Salina, Laurent Gaudé

Couverture Salina - les trois exils


Synopsis: 

Qui dira l’histoire de Salina, la mère aux trois fils, la femme aux trois exils, l’enfant abandonnée aux larmes de sel ? Elle fut recueillie par Mamambala et élevée comme sa fille dans un clan qui jamais ne la vit autrement qu’étrangère et qui voulut la soumettre. Au soir de son existence, c’est son dernier fils qui raconte ce qu’elle a été, afin que la mort lui offre le repos que la vie lui a défendu, afin que le récit devienne légende.
Renouant avec la veine mythique et archaïque de La Mort du roi Tsongor, Laurent Gaudé écrit la geste douloureuse d’une héroïne lumineuse, puissante et sauvage, qui prit l’amour pour un dû et la vengeance pour une raison de vivre.


Ce que j’ai ressenti:

  • Le charme d’une veillée…

Laurent Gaudé nous captive, le temps d’une histoire, le temps de quelques pages pour partir dans une terre reculée, un désert ardent, où naît, un jour, Salina. Il y a une puissance dans les mots et dans le désir de transmission, qui fait que le temps s’étire, et le conteur Gaudé, presque avec une magie d’antan, anime cette veillée autour des trois exils de cette femme. Il y a des ombres sombres et des couleurs lumineuses dans cette parole d’au revoir.  A poser ainsi dans le recueillement, la vie d’une mère, on est absorbé par les cycles de sa souffrance, et on ne peut qu’admirer la force de sa volonté, l’étendue de sa vengeance, le souffle de ses amours. Et le temps d’un soir, on est captivé par le rayonnement de ce conte, qui s’inscrit dans l’intemporel puisque ce n’est rien de moins qu’un fils qui raconte l’histoire de sa mère. Un cycle oral et une histoire de plus, pour mieux comprendre la folie des hommes…

« Il doit mordre la vie, l’éprouver, la crier pour ne pas risquer de rester du côté des morts. »

  • Une histoire de larmes.

Comme si son prénom l’avait prédestinée, une sorte de malédiction dès le baptême de sa mère adoptive, Salina est empreinte du sel des larmes. Des larmes qui abreuvent la terre qu’elle foule, des larmes pour une solitude écrasante, des larmes qui sont le manifeste de son passage sur ses dunes et pourtant, elle les garde en elle toutes ses larmes pour devenir vengeance, faire naître colère et obtenir rédemption… Elle a tant perdu au cours de sa vie: son identité, son innocence, sa jeunesse, sa féminité. Condamnée à l’exil, 3 fois. Un destin de femme saisissant: taillé dans le sang de ses blessures, enivré par la chaleur écrasante, pulsé par les vents de poussière. Et, finalement, les larmes c’est nous qui les verseront…Salina, la belle. Salina, l’insoumise. Salina, la légende.

« On leur a dit que Salina était le nom du malheur, que Salina était le nom de ce qui s’était abattu sur le village avec la voracité d’une nuée de sauterelles. On leur a appris depuis toujours que Salina n’était pas un nom à prononcer mais à cracher. Alors c’est ce qu’ils font : ils crachent, se pressent sur ses talons, grondent dans son dos. »

  • Une poignée de lignes envoûtantes…

La beauté de ce texte réside dans sa poésie fascinante et la bienveillance de ce fils, Malaka, qui se fait porteur d’amour. J’ai aimé partir vers cet autre ailleurs imaginaire, ressentir l’énergie de cette femme forte qui se révolte face à la haine, au rejet de l’étranger, à la condition de la femme dans ces contrées reculées. Salina m’a envoûtée le temps d’une lecture, et je lui souhaite un repos bienfaisant, après une vie si tumultueuse.

« Il croise son regard mais ne comprend pas que c’est le regard d’une mère qui découvre que son enfant ne lui appartient plus tout à fait. »

 

 

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

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Les Ferrailleurs,III, La ville, Edward Carey.

Couverture Les Ferrailleurs, tome 3 : La ville


Synopsis: 

Une nuit perpétuelle envahit Londres. L’étrange famille Ferrayor a laissé derrière elle les ruines fumantes de Fetidborough pour s’installer dans la capitale. Depuis leur emménagement, la jeune Eleanor et les Londoniens observent d’étranges phénomènes : des disparitions, des objets qui apparaissent, d’autres qui se transforment. Et cette obscurité qui règne à présent.
La police est à la recherche des Ferrayor pour essayer d’éradiquer le fléau, et tous les moyens sont bons pour mettre la main sur ces dangereux personnages. Le jeune Clod va devoir choisir son camp, déchiré entre sa famille et les habitants de Londres, entre ses affreux semblables et la ville qui ne survivra pas aux ténèbres. À moins que la lumière ne vienne finalement d’un amour que Clod pensait enseveli…
Dernier volume de la « Trilogie des Ferrailleurs », La Ville tient toutes ses promesses en concluant l’incroyable épopée de la famille Ferrayor. Après Le Château et Le Faubourg, Edward Carey déploie tout son talent d’écrivain et de dessinateur au service d’un univers inoubliable.


Les Ferrailleurs. Tome 1 : Le Chateau. Tome 2: Le Faubourg. 

Ce que j’ai ressenti:

  • Petites lumières d’espoir…

A faire tourner les têtes et les objets, à faire naître la petite lueur au milieu des immondices, Clod Ferrayor l’original de la famille, et sa flamboyante Lucy Pennant,  détraqueront leurs petits mondes en transition, à coups de poings et à voix étranges! Les objets vivent, se rebellent, les liens de famille grincent, les insignifiants se font entendre: c’est la débandade! Nos deux adolescents chouchous sont lancés à l’assaut de leurs espérances, entamant une grande bataille enflammée, une guerre pour ne pas perdre ce « petit quelque chose », un territoire à conquérir après l’anéantissement du leur, mais surtout se retrouver envers et contre tous…Et tout du long, l’amour à dénicher, dans les yeux et sous les ruines du chaos…Quelle épopée!

