Le dernier grenadier du monde, Bakhtiar Ali.


Synopsis:

Muzafari, officier supérieur des Peshmergas, n’a jamais connu son fils qui n’avait que quelques jours au moment où il sauve la vie de son meilleur ami, célèbre chef révolutionnaire kurde. Cette action lui vaut vingt et un ans de captivité à l’isolement dans le désert.
Quand il retrouve la liberté, il s’embarque pour un voyage dans le champ de mines qu’est devenu son pays, qu’il ne reconnaît plus. Un voyage, à la recherche de son fils, dans les histoires de ses amis et leurs secrets. Il va y découvrir l’existence de trois fragiles grenades de verre, qui le guideront dans sa quête, écouter chanter deux sœurs énigmatiques et fortes, apprendre l’histoire cruelle de la “guerre des charrettes” du bazar et de leur jeune Maréchal. Comprendre jusqu’où peut aller la trahison des puissants et l’insoutenable douleur de la guerre. Un voyage qui l’amène à faire ce que des milliers d’autres ont fait avant lui : traverser la Méditerranée, pour aller en Europe.
Dans ce texte magnifiquement poétique, Muzafari apprend à écouter le désert, le vent et le sable qui sont ses seuls interlocuteurs pendant sa captivité. Mais le retour à la réalité se fait aussi par un récit plein de maisons enchantées, de personnages fantastiques et touchants, qui emportent le lecteur dans un autre Orient. Toutefois entièrement impliqué dans l’époque moderne.


Ce que j’ai ressenti:

▪️L’émotion à l’état brut.

J’ai beaucoup hésité à faire cette chronique, parce que ce livre a été réveiller des émotions profondes à l’intérieur de moi et de mon imaginaire. C’est tellement puissant que ça me laisse un peu confuse pour raconter cette sensation. Ce livre t’envoie en méditation intense, dans un espace de solitude où pousse Le dernier grenadier du monde, et où la poésie éblouit tout le paysage. C’est de l’émotion à l’état brut. Un voyage à l’intérieur de soi, dans une intimité épurée, un temps d’arrêt pour repenser à notre place, maintenant, dans cet instant si court entre la vie et la mort. Un vide nécessaire, apaisant et riche. Un néant à atteindre. C’est vertigineux comme sensation, parce que tu te délestes de tout, comme Mouzaffar. Tu deviens Tout et Rien. L’infini et le néant. Et juste là, tu vois à travers les yeux de ce personnage, le dernier grenadier du monde, qui lui même, voit venir auprès de son ombre, les tourments des gamins de « rien », des enfants avec tout l’avenir devant eux, et une grenade de verre dans leurs mains…C’est sublime.

« Heure après heure, son cœur se fracture davantage. Entre les éclats de verre de son cœur, les failles se creusent. Au lever du soleil, il s’endort au milieu du sang, de la pluie et des larmes et, dans son sommeil, il rêve d’un arbre qui a pour nom « le dernier grenadier du monde ». « 

▪️A travers le verre…

Ce roman extraordinaire, c’est l’histoire d’un homme qui cherche son fils après 21 ans de captivité, qui se cherche aussi, parce qu’il a tout laissé au désert et dans les murs de sa prison. C’est la seule chose qui lui reste de cet enfermement, l’espoir de trouver son fils. Toute l’ingéniosité de ce roman noir, c’est de ressentir un climat étouffant de guerre civile, de massacres et de violences extrêmes mais de ne jamais en voir la couleur, parce que Bakhtiar Ali, en mettant une telle force dans ces mots, une telle fantaisie dans ces métaphores, une telle magie dans son histoire, arrive avec délicatesse à t’épargner des scènes ignobles, pour ne garder que l’essentiel: la beauté. C’est renversant. Tu n’as que la grâce d’une plume brillante et l’élégance d’une poésie envoûtante pendant 300 pages. Ce livre, c’est la beauté.

« Il existe deux sortes de secrets, ceux qui assombrissent le monde et nous aveuglent et ceux qui nous emmènent plus loin et plus profond. »

▪️Plus qu’un coup de cœur…

Parce que cette lecture apporte une poésie venue d’ailleurs, une puissance de sérénité et la magie d’une belle histoire, ce livre va me marquer longtemps et je sais qu’il sera lu et relu…Parce que on ne peut se passer de beauté. Il y a parfois des coups de foudres, comme ça qui viennent te surprendre…Ça fait des étincelles en toi, des feux d’artifices même, et c’est juste incroyable. Que de richesse comma ça, à aller découvrir les lectures du monde. Mon premier essai avec la littérature kurde est un coup de cœur fulgurant! J’aimerai maintenant m’abriter auprès du dernier grenadier du monde, enfiler une robe blanche et chanter comme les sœurs Spi envers et contre tout, méditer et me réinventer en grain de sable, tenter de connaître les secrets de l’univers, perdre mon nom et le retrouver dans des légendes, jouer avec les clefs de Mohammad Delchoucha, ressentir l’énergie de la nature. C’est cela, oui, aller m’asseoir près de cet arbre extraordinaire, et essayer de saisir toute la beauté que Bakhtiar Ali nous fait passer dans ce roman très dense.

