Poéticide, Hans Limon

 


Poéticide par Limon


Synopsis: 

Les poètes, ces visionnaires autoproclamés, ces loueurs de soleil, ces rimailleurs à la sauvette, les voilà tous morts. Et alors ?
Un monde privé de ses poètes : ci-gît peut-être l’idéal.
Remise des conteurs à zéro : « C’est au berceau qu’il faudrait les prendre. Les pendre. Avant qu’ils ne sachent écrire ou parler, autrement dit mentir, aveugler, recouvrir, dissimuler. Des faux-monnayeurs par nature ou vocation. Le ver est dans la pomme et la pomme en ma paume : à moi de l’engloutir. C’est ma contribution à l’ordre universel, ou plus modestement mon petit coup d’épieu à l’historiographie. »
Massacre à la lettre ou manifeste à chœur ouvert, « hommage collatéral » ou thriller cynico-lyrique, impitoyable et désopilante épopée à travers l’histoire de la poésie, Poéticide est avant tout l’avènement d’un poète qui, trop à l’étroit dans son siècle, s’en va poignarder ses pères spirituels pour mieux leur déclarer son amour et, chemin faisant, dispose comme par inadvertance la première pierre (tombale) d’une grande œuvre à venir.


Ce que j’ai ressenti:

  • « Tous les crever! Tous les rayer! »

LE VIEIL HOMME, personnage aigri et quelque peu désenchanté, se lance dans un élan d’idéal meurtrier: la mort de tous les poètes. Rayer de la surface de la terre, les plus grands, les plus renommés, les plus adorés de tous les poèmes. N’en plus laisser un seul parce qu’ils se révèlent mensongers, selon ses impressions. Un Poéticide sanglant et radical.

Ce petit OLNI rosé, est entre le thriller parfait, le théâtre d’un carnage annoncé, et la poésie ravageuse. Il a suscité ma curiosité, mais surtout une peur atroce d’un monde sans poètes ou une vie sans poésie. Je ne pouvais m’y résoudre… Alors même biffés, même ignorés, même dés-aimés, j’ai souri à les voir ci et là, ces siècles de poésie, dans le chaos de ce monde réinventé, presque post-apocalyptique, avec nos chers visionnaires disparus dans des limbes ignorées. Avec une plume furieuse et audacieuse, Hans Limon dépoussière et purifie l’idée même de la poésie, dans un roman plein d’énergie destructrice et d’amour passionnel, pour qu’elle survive Poésie, pulse et rejaillisse, dans le sang de cet acte désespéré…

  • LA POÉSIE N’EXISTE PAS.

Dans le fil de cette intrigue, la poésie est niée, réduite à néant. Et pourtant, elle s’infiltre de partout, au milieu des pages, dans les conversations, dans chacune des aubes et autres crépuscules… Hans Limon dévient, de manière originale un tueur de poètes, pour mieux se réapproprier ce genre d’écrits avec l’irrévérence des artistes complètement déjantés et précurseurs, loin des codes et des courants littéraires imposés, avec une manière de réinventer dans la plus pure innocence, l’essence même du plaisir à écrire de la poésie. Et ça détonne, je peux vous le dire, parce qu’il y a la rage d’un fou idéaliste, le génie de la création, et la beauté des vers qui vibrent dans 90 pages de bonheur de lecture!

  • « La seule réalité, ce sont les sensations. Vous comprenez, Monsieur? Les sensations me frappent. Les pensées me bercent. »p23

Que le noir des lignes lyriques soit sublimé sur la feuille blanche, que les nuits d’insomnie à gratter du papier soit étincelles, que les contemplations d’un lever du jour inspire encore une âme sensible comme celle de Hans Limon. C’est mon vœu, enfin, celui là et, celui de pas vouloir voir mourir les poètes!!! Qu’on me laisse encore un peu l’ivresse des doux mensonges: je mourrai, moi, sans Poésie…

Il va bien devoir admettre qu’il a aussi sa place dans le royaume des poètes contemporains, cet auteur, et oublier cette idée folle de Poéticide, puisque ça serait, un pur suicide… J’ai été frappée par une multitude d’émotions, et j’ai eu un énorme coup de cœur pour cette lecture! Dénicher une petite pépite de cette envergure, c’est juste magique!