« Quand cesse-t-on d’être une personne, me demandais-je, et quand commence t-on à être autre chose qu’un être humain? »

  • Au sein des ténèbres…

A voir les détritus s’allier, à voir disparaître les gens dans la pire insignifiance,  à sentir un Londres mort à petit feu et un Londremor vivant de poésie étincelante, Edward Carey, nous ouvre les portes d’un imaginaire riche où, j’ai adoré me perdre. Les transformations s’accélèrent, le mystère s’épaissit et tout par à va-l’eau , ou plutôt à va-l’ordure…Et le géant se soulève tandis que la Reine s’incline…La grisaille envahit la ville, et les êtres lugubres hantent les lieux. C’est l’ultime affrontement et on sent une tension incroyablement sombre s’emparer de tous les habitants. Et quelle atmosphère!!!!

« Nous avons tous respiré la nuit, nous l’avons tous fait entrer en nous. »

  • Et dans la ferraille, trouver un coup de coeur <3. 

Une trilogie exceptionnelle, une imagination de folie, une plume magnifique, un univers unique. Quel bonheur de se plonger dans ses pages, j’ai encore plus apprécié ce troisième tome, mais il y avait aussi une certaine nostalgie à quitter tous ses personnages. Il s’est vraiment passé quelque chose de spécial avec cette saga, un vrai coup de foudre! Il y a toute une magie à s’approprier, une conquête de bric et de broc, un charme fou à entendre parler des objets, des jolies valeurs à capturer sous les décombres, de la révolte à saisir dans les feux contraires, mais au final, trouver le trésor ultime: le coup de coeur littéraire!

« Ah, les sentiments humains, quelle histoire! Quel effort insurmontable que de surveiller les moteurs, les rouages de l’amour et de la haine, les canalisations de nos pensées et de nos émotions! » 

Ma note Plaisir de Lecture sticker-fee-libellule 10/10

 

Remerciements: 

Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Livre de Poche Imaginaire de leur confiance. Ce fut une lecture magique!

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Sympathie pour le démon, Bernardo Carvalho.


Synopsis: 

Ma vie s’est terminée il y a trois ans, à la veille de mes 53 ans, dans l’entrée d’un théâtre, à Berlin. Du moins, c’est là que j’ai commencé à mourir.” Murmurée à l’oreille d’un homme bardé d’explosifs, dans une chambre d’hôtel juste après un attentat à la bombe, cette phrase donne une idée de la tension qui tisse ce roman du début à la fin.

Envoyé au Moyen-Orient dans une zone de combat pour transporter la rançon d’un mystérieux otage, le Rat affronte les conséquences d’une crise déclenchée par une relation amoureuse destructrice. À la limite de la folie, mais raisonnant avec une rage froide, il essaye de comprendre ce qui a fait de lui la proie d’un amant toxique qui a transformé la soumission en puissante arme de guerre.

Une analyse impressionnante du mal, du pouvoir et du désir.


Ce que j’ai ressenti:

  • Et au milieu des décombres, le chaos…

Il s’ouvre comme cela ce roman, sur un champ de ruines, mais juste devant nous, un homme se tient encore debout…Pour autant, que durera ce moment…Un instant T où un Rat, se retrouve dans une mission suicide au fin fond d’une chambre sordide au Moyen-Orient. Un arrêt sur image de chaos avec un dôme de raisons obscures qui entoure cet homme brisé, à l’instar de cette vision de destruction…Bernardo Carvalho a concoctée une petite bombe littéraire d’une telle énergie violente qu’elle en devient juste fascinante. Attention, on en prend plein les yeux, l’écriture y est dure et sans artifices, mais les feux sont bel et bien là!  Cette lecture dynamite nos coeurs et nos têtes, parce que l’on touche de si près, le Mal, dans toute sa splendeur. Une attirance si destructrice…

L’illusion donne la force de continuer à vivre, pour aussi terrible que soit la vie.

  • …Trio infernal…

Bernardo Carvalho explore toutes les dynamiques qui anéantisse un homme. D’un triangle amoureux masculin, à une mission secrète en terre brûlée, en passant par cette tendance à la folie furieuse, on frôle tous les cercles vicieux des passions qui animent le coeur des hommes. Tant de séduction autour de la violence, tant de toxique autour de l’amour, que Sympathie pour le démon donne le vertige, le vertige des grandes émotions…Le lecteur devra trouver son interprétation face à la perdition, sa voie au milieu de ce fatras de mensonges, tenter de marcher sur les lignes d’ondes négatives sans se brûler aux flammes de l’enfer, se confronter à l’haleine fétide du diable…Lui résister.

« Pourquoi il y a tant de gens qui s’aiment? « 
« Pourquoi? » dit-il en souriant. je ne sais pas, parce que c’est bon, parce que ça fait du bien. »
« C’est tout? »
« Tu trouves que c’est peu? »

  • La passion brute.

Difficile de rester de marbre face à ces moments aussi intenses. Brut. Violent. Explosif. C’est ce que j’aime dans la littérature sud américaine, cette puissance dans les sentiments, l’énergie folle qui passe dans leurs mots, l’ampleur ravageuse que l’on devine derrière les lignes. Je suis bluffée. Même refermé, ce livre il continue de brûler sous les braises de son trop plein de passions. Je viens de me prendre un uppercut, mais là, tout de suite, ce que je voudrais , c’est lire le prochain et les précédents livres de cet auteur, car c’est impressionnant comme Bernardo Carvalho a cette façon très particulière de raconter avec autant perspicacité, la rage de vivre et sa compagne si sympathique, la fatalité de la mort…

Avant le déclic du détonateur, précipitez-vous vers cette lecture!

Alors, la mort ne meurt jamais? »

 

 

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement Camille ainsi que les éditions Métailié de leur confiance. Ce fut une lecture explosive!

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Et que le vaste monde poursuive sa course folle, Colum McCann (LC avec Cannibal Lecteur).

Couverture Et que le vaste monde poursuive sa course folle


Synopsis: 

7 août 1974. Sur une corde tendue entre les Twin Towers s’élance un funambule. Un événement extraordinaire dans la vie de personnes ordinaires.
Corrigan, un prêtre irlandais, cherche Dieu au milieu des prostituées, des vieux, des miséreux du Bronx ; dans un luxueux appartement de Park Avenue, des mères de soldats disparus au Vietnam se réunissent pour partager leur douleur et découvrent qu’il y a entre elles des barrières que la mort même ne peut surmonter ; dans une prison new-yorkaise, Tillie, une prostituée épuisée, crie son désespoir de n’avoir su protéger sa fille et ses petits-enfants…
Une ronde de personnages dont les voix s’entremêlent pour restituer toute l’effervescence d’une époque. Porté par la grâce de l’écriture de Colum McCann, un roman vibrant, poignant, l’histoire d’un monde qui n’en finit pas de se relever.


