Le temps de la haine, Rosa Montero


Synopsis:

Madrid 2110. Lorsque le commissaire Lizard disparaît, la réplicante Bruna Husky, détective privée, se lance éperdument à sa recherche. Elle découvre à la télévision qu’il est l’un des treize otages qui seront exécutés, un par un, par des terroristes très jeunes et dont les revendications sont bien accueillies pas ceux qui souffrent dans un monde où l’air et l’eau doivent s’acheter. Bruna, qui compte de façon obsessionnelle le nombre de jours qui la séparent de son obsolescence programmée de réplicante, se met à compter aussi le nombre de jours avant que Lizard soit décapité.

Dans son enquête elle découvre une colonie qui refuse la technologie ainsi qu’une structure du pouvoir qui remonte au xive siècle et pourrait dominer les technologies dont elle est elle-même issue. Dans ce monde secoué de convulsions multiples, les crispations populistes s’exaspèrent et une guerre civile devient inévitable. Tous se méfient de tous et ne restent que les liens anciens de l’amitié avec Yannis, le vieil archiviste dépressif, la farouche Gaby, les extraterrestres tendres et le boubi Bartolo, vorace et affectueux.

Dans ce troisième volet des aventures de Bruna Husky, son personnage le plus proche et le plus intime, Rosa Montero construit avec virtuosité un univers bigarré, insolite et familier, elle provoque les émotions du lecteur, le secoue tout en l’amenant à réfléchir sur notre présent comme prémices du monde qu’elle nous décrit.

Un roman intense à l’action trépidante sur les excès du pouvoir, l’horreur des dogmes, la mélancolie du passage inévitable du temps, la passion amoureuse.

La lauréate du Grand Prix national des Lettres construit une brillante métaphore des temps que nous vivons.


Ce que j’ai ressenti:

▪️Et plus tard, l’amour et la haine…

Quelle belle surprise que ce polar teinté de SF! Je ne pensais pas plonger dans une histoire aussi captivante et futuriste, et je ressors donc complètement soufflée par Le temps de la haine. L’avenir est compromis par la corruption, la violence et le terrorisme. Le monde va de mal en pis: la moindre ressource élémentaire est tarie et surtaxée. Il ne fait plus bon vivre sur la Terre, et pas tellement mieux sur les autres planètes… Et pourtant…On s’accroche à l’amour comme à l’oxygène, on s’éprend d’amitiés pour ne pas succomber, on s’écorche à l’humanité pour ne pas tomber face à la barbarie, grâce à ces personnages qui ne se résignent pas. C’est d’une beauté exceptionnelle. Étrange et fascinante. C’est actuel et avant-gardiste, et en même temps, intemporel, parce que la violence des hommes a toujours fait des ravages. Alors ce n’est plus si important de savoir à quelle époque nous sommes, juste, il nous faut savoir que le temps de la haine a tout emporté, même l’innocence des enfants… La course à la technologie fait rage et emmène chaque fois plus loin, les limites de l’étique, pour toujours plus de profits… C’est un monde plus noir, plus haineux, plus opportuniste mais avec la plume de Rosa Montero, c’est étonnamment magnifique. Il subsiste un infime rayon d’amour, minuscule, mais elle a le talent de le faire briller au milieu de ce chaos…Grandiose!

Gardons espoir, même si en ce moment les étoiles sont noires et que nous traversons le temps de la haine.

▪️Un compte à rebours obsession.

Rosa Montero a su créer un personnage atypique et attachant. Bruna Husky. Belle, combative, amoureuse, androïde. Il y a dans ses pages, une tension permanente entre la haine et l’amour, la vie et la mort, l’espoir et l’anéantissement et en comptant, comme ça, désespérément, les derniers jours de la vie de cette réplicante, l’émotion est démultipliée. Mais en plus, avec cette prise d’otages avec les exécutions en direct, cela rajoute encore un effet d’urgence. Une urgence à se battre pour vivre. Pour mieux vivre. Plus intensément, plus consciemment, plus passionnément. Même en étant condamné, machine, ou miséreux, la force de vie des personnages est bouleversante. Bruna se démène pour sauver son amour, pour sauver sa famille, pour sauver quelques miettes d’humanité, en comptant obsessionnellement le temps, et ce qu’elle peut arracher à la haine. C’est très intense comme sensation de lecture.

—Sans amour la vie ne vaut pas la peine d’être vécue.