 

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

 

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Le cercle de Caïn, Sophia Raymond.

Couverture Le cercle de Caïn


Synopsis: 

Une journaliste baroudeuse en pleine débâcle professionnelle et affective.
Un corps qui réapparaît, miraculeusement conservé, 5 000 ans après une mort peu naturelle.
Et
L’Enfer de Dante…
Clara Fischer, en flairant le scoop qui doit relancer sa carrière de grand reporter, n’a-t-elle pas sous-estimé le danger menaçant ceux qui approchent de trop près la momie des glaces ?


Ce que j’ai ressenti:

  • Maudit Froid…

Une momie de 5000 ans retrouvée, en parfait état de conservation, dans une crevasse des Dolomites, cela a de quoi affoler le monde entier. Entre la course aux avancées scientifiques et aux jalousies contagieuses, il se lève aussi un mauvais vent glacé de malédiction…Tous ceux qui s’approchent de ce corps congelé, meurent mystérieusement… Seule Clara Fisher semble avoir senti le scoop de l’année et se met en tête, envers et contre tous, de résoudre le mystère qui entoure cette trouvaille préhistorique, souvent au péril de sa vie, et surtout soumise à des bourrasques émotionnelles intenses. Prenez un bon plaid et une boisson chaude, et laissez vous surprendre par ce page-turner,  avec un cadavre tout droit sorti d’une prison de glace.

« La montagne, sa montagne, celle qu’il avait tant et trop aimée, l’avait enlacé dans ses longs bras blancs pour ne plus le lâcher. Pour L’éternité. » 

  • Enfer Glacé…

Sophia Raymond explore les sentiers escarpés du thriller, en mêlant une poignée glacée d’ésotérisme et quelques flammes cristallisées de l’Enfer de Dante. C’est électrisant! Avec ce voile de fraîcheur, l’angoisse de la vengeance des morts fonctionne à merveille, et les cercles n’ont pas fini de hanter vos nuits. De visions extra-sensorielles aux cauchemars bien réels, Clara n’est pas au bout de ses peines, mais ce qui rend cette lecture captivante, c’est que les rebondissements sont aussi inattendus et dangereux, qu’une randonnée en montagne, et sans l’équipement et le guide adéquat, on peut vite tomber dans des pièges mortels…

« Greta poussa un cri. Un cri si terrible qu’il retentit en un écho sans fin sur les flancs des montagnes environnantes. Un cri à réveiller les morts. »

  • Un cercle de tendresse…

J’aurai toujours une tendresse particulière avec cette auteure, parce que nous avons depuis son premier roman auto-édité, une certaine complicité et une confiance mutuelle , des centres d’intérêts communs et des passions similaires pour les plus grands mystères de l’Histoire ( comme ici avec, la légende de Toutankhamon, son approche intéressante de la découverte de la momie Ötzi, le parallèle avec l’oeuvre mythique de Dante), et j’adore à chaque fois, partir avec elle, sur les traces de ces secrets anciens entre surnaturel et recherche scientifique. Clairement, elle me régale à réinventer et mixer des faits historiques avec toujours cette pointe de croyance populaire ancrée dans les esprits. C’est un réel plaisir de lire et de suivre le parcours d’écrivain de Sophia Raymond, et j’aimerai ouvrir le cercle de mes bras pour lui envoyer, un peu de chaleur après ce thriller glaçant, et la soutenir encore dans cette voie. J’ai hâte de lire déjà son prochain roman, et découvrir le prochain univers, je suis certaine qu’elle me surprendra encore…

 

« La mort frappera sans pitié, tuant et détruisant tous ceux qui oseront troubler le repos d’un roi. »

J’ai adoré! ❤

 

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier l’auteure Sophia Raymond pour m’avoir proposée cette lecture, j’ai été ravie de découvrir son nouveau roman, après le joli coup de cœur pour Le cercle de Dinas Bran, ce fut une lecture captivante.