Ce que j’ai ressenti:

  • Et comme une funambule, partir pour New-York….

C’est presque avec une certaine appréhension qu’on débute ce roman, parce qu’on sait qu’elle est là. La douleur, le souvenir du drame…New-York, le World Trade Center…Et comme un funambule, on se lance en coupant notre respiration, pour partir à la conquête de nos réminiscences et de l’imaginaire de Colum McCann. Une corde tendue entre les Deux Tours, un homme qui défit la vie et la mort, et en bas, les spectateurs de ce spectacle totalement fou. Sentir un New-York bruyant, grouillant, effervescent qui gravite autour de ce lieu et, plonger dans leurs quotidiens, souvent chaotiques. Voir d’en haut les destins de ces gens ordinaires, goûter un peu de leurs vies souvent brisées dans une de ses chutes vertigineuses que nous réserve le destin. Contempler d’en-bas ce qui se cache derrière leurs façades et les sourires empruntés…

Colum McCann n’a pas son pareil pour nous faire revivre, dans un New-York des années 70, les éclats d’existences.

« On avait maintenant deux immenses buildings qui trouaient les nuages. Le verre reflétait le ciel, la nuit, les couleurs, le progrès, la beauté, le capitalisme. »

  • …Danser sur le fil des mots…

Colum McCann m’a éblouie. Avant même la page 35, j’ai eu un coup de foudre pour un des ses personnages : Corrigan. C’est le genre de personnage qui me touche dans son étrange façon de mener sa vie, tellement entier, au dépit du bon sens ou de son confort, il donne tout. Tout. Son temps, son altruisme, son aide, sa dévotion, sa vie, son idéalisme. Les autres personnages ne sont, bien sûr, pas en reste, mais Corrigan avait quelque chose de spécial, à vagabonder toujours comme ça dans les rues, pour se confronter de près avec la violence.

« Peut-être était-ce de la naïveté, mais il s’en fichait, il préférait mourir le cœur à nu, disait-il et surtout ne pas finir du côté des cyniques. »  

Mais tout du long, cet auteur m’a transportée dans une brume de beauté lyrique, j’ai dansé sur les paragraphes d’émotions, des vides et des espaces sublimés par une plume douce, effleurant des courants d’air et des souffles de drames, je me suis laissée bercer sur le câble de son intrigue en m’émerveillant de ses points d’impacts entre chacune des vies qui se croisent…

« Pas à pas, pense Jaslyn, nous trébuchons dans le silence, à petits bruits, nous trouvons chez les autres de quoi poursuivre nos vies. Et c’est presque assez. » 

  • En équilibre, pour d’infinis changements…

« Il est plus difficile de faire le bien que le mal. Les malveillants le savent mieux que les autres, voilà pourquoi ils deviennent mauvais. Et pourquoi ils le restent. Le mal est l’apanage de ceux qui jamais n’atteindront la vérité. C’est le masque de la bêtise, du manque d’amour. On peut bien rire de la bonté, la trouver mièvre et dépassée, qu’importe- Ce n’est rien de tout ça, il faut se battre pour la préserver. »

Je pense avoir trouvé encore un auteur à suivre de, très près. Et trouver aussi une place toute spéciale dans ma bibliothèque, où son funambule pourra continuer de s’exercer, à son aise, sans risque de chute. Un endroit réservé dans mon esprit où il pourra continuer de me faire voir la vie à l’aube d’un bouleversement. Quelque part en apesanteur, garder à l’esprit que la vie est un équilibre précaire, où beautés et drames se rencontrent…C’est typiquement le genre de lecture qui te hante encore même, après la dernière page tournée, parce que tu sais que tu viens de faire un shoot d’adrénaline, là-haut, perchée à regarder un passé qui se délite et un présent qui change imperceptiblement…

Et dans le futur, prévoir une relecture…Assise en position de yoga, à se dire…Et que le vaste monde poursuive sa course folle…. 


« Son terrain, c’était le bonheur : un bonheur à définir, à traquer, à extirper de l’oubli. »
Ma note Plaisir de Lecture   9/10

Critique de Cannibal Lecteur :
Ce que je recherche dans une lecture, ce n’est pas le côté bling-bling des personnages (sauf s’il est intéressant), mais plutôt des tranches de vie de Ceux-D’En-Bas, de Ceux-Dont-On-Ne-Doit-Pas-S’Occuper…

Parce que bien souvent, nos pays « civilisés » s’occupent plus de choses futiles ou d’aller balayer le paillasson du voisin, que des problèmes importants dont souffrent ses concitoyens.

Ce roman fait la part belle à des tranches de vie des gens d’en bas : prostituées, mères ayant perdu un (des) fils au Vietnam, pseudos artistes victimes de la poudreuse (la drogue, pas la neige), prêtre irlandais faisant ce qu’il peut pour aider son prochain,…

On pourrait croire que les différentes parties qui composent ce livre sont en fait des nouvelles, mais non.

Si au départ, tout le monde a l’air de naviguer dans ses propres eaux, on remarque, au fil de sa navigation, que tout le monde est en train de se rejoindre sur le grand fleuve de la Vie et que tout ce petit monde va interagir ensemble, avec, en toile de fond, en fil d’Ariane, ce funambule qui, en 1974, tendis un câble entre les Twin Towers et y dansa durant plus d’une heure.

J’ai adoré les passages avec le prêtre irlandais, Corrigan, rejoint à New-York par son frère Ciaran, et son implication en tant qu’Homme de Dieu pour aider les plus faibles, dont les prostituées du quartier. La plume de l’auteur m’a emporté dans les quartiers miséreux, dans les ghetto et j’ai eu du mal à redescendre sur Terre. Magnifique !

Je me suis régalée des passages avec l’entrainement du funambule, j’ai dévoré ceux avec Tizzie, la prostituée embarquée durant une descente de police et qui, du fond de sa prison, nous contera sa vie bien remplie, ses rêves, ses envies et tout ce qui a foiré à un moment donné.