▪️Le temps d’une histoire…

Avec ce roman, j’ai voyagé dans un futur ravagé, dans la magnificence des étoiles, dans un Madrid apocalyptique, sur une autre planète…Et c’était une belle virée, enrichissante et émotionnelle. J’ai découvert une héroïne fascinante et j’aimerai beaucoup lire les précédents tomes, surtout que je suis tombée sous le charme de l’écriture de Rosa Montero. Elle a une plume sensationnelle, et j’ai adoré sa façon de mélanger les genres. Par le biais de la fiction et de la science-fiction, elle nous emmène à réfléchir sur nos problèmes de société actuels et futurs. C’est une réussite autant qu’un énorme coup de cœur, le temps précieux d’une belle lecture.

Un cœur métallique vous faisait-il moins humain qu’une jambe en titane?

 

Ma note Plaisir de Lecture 10/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement les éditions Metailie pour leur confiance et l’envoi de ce livre. Ce fut une très belle lecture, un coup de coeur intense!

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Loups Solitaires, Serge Quadruppani.

Pourquoi je l’ai choisi:

J’ai une fascination pour le loup, et associé au plaisir de lire un polar contemporain de la collection Métailié Noir, ce choix me paraissait évident! Je trouve cette couverture juste magnifique.

Synopsis:

Pierre Dhiboun, membre des forces spéciales françaises infiltré dans un groupe djihadiste au nord du Mali, a disparu à son retour en France. Manifestement, il a déserté. Mais de quelle armée ? Beaucoup de monde aimerait le savoir : sa supérieure directe – une générale de gendarmerie qui ne rend compte qu’au président –, une mystérieuse organisation d’anciens contractants de toutes les guerres d’Orient et tous les services secrets français. Dhiboun est-il un loup solitaire ?
Or voici qu’il réapparaît près d’une base où les armées occidentales mènent d’étranges opérations à distance, aux côtés d’une rousse piquante et de son amant chirurgien en rupture de chirurgie.
Ce qui semblait une classique affaire de terrorisme cantonnée à des déserts lointains va muter brusquement en rencontrant le Limousin profond, ses marginaux foldingues, ses gendarmes clochemerlesques, et surtout ses animaux bien décidés à n’en faire qu’à leur tête.
Car un loup, un vrai, pénètre sur le plateau de Millevaches.

Ce que j’ai ressenti:…Une belle chasse contemporaine…

Entends-tu ce trot cadencé? Non, forcément, car c’est à pas de loup que Serge Quadruppani se déplace dans la forêt obscure du terrorisme, et qu’il traque sous couvert des arbres, l’ombre des djihadistes. Dans ce polar contemporain, aux thèmes plus que sensibles de l’actualité, il trottine avec la douceur de ses coussinets, mais la rage au ventre,  sur les territoires internationaux, devine les intentions des hautes sphères politiques, s’infiltre dans les réseaux sombres. Une petite touche d’audace par ci et, un humour mordant par là, c’est un réel plaisir de suivre ses Loups Solitaires.

J’ai beaucoup aimé le parallèle Nature/Humanité qui se dégage de ses pages. Entre la sauvagerie fascinante du loup, l’attachement des blaireaux, l’œil avisé du faucon ou les abeilles nerveuses, la faune nous étonnera toujours! Derrière cette apparence d’observation, on peut voir en miroir la complexité des comportements humains et Serge Quadruppani adore déstabiliser son lecteur à force de métaphores et de clins d’œil appuyés. Il joue de notre attention, de nos impressions, de notre concentration comme le ferait sans doute le chat Piano avec sa proie, mais l’auteur peut se faire Scorpion aussi, et balancer un dard de confusion dans vos esprits…

-Tu sais que la panique , ça vient de Pan, la divinité qui incarne les forces invisibles et mystérieuses de la nature?

Entre traque instinctive et chasse à l’homme, ce polar noir est un condensé d’énergie! L’auteur maîtrise , à coup de rebondissements hargneux, son intrigue explosive! En s’infiltrant dans l’ombre, il enchaîne les actions, les enjeux, les stratégies, et nous sert un roman d’espionnage vibrant, et dans ce jeu de dupes, ou les trahisons sont pléthores et les promesses rompues, il ne nous reste plus qu’à discerner le vrai du faux…Et c’est bien tout le plaisir du lecteur de chasser les doutes, pour espérer approcher de près la beauté du Loup.

« Je crois au besoin de croire. Je crois à la poésie qui exprime ce besoin. Je crois au besoin de règle. Mais je crois aussi à la règle du besoin. Et j’ai besoin de toi. »

 

Ma note Plaisir de Lecture  8/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Métailié de leur confiance et pour l’envoi de ce livre! Ce fût une lecture fascinante!

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En Féérie, il brille quelques poussières…

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