Lincoln Au Bardo, George Saunders

Couverture Lincoln au Bardo


Synopsis: 

Washington, nuit du 25 février 1862. Dans le paisible cimetière de Oak Hill, non loin de la Maison-Blanche, quelque chose se prépare… Un peu plus tôt ce même jour, on a enterré un petit garçon prénommé Willie, qui n’est autre que le fils du Président des Etats-Unis. Ce soir-là, Abraham Lincoln, dévasté de chagrin, s’échappe de son bureau pour venir se recueillir en secret sur la sépulture de son enfant.
Il croit être seul – il ne l’est pas. Bientôt, des voix se font entendre, et voici que jaillit des caveaux tout un peuple d’âmes errantes, prises au piège entre deux mondes, dans une sorte de purgatoire (le fameux Bardo de la tradition tibétaine). L’arrivée du jeune Willie va déclencher parmi eux un immense charivari – une bataille épique, reflet d’outre-tombe de la guerre de Sécession qui, au même moment, menace de déchirer la nation américaine.


Ce que j’ai ressenti:

  • Vie et Mort près d’un caisson de souffrances…

A trop vouloir s’ignorer, les êtres en oublient leurs conditions… Le Bardo, lieu d’errance dans la religion bouddhiste, s’anime face à l’inconcevable: la mort d’un enfant. Ce petit être qui arrive comme cela, en ce lieu maudit entre la vie et la mort, déclenche un  cataclysme d’émotions et sème vite une tornade de consciences éclairées. Un phénomène de substanluminéclosion dans une ambiance spectrale. De ces âmes égarées surgissent, des réflexions et des gueulantes féroces, contre les dynamiques de l’existence…George Saunders nous inonde de ressentis fantômes, de peines et d’amours larvées au fin fond d’une crypte, d’espoirs et de mots qui tendent vers une liberté à conquérir, par delà la vie ou bien au delà même de la mort…Un moment rare de lecture, où les suicidés, les amoureux, les célibataires, les torturés, les impolis, les irréprochables, les damnés se retrouvent pour une même cause.

 « Nous sommes prêts, monsieur; nous sommes pleins de colère, et de valeur, le ressort de nos espoirs est si tendu qu’il pourrait bien se révéler fatal, ou sacré: lâcher la détente, monsieur et laissez-nous montrer ce dont nous sommes capables. »  

  •  Audace littéraire…

George Saunders nous offre un roman choral avec une force incroyable. Un récit quelque peu déstabilisant de par sa forme, et pourtant d’une originalité remarquable.  Des cascades de dialogues et des moments de méditations, des ombres vengeance et des lumières rédemption, des passions dévorantes et des amours véritables : des émotions grandioses à saisir, capturées dans la vie de gens simples ou dans les plus hautes sphères…Jaillies d’outre-tombe ou d’ailleurs, elles nous traversent le corps et bousculent les codes d’écritures mais touchent leur point d’impact: nos cœurs! 

« Nul n’a jamais rien accompli qui valait la peine de l’être sans essuyer le feu des critiques. »

  • Un pan d’Histoire qui se dévoile…

En rentrant dans l’intimité du Président des États-Unis,  on touche de près les problématiques de l’époque. Même s’il est dévasté par le chagrin de la perte de son enfant, Abraham Lincoln doit faire face à ses responsabilités et aux menaces diverses de la guerre de Sécession. On sent une très grande tension, faite de violences et de rancoeurs dans ses pages, et pourtant, malgré cette ombre qui pèse sur la nation américaine, Lincoln reste une figure emblématique, un homme inspirant. Sans cesse dans la lumière des projecteurs et soumis aux pires railleries, il ne peut se laisser aller à la douleur, alors la nuit, devient son refuge pour faire le deuil de ce fils adoré, et Lincoln au Bardo apporte une certaine paix bienfaitrice. 

Tout simplement, une pépite de la rentrée littéraire à découvrir! Touchant.