J’ai été estomaquée de lire le compte-rendu de l’accident par celle qui en était responsable indirectement, j’ai dévoré sa vie d’artiste consumée par la Blanche et les fêtes à l’excès, j’ai aimé suivre son cheminement vers la rédemption. Tout comme j’ai avalé l’histoire de Gloria, jeune fille Noire durant les années 30 et cette ségrégation qui me donne toujours froid dans le dos.

En fait, là où je me suis le plus ennuyée, c’est dans la partie avec les femmes ayant perdu un enfant au Vietnam… Bizarrement, alors que le sujet aurait dû me plaire, j’ai perdu le fil de l’histoire, le plume de l’auteur ne m’a pas emporté durant ce chapitre là et j’ai complètement passé au travers au point de le sauter en entier.

Malgré ce chapitre loupé par moi, tout le reste m’a enchanté, subjugué, emporté, et une fois que je me replongeais dans les pages, je n’étais plus là pour personne tant ces vies étaient intéressantes à découvrir.

Je ne mettrai sans doute jamais les pieds aux États-Unis, mais je pourrai dire que grâce à la lecture, j’ai voyagé dans tout le pays et rencontré bien de ses habitants, et pas uniquement les gens d’En-Haut, mais plus souvent ceux d’En-Bas, ceux qui sont les plus intéressants à lire.

3,9/4 Sherlock

       

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

L’enfant de poussière, Patrick K Dedney. (LC avec Cannibal Lecteur).

Couverture L'enfant de poussière


Synopsis:

La mort du roi et l’éclatement politique qui s’ensuit plongent les primeautés de Brune dans le chaos. Orphelin des rues qui ignore tout de ses origines, Syffe grandit à Corne-Brune, une ville isolée sur la frontière sauvage. Là, il survit librement de rapines et de corvées, jusqu’au jour où il est contraint d’entrer au service du seigneur local. Tour à tour serviteur, espion, apprenti d’un maître-chirurgien, son existence bascule lorsqu’il se voit accusé d’un meurtre. En fuite, il épouse le destin rude d’un enfant-soldat.


Pourquoi je l’ai choisi:

J’avais repéré cette lecture, chez une autre copinaute passionnée Dealer de lignes et elle m’a convaincue de découvrir cet auteur, puis quand ma binôme préférée adorée, Belette ET Cannibale,  a accepté ma demande de LC, j’étais encore plus motivée! Clairement cette couverture sublime, est la raison de mon attirance vers cette lecture! Je tiens à remercier très chaleureusement Babelio ainsi que les éditions Le diable Vauvert qui m’ont permis de découvrir ce livre, via l’opération Masse critique!

 

Ce que j’ai ressenti:…Naître Poussière, et devenir Lumière…. 

  • Lune Tranquille: Syffe, L’enfant de Poussière vivote dans les rues de Corne-Brune, avec l’insouciance de l’enfance, accompagné de sa fratrie d’infortune: Cardou, Brindille et Merle. D’amitiés sincères en amour naissant, il grandit chichement, mais relativement heureux au sein de la ferme Tarron. Mais le temps de l’innocence va bientôt se finir et, à force de courir les rues et afficher une curiosité sans vergogne: les Lunes vont changer…

« L’espoir de jours meilleurs n’étaient pas une chose intangible, lorsqu’on attendait, comme nous, après de minuscules bonheurs. »

  • Lune des neiges: 4 livres/ 4 lunes changeantes, et autant d’étapes de vie difficile pour cet enfant syffelin un peu trop malin pour son propre bien…. Il va tour à tour, être sous l’influence de trois hommes charismatiques, (Hesse, Nahirsipal et Uldrick) qui vont tantôt l’initier, le former, le manipuler, mais l’aimer aussi, un peu, malgré les coups (durs) qui pleuvent…C’est un très beau roman d’apprentissage qui nous raconte avec une plume magnifique, le parcours d’un enfant miséreux. D’espion en apprenti chirurgien, à graine de guerrier, Syffe est un gamin attachant, au destin étrange, dans un Moyen-âge revisité où les conditions de vies sont rudes, mais pire encore, est cette atmosphère permanente de violences dans lequel, il essaye de se faire une place…

« Il y avait l’odeur aussi, l’odeur âcre de la civilisation, qui reniflait le feu et l’ordure et la merde moisie. »

  • Lune des labours: Dans ce premier tome de Fantasy, l’enseignement de Syffe est riche d’expériences et de savoirs, mais surtout il ouvre la voie sur la perspective de penser par soi-même. Il y a des graines lancées au vent, qui fleurissent dans son esprit, et il grandit, avide de leçons et de lectures, avec plus de perspicacité sur la religion, la politique, la notion de liberté. Malgré cette vie de rien, faite de trahisons blessantes et de pertes effroyables, l’intérêt de cette lecture se situe bel et bien, dans le lent cheminement du héros de pouvoir s’affranchir de la haine, de la servitude, de l’ignorance.

« Un bel esprit ne sert à rien, si on ne s’en sert pas. »

  • Lune glanante: S’il est vrai que ce livre recèle de richesses indéniables, on peut y sentir aussi quelques longueurs. Il y a une beauté exceptionnelle, des scènes de vies époustouflantes, des émotions bouleversantes, mais quelques fois, cela manque de dynamisme. Pour autant, je me suis attaché à cet enfant et il y a beaucoup de mystères encore à découvrir, (j’ai hâte d’en savoir plus sur Elle),alors je serai très curieuse de lire la suite de ce Cycle de Syffe…

« C’est une chose étrange, la vie. »(…). « Les certitudes changent. Même celles pour lesquelles on a donné le plus. » 

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

 

Titre : L’enfant de poussière

Auteur : Patrick K. Dewdney
Édition : Au diable Vauvert (17/05/2018)

Résumé :
La mort du roi et l’éclatement politique qui s’ensuit plongent les primeautés de Brune dans le chaos. Orphelin des rues qui ignore tout de ses origines, Syffe grandit à Corne-Brune, une ville isolée sur la frontière sauvage.

Là, il survit librement de rapines et de corvées, jusqu’au jour où il est contraint d’entrer au service du seigneur local. Tour à tour serviteur, espion, apprenti d’un maître-chirurgien, son existence bascule lorsqu’il se voit accusé d’un meurtre.

