre, dans un New-York des années 70, les éclats d’existences.

« On avait maintenant deux immenses buildings qui trouaient les nuages. Le verre reflétait le ciel, la nuit, les couleurs, le progrès, la beauté, le capitalisme. »

  • …Danser sur le fil des mots…

Colum McCann m’a éblouie. Avant même la page 35, j’ai eu un coup de foudre pour un des ses personnages : Corrigan. C’est le genre de personnage qui me touche dans son étrange façon de mener sa vie, tellement entier, au dépit du bon sens ou de son confort, il donne tout. Tout. Son temps, son altruisme, son aide, sa dévotion, sa vie, son idéalisme. Les autres personnages ne sont, bien sûr, pas en reste, mais Corrigan avait quelque chose de spécial, à vagabonder toujours comme ça dans les rues, pour se confronter de près avec la violence.

« Peut-être était-ce de la naïveté, mais il s’en fichait, il préférait mourir le cœur à nu, disait-il et surtout ne pas finir du côté des cyniques. »  

Mais tout du long, cet auteur m’a transportée dans une brume de beauté lyrique, j’ai dansé sur les paragraphes d’émotions, des vides et des espaces sublimés par une plume douce, effleurant des courants d’air et des souffles de drames, je me suis laissée bercer sur le câble de son intrigue en m’émerveillant de ses points d’impacts entre chacune des vies qui se croisent…

« Pas à pas, pense Jaslyn, nous trébuchons dans le silence, à petits bruits, nous trouvons chez les autres de quoi poursuivre nos vies. Et c’est presque assez. » 

  • En équilibre, pour d’infinis changements…

« Il est plus difficile de faire le bien que le mal. Les malveillants le savent mieux que les autres, voilà pourquoi ils deviennent mauvais. Et pourquoi ils le restent. Le mal est l’apanage de ceux qui jamais n’atteindront la vérité. C’est le masque de la bêtise, du manque d’amour. On peut bien rire de la bonté, la trouver mièvre et dépassée, qu’importe- Ce n’est rien de tout ça, il faut se battre pour la préserver. »

Je pense avoir trouvé encore un auteur à suivre de, très près. Et trouver aussi une place toute spéciale dans ma bibliothèque, où son funambule pourra continuer de s’exercer, à son aise, sans risque de chute. Un endroit réservé dans mon esprit où il pourra continuer de me faire voir la vie à l’aube d’un bouleversement. Quelque part en apesanteur, garder à l’esprit que la vie est un équilibre précaire, où beautés et drames se rencontrent…C’est typiquement le genre de lecture qui te hante encore même, après la dernière page tournée, parce que tu sais que tu viens de faire un shoot d’adrénaline, là-haut, perchée à regarder un passé qui se délite et un présent qui change imperceptiblement…

Et dans le futur, prévoir une relecture…Assise en position de yoga, à se dire…Et que le vaste monde poursuive sa course folle…. 


« Son terrain, c’était le bonheur : un bonheur à définir, à traquer, à extirper de l’oubli. »
Ma note Plaisir de Lecture   9/10

Critique de Cannibal Lecteur :
Ce que je recherche dans une lecture, ce n’est pas le côté bling-bling des personnages (sauf s’il est intéressant), mais plutôt des tranches de vie de Ceux-D’En-Bas, de Ceux-Dont-On-Ne-Doit-Pas-S’Occuper…

Parce que bien souvent, nos pays « civilisés » s’occupent plus de choses futiles ou d’aller balayer le paillasson du voisin, que des problèmes importants dont souffrent ses concitoyens.

Ce roman fait la part belle à des tranches de vie des gens d’en bas : prostituées, mères ayant perdu un (des) fils au Vietnam, pseudos artistes victimes de la poudreuse (la drogue, pas la neige), prêtre irlandais faisant ce qu’il peut pour aider son prochain,…

On pourrait croire que les différentes parties qui composent ce livre sont en fait des nouvelles, mais non.

Si au départ, tout le monde a l’air de naviguer dans ses propres eaux, on remarque, au fil de sa navigation, que tout le monde est en train de se rejoindre sur le grand fleuve de la Vie et que tout ce petit monde va interagir ensemble, avec, en toile de fond, en fil d’Ariane, ce funambule qui, en 1974, tendis un câble entre les Twin Towers et y dansa durant plus d’une heure.

J’ai adoré les passages avec le prêtre irlandais, Corrigan, rejoint à New-York par son frère Ciaran, et son implication en tant qu’Homme de Dieu pour aider les plus faibles, dont les prostituées du quartier. La plume de l’auteur m’a emporté dans les quartiers miséreux, dans les ghetto et j’ai eu du mal à redescendre sur Terre. Magnifique !

Je me suis régalée des passages avec l’entrainement du funambule, j’ai dévoré ceux avec Tizzie, la prostituée embarquée durant une descente de police et qui, du fond de sa prison, nous contera sa vie bien remplie, ses rêves, ses envies et tout ce qui a foiré à un moment donné.

J’ai été estomaquée de lire le compte-rendu de l’accident par celle qui en était responsable indirectement, j’ai dévoré sa vie d’artiste consumée par la Blanche et les fêtes à l’excès, j’ai aimé suivre son cheminement vers la rédemption. Tout comme j’ai avalé l’histoire de Gloria, jeune fille Noire durant les années 30 et cette ségrégation qui me donne toujours froid dans le dos.

En fait, là où je me suis le plus ennuyée, c’est dans la partie avec les femmes ayant perdu un enfant au Vietnam… Bizarrement, alors que le sujet aurait dû me plaire, j’ai perdu le fil de l’histoire, le plume de l’auteur ne m’a pas emporté durant ce chapitre là et j’ai complètement passé au travers au point de le sauter en entier.

Malgré ce chapitre loupé par moi, tout le reste m’a enchanté, subjugué, emporté, et une fois que je me replongeais dans les pages, je n’étais plus là pour personne tant ces vies étaient intéressantes à découvrir.