« Amour, amour, je sais ce que tu es. » 

Ma note Plaisir de Lecture sticker-fee-libellule 9/10

Remerciements: 

Je tiens à remercier très chaleureusement Alina Gurdiel ainsi que les éditions Fayard pour leur confiance et l’envoi de ce livre! Ce fut une fascinante lecture.

 

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Salina, Laurent Gaudé

Couverture Salina - les trois exils


Synopsis: 

Qui dira l’histoire de Salina, la mère aux trois fils, la femme aux trois exils, l’enfant abandonnée aux larmes de sel ? Elle fut recueillie par Mamambala et élevée comme sa fille dans un clan qui jamais ne la vit autrement qu’étrangère et qui voulut la soumettre. Au soir de son existence, c’est son dernier fils qui raconte ce qu’elle a été, afin que la mort lui offre le repos que la vie lui a défendu, afin que le récit devienne légende.
Renouant avec la veine mythique et archaïque de La Mort du roi Tsongor, Laurent Gaudé écrit la geste douloureuse d’une héroïne lumineuse, puissante et sauvage, qui prit l’amour pour un dû et la vengeance pour une raison de vivre.


Ce que j’ai ressenti:

  • Le charme d’une veillée…

Laurent Gaudé nous captive, le temps d’une histoire, le temps de quelques pages pour partir dans une terre reculée, un désert ardent, où naît, un jour, Salina. Il y a une puissance dans les mots et dans le désir de transmission, qui fait que le temps s’étire, et le conteur Gaudé, presque avec une magie d’antan, anime cette veillée autour des trois exils de cette femme. Il y a des ombres sombres et des couleurs lumineuses dans cette parole d’au revoir.  A poser ainsi dans le recueillement, la vie d’une mère, on est absorbé par les cycles de sa souffrance, et on ne peut qu’admirer la force de sa volonté, l’étendue de sa vengeance, le souffle de ses amours. Et le temps d’un soir, on est captivé par le rayonnement de ce conte, qui s’inscrit dans l’intemporel puisque ce n’est rien de moins qu’un fils qui raconte l’histoire de sa mère. Un cycle oral et une histoire de plus, pour mieux comprendre la folie des hommes…

« Il doit mordre la vie, l’éprouver, la crier pour ne pas risquer de rester du côté des morts. »

  • Une histoire de larmes.

Comme si son prénom l’avait prédestinée, une sorte de malédiction dès le baptême de sa mère adoptive, Salina est empreinte du sel des larmes. Des larmes qui abreuvent la terre qu’elle foule, des larmes pour une solitude écrasante, des larmes qui sont le manifeste de son passage sur ses dunes et pourtant, elle les garde en elle toutes ses larmes pour devenir vengeance, faire naître colère et obtenir rédemption… Elle a tant perdu au cours de sa vie: son identité, son innocence, sa jeunesse, sa féminité. Condamnée à l’exil, 3 fois. Un destin de femme saisissant: taillé dans le sang de ses blessures, enivré par la chaleur écrasante, pulsé par les vents de poussière. Et, finalement, les larmes c’est nous qui les verseront…Salina, la belle. Salina, l’insoumise. Salina, la légende.

« On leur a dit que Salina était le nom du malheur, que Salina était le nom de ce qui s’était abattu sur le village avec la voracité d’une nuée de sauterelles. On leur a appris depuis toujours que Salina n’était pas un nom à prononcer mais à cracher. Alors c’est ce qu’ils font : ils crachent, se pressent sur ses talons, grondent dans son dos. »

  • Une poignée de lignes envoûtantes…

La beauté de ce texte réside dans sa poésie fascinante et la bienveillance de ce fils, Malaka, qui se fait porteur d’amour. J’ai aimé partir vers cet autre ailleurs imaginaire, ressentir l’énergie de cette femme forte qui se révolte face à la haine, au rejet de l’étranger, à la condition de la femme dans ces contrées reculées. Salina m’a envoûtée le temps d’une lecture, et je lui souhaite un repos bienfaisant, après une vie si tumultueuse.