En fuite, il épouse le destin rude d’un enfant-soldat.

Critique de Cannibal Lecteur
Une petite incursion dans le monde de la Fantasy, ça ne fait jamais de mal quand on apprécie le genre.

Je pense que même ceux qui n’ont pas l’habitude de ce style là trouveront à boire et à manger dans ce roman car l’univers décrit est plus proche du Moyen-Âge que de la fantasy pure et dure, car ici, pas de magie.

Commençons par ce qui m’a plu dans le roman, notamment les personnages, surtout celui de Syffe, jeune orphelin de dix ans, plus habitué à recevoir des insultes (il est « teinté ») ou la menace de se faire couper la main, que de recevoir de l’aide ou des marques d’amitié.

Syffe n’a rien d’un héros, il est maigrichon, grognon (parfois), faible, se laisse emporter par ses émotions et dans ce monde qui ne fait pas de cadeau, ce monde où il faut essayer de survivre, les enfants doivent vite passer au stade « adultes » et Syffe devra le devenir, lui aussi, à l’âge de dix ans.

L’écriture de Dewdey m’a enchanté, c’est un excellent conteur, mais, et c’est là que le bât a blessé, j’ai trouvé que ce pavé de 625 pages avaient un peu trop de longueurs et j’ai eu du mal à en venir à bout tant certaines parties étaient longues.

Ajoutons à cela que durant trois jours, je n’ai pas eu le temps de lire une seule ligne (réanimez-en certains, c’est violent ce que je viens de confesser), vous comprendrez que j’étais contente d’en venir à bout, surtout que le côté politique de l’histoire m’a un peu barbé (pour une fois que la politique me barbe dans un roman !!).

C’est donc fort mitigée que j’ai terminé ce roman. Pas de regrets de l’avoir découvert, d’avoir rencontré des personnages intéressants (Syffe, Uldrick le guerrier Var, le première-lame Hesse, le chirurgien Nahirsipal Eil Asshuri), d’avoir fait un long voyage semé d’embûches et de quelques réflexions philosophique.

Oui, j’ai apprécié le voyage, l’aventure, ainsi que les révélations qui parsèment le roman, quand notre jeune Syffe reçoit la lumière de Sherlock Holmes et comprend ce que nous n’avions pas toujours soupçonné, mais purée, que c’était long et même sur la fin, alors que ça bougeait beaucoup plus, j’avais du mal à terminer, un peu comme un cheval qui a marché trop longtemps et qui peine à arriver à l’écurie.

Dommage parce que ce roman trônait en haut de ma PAL et qu’il avait reçu des bons échos de la part de copinautes.

À voir maintenant si je continuerai la route avec Syffe, afin de ne pas rester sur cet insoutenable suspense, ou si je passerai mon tour.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le challenge British Mysteries (Janvier 2018 – décembre 2018) chez My Lou Book (auteur anglais).

 

L’éveil du Léviathan, James S.A Corey.

Couverture The expanse, tome 1 : L'éveil du leviathan

The Expanse 1 

Pourquoi je l’ai choisi:

La couverture était superbe, et puis partir vers les étoiles, c’est toujours une belle destination…

Synopsis:

Jim Holden est second sur un transport de glace qui effectue la navette entre les anneaux de Saturne et les stations installées dans la Ceinture. Quand son équipage et lui croisent la route du Scopuli, un appareil à l’abandon, ils se retrouvent en possession d’un secret qu’ils auraient souhaité ne jamais connaître. Un secret pour lequel certains sont prêts à tuer, et à une échelle impensable pour Jim et son équipage. La guerre dans tout le système solaire devient inévitable, à moins qu’il ne découvre qui a abandonné ce vaisseau, et pourquoi.

Les personnages:

Miller et Holden mènent les chapitres. Ce sont donc les deux personnages principaux de ce premier volet et ils sont tous les deux, excellents. C’est exactement le genre de personnages que j’adore.

Miller est un personnage complexe intéressant parce que c’est un sanguin, assoiffé de justice mais complètement désaxé avec la réalité, tandis que Holden est un meneur fort, intransigeant avec l’honnêteté, mais du coup, complètement désaxé avec la société. Ils sont tellement entiers, tellement rigides dans leurs qualités, que leur quotidien n’a de cesse de les malmener…

  • Miller est un inspecteur aguerri mais ingérable, qui se voit confier une mission secrète de sauvetage d’une jeune fille: Julie Mao. Elle en devient vite son obsession, le plongeant dans les affres de la folie…

« Quand cesse-t-on d’être humain? se demanda Miller. »

  • James Holden est un officier en second de vaisseau spatial le Canterbury, un chef charismatique et qui par souci de transparence suite à un sauvetage, se voit déclencher, la pire des guerres de l’espace…Entre sa culpabilité et son devoir, il n’aura de cesse de vouloir sauver un maximum de vies…

« C’est toujours une partie de plaisir…jusqu’à ce que quelqu’un riposte, songea Holden. »

 

Ce que j’ai ressenti:

L’éveil…: Et observer la nuit, regarder les étoiles et imaginer une grande guerre, là haut, dans l’Infini.

« Rêver ne faisait pas de mal. »

C’est ce que nous a concocté cet auteur, James S.A Corey, une belle et grande saga audacieuse The Expanse. Un premier tome très dense de 900 pages, L’éveil du Léviathan, est le point de départ d’un conflit interplanétaire grandiose, démesurément technologique, immensément dévastateur…Jeux de guerres et autres stratégies politiques sont de la partie, et c’est à coups d’armes de destruction massive et de revirements de vaisseaux volants, que se jouent le destin de milliers d’extraterrestres, et celui du berceau de cette nouvelle humanité: la Terre…

Propulseurs, stations spatiales et Flottes militaires ont permis aux hommes de s’approprier les astéroïdes, de s’adapter à ce nouvel environnement de gravité mouvante, et se réinventer des envies d’ailleurs…Et puisque l’ Infini s’ouvre à eux….Reste, le souci éternel des ressources et la source de tout conflit: la folie humaine….

« Tout semblait désormais possible, et cet espoir les séduisait. »

Du Léviathan…: Et faire naître une menace si grande, ancestrale, monstrueuse.