« Oui, c’était le dernier grenadier du monde, sur ce sommet où la terre prenait fin et où commencer les vastes contrées magiques de Dieu. C’était un endroit qui faisait naître en toi une sensation infiniment étrange de finitude et d’infinitude à la fois. Ce grenadier avait poussé à la lisière de deux royaumes, le royaume de la vérité et le royaume de l’imagination, la terre de la réalité et le ciel des contes. »

 

Ma note Plaisir de Lecture 10/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement les éditions Metailie de leur confiance et l’envoi de ce livre.

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Baiser Féroce, Roberto Saviano.


Synopsis:

Après les événements tragiques qui clôturent Piranhas, Nicolas, dit Maharaja, a juré de se venger. Il ne reculera devant rien pour conquérir Naples, enterrer les vieux parrains et être couronné roi. Entouré de son baby-gang, Nicolas n’a jamais semblé aussi proche de son rêve. Le coût du sang est élevé et la course au pouvoir infinie ; les alliances ne durent qu’aussi longtemps que l’argent coule à flots. Désormais craints et respectés, Nicolas et ses frères brûlent leur vie par les deux bouts, au risque de sacrifier ceux qu’ils aiment le plus. Pourtant, ils devront apprendre à perdurer. Après le succès de Piranhas, Roberto Saviano parachève son immersion dans l’univers criminel napolitain par une apothéose digne des plus grands films de gangsters. Grâce à une narration toujours aussi percutante, il nous plonge dans un monde brutal que l’on peut voir comme le reflet de notre société actuelle. C’est bouleversé par la force du récit et des personnages que l’on referme ce roman palpitant.


Ce que j’ai ressenti:

🔹Effet Paranza🔹

Retour à Forcella. Je ne pouvais pas laisser le Baby-Gang à ses démons, sans poursuivre la lecture de leur folie de vengeance. Malgré le choc de Piranhas, j’étais impatiente de repartir vers l’Italie, pour essayer de comprendre ce phénomène de société inquiétant, qui gronde dans les rues de Naples. Maharaja est plus déterminé que jamais, à s’imposer, à mordre et embrasser férocement, toute la ville napolitaine. Il continue son règne de violence, avec une totale inconscience, un enfant-roi audacieux, prêt à arracher le pouvoir aux plus grands mafieux, à voler la vedette aux stars du Parrain, à se lancer dans des entreprises sombres…Avec sa bande, la Paranza dei Bambini , il va de plus en loin, dérivant au large, dans des eaux rougies et haineuses.

Or, on n’est un chef que si on n’a pas peur de la mort.

💋Par milliers, des baisers💋

C’est un livre qui se lit avec une certaine urgence…Une urgence de vie. Une urgence de mort. Une urgence à vivre plus intense, plus dangereuse, plus émotionnelle. Embrasser la vie avec tout ce qui l’anime. Ces jeunes n’ont pas le temps de vivre, ils ont tout à prendre, tout à donner aussi, même leur jeunesse, même leurs vies si courtes…La mort est un capital et le ciel leur seule limite…Et bien sûr, les grands requins de la mafia en profitent, en embrassant leurs audaces, leurs risques, leurs dévouements. J’ai été saisie d’effroi, d’amour, de tristesse pour cette Paranza. J’aurai voulu leur donner des milliers de baisers de tendresse pour enrayer le règne de férocité et cette jeunesse décimée. Naples rugit d’amour et de désespoir, quand les enfants tombent. Roberto Saviano nous touche au cœur et tape dans le mille, avec sa plume alerte et ses mots bang-bang.

« Je ne veux pas un baiser sur les lèvres qui dit que tu m’aimes bien. Je veux le baiser féroce qui dit tout. Absolument tout.« 

❤️Italie, terre de passions❤️

C’est un roman palpitant. Un diptyque troublant. Un cri d’alarme. Une réalité effrayante. Deux uppercut littéraire. Une résistance que l’on ressent dans tous les instants. Les mots peuvent parfois blesser, heurter, émouvoir et Roberto Saviono m’aura captivée, à l’italienne. C’est un éclat de vie aussi furtif qu’éblouissant, aussi sanglant que luminescent. Tout vibre dans ses pages: les mots, les émotions, la jeunesse…Ce fut une lecture bouillonnante et tragique. Une cavale ultime. Je laisse des tonnes de palpitations dans ce ressenti, un petit morceau de mon cœur, pour ces enfants perdus dans le sang et le pouvoir illusoire.

Je t’embrasse Naples, de tout mon cœur. Puisse la Madone protéger, tes enfants…

« On ne tue pas les anges. »

 

Ma note Plaisir de Lecture 9/10

Que passe l’hiver, David Bry.

Couverture Que passe l'hiver


Synopsis:

« Un fil du destin se brise. Un autre se renforce. » 

Stig, cadet du clan Feyren, se réjouit de participer pour la première fois aux festivités du solstice au sommet du Wegg, demeure du roi de l’hiver, signe de son passage à l’âge adulte. Le jeune homme au pied bot, difformité qui lui vaut le mépris son père, observe avec candeur et enthousiasme les conteurs, danses, ripailles et conversations, n’osant encore se mêler aux membres des trois autres clans. Mais lorsque le seigneur des Dewe s’écroule brutalement, la fête se teinte de la couleur du deuil. Et l’atmosphère glacée se fait plus étouffante.
Au cœur de la Clairière, les bûchers mortuaires brûlent et signent déjà la fin d’un monde.