Je ne mettrai sans doute jamais les pieds aux États-Unis, mais je pourrai dire que grâce à la lecture, j’ai voyagé dans tout le pays et rencontré bien de ses habitants, et pas uniquement les gens d’En-Haut, mais plus souvent ceux d’En-Bas, ceux qui sont les plus intéressants à lire.

3,9/4 Sherlock

       

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

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Sirius, Stéphane Servant.

Pourquoi je l’ai choisi:

Je suis attentive aux retours de la blogosphère, surtout quand c’est un livre « moins » en vue, alors quand j’ai vu que les coups de coeur s’accumulaient autour de cette nouveauté Jeunesse, j’ai eu envie de pousser la curiosité, jusqu’à le découvrir aussi….

Synopsis:

Alors que le monde se meurt, Avril, une jeune fille, tente tant bien que mal d’élever Kid. Entre leurs expéditions pour trouver de la nourriture et les leçons données au petit garçon, le temps s’écoule doucement… jusqu’au jour où le mystérieux passé d’Avril les jette brutalement sur la route. Il leur faut maintenant survivre sur une terre stérile pleine de dangers. Stéphane Servant, avec tout son talent de conteur, nous plonge dans un univers post-apocalyptique aussi fascinant que vénéneux. Une lecture addictive !

Ce que j’ai ressenti: « Nous sommes lé zétoiles de la Constellation. » 

« -Moi, en attendant d’être mort, j’espère qu’on sera vivants. »

Il est temps de rallumer les zétoiles et d’aller en direction de Sirius avec l’adorable Kid et sa grande soeur Avril. En plus Kid, lé un garçon trop attendrissant, hyper sensible, et surtout un des derniers enfants à naître sur Terre. Alors le suivre, c’est suivre encore un peu d’innocence dans un monde en déclin. En effet, un terrible virus inexpliqué a tué la vie autant que l’espoir. Plus rien ne pousse, plus rien ne naît, plus rien de bon n’arrive. Reste le chaos. Alors mû par un courage et une étincelle de volonté, ses deux enfants traqués entame un long chemin vers ce qui leur parait, comme un eldorado possible, aller au devant de leurs souvenirs dans une quête d’illusion utopique, que la Montagne sera leur nouveau foyer…Mais le monde se meurt, les étoiles tombent du ciel, et l’humanité semble être pris dans une tourmente de folie….

« Kid alors compris que la beauté ne pouvait se départir de la liberté. Ce que l’on possède finit par perdre tout éclat. Comme si la liberté était l’essence même de la beauté. »

Avec une plume magnifique, Stéphane Servant nous conte un monde post-apocalyptique effrayant et désenchanté, mais dans la douceur et la naïveté de ses deux enfants, ce livre Jeunesse devient une étoile resplendissante, aussi brillante que son nom l’indique: Sirius. C’est un road-trip d’une beauté ravageuse, un livre qui sensibilise sur l’environnement, et une formidable histoire de fratrie. Il est dans ce livre des instants de poésie pure et une connexion avec la Nature qui redonne un souffle de vie dans ce panorama où règne le désespoir et la violence. Cette lecture, elle m’a bouleversée parce qu’il y a cet espoir candide mélangé à un désespoir infini, et cette histoire va longtemps résonner en moi…

 A quoi pourrait bien ressembler le monde si le ciel se vidait de ses étoiles? A quoi pourrait bien ressembler la vie si plus jamais on ne pouvait faire un vœu?

Cet auteur sublime l’anticipation de son récit avec l’idée d’un lien plus « instinctif » avec la Nature mais, aussi dans son antagonisme avec la « communication » entre les espèces vivantes.  J’ai trouvé cela magnifique, d’autant plus que ces pages bien « spéciales » sont d’une beauté lyrique lumineuse et viennent enrichir le compte à rebours des chapitres allant decrescendo vers une fin où, l’avenir est incertain…Il y a une certaine bienveillance dans ces pages, sans doute, parce qu’il est classé en Jeunesse, mais cette étiquette ne doit pas en refréner certains, parce que ce livre offre de puissantes émotions et réflexions sur nos comportements irréfléchis envers notre chère planète, mais je dirai aussi que l’auteur possède un œil plutôt avisé sur les relations humaines. En abordant des thèmes forts comme le fanatisme et la folie du désespoir, l’altruisme et la transmission du savoir, Stéphane Servant montre les deux facettes de l’espèce humaine et finalement, le monde qu’il réinvente dans Sirius, est un idéal intéressant à atteindre…

« Depuis que la vie s’était tue, le monde n’était que silence. »

En bref, c’était une très belle lecture! Si jamais, vous voyiez une étoile turquoise briller sur les étals, n’oubliez de la prendre entre vos mains, il se pourrait que vous alliez bientôt faire partie de la Constellation…Sirius a éclairé mon p’tit monde, et y laissera une traînée scintillante dans mon cœur de lectrice…

 

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Les fantômes de Manhattan, R.J. Ellory.

Couverture Les fantômes de Manhattan

Pourquoi je l’ai choisi:

Ce n’est plus un secret, si vous suivez le blog, chaque nouveau livre de l’auteur R.J.Ellory est un grand événement en Féerie. Cette année encore, l’euphorie était au rendez-vous, peut être plus encore, en découvrant le synopsis…

Synopsis:

Annie O’Neill, 31 ans, est une jeune fille discrète. Elle tient une petite librairie en plein cœur de Manhattan, fréquentée par quelques clients aussi solitaires et marginaux qu’elle. Son existence est bouleversée par la visite d’un nommé Forrester, qui se présente comme un très bon ami de ses parents, qu’elle n’a pratiquement pas connus. L’homme est venu lui remettre un manuscrit. Celui-ci raconte l’histoire d’un certain Haim Kruszwica, adopté par un soldat américain lors de la libération de Dachau, devenu ensuite une des grandes figures du banditisme new-yorkais. Quel rapport avec l’histoire intime d’Annie ? Et pourquoi le dénommé Forrester est-il si réticent à lui avouer la vérité ? Lorsqu’elle lui sera enfin dévoilée, celle-ci sera plus inattendue et incroyable que tout ce qu’elle a pu imaginer.