Rien que ce nom de « Léviathan » il fait trembler nos imaginaires, parce qu’il a la particularité de prendre plusieurs formes : s’immiscer dans nos pires cauchemars, prendre le visage de la Bête, se réincarner en monstre politique, dévorer nos âmes et peut être bien aussi, tenir la garde des enfers…Dans ces pages, la menace est visqueuse autant qu’effrayante, et ses métamorphoses entraînent un récit palpitant de créatures diverses à faire frissonner d’effroi! Notez bien que en plus, de pirates de l’espace survoltés,  vous aurez même quelques zombies vomisseurs, une pandémie mystérieuse, et autres réjouissances extraterrestres dont vous n’avez pas même pas idée…

« Pas de repos pour les méchants. Pas de paix pour les gentils. »

Pour un éveil, je le trouve plutôt explosif et survitaminé: ça envoie plutôt du lourd!!!! Les pages défilent aussi vite que les vaisseaux en pleine poussée, ajouté à cela la dynamique des dialogues, tout cela rend ce petit pavé des plus captivants. Entre thriller et science-fiction, cette virée dans l’infiniment grand est une aventure qui prend aux tripes, et il faudrait peut être, demander à nos chers personnages, de nous donner aussi un peu de jus, ce cocktail de drogue pour rester bien accroché dans les multiples rebondissements qu’offrent cette belle saga!

Dans l’espace, rien n’est jamais totalement immobile; on se mettait simplement en orbite inverse avec un autre objet.

J’ai adoré ce premier tome, et le tome 2 est d’ors et déjà en lecture en Féerie….

 

« J’offre les étoiles à l’humanité. »

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement Léa ainsi que les éditions Livre de Poche Imaginaire pour cette lecture intense!

 

Passage des ombres, Arnaldur Indridason

 

Synopsis:

Un vieil homme solitaire est retrouvé mort dans son lit. Il semble avoir été étouffé sous son oreiller. Dans ses tiroirs, des coupures de presse sur la découverte du corps d’une jeune couturière dans le passage des Ombres en 1944, pendant l’occupation américaine.

Pourquoi cet ancien crime refait-il surface après tout ce temps ? La police a-t-elle arrêté un innocent ?

Soixante ans plus tard, l’ex-inspecteur Konrad décide de mener une double enquête. Jumeau littéraire d’Erlendur, il a grandi en ville, dans ce quartier des Ombres si mal famé, avec un père escroc, vraie brute et faux spirite. Il découvre que l’Islande de la « situation » n’est pas tendre avec les jeunes filles, trompées, abusées, abandonnées, à qui on souffle parfois, une fois l’affaire consommée, « tu diras que c’était les elfes ».

Un polar prenant qui mêle avec brio deux époques et deux enquêtes dans un vertigineux jeu de miroirs. Où l’on découvre que les elfes n’ont peut-être pas tous les torts et que les fééries islandaises ont bon dos…

 

Ce que j’ai ressenti:…Le souffle des elfes…

Et dans la bise glaciale, un elfe m’a soufflé
Les secrets de l’Islande, et ses contes populaires…
Il m’a raconté ses jeunes filles téméraires
Qui se mettent dans la situation, et après,
Divaguent, se laissent bercer de légendes insulaires
En perdant d’elles-même, au détour d’une aire…

Et dans le froid hivernal, un elfe m’a soufflé
L’horreur des passages hantés par des drames violents
Les tables et les vautours qui tournent inlassablement
Autour de la peine et des disparitions éhontées…
Il m’a parlé de destins brisés, il a plus de 65 ans,
Et de la culpabilité qui s’enracine dans le temps…

Et dans cette nature hostile, un elfe m’a soufflé
La puissance des liens du sang, l’odeur ferreuse
Qui suinte de ses histoires de Guerre désastreuses…
Il m’a conté dans les coulisses d’un Théâtre abandonné
Que les musiques des orgues basaltiques, fiévreuses,
Résonnaient de concert, avec les plaintes des malheureuses…

Tu diras que c’était les elfes qui t’ont soufflé
De te précipiter sur ce polar islandais…
Le Passage des Ombres s’ouvre sur deux enquêtes noires
Mais où, la féerie s’immisce et laisse croire
Que les phénomènes surnaturels sont de la partie…
Tu diras que c’était les elfes qui t’ont soufflé
Qu’il y a eu un coup de cœur chez la fée!

 

 

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement Camille ainsi que les éditions Métailié de leur confiance et l’envoi de ce livre! Ce fût une lecture féerique!

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Ayacucho, Alfredo Pita

Couverture Ayacucho

 

Synopsis:

Dans l’air pur des montagnes d’Ayacucho règne une odeur de mort. Pourtant, quand Vicente Blanco, reporter espagnol, débarque dans la ville andine pour enquêter sur le Sentier lumineux, il ne voit rien. Les militaires paradent, l’archevêque Crispin joue au basket, les habitants se taisent, les “subversifs” se cachent. Pas de scènes tragiques, pas de barricades, pas de combats. Tout juste, parfois, quelques bruits de balles. Avec deux journalistes locaux qui deviennent vite des amis, Vicente découvre lentement l’horreur de cette guerre sourde et silencieuse, qui dans les campagnes alentour prend les populations en otage. À force de courage et d’investigations, ils ont la preuve que l’armée a trouvé une méthode pour faire disparaître les corps.
Mais la vérité peut s’avérer dangereuse, et les journalistes sont des cibles à abattre. Dans une prose visuelle et lyrique, avec un sens de la narration extraordinaire, Alfredo Pita raconte magistralement cette guerre sale, et rend un hommage vibrant à ses victimes, anonymes ou non. “Le” roman de la violence péruvienne des années 80 et 90.

Ce que j’ai ressenti:

Depuis le commencement de la répression, contre le Sentier Lumineux, l’armée a fait disparaître les gens, mais au début ils n’étaient que quelques-uns et on pouvait les identifier. 