Ce que j’ai ressenti:

▪️Des fils et des flocons par milliers…

Que passe l’hiver mais que reste le charmant souvenir de cette histoire, une fois la féerie rencontrée au pied de la montagne du Wegg… Quel roman mais quel roman! Tout un univers de blanc et de magie qui prend vie en tournant les pages, et que de tragédies dans la pureté de ce paysage! C’est un roman Fantasy enchanteur et mystérieux qui tisse son intrigue au cœur de la fête du Solstice d’hiver, quand les flocons tombent tellement drus, que la force des traditions et des contes oraux prennent enfin tout leurs sens. Des liens et des destins qui s’entrelacent au cœur de la Clairière. Des fils d’amour, d’amitié mais aussi de haine et de pouvoir féroce qui prennent leurs origines dans un lieu secret. Des Clans réunis pour perpétuer les souvenirs et les promesses d’engagements. Stig Feyren assiste à sa première cérémonie et se réjouit déjà de mêler son fil de destin à son clan, si tordu soit-il…Mais il ne se doutait pas que c’est lui, le cœur du nœud, et d’un battement d’ailes, il nous fera voyager dans cette communauté étrange et lointaine…

-Tout est dans le cœur des hommes, Stig, le pire comme le meilleur.

▪️Des fils et des ailes déployées…

David Bry nous entraîne dans une histoire envoûtante au milieu de clans aux pouvoirs magiques, avec des croyances et prophéties d’un autre temps. Des êtres capables de se transformer, de disparaître, de passer au travers des frontières, de deviner les futurs. Et le temps Que passe l’hiver, je me suis laissée allée avec plaisir dans cet environnement glacé. J’aurai aimé voler juste à côté du corbeau et de l’aigle, caresser le roi-cerf, me mesurer à la force de l’ours, me perdre dans les yeux des prophétesses…La magie d’un conte tient à celui qui le raconte. Et David Bry le fait avec tant de passion et d’enchantement, que ce moment de lecture a quelque chose de merveilleux. On part à l’aventure, et on y croit parce que l’atmosphère est là, givrée et teintée de danger, lumineuse autant que sombre. J’ai adoré son héros, Stig. Attendrissant, en transition vers son destin d’adulte, c’est un personnage très réussi, avec ses doutes et son idéalisme. Je me suis prise aux jeux de cette symbolique de fils qui viennent se mêler autour de ces augures néfastes et c’était juste fascinant, à vous en faire pulser vos points cardinaux…

-Et que certains d’entre nous devront sans doute disparaître, avant que passe l’hiver.

▪️Des fils et des vers sublimes…

Et s’il ne faudrait ne retenir qu’une chose, c’est la poésie qui surgit de ses pages. La poésie qui s’impose entre les strates de pouvoirs, celle qui resplendit de beauté dans les paysages réinventés, celle qui dynamise un héros dans son complexe d’infériorité…La poésie, qui commence chaque nouveau chapitre, qui fait le lien entre tous ses multiples personnages et leurs destins. La poésie comme fil tenu qui tient toute une histoire, grâce à son pouvoir élévateur. Il est peut être temps maintenant pour vous d’allez découvrir cette folle histoire d’un jeune poète au pied bot, et n’attendez pas Que passe l’hiver pour vous laisser charmer par les festivités de ce solstice…Une très belle découverte et une ambiance que je ne suis pas prête d’oublier…

 

Les rêves ne meurent jamais
Seuls, emportent avec eux
Les cœurs et les âmes;
N’y laissent que des larmes.

 

 

Ma note Plaisir de Lecture 9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement Charlotte ainsi que les éditions Pocket pour leur confiance et l’envoi de ce livre!

Fracassés, Kate Tempest.

Fracassés par Tempest


Synopsis:

Sismographe d’une génération à la dérive, Fracassés oscille avec rage entre lutte et renoncement. Esclaves de jobs insatisfaisants et de vies étriquées, Danny, Charlotte et Ted se battent pour donner un sens à leur existence. Emprisonnés dans un purgatoire où nul ne peut s’évader sans perdre la raison, ils se consument dans une fuite infinie. Le jour de l’anniversaire de la mort de leur ami Tony, survenue dix ans plus tôt, ils décident de se donner un nouvel élan. Voix intérieures, scènes dialoguées, partitions chorales et slams au réalisme brut s’entremêlent et confèrent à ce texte une puissance incantatoire.


Ce que j’ai ressenti:

  • A Choeur multiple…

Kate Tempest se prend au jeu du théâtre et fait résonner UN. les choeurs. DEUX. les coeurs. TROIS. les rêves effondrés.  En une valse de slam et de scènes de vies embrumées, elle fait vibrer en trois voix, les aspirations de Charlotte, Dany, et Ted. Trois jeunes trentenaires égarés dans la vie, fracassés par le décès de leur ami Tony parti dix ans plus tôt, encore vaseux des substances illicites de la veille, et frileux sur leurs avenirs incertains. J’aime cette artiste qui se réinvente à chaque écrit. Toujours, la même fureur passionnée et sa poésie vibrante, Kate Tempest réussit encore à me surprendre et à me cueillir, quelques soient les genres où elle m’emmène.