Les personnages:

Annie O’Neil est une libraire paisible, qui voit son quotidien prendre une certaine effervescence et faire resurgir des souvenirs oubliés et de nouvelles passions. Peut être parce que c’est une femme, qu’elle a une certaine sensibilité et une passion pour les livres, j’ai eu un bon feeling avec cette héroïne.

Jack Sullivan est un ami extraordinaire, du genre de ceux, qu’on adorerait avoir dans la vie réelle….L’amitié qu’il éprouve envers Annie est jolie, pleine de tendresse et complètement désintéressée.

J’ai beaucoup aimé aussi les personnages de Harry Rose et son acolyte Johnnie Redbird dans leur duo d’escrocs « dignes »…

Ce que j’ai ressenti:…Hantée de passions…

Je ne me lasserai jamais de lire une histoire, racontée par R.J.Ellory. Tout simplement parce qu’il a l’art et la manière  d’écrire avec une poésie lumineuse de sombres romans noirs. Je suis conquise à chaque fois, parce qu’il a une façon bien particulière de connecter son imagination aux interrogations contemporaines, de faire revivre l’Histoire dans ses tragédies, et de voir encore, toute la beauté du monde et la simplicité de la vie…Les Fantômes de Manhattan est le deuxième roman écrit par cet auteur, et je me fais une joie de voir tous ses romans qui resurgissent de l’ombre, pour que nous puissions nous délecter du plaisir d’être emporté dans ses intenses lectures. Dixième roman de mon auteur favori publié par ma maison d’éditions Chouchou , Sonatine éditions , c’est une coïncidence heureuse puisqu’elle fête ses 10 ans, cette année. Alors, ça se fête en fanfare avec d’aussi belles publications, et je leur souhaite encore un bon anniversaire et pleins d’aussi jolies pépites à leur catalogue, (déjà bien riche!)…

« Elle les accueillait, tous autant qu’ils étaient, parce qu’il lui restait encore assez d’idéalisme pour croire qu’un livre avait le pouvoir de changer une vie. » p16 

Dans Les fantômes de Manhattan, les livres sont là, hantant les lieux, les pages, les personnages…Et puis, il y a les personnages de fiction dans la fiction, dansant autour du feu de l’intrigue…Les livres, encore et toujours, un moyen de mieux comprendre sa vie, de mieux se comprendre, mieux comprendre le monde qui nous entoure…Forrester, cet inconnu mystérieux, en apportant une histoire inachevée et inédite, et sous l’impulsion d’un Club de Lecture, va complètement réorienter le destin de Annie…Il arrive avec des lettres, qui viennent s’échouer sur des plages désertes de souvenirs personnels de cette jeune femme et ce manuscrit qui pèsent plus lourd en conséquences que l’idée de quelques feuilles volantes un peu noircies d’encre : en voilà un très bon départ vers des tourbillons d’émotions…Le pouvoir des mots et des histoires, qui racontent des morceaux d’Histoire, des destins mêlés, des horreurs et des beautés. La lecture au coeur de tout, ou tous nos amours dans les lectures: Annie va le vivre très intensément, à la lumière de la passion….

« Les fantômes s’en sont allés, se dit-elle. Enfin-et peut-être pour toujours-, les fantômes s’en sont allés. »

Ce que j’admire le plus dans les livres de R.J Ellory, et c’est d’autant plus vrai avec ce nouveau livre, c’est sa capacité à relier. Relier les événements, relier le monde, relier les histoires, relier les gens. Dans ses écrits, il s’efforce toujours de connecter ses intrigues dans un contexte historique et ici, on traverse le passé de l’Europe et de l’Amérique, dans ses parts sombres de violence, mais on retrouve également, cette petite étincelle d’espoir qui tend vers l’Autre. Cette Annie orpheline et solitaire, va au cours de ce roman , se rendre compte qu’elle fait partie de ce monde, qu’elle est la somme d’un amour, qu’elle n’est pas qu’un électron lambda, qu’elle est ici et maintenant sur la planète, et qu’il lui faut vivre sa vie, et non pas se laisser porter entre solitude et dépression…Elle n’est pas fantôme, mais bien vivante! C’est inspirant, mais sous la plume de cet auteur, c’est juste renversant…

« La femme que je suis maintenant aspire à un autre genre de vie. »p350

Pour la force de cette histoire et l’ingéniosité de cette intrigue, parce que cet auteur a un talent fou, ce livre est un Coup de Coeur.

« Pourquoi fallait-il que la profondeur de l’amour ne se mesure qu’à l’aune du malheur de la perte? »

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement Muriel et les éditions Sonatine pour l’envoi de ce livre! Ce fut un coup de coeur!

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Le moulin à paroles, Christos / Julie Ricossé

Couverture Le moulin à paroles

 

 

Synopsis:

Tous les jours, en haut de la colline, le moulin à paroles faisait valser les syllabes des conversations du village dans ses grandes ailes colorées. Ainsi, il créait des expressions amusantes pour les enfants, des phrases irréprochables pour l’école, des mots à tiroir pour les menuisiers, des adjectifs bien moulus pour les épiceries et bien d’autres merveilles que le meunier distribuait chaque matin.

Mais un jour, le maire décida de moderniser le village et installa un distributeur automatique de mots…

Ce que nous avons ressenti:

Un moulin à paroles. Brasser les mots et faire ressortir milles et une nuances de petites et grandes associations, de mettre en évidence les extravagances du langage et choisir les sons farfelus qui feront sourire par leur fantaisie. Être poète des temps modernes en lançant des mots destructurés en l’air dans un ensemble d’illustrations géométriques: C’est ici que se trouve toute la beauté et l’intérêt de cet album!