Si seulement vous pouviez voir mon exemplaire de Ayacucho, rien qu’à l’oeil nu, vous pourriez voir que ce livre ne m’a pas laissée indifférente…C’est très souvent le cas avec les lectures de la collection Metailié, et quand je le feuillette une énième fois pour écrire cette chronique, je le vois maintes fois corné ( c’est quand un passage me bouleverse…), des phrases sont surlignés en fluo (c’est quand la poésie s’y glisse), et puis, il y a toutes les recherches en post-it que j’ai faites pour mieux m’imprégner de l’ambiance du livre…Oui si seulement, vous pourriez voir tout cela, il a vécu ce livre: en couleurs et plissage, en émerveillement et émotions…Ce n’est pas une lecture qui laisse indemne: il m’a fait prendre conscience, que dans le monde, il y a des lieux maudits et Ayacucho porte bien son nom: Le Recoin des Morts…

« Mais quand je voyage, je retrouve la liberté et mon vice de toujours, le papier, les crayons, l’encre. »

Le talent d’un auteur se déniche dans les détails. Alfredo Pita en étant journaliste, écrivain et poète nous dévoile dans une prose magnifique et bouleversante, tout un contexte historique, politique et social au Pérou: il a l’art et la manière d’utiliser les mots qui parle au coeur, de suggérer plutôt que de heurter,  de dépeindre avec une beauté sensitive, les malheurs d’une population. Une plume à l’image de la violence péruvienne: dissimulée à un oeil non averti, il en reste pourtant l’odeur, encore plus intrusive… Le cadre de vie de Ayacucho est irrespirable, les horreurs bien dissimulées aux regards d’autrui, et ce qui est encore pire, car c’est dans l’ombre que les monstres se révèlent, les plus cruels…En créant son personnage de Vicente Blanco et ses deux acolytes un peu téméraires Luis et Max, Alfredo Pita lance son intrigue dans une enquête journalistique pour comprendre les massacres qui s’y déroulent, pour rendre justice aux victimes de ses pairs tués à Uchuraccay, mais surtout pour faire enfin la lumière, sur ces milliers d’anonymes, disparus dans le néant…Une enquête qu’on ressent comme une urgence, au péril de leurs vies, avec toutes les menaces sourdes ou énoncées…La tension dans ses lignes est oppressante, et pourtant, l’auteur arrive à nous atteindre avec de la douceur et de la poésie…

« Tout au long de l’histoire du Pérou la vie d’un indien n’a jamais rien valu. Elle n’est bonne qu’à arroser la terre des autres de sueur et de sang. Et je ne parle pas de ses larmes parce qu’il y a longtemps qu’il n’en a plus! »

Je ne croyais plus jamais revoir écrit, et surtout dans l’actualité des années 80, les mots tels que « Camps d’extermination ». Mes yeux se sont brouillés… Comme j’ai été naïve de croire que l’Histoire aiderai les Hommes à ne pas reproduire les horreurs du passé… Ayacucho, théâtre macabre et lieux de perdition pour tous ses habitants, victimes d’une guerre silencieuse entre la folie terroriste du Sentier Lumineux, l’Etat Péruvien et quelques arrangements flous avec l’Eglise: un cocktail détonnant qui a vu mourir des milliers d’innocents dans les hauteurs andines…Voilà pourquoi cette lecture, restera longtemps dans mon esprit, parce que tout le contexte est réel dans cette fiction, et qu’on ne peut décidément pas rester de marbre devant de telles souffrances…C’est d’abord un coup au coeur, avant d’affirmer que c’est un coup de coeur. Une histoire qui mérite de sortir des sombres sentiers, où la cruauté a cru agir impunément. Un livre magnifique pour ne pas oublier cette tragédie ignoble…

« Alors la logique s’impose: ce qui est invisible n’existe pas,et s’il arrive quelque chose à ce qui n’existe pas, aussi dramatique que cela soit, quelle importance. » 

Meilleurs moments du livre:

  • Vous savez, maintenant ma passion pour l’auteur Santiago Gamboa, alors quand Alfredo Pita lui fait des clins d’oeil, et danse jusqu’au bout de la nuit, à ses côtes, je me serai bien vu à cette soirée…
  • Au fur et à mesure de mes découvertes, je me rends compte que j’adore la littérature de l’Amérique Latine, ces auteurs ont le don de me bouleverser, Alfredo Pita a su me toucher par sa plume et à l’intérieur de ses pages, il fait révérence à des auteurs et des poètes que j’ai bien hâte de mettre dans ma PAL, s’ils sont aussi doués que ces deux là.
  • Et une des citations les plus belles, comme un conseil:

    « Tu sais Vincente, ne crois pas ce que les gens te disent, (…), et lis beaucoup, ne t’arrête jamais de lire, il n’y a pas de meilleure antidote à la bêtise humaine que de lire de tout pour essayer de se faire une idée, m’a-t-il dit en guise d’au revoir. 

« Père, protégez ces hommes qui cherchent la vérité et défendent leur prochain. »

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement, les éditions Metailié de leur confiance et pour l’envoi de ce livre. Ce fût une lecture bouleversante!

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Les passeurs de livres de Daraya, Delphine Minoui.

Couverture Les passeurs de livres de Daraya

Pourquoi je l’ai choisi: 

La communauté Bookstagram est pleine de bonnes idées et de partages livresques…Ici, j’ai succombé à l’appel du coeur de @Steph_croqueuse_de_livres_ , je ne me voyais pas faire autrement…

Synopsis: 

De 2012 à 2016, la banlieue rebelle de Daraya a subi un siège implacable imposé par Damas. Quatre années de descente aux enfers, rythmées par les bombardements au baril d’explosifs, les attaques au gaz chimique, la soumission par la faim. Face à la violence du régime de Bachar al-Assad, une quarantaine de jeunes révolutionnaires syriens a fait le pari insolite d’exhumer des milliers d’ouvrages ensevelis sous les ruines pour les rassembler dans une bibliothèque clandestine, calfeutrée dans un sous-sol de la ville.

Leur résistance par les livres est une allégorie : celle du refus absolu de toute forme de domination politique ou religieuse. Elle incarne cette troisième voix, entre Damas et Daech, née des manifestations pacifiques du début du soulèvement anti-Assad de 2011, que la guerre menace aujourd’hui d’étouffer. Ce récit, fruit d’une correspondance menée par Skype entre une journaliste française et ces activistes insoumis, est un hymne à la liberté individuelle, à la tolérance et au pouvoir de la littérature.