TROIS. Nos yeux ont
UN. Rétréci
TROIS. Et nos rêves ont 
UN. Failli. 
DEUX. On a vieilli, quoi.

  • A cœurs fracassés…

Kate Tempest a, à cœur de se soucier des rêves des jeunes. De tous les jeunes, qu’importe leurs horizons. Elle voudrait leur donner l’impulsion nécessaire pour que les passions et les vocations jaillissent. C’est un thème récurrent dans ses écrits, et à chaque fois cela me touche. Elle trouve toujours des personnages avec du potentiel mais rompus à des désillusions. Fracassés sur un quotidien morne. Elle se fait voix pour une génération, qui n’a pas encore saisi sa chance, et nous chante Londres et ses sirènes d’alarmes…Et j’aime comme ça sonne, comme ça vibre, comme ça dérange…

UN. Nos yeux fermés
DEUX. Mais nos consciences éveillées –
UN. Et ce vieux mantra obsédant et envahissant – 
TROIS. L’espoir fait vivre, mais pas longtemps.

  • A pleurs perdus…

90 pages. Des rêves à faire jaillir derrière les paupières. Des larmes naissantes au fond des yeux. Et un sursaut d’envie furieuse, d’y croire encore, un peu, avant le néant, avant la fin de la nuit…Elle me fracasse. A tous les coups. A chaque vers. Dans sa rage et son intention. Kate, quand je te lis, j’ai des tempêtes au bord des cils.

Mes yeux et mon cœur, fracassés. Reste que les émotions.

UN. J’aime. Deux J’adore. TROIS. Coup de Coeur.

TROIS. Et qu’importent ce que nos cerveaux exigent de nous,
UN. Nos cœurs sont prêts à tout risquer. 

 

Ma note Plaisir de Lecture 10/10

La transparence du temps, Leonardo Padura.

Couverture Mario Conde, tome 8 : La transparence du temps


Synopsis:

Alors qu’il approche de son 60e anniversaire, Mario Conde broie du noir. Mais le coup de fil d’un ancien camarade de lycée réveille ses vieux instincts.
Au nom de l’amitié (mais aussi contre une somme plus qu’honorable), Bobby le charge de retrouver une mystérieuse statue de la Vierge noire que lui a volée un ex-amant un peu voyou.
Conde s’intéresse alors au milieu des marchands d’art de La Havane, découvre les mensonges et hypocrisies de tous les “gagnants” de l’ouverture cubaine, ainsi que la terrible misère de certains bidonvilles en banlieue, où survit péniblement toute une population de migrants venus de Santiago.
Les cadavres s’accumulent et la Vierge noire s’avère plus puissante que prévu, elle a traversé les siècles et l’Histoire, protégé croisés et corsaires dans les couloirs du temps. Conde, aidé par ses amis, qui lui préparent un festin d’anniversaire somptueux, se retrouve embarqué lui aussi dans un tourbillon historique qui semble répondre à l’autre définition de la révolution : celle qui ramène toujours au même point.

Un voyage éblouissant dans le temps et dans l’histoire porté par un grand roman plein d’humour noir et de mélancolie.


Ce que j’ai ressenti:

  • Un pressentiment …

En lisant La transparence du temps, il y a comme un espace étrange qui s’est ouvert, pour que je puisse me glisser dans les failles de l’Histoire. Une histoire très dense où, il est question des pouvoirs d’une Vierge Noire, d’un Diable qui se promène dans les rues sans chaussures, et des meurtres crapuleux au sein des cercles huppés des collectionneurs. Et là, il m’est venu un pressentiment…L’idée même que j’allais A-DO-RÉ  ce roman… C’était plus que cela même! Une intuition qui s’est vérifiée au fil du temps et de sa transparence… Je me suis imprégnée de ce roman d’une richesse incroyable, et impressionnée par la profondeur et la plume de Leonardo Padura…Et si l’on allait voir en quelques points, comment ce livre m’a immensément touchée par son tourbillon mélancolique et ses couloirs obscurs…

« Il pensa alors qu’il voyait le temps à travers la transparence d’une goutte de pluie accrochée à une branche. Ou en franchissant les années, à travers la transparence cristalline d’une larme qu’un état d’âme altéré mais incoercible avait arraché à ses yeux. » 

  • Un feeling…

Tout d’abord, il y a eu un coup de foudre pour le personnage principal, Mario Conde, ancien flic à la retraite, torturé à l’idée de passer le cap de la soixantaine, féru de littérature et de bon café. Il a une vision idéaliste de l’amitié, donc quand un ancien camarade vient sonner à sa porte, il fonce les yeux fermés dans une enquête dangereuse où les requins ne reculeront devant rien, pour s’approprier la pièce rare…Il paraissait évident que j’allais avoir un attachement immédiat pour cet homme touchant, désintéressé, intelligent et surtout addict à la lecture. On sent dans ce roman, que la dynamique de l’amitié est le moteur de cette intrigue, mais qu’elle est souvent contrariée par les mécanismes aléatoires, tels que les ambitions personnelles, la situation politique, les enjeux économiques…