« Il croise son regard mais ne comprend pas que c’est le regard d’une mère qui découvre que son enfant ne lui appartient plus tout à fait. »

 

 

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Les Ferrailleurs,III, La ville, Edward Carey.

Couverture Les Ferrailleurs, tome 3 : La ville


Synopsis: 

Une nuit perpétuelle envahit Londres. L’étrange famille Ferrayor a laissé derrière elle les ruines fumantes de Fetidborough pour s’installer dans la capitale. Depuis leur emménagement, la jeune Eleanor et les Londoniens observent d’étranges phénomènes : des disparitions, des objets qui apparaissent, d’autres qui se transforment. Et cette obscurité qui règne à présent.
La police est à la recherche des Ferrayor pour essayer d’éradiquer le fléau, et tous les moyens sont bons pour mettre la main sur ces dangereux personnages. Le jeune Clod va devoir choisir son camp, déchiré entre sa famille et les habitants de Londres, entre ses affreux semblables et la ville qui ne survivra pas aux ténèbres. À moins que la lumière ne vienne finalement d’un amour que Clod pensait enseveli…
Dernier volume de la « Trilogie des Ferrailleurs », La Ville tient toutes ses promesses en concluant l’incroyable épopée de la famille Ferrayor. Après Le Château et Le Faubourg, Edward Carey déploie tout son talent d’écrivain et de dessinateur au service d’un univers inoubliable.


Les Ferrailleurs. Tome 1 : Le Chateau. Tome 2: Le Faubourg. 

Ce que j’ai ressenti:

  • Petites lumières d’espoir…

A faire tourner les têtes et les objets, à faire naître la petite lueur au milieu des immondices, Clod Ferrayor l’original de la famille, et sa flamboyante Lucy Pennant,  détraqueront leurs petits mondes en transition, à coups de poings et à voix étranges! Les objets vivent, se rebellent, les liens de famille grincent, les insignifiants se font entendre: c’est la débandade! Nos deux adolescents chouchous sont lancés à l’assaut de leurs espérances, entamant une grande bataille enflammée, une guerre pour ne pas perdre ce « petit quelque chose », un territoire à conquérir après l’anéantissement du leur, mais surtout se retrouver envers et contre tous…Et tout du long, l’amour à dénicher, dans les yeux et sous les ruines du chaos…Quelle épopée!

« Quand cesse-t-on d’être une personne, me demandais-je, et quand commence t-on à être autre chose qu’un être humain? »

  • Au sein des ténèbres…

A voir les détritus s’allier, à voir disparaître les gens dans la pire insignifiance,  à sentir un Londres mort à petit feu et un Londremor vivant de poésie étincelante, Edward Carey, nous ouvre les portes d’un imaginaire riche où, j’ai adoré me perdre. Les transformations s’accélèrent, le mystère s’épaissit et tout par à va-l’eau , ou plutôt à va-l’ordure…Et le géant se soulève tandis que la Reine s’incline…La grisaille envahit la ville, et les êtres lugubres hantent les lieux. C’est l’ultime affrontement et on sent une tension incroyablement sombre s’emparer de tous les habitants. Et quelle atmosphère!!!!

« Nous avons tous respiré la nuit, nous l’avons tous fait entrer en nous. »

  • Et dans la ferraille, trouver un coup de coeur <3. 

Une trilogie exceptionnelle, une imagination de folie, une plume magnifique, un univers unique. Quel bonheur de se plonger dans ses pages, j’ai encore plus apprécié ce troisième tome, mais il y avait aussi une certaine nostalgie à quitter tous ses personnages. Il s’est vraiment passé quelque chose de spécial avec cette saga, un vrai coup de foudre! Il y a toute une magie à s’approprier, une conquête de bric et de broc, un charme fou à entendre parler des objets, des jolies valeurs à capturer sous les décombres, de la révolte à saisir dans les feux contraires, mais au final, trouver le trésor ultime: le coup de coeur littéraire!