Nous avons été sous le charme de cette proposition originale de l’idée d’un Moulin à paroles généreux en mots et en idées pétillantes. Si Maman a adoré la morale qui se cache derrière ses pages, Jazzelfique aura bien aimé, quand à elle, l’humour de ces petites perles cachées dans le décor…Une double interprétation donc, selon l’âge qui nous fait sentir que la modernité perd de son charme si elle est associée à une quelconque idée de profit…De couleurs chaudes à froides, l’enfant peut se rendre compte intuitivement de cette perte de gaieté quand le distributeur automatique de mots prend sa place dans le village…

Partager cette lecture pendant l’instant précieux de l’Histoire du Soir, c’est prendre le temps de parler de l’expression d’un Moulin à paroles, d’expliquer que la pauvreté du langage pourrait amener vers une pensée étroite…Alors, tu lances toi aussi, des mots en l’air comme Poésie, Fantaisie, Passion…Tu t’improvises des pâles d’énergies positives brassant l’air du temps comme le fait ce Moulin à Paroles, et tu essayes de faire sentir à la génération suivante, les parfums et la richesse du vocabulaire…

 

Notre Note Plaisir de Lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Balivernes pour l’envoi de cet album. Nous avons adoré cette histoire, pleine de fantaisie!

 

Les intrus, Lauren Oliver.

Couverture Les intrus

Pourquoi je l’ai choisi:

Je ne sais pas résister à une bonne histoire de revenants, et je connaissais déjà la plume de Lauren Oliver en Jeunesse et pour laquelle, j’avais déjà bien succombé au charme de son imagination…J’étais donc curieuse de la découvrir dans un autre genre…

Synopsis:

À la mort de Richard Walker, un vieil homme solitaire, acariâtre et très riche, son ex-femme, ses deux enfants et sa petite-fille retournent dans la maison familiale pour la succession. Mais la bâtisse est hantée. Hantée par des souvenirs d’enfance qui ressurgissent à mesure que les nouveaux arrivants se réapproprient les lieux. Hantée également par de vrais fantômes qui observent et commentent les agissements de chacun, en espérant qu’un jour, enfin, ils pourront quitter les lieux à tout jamais. La très guindée Alice et la cynique Sandra, toutes deux mortes depuis longtemps, sont peu disposées à laisser la place aux nouveaux occupants. Les deux fantômes jouent des coudes pour rester maîtresses de leur propriété au travers de laquelle elles communiquent : escalier qui grince, radiateur qui siffle et ampoules qui grésillent remplacent les mots pour communiquer avec les nouveaux locataires. Mais bientôt, les vivants comme les morts seront confrontés à leur passé et à des vérités douloureuses…

Les personnages:

Je me suis beaucoup attachée aux deux fantômes féminins de cette maison, Alice et Sandra, sensible à leurs peines et tracas de leurs conditions, pour finalement être bouleversée par leurs histoires vécues dans leurs autres vies. D’ailleurs, c’est bel et bien les ombres qui prennent toute la lumière dans cette intrigue avec leurs mystères secrets…Fascinée par leurs échanges et petits apartés, entre les non-dits des vivants de la famille Walker…

C’est peut être le petit bémol de ce livre : c’est que j’ai eu un peu de mal avec la famille Walker. Ils m’ont paru bien fades, comparé à la consistance des fantômes, un poil dérangée aussi, par leurs petites afflictions puériles…

Ce que j’ai ressenti:

Quelle langue parlons- nous? Celle des craquements et des murmures, des grognements et des frémissements. Mais vous le savez. Vous nous avez entendus. Simplement , vous n’avez pas su interpréter ces sons.

Bienvenue dans le manoir des Walker, où les secrets et les morts se murmurent, dans les salles de cette grande demeure. Les Pièces deviennent Personnages car elles sont remplies d’histoires hantées, d’êtres coincés dans leur déni passé, et le Manoir a bien des choses à dire… Ces fantômes tiennent à se manifester d’une manière ou d’une autre, et tant pis, pour les vivants qui se murent dans leurs chagrins à coups de névroses honteuses…Ouvrez bien les oreilles, il se pourrait que vous les entendiez ces esprits frappeurs au détour d’une canalisation, ou d’une page écrite d’un temps révolu…Les Intrus souhaitent un embrasement, et mettent le feu aux poudres de ses habitants toxiques…

Le passé remue sous les cendres, ses pétales soulèvent la poussière.

Tout d’abord, j’ai adoré la plume de cette auteure, c’est fou cette poésie et cette façon si sensible de décrire ces sensations si fugaces, et pourtant bel et bien humaines, qui nous relie à ce monde. C’est le gros point fort de ce livre, cette sensibilité à fleur de mots. En prenant le choix de faire parler ses fantômes, Lauren Oliver embellit toutes nos petites habitudes qui leur sont maintenant inaccessibles, et rend ces petits instants intimes précieux. Et, puis cette façon particulière de nous mener de pièces en pièces,  pour nous présenter des scènes de vies et de tourments intérieurs qui jouent toujours sur la ligne très sensible entre la vie et la mort. C’est un roman trouble, opaque de secrets et de fractures que l’on pressent entre les lignes, et qui te hante encore longtemps après que tu aies refermé ces pages…Il me reste encore une impression de voile poétique de pensées noires, à avoir traversé ainsi les souffrances de ses énergies prisonnières des murs…

Parce qu’au bout du compte, immanquablement, l’infini gagne.

J’ai passé un agréable moment avec cette histoire et encore une fois, cette auteure me bluffe par tant d’imagination et de petits détails qui font que cet incroyable version « Rooms haunted » a de quoi vous faire dresser les poils…Jusqu’à la fin, elle maintient un suspense et une ambiance oppressante, fait de révélations en apparitions, qui vous maintiennent une bonne partie de la nuit, éveillés et presque médium, le temps de la visite des lieux…

Chaque fois qu’un cœur se brise, une luciole naît.