« -Et tu crois que je devrais changer?
(…)
-Non, ne change pas…Tu es un désastre, mais un désastre plutôt bon. Et comme nous le savons toi et moi: ce qui est bien, mieux vaut ne pas y toucher. » 

  • Une ambiance…

Ce roman a une atmosphère puissante. Entre la situation politique et sociale de La Havane que l’on ressent extrêmement violente et l’Histoire sanglante de la Vierge Noire au cours des siècles, c’est une alchimie des plus intenses qui m’a saisie. La pauvreté, la foi, la convoitise mènent souvent sur des sentiers très sombres…Cette enquête se révèle donc des plus passionnantes grâce à ses sauts dans le temps, qui offre à cette Vierge très particulière, une aura énigmatique. L’auteur a sans doute dû faire un travail de recherches minutieux sur les croisades des Templiers et la guerre civile en Espagne, et le rendu est tel, que cette histoire de statue de la Vierge Noire devient juste fascinante. On craint son pouvoir autant qu’on voudrait qu’il soit réel…Et forcément, les personnages à son contact, sont subjugués et pourraient jusqu’à, tuer pour Elle.

« L’Histoire prouvait, disait-il, que rien ne s’était jamais amélioré; que les fondamentalismes, l’arrogance, le goût du pouvoir et les innombrables stratégies utilisés par les uns pour tromper, exploiter, gouverner et, par définition, pourrir la vie des autres, étaient des attitudes omniprésentes depuis l’âge des cavernes. » 

  • Un voyage…

Par sa qualité et cette plume immersive, j’ai voyagé dans les temps, sur d’autres continents, et j’ai même redécouvert  un peu l’histoire de ma ville: Marseille. Et ça, c’est juste stupéfiant! Leonardo Padura m’a bluffée pendant ses 400 pages, avec sa sensibilité et son talent, pour me faire ressentir les turbulences du temps, mais en capturer aussi, toute sa magnificence. Mes passages préférés de ce livre sont ceux, avec Antoni Barral, personnage mystérieux, qui m’a littéralement envoûtée dans ses réflexions et ses incursions dans le temps. Ils resteront un de mes meilleurs moments de lecture. Il y a un mélange de mystères, de réflexions philosophiques et d’Histoire qui s’entremêlent, et qui m’ont passionnée.

C’était à la fois douloureux et réconfortant. Dévastateur et instructif. Ce désastre était aussi -ou surtout?- la vie.

  • La poésie…

Et forcément, la crème de la crème, après tous ces excellents points de plaisir, il y a La Poésie. Leonardo Padura ajoute des touches de magie au cœur de ses pages. Des moments exquis de lecture où on se laisse glisser entre imaginaire et légendes, passé et présent troubles, mélancolie et tendresse…Un grand moment de lecture!

« Conde avait des réactions inédites et stupéfiantes. Il avait éprouvé la plus inquiétante de toutes la nuit où il s’était retrouvé face à face avec le diable. Il avait même senti son odeur. » 

  • Coup de coeur! ❤ 

 

 

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Metailié de leur confiance et l’envoi de ce livre. Ce fut une lecture fascinante.

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Les Ferrailleurs,III, La ville, Edward Carey.

Couverture Les Ferrailleurs, tome 3 : La ville


Synopsis: 

Une nuit perpétuelle envahit Londres. L’étrange famille Ferrayor a laissé derrière elle les ruines fumantes de Fetidborough pour s’installer dans la capitale. Depuis leur emménagement, la jeune Eleanor et les Londoniens observent d’étranges phénomènes : des disparitions, des objets qui apparaissent, d’autres qui se transforment. Et cette obscurité qui règne à présent.
La police est à la recherche des Ferrayor pour essayer d’éradiquer le fléau, et tous les moyens sont bons pour mettre la main sur ces dangereux personnages. Le jeune Clod va devoir choisir son camp, déchiré entre sa famille et les habitants de Londres, entre ses affreux semblables et la ville qui ne survivra pas aux ténèbres. À moins que la lumière ne vienne finalement d’un amour que Clod pensait enseveli…
Dernier volume de la « Trilogie des Ferrailleurs », La Ville tient toutes ses promesses en concluant l’incroyable épopée de la famille Ferrayor. Après Le Château et Le Faubourg, Edward Carey déploie tout son talent d’écrivain et de dessinateur au service d’un univers inoubliable.


Les Ferrailleurs. Tome 1 : Le Chateau. Tome 2: Le Faubourg. 

Ce que j’ai ressenti:

  • Petites lumières d’espoir…

A faire tourner les têtes et les objets, à faire naître la petite lueur au milieu des immondices, Clod Ferrayor l’original de la famille, et sa flamboyante Lucy Pennant,  détraqueront leurs petits mondes en transition, à coups de poings et à voix étranges! Les objets vivent, se rebellent, les liens de famille grincent, les insignifiants se font entendre: c’est la débandade! Nos deux adolescents chouchous sont lancés à l’assaut de leurs espérances, entamant une grande bataille enflammée, une guerre pour ne pas perdre ce « petit quelque chose », un territoire à conquérir après l’anéantissement du leur, mais surtout se retrouver envers et contre tous…Et tout du long, l’amour à dénicher, dans les yeux et sous les ruines du chaos…Quelle épopée!