« Ah, les sentiments humains, quelle histoire! Quel effort insurmontable que de surveiller les moteurs, les rouages de l’amour et de la haine, les canalisations de nos pensées et de nos émotions! » 

Ma note Plaisir de Lecture sticker-fee-libellule 10/10

 

Remerciements: 

Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Livre de Poche Imaginaire de leur confiance. Ce fut une lecture magique!

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Le diable dans la peau, Paul Howarth

Couverture Le Diable dans la peau


Synopsis: 

Australie, Queensland, 1885. Une vague de sécheresse conduit la famille McBride au bord de la ruine. Leur terre est stérile, leur bétail affamé. Lorsque la pluie revient enfin, la famille pense être tirée d’affaire. Mais le destin en a décidé autrement. Un soir en rentrant chez eux, Billy et Tommy, les jeunes fils McBride, découvrent leur famille massacrée. Billy soupçonne immédiatement leur ancien vacher aborigène. Les deux garçons se tournent vers John Sullivan, leur riche et cruel voisin, pour qu’il les aide à retrouver le coupable. Malgré les réticences du jeune Tommy, Sullivan fait appel à la Police aborigène, menée par l’inquiétant inspecteur Edmund Noone. Les frères McBride vont alors être entraînés dans une chasse à l’homme sanguinaire à travers l’outback désertique. Témoin impuissant des ravages que laisse la petite troupe dans son sillage, Tommy ouvrira les yeux sur le vrai visage de la colonisation australienne.


Ce que j’ai ressenti:

 

  • L’Australie, terre rougie de sang…

« Étrange, comme la terre joue des tours à l’esprit. »

Le Bush et ses grands espaces…Paul Howarth nous conte, avec brio, le Queensland des années 1885, un paysage hypnotique de perdition entre sécheresse et violence, dans un western puissant au cœur des déserts australiens. La ségrégation raciale frappe ce pays et, les autochtones subissent la colonisation britannique, à coups et à sang…La couleur des peaux étant un critère pour que la barbarie se déchaîne, la moindre étincelle pouvant déclencher des feux ravageurs, ces espaces de poussières sont, à deux doigts de l’embrasement…

La terre absorbe, en secret, les pires horreurs, les reliefs escarpés dissimulent des cadavres à l’abandon, des vies oubliées sous le soleil brûlant…Noirs étaient les cœurs. Noires étaient les peaux. Noir est ce roman. Le rouge du sang et le roman noir, s’épousent dans une poésie sombre, sur ces terres arides…Et le diable dans la peau se pare de leurs obsessions, de leurs violences, de leurs misères, de leurs drames…

« Les premiers accords du crépuscule tombaient sur la plaine, les ombres s’allongeaient sur le sol. Le coucher de soleil était plein de douceur, ce soir. Des volutes cramoisies dans un ciel d’ouate. Les couleurs tourbillonnaient et devenaient plus profondes à mesure qu’ils avançaient… »

Et pourtant, pourtant, tant de couleurs et d’émotions émergent de ce roman, une symphonie entre noirceur et lumière. Un lieu qui se prête tellement à la poésie et aux folies, aux mirages et aux contemplations…Un roman qui pousse à réfléchir sur toutes les formes de dualités…Ruine et Abondance. Pauvre et Riche. Noir et Blanc. Esclavage et Liberté. Devoir et Droit. 400 pages où, ses contraires se livrent une bataille sans merci.

Fascinante Australie.

  • Une fratrie déchirée…

« Les rêves, c’est ce qu’il y a de pire. Je revis tout, minute par minute. » 

Tommy et Billy, deux frères que la tragédie va bientôt séparer, presque fatalement. Des enfants anéantis dans le chagrin et tiraillés entre le bien et le mal, la liberté et la servitude, la peur et la foi. Et contre toute attente, c’est le plus jeune des deux, qui a le regard le plus avisé sur cette manipulation. Des adultes hantés par une haine, qui tentent de rallier ces deux orphelins à leur cause, les faisant tomber dans les affres de la folie et de l’alcool. Certaines scènes sont très difficiles à lire, tant la violence des propos et des coups portés sont bouleversants.