Ce que j’ai ressenti:… Un Fulgurant Coup de Coeur…

Je n’entends rien en politique internationale, en conflits mondiaux, et en stratégies planétaires, mais j’ai entendu comme un murmure dans le chaos, un message de paix et d’espoir qui s’est élevé au dessus du bruit des bombes, qui a réussi à passer entre les barils d’explosifs, qui s’est envolé plus haut qu’une attaque au napalm…Ce murmure, il vient de Syrie, et il avait le doux son des pages qui se tournent, la force des mots qui apaisent, le pouvoir de la liberté de penser, la magie d’un livre ouvert…

Quand j’ai lu ce passage, j’ai senti comme un déchirement…(et ce n’était que la page 12…).

« Des heures durant, il évoque en détail ce projet de sauvetage du patrimoine culturel, né sur les cendres d’une cité insoumise. Puis il me parle des bombardements incessants. Des ventres qui se vident. Des soupes de feuilles pour conjurer la faim. Et de toutes ses lectures effrénées pour se nourrir l’esprit. Face aux bombes, la bibliothèque est leur forteresse dérobée. Les livres, leurs armes d’instruction massive. » 

Je suis admirative qu’un tel témoignage ait pu franchir les frontières, la barbarie, l’intolérable…Ce n’est pas une lecture comme les autres, elle est de loin la plus difficile que j’ai pu lire, et pourtant, c’est un coup de coeur violent et nécessaire qui m’a bouleversée plus que ce que je pouvais imaginer…C’est avec une grande émotion que j’écris ce retour de lecture…Malgré l’état de siège asphyxiant, un petit groupe d’hommes décident de privilégier l’amour de la littérature, l’amour des mots, l’amour de la poésie comme un souffle d’espoir… C’était tellement désespéré, désintéressé et fondamentalement altruiste que cet élan vous chavire au plus profond…Au delà des larmes que tu verses au fil des pages, il te vient un respect serein qui t’unit à cette incroyable bibliothèque, petite bulle pacifiste cachée sous les décombres…

Le livre ne domine pas. Il donne. Il ne castre pas. Il épanouit. 

S’il y a des passeurs de livres à Daraya, nous pouvons bien nous, lecteurs et blogueurs, faire passer aussi ce témoignage d’une force et d’une luminosité éblouissante…A vous, maintenant, de faire passer…Pour ma part, c’est fait, et je m’en vais lire encore une fois, L’alchimiste de Paulo Coelho et Le petit Prince de Antoine de Saint-Exupéry mais découvrir aussi La coquille de Moustapha Khalifé puisque ce sont ceux là, qui ont été leur port d’attache au milieu de cet océan déchaîné de violence…Ceux là, et tous les autres, qui les ont tenu debout, et plus fort contre la haine…

Lire pour s’évader. Lire pour se retrouver. Lire pour exister…

 

 

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

 

Trois oboles pour Charon, Franck Ferric.

Pourquoi je l’ai choisi:

Au premier coup d’œil, pour la couverture! Il faut dire aussi que ce synopsis avec cet homme qui dupe les dieux a attisé ma curiosité…

Synopsis:

Pour avoir offensé les dieux et refusé d’endurer ma simple vie de mortel, je suis condamné à perpétuellement subir ce que j’ ai cherché à fuir : l’absurdité de l’existence et les vicissitudes de l’Humanité. Rendu amnésique par les mauvais tours de Charon – le Passeur des Enfers qui lui refuse le repos -, je traverse les âges du monde, auquel je ne comprend rien, fuyant la guerre qui finit toujours par me rattraper, tandis que les dieux s’effacent du ciel et que le sens même de ma malédiction disparaît avec eux. Dans une ambiance proche du premier Highlander de Russel Malcahy, Trois oboles pour Charon nous fait traverser l’Histoire, des racines mythologiques de l’Europe jusqu’à la fin du monde, en compagnie du seul mortel qui ait jamais dupé les dieux.

Ce que j’ai ressenti :…Un voyage tourbillonnant de poésie…

 « Toi qui arrives au Froid Pays : trois oboles pour le Passeur, ou bien une éternité de langueur ? »

♫ Il faut laisser le temps au temps ♫… Pour le Géant de cette histoire, il sera sa pire malédiction, sa némésis, sa torpeur… Une éternité à subir les violences, à se retrouver au milieu des pires conflits de l’Histoire, à chercher les réponses à ses questions…Toujours aux frontières de la vie et de la mort, essayant de saisir la déraison ou comprendre la raison d’un tel châtiment, à voguer sur le fleuve de Léthé indéfiniment, à s’acquitter d’une dette de passage mystérieuse…Cet homme aux multiples surnoms se balade sur le fil du temps, retombe chaque fois dans le chaos, et se relève dans un néant sans but…

« Il n’est de punition plus terrible qu’une éternité de travail sans but ni espoir. »

Je fais un petit aparté spécial pour signaler que je préfère le synopsis de Folio, car du coup, j’ai pu apprécier à sa juste valeur, la surprise de l’identité de cet homme maudit par les dieux, et donc encore plus aimé la pertinence de la construction de l’intrigue. Franck Ferric réinterprète la légende d’un personnage de la mythologie grecque, joue des effets de répétition qui sont le propre de cette spirale infernale, mais en plus, il le fait avec une poésie moderne expressive qui fait un joli clin d’oeil à l’oeuvre originale.

Mais attention à vous. La poésie, parfois, ça griffe, ça mord, ça cogne. 
Et c’est même un peu sale.

Nous avons dans ce roman des scènes de bataille époustouflantes, et une compréhension de l’Humanité qui mène à de belles réflexions philosophiques. Une lecture des plus intéressantes avec une beauté lyrique qui nous emporte au sein de l’Histoire, des histoires et des mythes légendaires. Je suis encore admirative de la proposition originale de cet auteur! Un moment suspendu dans le cycle infernal de la vie, une jolie vogue de lecture avec une réinterprétation intelligente, qui en fait, un petit trésor personnel, mais qui ne vous sera d’aucune utilité devant votre passage devant Charon…A moins que…

« Avec nos armes et nos passions nous taillons nos vies à nos mesures. Je crains qu’il ne faille bien plus , à ceux qui viendront après nous, pour élargir les vies qu’on voudra bien leur donner. »

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

 

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Folio pour l’envoi de ce livre et de leur confiance pour faire partie de leur Club de l’Imaginaire.

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En Féérie, il brille quelques poussières…

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