« Quand cesse-t-on d’être une personne, me demandais-je, et quand commence t-on à être autre chose qu’un être humain? »

  • Au sein des ténèbres…

A voir les détritus s’allier, à voir disparaître les gens dans la pire insignifiance,  à sentir un Londres mort à petit feu et un Londremor vivant de poésie étincelante, Edward Carey, nous ouvre les portes d’un imaginaire riche où, j’ai adoré me perdre. Les transformations s’accélèrent, le mystère s’épaissit et tout par à va-l’eau , ou plutôt à va-l’ordure…Et le géant se soulève tandis que la Reine s’incline…La grisaille envahit la ville, et les êtres lugubres hantent les lieux. C’est l’ultime affrontement et on sent une tension incroyablement sombre s’emparer de tous les habitants. Et quelle atmosphère!!!!

« Nous avons tous respiré la nuit, nous l’avons tous fait entrer en nous. »

  • Et dans la ferraille, trouver un coup de coeur <3. 

Une trilogie exceptionnelle, une imagination de folie, une plume magnifique, un univers unique. Quel bonheur de se plonger dans ses pages, j’ai encore plus apprécié ce troisième tome, mais il y avait aussi une certaine nostalgie à quitter tous ses personnages. Il s’est vraiment passé quelque chose de spécial avec cette saga, un vrai coup de foudre! Il y a toute une magie à s’approprier, une conquête de bric et de broc, un charme fou à entendre parler des objets, des jolies valeurs à capturer sous les décombres, de la révolte à saisir dans les feux contraires, mais au final, trouver le trésor ultime: le coup de coeur littéraire!

« Ah, les sentiments humains, quelle histoire! Quel effort insurmontable que de surveiller les moteurs, les rouages de l’amour et de la haine, les canalisations de nos pensées et de nos émotions! » 

Ma note Plaisir de Lecture sticker-fee-libellule 10/10

 

Remerciements: 

Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Livre de Poche Imaginaire de leur confiance. Ce fut une lecture magique!

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Ecoute la ville tomber, Kate Tempest.

Couverture Ecoute la ville tomber


Synopsis: 

Becky, Harry, Leon. Ils quittent Londres en pleine nuit, une valise d’argent pour seule ressource, avec la furieuse envie d’échapper à tout et de se réinventer. Comment en sont-ils arrivés là ? Que cherchent-ils à fuir ? Kate Tempest attrape le lecteur à chaque phrase en évoquant ces enfants du désordre, abîmés par la solitude et les déceptions avant même d’avoir trente ans, mais qui s’obstinent à poursuivre leurs rêves. Vendre de la drogue, danser, s’étourdir, ne sont que des manières d’essayer de vivre, intensément, éperdument.


Ce que j’ai ressenti:

  • Entends l’effondrement des rêves…

C’est Becky, Pete, Harry, Léon et Londres…Mais ça pourrait être toi, moi, tes amis, ta ville…Tellement ce roman, il s’inscrit dans la réalité de nos jours. Vibrant, étonnant, puissant…Une réalité de jeunes trentenaires qui se débattent dans un quotidien absurde de superficialité, nimbée d’ombres d’addictions, avec une perspective d’avenir nébuleux…Une génération désenchantée. Ils n’ont pas encore renoncé à leurs rêves, mais ils ne l’ont pas encore touché du doigt non plus, alors ils se fracassent entre drogue et alcool, se drapent de fierté et donnent un dernier élan pour essayer d’atteindre leurs objectifs…Mais regarde les murs se craquellent…Et Ecoute la ville tomber

« La ville bâille, fait craquer ses phalanges. Regarde quelques pauvres âmes sombrer, par sa faute, dans la spirale de la folie. »

  • Entends la voix de Kate…

J’avais déjà eu un coup de foudre pour la plume de Kate Tempest avec Les nouveau anciens, et d’ailleurs elle y fait un très joli clin d’œil à la fin de son premier roman.  Dans Ecoute la ville tomber, on sent encore sa volonté de nous parler de la jeunesse soumise à des désordres affectifs et sociaux, mais avec une rage de vivre étourdissante. Addictif, violent, percutant. Kate Tempest arrive à capturer les états d’âmes écorchés, les ambitions folles, les corps meurtris, les rêves idéalistes, les cœurs brisés et les idées fulgurantes qui animent ses citadins et nous renvoie tout cela, dans une poésie fracassante…Entre le béton, les gris de l’âme, les bleus au corps, l’asphalte sans fin, le sang versé, les illusions perdues, Londres ne reluit pas vraiment, mais que veux-tu? …Ecoute la ville tomber

« Regarde la ville s’écrouler pour se relever à travers la brume et les mains rouges de sang. »

  • Entends le coup de coeur.