Du fait, d’avoir le point de vue sain et naïf de Tommy, on prend encore plus conscience des actes abominables de ces hommes lancés dans une vengeance stérile et sanglante. Je me suis énormément attachée à ce jeune homme qui essaye de lutter comme il le peut, contre cette vie de servitude déguisée. Il est touchant dans ses élans d’amour et de main tendue vers son frère. Il est un souffle de fraîcheur dans cette fournaise de rage.

« Le bien et le mal, ça n’existe pas. La seule question, c’est la volonté d’agir de l’individu. Le reste c’est vernis, formalités, perceptions…des mots. »

Un enfant démuni face au racisme, une rivalité entre frères et une innocente sacrifiée, Paul Howarth décrit une famille brisée pour des enjeux politiques et économiques… C’est une histoire qui a le pouvoir de vous hanter, aussi sûrement qu’un diable dans la peau.

J’ai adoré.

« On ne regrette que ce qu’on n’a plus, on n’accorde pas de valeur à ce que l’on a. » 

 

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement les éditions Denoel de leur confiance et l’envoi de ce livre. Ce fut une lecture fascinante.

 

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Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une. Raphaëlle Giordano.

R.Giordano- Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une


Synopsis: 

– Une routinite aiguë. C’est une affection de l’âme qui touche de plus en plus de gens dans le monde, surtout en Occident. Les symptômes sont presque toujours les mêmes : baisse de motivation, morosité chronique, perte de repères et de sens, difficulté à être heureux malgré une opulence de biens matériels, désenchantement, lassitude…
– Mais… Comment vous savez tout ça ?
– Je suis routinologue.
– Routino-quoi ?

Camille, trente-huit ans et quart, a tout, semble-t-il, pour être heureuse. Alors pourquoi a-t-elle l’impression que le bonheur lui a glissé entre les doigts ? Tout ce qu’elle veut, c’est retrouver le chemin de la joie et de l’épanouissement. Quand Claude, routinologue, lui propose un accompagnement original pour l’y aider, elle n’hésite pas longtemps : elle fonce.


Ce que j’ai ressenti:

Tant qu’à n’avoir qu’une vie… Et si je mettais en pratique, les conseils de Raphaëlle Giordano, avec sa méthode anti-routine? Je ferai sans doute un ancrage positif avec ce doux moment de lecture…C’était le bon moment pour moi, parce qu’il a été lu avec la bonne personne Elodie Universe, et surtout, pendant la bonne période. Et c’est toute la magie d’une belle rencontre avec un livre…

En ces fêtes de fin d’année, le stress monte crescendo, alors méditer un peu, c’est toujours bon à prendre! Les éditions Eyrolles réédite en collector, un titre phare de leur catalogue, et c’est une petite merveille pour les yeux! Tiens d’ailleurs, et si j’activais, mon Appareil Photo Imaginaire? Là, juste maintenant, en tournant les pages, jaune pétillant, qui fait du bien au moral?

Je prendrai bien un petit carnet spécial pour noter tous les petits conseils. Faire « comme si » , je pouvais apporter un peu de positivité dans ma vie, (la deuxième ou la seule en fait), pour vivre enfin en harmonie avec moi, à faire la F.E.T.E, et en coupant les élastiques. Et ce n’est pas une mince affaire, croyez-moi! De tout évidence, il faudra un code rouge et changer mes dialogues intérieurs, mais la pensée positive est certainement une méthode intéressante à adopter. 

Hop, Hop, Hop, un peu d’action! Un peu de ménage Grand Blanc, un petit sourire à l’intérieur pour rayonner à l’extérieur et écouter des Power Songs pour faire virevolter mes ailes de fée.

Je ne lis que très peu de roman classé Développement Personnel mais celui ci, était une bonne surprise. J’ai passé un agréable moment, même si je suis sortie complètement de ma zone de confort. J’ai beaucoup aimé cet élan pour se prendre en main, combattre la routine, vivre ses rêves. C’est un petit livre qui fait du bien, un bon feel-good pour clôturer l’année…

Alors, vous aussi, vous allez adopter un routinologue?