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement Léa des éditions Livre de Poche Imaginaire pour l’envoi de ce livre. Ce fût une découverte envoûtante…

Les Ferrailleurs, tome 2 : Le Faubourg, Edward Carey.

Les Ferrailleurs, tome 2 : Le faubourg par Carey

Pourquoi je l’ai choisi:

Je vous l’avais dit, j’étais très impatiente de lire la suite de cette saga fantastique des Ferrailleurs, et l’attente va être longue, pour la suite et fin de cette trilogie…

Synopsis:

Rien ne va plus depuis que le Château de l’extravagante famille Ferrayor a croulé sous l’assaut des objets rendus à la vie. Le jeune Clod, ayant perdu forme humaine, erre de ruelles en échoppes dans une ville ravagée par la crasse et la pauvreté ; sa complice Lucy Pennant, elle, est ensevelie sous les décombres du manoir, où elle fait la rencontre d’une créature aussi monstrueuse qu’attachante. Pourchassés, nos deux héros vont devoir se réunir pour déjouer les plans de Grand-Père Umbitt, qui règne en tyran sur le peuple asservi du Faubourg.

Ce que j’ai ressenti: Changement de décor, mais toujours autant de charme obscur…

Quand j’ouvre ce deuxième tome de la trilogie, je retrouve immédiatement cette ambiance sombre et délicate, ce style inimitable de Edward Carey…Et la magie fonctionne encore, parce qu’il a cette grâce de savoir créer un vrai monde à part, avec ses règles et ses étrangetés. Avec Le Faubourg, il nous ouvre encore un peu plus son univers, lui conférant un autre aspect que la vie de Château, étend notre regard sur d’autres horizons encore moins reluisant de ce Londres revisité. Et quelle fantaisie grisâtre dans ces rues qui se balade encore allègrement! C’est étourdissant d’immondices et de rencontres insalubres…

« Vivace est la beauté, elle ne se laissera jamais enterrer. »

Lucy Pennant et Clod Ferrayor ne sont pas au bout de leurs peines, pour tenter de comprendre et d’infléchir la volonté du maître des lieux…A coups de tentatives infructueuses et de rencontres chanceuses, ils se découvrent plus enhardis, moins insignifiants, et nous lecteurs,  de les suivre dans leurs folles aventures, on découvre deux adolescents étranges et attachants avec leurs doutes, leurs failles et leurs tracas. Leur passage à l’âge adulte se fait dans la lutte pour les autres dans une obscure farandole d’objets doués de paroles, et ils en sortent grandis, et plus proche que jamais, tout en étant à chaque fois séparés…Chapitre après chapitre, leur histoire d’amour s’inscrit dans cette intention de faire bouger les choses… Heu, les objets… Heu pardon, les gens…*Veuillez m’excuser, je suis encore dans les brumes d’un rêve…Pourquoi ai-je un demi-souverain dans la poche?!*

Les hommes dans les guerres perdent leur âme, elle est foulée aux pieds, je l’ai vu, il n’y a plus d’individus, rien qu’une masse, une grande masse qui court à son anéantissement.

Je craque carrément pour cette plume poétique et gothique, et ces moments de lectures me sont précieux car cette plongée dans un imaginaire si prégnant, devient un délice de découverte. On ne sait jamais à quoi s’attendre, puisque c’est totalement loufoque, plein de folie douce, délicieusement inventif…Et puis, ces jeux de mots, cette qualité de métaphores, c’est juste fantastique! Vous l’aurez sans doute compris, j’ai plus que hâte de lire La Ville, tome 3 de cette trilogie pleine de surprises….

« Je suis sujette à des rêves incroyables. Nanny me dit que je ne devrais pas lire autant de livres, que si je continue à ce rythme, ils finiront par me tuer. »

 

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Le livre de Poche Imaginaire pour l’envoi de ce livre! Ce fût une lecture fascinante.

Lait et miel, Rupi Kaur

Lait et miel par Kaur

Pourquoi je l’ai choisi:

Je le voyais beaucoup passé sur le réseau social Instagram, et déclencher de méga coup de coeur…Il est arrivé, ce petit recueil Lait et Miel, avec le bonhomme en rouge, et la magie de Noël a été éclairé d’une poésie sensible, qui a illuminé ma journée…Depuis, je suis cette jeune artiste sur le réseau social qui l’a révélée et qui a rendu possible l’édition et la traduction de ses post inspirés et inspirants…

Synopsis:

voici le voyage d’une
survie grâce à la poésie
voici mes larmes, ma sueur et mon sang
de vingt et un ans
voici mon coeur
dans tes mains
voici la blessure
l’amour
la rupture
la guérison

– rupi kaur –

Ce que j’ai ressenti:

Parce que ouvrir ses cadeaux de Noël, est une sensation euphorisante et qu’une envie de poésie n’attend pas, j’ai lu ce recueil dans un moment magique: en étant entourée des miens dans la chaleur de Noël, bercée aux sons de leurs rires, de leurs jeux et des cris de joies. Mon moment à moi de Lait et Miel. Je souhaitais pour ses fêtes, un livre spécial: il était idéal…

Rupi Kaur est une jeune fille de 21 ans qui nous propose une série de poèmes destructurés, sur fond de noir et blanc. Sa sensibilité à fleur de peau, toute en délicatesse et graphisme artistique vient nous cueillir, gratte où ça fait bien mal, apaise d’une caresse, insuffle une nouvelle étincelle, illumine nos yeux de bienveillance…Une femme qui parle de féminité, qui la fait rejaillir sur toutes ses formes, qui la porte aux nues, qui l’entoure d’une telle douceur que l’on devient toutes des sœurs, fières d’être si femme, si sensible, si résiliente, si extraordinaire…