C’est le genre de lecture qui ne laisse pas indemne. Tu reçois en pleine figure, un coup de poing de solitude mortifiante et un uppercut de désespoir englué par les conséquences d’une ville vorace, et tu le ressens puissance Poésie, parce que l’écrivaine a un talent fou pour transmettre les mots et les émotions. Elle te rend accro aussi bien que groggy, d’intentions et d’instants suspendus. Je suis touchée par l’énergie qu’elle a d’être aussi à vif, et de le rendre en choc littéraire…Pour moi, même si je ressors un peu KO et bien vacillante à l’issue de cette lecture, je n’ai rien eu de moins, qu’un énorme coup de cœur…

 

« Chacun cherche cette étincelle qui donnera du sens à sa vie. Cette miette de perfection fuyante qui fera peut-être battre leur cœur plus fort. »

 

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

 

Leurs enfants après eux, Nicolas Mathieu.

 

 

L’effroyable douceur d’

A laisser venir la nostalgie, près des canoës,
Pauvre jeunesse désenchantée, sur la plage Déchetterie,
Pataugeant dans leurs rêves de platitude…
A laisser s’épanouir le bourdon de leurs vies grises,
Rends toi compte de leurs frissons adolescents,
Tournoyant dans un cloaque de résignation.
Epanche-toi, sur ce doux roman d’initiation,
N‘oublies rien, de leurs résidus d’émotions charnelles…
Immersive, leur condition d’immobilité sociale,
Respire leurs vies, entre désir et désespoir.

« Et de même , leurs enfants après eux. »

 

Anthony et les autres rament leurs destins étriqués,
Sur un lac absorbant leur fol espoir de liberté…
Nicolas Mathieu leur donne le sel d’une existence,
A fleur de maux, à cœur de peaux, à grain de plaisance.

 

 

Remerciements:

Je remercie Rakuten France et son défi des Matchs de la Rentrée littéraire, pour m’avoir sélectionnée pour ce livre qui se révèle être, une belle lecture. Pour remplir la mission de création, j’ai fait une chronique/poème, à la dérive avec un acrostiche…Merci encore de leur confiance, et pour l’envoi rapide de ce livre!

La fille du cryptographe, Pablo de Santis.


Synopsis: 

Miguel Dorey est atteint d’un défaut d’audition qui l’amène à mettre en doute la réalité de ce qu’il entend. Il est obsédé par les langages secrets des civilisations oubliées tout autant que par les codes de l’espionnage. Avec ses camarades du cours du professeur Colina Ross, il fonde un Cercle des cryptographes qui gagne une petite réputation internationale. 
L’agitation étudiante de 1968 va permettre à Miguel de rencontrer Eleonora, une jeune fille pleine de secrets. Mais l’instauration de la dictature dans les années 70 et l’irruption de Victor Crámer, un vieil ennemi du professeur, transforment le paisible Cercle en une organisation proche de la lutte armée qui finira par tomber aux mains des militaires. 
Emprisonnés, isolés du monde, les étudiants sont chargés de déchiffrer tous les écrits confisqués par l’armée, et Miguel découvre des secrets qu’il doit cacher. 
Pour la première fois Pablo de Santis crée un monde ancré dans une époque historique, bien réelle, où son héros lunaire finit par agir sur la vraie vie. Une trame solide et dense nous raconte de façon magistrale le climat sombre, les amours complexes de Miguel et Eleonora, la rivalité, le soupçon et la délation.


Ce que j’ai ressenti:

 

  • Fallait-il être sourd pour entendre les secrets?

Doté d’un don, plus qu’un handicap, Miguel Dorey est un passionné de cryptologie, tellement obnubilé par les mondes enfouis, les mots perdus, les messages cachés, qu’il prend la décision de créer un groupe, Le Cercle des Cryptographes. Un cercle d’intellectuels où les rivalités font rage, où les secrets font et défont l’énergie de cohésion. Et en plus, la beauté et le mystère de La fille du cryptographe vont emmener les membres les plus investis sur des chemins de traverse obscurs…Entre amitiés opportunistes et jalousies dissimulées, la magie des secrets n’aura jamais autant briller…

« La cryptographie nous intéresse parce que nous ne savons pas ce que pensent ceux qui nous entourent et parce que souvent nous ne savons pas ce que nous même nous pensons. »

  • Fallait-il être fasciné pour s’y entendre en cryptographie?

Chercher les lettres, deviner les mots, inventer les codes…Une activité qui peut susciter tellement de convoitise en temps trouble…Pablo de Santis nous embarque en Argentine, aux frontières d’une dictature et d’une révolution naissante, et place son petit groupe de passionnés au centre de toutes les attentions. Des services secrets à la politique, ils veulent tous exploiter, leurs talents…Mais jusqu’où peut-on aller en temps de crise? Et les décryptages ont-ils la même valeur? Jusqu’à quel point un secret peut t-il hanter? Autant de questions, qui laissera à Miguel, un curieux goût de sel…

(…) mais la vie est si prolixe et si changeante que ce qui n’était pas continûment présent s’évaporait dans l’air.

  • Fallait-il être subjugué pour adorer La fille du cryptographe? 

Ceci est une lecture des plus intéressantes, une lecture qu’il faut apprécier, lire et relire pour en saisir toute la symbolique cachée. Prendre des notes, relever toutes les citations, faire des recherches personnelles sur le contexte, se laisser prendre aux jeux des secrets, cela fait deux semaines, que je l’ai fini, et  je n’arrivais pas à quitter cet univers, pour justement en saisir toute l’essence…Tellement riche qu’une première lecture ne peut suffire, il faut extraire le sens premier pour deviner la portée, plus intense, de cette intrigue…C’est rare quand un livre fait ce genre d’impression forte…Alors, j’ai apprécié ce moment…Subjuguée, par l’évanescence de La fille du cryptographe.