En quatre parties: Souffrir. Aimer. Rompre. Guérir. Cette jeune poète, nouvelle génération, dévoile, se dévoile et dévoilera sans doute, une artiste aux talents multiples à suivre de près. En mots et en images, elle offre des petites pépites, une nouvelle forme de poésie, des moments bouleversants, des instants magiques, d’atroces blessures, des faits et méfaits révoltants, une envolée féministe, de l’amour tout simplement…

La poésie, on y vient et on y revient, longtemps encore je lirai ses pages car la poésie a ce pouvoir : elle te berce, elle te hante, elle revient te réveiller la nuit, elle t’emporte sur d’autres rivages…J’aimerai bien qu’elle dérive jusqu’à vous, que vous sentiez l’incroyable effet mielleux et lacté de la poésie résolument contemporaine de Rupi Kaur.

Petit Aparté: Je n’ai pas mis volontairement de citations parce que cela ne rendrait pas grâce à son talent, mais je peux partager avec ceux qui possèdent ce recueil, mes pages préférées…P87, 171, 153, 45, 199. Et celles qui m’ont le plus touchée: P140, 179, 109…

 

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Les harmoniques, Marcus Malte. Défi Cannibelfique.

Les harmoniques : Beau Danube Blues par Malte

Pourquoi je l’ai choisi:

Avec l’énorme coup de cœur pour Le Garçon du même auteur, j’ai voulu découvrir ses précédents romans…Et, bon, j’adore toujours autant déstabiliser le planning de ma binômette, et lui proposer des « oldies » en Lecture Commune…

Synopsis:

Vera est morte assassinée. Brûlée vive. Mister, le pianiste, l’aimait, comme elle aimait sa musique. Il veut comprendre : qui l’a tuée ? Pourquoi ? Avec son ami Bob, chauffeur de taxi philosophe et polyglotte, il cherche, tâtonne, interroge et remonte peu à peu le fil de la jeune vie de Vera, jusqu’aux rives lointaines du Danube, jusqu’aux charniers des Balkans… Rythmée par les grands standards du jazz, l’enquête des deux hommes fera ressurgir les notes cachées de ces crimes dont personne ne veut parler. Plus qu’un roman, c’est une ballade qui se joue ici. Un long blues nostalgique et envoûtant en même temps qu’un poignant chant d’amour et de rage. 

Ce que j’ai ressenti:…Comme le doux son d’un coup de coeur….

« Où se niche le génie? Où se niche la sagesse? Où se niche le merveilleux? »

Jazzy, ou comment la musique envahit l’espace d’écriture, fait des Harmoniques derrière le contexte d’un conflit européen, se retrouve entre les lignes d’une poésie noire envolée dans les esquisses d’un corbeau, se mêle au lent ronronnement d’un moteur lancé sur l’asphalte, se perd dans les arpèges d’une passion platonique…Tu l’entends ce Jazz qui se nourrit de nostalgie, de violence et de beauté?  Marcus Malte nous ballade sur des notes obscures, réveille des douleurs dissimulées et sublime son polar de lyrisme philosophique.

« Ensuite pour se persuader que l’humanité n’a pas engendré que des porcs et bouchers et ogres barbares, mais aussi quelques fées ou enchanteurs dotés du pouvoir de transformer le bruit en son, les cris en notes, les rafales en arpèges, les plaintes en mélodies, les sanglots longs en violons- la vie en harmonie. 
Pour continuer à croire qu’il existe autre chose, autre part. »

Cette enquête atypique menée par deux personnages « Black and White » dans une guimbarde jaune est un moment de lecture intense entre humour et drame. Le temps d’une playlist enivrante et de quelques jolies références littéraires, on se plaît à démêler une affaire sombre de meurtre impuni, d’une victime qui aurait pu disparaître de la surface de la terre sans bruit, mais la  passion de Vera pour la musique et l’adoration d’un homme  en voyant ses yeux, aura suffit à lui rendre un peu de son identité et mettre en lumière le temps de 400 pages, les accents slaves.

« Nul autre don que le don de soi. »

Plus que tout, j’adore l’écriture de cet auteur! Je la trouve expressive, sensorielle, magnifique…Elle s’embrase avec panache jusqu’au bouquet final…Encore une fois, je suis totalement conquise…Au delà de son intrigue menée admirablement jusqu’à la dernière note, on sent une volonté dans le style: la force des mots, le plaisir de rendre hommage à la musique et à l’Art. L’intensité qu’il met dans ses descriptions rend cette lecture bouleversante. Comme un air de musique, elle tourne dans ta tête, cette poésie, et tu lis et relis les passages, te délectant de tant de beauté d’écriture et tu t’envoles vers des courants de pensées essentielles… Marcus Malte, en grand géant, orchestre son histoire avec passion,  jouant des basses violentes des canons, d’un tempo plaintif d’un saxophone en mal d’amour, de l’harmonie d’une amitié infaillible…

Flambant Coup de Coeur.

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

 

Titre : Les harmoniques – Beau Danube Blues

Auteur : Marcus Malte
Édition : Gallimard (2013)

Résumé :
Une voiture quitte les rives de l’océan pour Paris à travers la nuit et des nappes de jazz qui s’échappent d’un autoradio.

A son bord, deux hommes. Mister est un pianiste de jazz. Un black amoureux de Trane et de Lady Day. Bob, son complice, son frère de coeur, est un ancien prof de philo reconverti en chauffeur de taxi. Encore plus que Monk ou Getz, lui vénère les classiques grecs et Schopenhauer.

Les deux hommes foncent vers la capitale mus par l’obsession de Mister : Vera, une jeune femme qu’il a récemment rencontrée, vient d’être retrouvée morte, brûlée vive.

Les coupables ont été arrêtés sur le champ, mais Mister ne croit pas à la version officielle. Il décide de mener sa propre enquête. Ses questions et sa curiosité vont les amener à lever le voile sur une histoire qu’il aurait mieux valu garder secrète, et à côtoyer une faune peu recommandable.

Composition virtuose, arpèges narratifs complexes et subtils, envolées lyriques… ce roman éblouissant de Marcus Malte avance, style en avant, sur la corde raide.

Entre l’ombre et la lumière, la violence et la mélancolie, Les harmoniques est un incroyable roman noir – clair-obscur plutôt.

Une mélopée déchirante qui mêle le politique, la passion, la révolte et le sexe. Comme tous les grands standards du blues.

Critique par Cannibal Lecteur  : 
On m’avait dit le plus grand bien de ce livre, notamment Domi, la moitié d’Yvan. Collectif Polar aussi. Bref, des gens à qui je fais confiance niveau littérature !

Alors j’avoue que j’ai été un peu désarçonnée lorsque j’entamai ma lecture et que je me retrouvai face à un meurtre à résoudre…

Heu ? Un simple meurtre à résoudre ? Un banal cas de Whodunit ? Un grand black qui cherche à en savoir plus sur l’assassinat violent d’une gentille fille qui venait s’accouder sur son piano ?

Ça commence ainsi, par un truc banal (si un assassinat par le feu peut être considéré comme banal) : le meurtre de la gentille Vera à qui on a fait le coup de Jeanne d’Arc.

Les flics ont même été super rapides et compétents sur le coup puisque trois jours plus tard (non, elle n’est pas ressuscitée comme l’autre) ils ont arrêté les coupables.

Mais Mister, le grand Black pianiste n’y croit pas du tout et aidé de Bob, son pote chauffeur d’un vieux taxi, il va mener l’enquête.

Oui, on commence avec un truc simple, mais j’avais oublié que nous étions avec Marcus Malte et qu’on n’allait pas se retrouver avec le Colonel Moutarde dans le vieux hangar avec l’essence et le briquet !

La petite histoire va s’inscrire dans la Grande… Rien n’est simple, rien n’est facile, rien n’est acquis, surtout pas la vérité que l’on va nous dévoiler au fur et à mesure que nous tournerons les pages.

De plus, l’écriture de Marcus Malte est toujours aussi poétique, lyrique, ses phrases m’emportent souvent très loin et croyez-moi, c’est le petit Jésus en culotte de velours, sa plume, maniant la philosophie et l’humour, même si elle ne se prive pas d’égratigner.

Oui, sa plume m’enchante, et elle chante car ce roman sent bon les airs de jazz et l’auteur a même inclus la play-list pour le cas où nous voudrions écouter les mêmes chansons que nos deux enquêteurs improbables : le grand noir et le petit blanc.

Les deux personnages que sont Mister et Bob sont des gens comme on aimerait avoir dans nos amis, surtout Bob qui est toujours là pour vous aider, lui, son vieux taxi, sa philosophie et ses cassettes audios remplies de vieux chanteurs de jazz.

Un roman qui commence de manière simple et qui devient plus dense ensuite, de par son scénario et de par l’Histoire qu’il nous conte, une que nous n’entendons pas souvent et dont nous ne savons pas grand-chose : l’x-Yougoslavie.

Un roman bourré d’émotions, une lecture magnifique, dense, belle, émotive, qui ne m’a pas laissée de marbre. J’en ai eu des frissons partout.

Un grand merci à celles qui me l’ont conseillée et à ma binômette de LC qui me l’a fait sortir de mes étagères surchargées !

— Qu’est-ce qu’il raconte, le centenaire ? siffla le barman.
— Lui, il dit que ours craindre le morsure de la belette, intervint Milosav.
— La belette ?… La belette !… La belette…
Renato testa le mot sur tous les modes, comme un acteur cherchant le ton juste.

Miss Pook et les enfants de la lune, Bertrand Santini.

Pourquoi je l’ai choisi :

Cette magnifique couverture m’a tapée dans l’œil, et cet auteur Jeunesse, j’avais hâte de le découvrir enfin, étant donné les bons retours des lecteurs…

Synopsis:

Paris, 1907…
Miss Pook est une sorcière. Sous l’apparence trompeuse et charmante d’une jeune fille anglaise, elle se fait embaucher comme gouvernante par une riche famille parisienne. Manipulatrice hors pair, Miss Pook a le projet diabolique d’enlever les enfants dont elle a la charge. Sa nouvelle victime se prénomme Elise et Miss Pook parvient à convaincre cette fillette de dix ans de quitter la terre pour vivre avec elle dans son château, sur la lune. Elise découvrira bientôt que la lune est une « résidence d’âmes » et fera la rencontre de personnages de légendes tels que le Sphinx, le Faune, un dragon ou des Vampires…

Ce que j’ai ressenti:…Extraordinaire envolée enchanteresse…

Laissez votre imagination vagabonder dans les rues de Paris, en 1907, sous les pieds de la Tour Eiffel, et levez un peu vos yeux, vers le ciel…Est-ce qu’une excursion à dos de dragon ne serait pas la plus palpitante des aventures? Et cette destination lunaire, ne serait-elle pas la plus fabuleuse? Et si vous tentiez le temps d’une lecture, de replonger dans les plaisirs de l’enfance insouciante, est-ce que vous suivriez, vous aussi, l’extravagante Miss Pook?  Voudriez-vous bien connaître, vous aussi,  le secret des Enfants de la Lune?

Nous ne voulons plus faire partie d’un monde où règnent la cupidité et l’injustice. 