Il n’y a pas de message secret dans cette affirmation: Initiez-vous à la cryptographie, lisez cette nouveauté Metailié!

« La folie, c’est poursuivre dans le temps ce qui n’a plus la moindre suite. »

 

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement Camille ainsi que les éditions Métailié pour l’envoi de ce livre!

 

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Nirliit, Julianna Léveillé-Trudel

Couverture Nirliit


Synopsis: 

Une jeune femme du Sud qui, comme les oies, fait souvent le voyage jusqu’à Salluit, parle à Eva, son amie du Nord disparue, dont le corps est dans l’eau du fjord et l’esprit, partout. Le Nord est dur – «il y a de l’amour violent entre les murs de ces maisons presque identiques» – et la missionnaire aventurière se demande «comment on fait pour guérir son cœur». Elle s’active, s’occupe des enfants qui peuplent ses journées, donne une voix aux petites filles inuites et raconte aussi à Eva ce qu’il advient de son fils Elijah, parce qu’il y a forcément une continuité, une descendance, après la passion, puis la mort. Juliana Léveillé-Trudel livre un récit d’amour et d’amitié beau et rude comme la toundra. Nirliit partage la « beauté en forme de coup de poing dans le ventre » qu’exhale le Nord.


Ce que j’ai ressenti:

  • Jour et Nuit en peuple Inuit…

Eva est au centre du récit. Vivante et absente à la fois. Au cœur d’un peuple en souffrance et fantôme d’amitié. Incarnation d’un visage Inuit et disparition d’une culture ancestrale. Eva, jeune fille aimante…

Elijah est au centre des commérages. Père ou amant, qui saura vraiment? Au coeur de la vie et des tourments d’amour. Témoin de la vie et Effacement devant la peine. Elijah, future descendance…

Deux façons d’appréhender la vie du côté Nord, entre anthropologie et intimité des coeurs, nous voyageons jusqu’à Salluit. Là où la nuit ne vient pas, là où le froid rythme le quotidien, là où la toundra donne ses présents…

Julianna Léveillé-Trudel met beaucoup de coeur et de mystère dans son écriture, une sincérité désarmante, pour que l’on puisse ressentir toutes les qualités et les contradictions de cette population, entre la richesse des mots empruntés à la langue Inuit, l’Anglais et le Québécois, nous avons un joli panel qui nous emmène, tout simplement, en Evasion. Qu’il est doux de partir à l’autre bout du monde, de lire d’autres paysages éblouissants, de connaître d’autres mœurs…

« Vas-y, frappe, c’est rien à côté de ce que j’ai enduré. » 

  • Un coeur qui s’arrête et des oies qui s’envolent…

Je suis trop sensible, et ça me joue des tours…Des tours de sang, des loopings au coeur, des vertiges au corps…Il est difficile de lire que toute une jeunesse est désenchantée, que leur avenir se fracasse sur la violence, la drogue et l’alcool…Les seuls dérivatifs qu’on leur a proposé à leur culture, après leur avoir volé leurs terres…Du vent et de la superficialité contre la richesse de leur enseignement face à un climat rude…De la frivolité contre le froid.

J’ai trouvé Juliana Léveillé-Trudel avait une écriture incisive mais aussi une immense douceur…Un curieux mélange entre dénonciation et fascination. C’est un cri de détresse, un ultime cri d’amour et de déchirement pour que l’on prenne conscience au delà des frontières, d’une réalité brute. Et pourtant, au delà de la rudesse, il y a aussi de la tendresse, pour décrire l’enchantement qu’elle ressent à faire ses allers-retours en terre froide…Nirliit, où le vol au dessus des fjords…

« Tout le monde veut toujours entendre le sordide, le scandaleux, le juteux, le violent, le troublant. »

  • Ulluriaq is born…

J’ai mis du temps à écrire cette chronique, parce que l’impact de cette lecture a été plus intense que l’on aurait pu le croire…175 pages, et un coeur en miettes, c’est le résultat de ce bouleversement…Je suis à la fois révoltée et remplie d’une douceur protectrice envers ces enfants, ceux du village, ceux qui appartiennent à tout le monde, mais que personne ne protège…Tellement de peine à voir le sort de ses jeunes filles, tellement de mal à réaliser que, encore de nos jours, de telles pratiques soient commises…J’avais une appréhension à les quitter à leur triste sort…Mais, si vous découvrez cette histoire, il se peut aussi, que la glace réchauffe vos sangs…En tout cas, Julianna Léveillé-Trudel a captivée mon attention avec ce premier roman…

J’ai ressenti une myriade d’émotions, j’espère vous en avoir fait passer quelques unes, pour que vous preniez un envol prochain pour Salluit…

« Je manque toi » Eva, et je t’admire Nirliit, petit étoile mauve de cette rentrée littéraire…

 

« (…), mais peut-on empêcher un cœur d’aimer? »

 

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement Sylvie Pereira ainsi que les éditions La Peuplade pour l’envoi de ce livre.

 

 

 

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En Féérie, il brille quelques poussières…

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