J’ai tenté ce voyage fantastique, et je dois dire que je reviens de cette expédition avec des étoiles plein les yeux, et quelques bonnes impressions dans le sac à dos, mais surtout avec un petit carnet bestiaire de créatures légendaires plutôt fourni! Cette première virée sur les anneaux de Goldorillon fût une enrichissante surprise, toute autant qu’un plaisir de faire la connaissance d’êtres de la Nuit, exilés sur la Lune, encrassé sous la poussière terrible de l’oubli…

J’ai adoré la sensibilité et la plume de Bertrand Santini, sa façon de revisiter les mythes et légendes pour émerveiller son jeune public, la portée philosophique et humaine qui se cache entre les lignes. Il a une folle imagination qui joue souvent entre ombres et lumières, balaie toutes les attentes d’un revers de queue de dragon, souffle sur le feu de l’intrépidité et envoie du rêve quand la réalité est trop brutale… Dans les failles de l’extraordinaire, il glisse de jolies pensées pertinentes, tout en injectant une bonne dose d’amour et fait la part belle à ses tourments intérieurs qui habitent la petite enfance…C’est un vrai souffle de fraîcheur que ce premier épisode de ses enfants perdus…Vite, vite la suite, je veux retourner sur la Lune…

La haine est une défaite, mes enfants. 

 

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement Madame Vanguelov ainsi que les éditions Grasset Jeunesse pour l’envoi de ce livre! Merci de leur confiance, ce fût une lecture féerique!

 

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Les buveurs de lumière, Jenni Fagan.

Couverture Les buveurs de lumière

 

Synopsis:

Le monde entre dans l’âge de glace, il neige à Jérusalem et les icebergs dérivent le long des côtes. Pour les jours sombres qui s’annoncent, il faut faire provision de lumière – neige au soleil, stalactites éclatantes, aurores boréales.
Dylan, géant barbu et tatoué, débarque au beau milieu de la nuit dans la petite communauté de Clachan Fells, au nord de l’Écosse. Il a vécu toute sa vie dans un cinéma d’art et essai à Soho, il recommence tout à zéro. Dans ce petit parc de caravanes, il rencontre Constance, une bricoleuse de génie au manteau de loup dont il tombe amoureux, et sa fille Stella, ex-petit garçon, en pleine tempête hormonale, qui devient son amie. Autour d’eux gravitent quelques marginaux, un taxidermiste réac, un couple de satanistes, une star du porno.

Les températures plongent, les journaux télévisés annoncent des catastrophes terribles, mais dans les caravanes au pied des montagnes, on résiste : on construit des poêles, on boit du gin artisanal, on démêle une histoire de famille, on tente de s’aimer dans une lumière de miracle.

Dans ce roman éblouissant au lyrisme radical, peuplé de personnages étranges et beaux, Jenni Fagan distille une tendresse absolue qui donne envie de hâter la fin du monde.

Ce que j’ai ressenti:…Coup de cœur cristallisé…

-C’est juste une saloperie d’ère glaciaire, camarade, c’est ça, la une d’aujourd’hui!

Le monde décline, le soleil se divise, le froid s’installe…Jenni Fagan nous conte la fin du monde avec poésie et fracas. Les paysages se cristallisent de beauté sous sa plume, alors que des blocs de grossièretés viennent se fracturer sur les lignes, et l’Ecosse devient plus belle encore, dans ce silence absolu, qui prend tout l’espace…Dans ses pages, on sent que la vie se suspend, et cette auteure lui apporte la grâce d’une écriture lyrique qui t’illumine de l’ultime aurore, avant l’extinction du monde…Le temps s’étire vers l’apocalypse, mais ce décor a des allures de magnificences, et les dernières lumières se boivent avec ivresse…La synergie de ce livre tient à cette fascination à voir un dernier spectacle naturel magique, fait d’aurores boréales, de parhélie, de chutes de neiges éblouissantes, tout en ayant, une infinie tendresse d’une humanité qui ne veut pas s’éteindre, alors même que l’instant fatal se profile…

Le soleil descend en spirale à travers la cime des arbres, révélant des sédiments de poussière argentée et ambrée. Un étang gelé. Des boucles de glace forment une fleur de givre sur une branche tombée. Chaque pétale glacé est parfaitement recourbé et transparent. L’hiver les a sculpté pendant la nuit. Les a placé là.

Parhélie…Si le soleil se triple, les personnages aussi…L’ombre d’une descendance sur trois générations, rencontre un trio éclaté d’un noyau de famille et tente de devenir une nouvelle cellule triangulaire. Chiens de soleils et fantômes de vie…Dylan le géant est hanté par le souvenir de sa mère et sa grand-mère, tandis que Constance l’hyperactive est tiraillée entre les deux hommes de sa vie, tandis que Stella l’adolescente erre entre les aspects de son hermaphrodisme. Tout comme le vent qui s’infiltre sous la glace laisse des traces noires, au plus on creuse dans le passé de ses habitants de Clachan Fells au plus on voit les destins qui comptent, leurs parts d’ombres…Lentement, les secrets craquent sous leur poids écrasant, dans ce compte à rebours glacial, pour se fondre en un nouvel environnement familial réinventé par la destinée…

-L’amour est ce qui donne un sens aux choses les plus étranges.

Jenni Fagan m’a enchantée avec cette anticipation enneigée et verglaçante de mystères. On sent qu’elle a maîtrisé, de bout en bout, la construction de son intrigue qui va de pair avec l’évolution de ses personnages atypiques. Petit à petit, le cercle social et géographique se rétrécit pour laisser place à l’essentiel: le miracle de la tolérance. Les buveurs de lumière est un roman d’une rare beauté, un texte expressif  avec une poésie moderne qui m’a bouleversée. C’est un énorme coup de cœur! J’ai encore du mal à quitter cet endroit, ces personnages, cette plume…Cela fait une semaine que je lis et que je relis ces pages, que je m’enivre des splendeurs, des vertiges, des lumières, peut être suis-je devenue, une buveuse de lumière aussi…

Tous les humains sont des pèlerins de la lumière.

 

 

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Métailié pour l’envoi de ce livre! Ce fut une magnifique découverte!

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En Féérie, il brille quelques poussières…

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