 

 

Ma note Plaisir de Lecture  8/10

Un avion sans elle, Michel Bussi (LC avec Cannibal Lecteur.)

Couverture Un avion sans elle


Synopsis: 

Lyse-Rose ou Emilie ? Quelle est l’identité de l’unique rescapé d’un crash d’avion, un bébé de 3 mois ? Deux familles, l’une riche, l’autre pas, se déchirent pour que leur soit reconnue la paternité de celle que les média ont baptisée Libellule. Dix-huit ans plus tard, un détective privé prétend avoir découvert le fin mot de l’histoire, avant d’être assassiné, laissant derrière lui un cahier contenant tous les détails de son enquête.
Du quartier parisien de la Butte-aux-Cailles jusqu’à Dieppe, du Val-de-Marne aux pentes jurassiennes du mont Terrible, le lecteur est entraîné dans une course haletante jusqu’à ce que les masquent tombent…


Ce que j’ai ressenti:

 

  • Un vol plutôt réussi…

On peut dire que Michel Bussi m’a encore bien eu avec ce thriller! Cette histoire d’avions et les ailes de son intrigue m’ont transportée dans une affaire de famille fracassante. Ailes et Elle. ELLE, c’est une Libellule qu’on voudrait s’arracher. Elle, cet être fragile aux ailes abîmées, volette frénétiquement, d’un secret à un autre plus lourd encore…Elle qui cherche à se construire entre ses deux partis, qui se disputent la lumière au fond de ses yeux bleus. Elle, qui porte deux possibles, deux chemins diamétralement opposés, deux choix du cœur. Alors, cette expédition vers la Vérité ne se fera sans quelques heurts et sacrifices…Un page-turner efficace!

Oh, libellule
Toi, t’as les ailes fragiles,
Mais, moi, j’ai la carlingue froissée…

  • Des turbulences nommées Désir…

Le désir peut prendre plusieurs formes, et ne se contrôle pas, la plupart du temps…Michel Bussi explore toutes les lignes du désir, quitte à frôler des lignes ambiguës, qui pourrait mettre mal à l’aise. Des frontières dans les mœurs, entre les pays, au sein de la famille, au cœur de l’amour: un vol plané au dessus des sentiments humains qui n’était pas de tout repos… Et peut être à trop vouloir que le lecteur choisisse un « camp », j’ai trouvé que certains éléments manquaient de subtilités et tiraient beaucoup en longueurs…Et il a eu aussi des scènes qui m’ont un peu dérangée, même si elles servent l’intrigue, j’ai été un peu déçue par ses turbulences: Les riches trop riches avec le mauvais rôle, les pauvres trop pauvres avec le meilleur rôle, l’héroïne trop parfaite que tout le monde envie, les méchants trop méchants et prêts à tout…Finalement, on me l’avait fortement conseillé mais, ça ne sera pas le coup de cœur attendu de mon coté, sans doute parce que j’avais trop d’attentes…

« Ils auraient dû se méfier, il faut toujours se méfier des sourires. »

  • Heureusement, j’ai pris l’avion avec elle… 

Je parle bien sûr, de ma binômette, qui, comme de par hasard l’a lu sans escale, et à vitesse grand V! Dans l’ensemble, j’ai passé un bon moment de lecture puisqu’il était partagé, mais ça ne sera pas, un de ceux qui m’auront marqué. J’ai été surprise par le twist final, comme d’habitude, ça c’est l’élément qui caractérise les thrillers de cet auteur, et à chaque fois, je salue cette originalité. Il y avait quand même, une curiosité permanente pour cette petite libellule et des petits instants de poésie qui ont rendu ce voyage agréable…

« Le cerf-volant comme un fil tendu entre tous les enfants de la planète: juste un peu de vent, rien besoin d’autre. 
L’art d’apprivoiser le ciel, juste pour rire. »

 

 

Ma note Plaisir de Lecture  7/10

 

Titre : Un avion sans elle

Auteur : Michel Bussi
Édition : Pocket (07/03/2013)

Résumé :
Lyse-Rose ou Emilie ? Quelle est l’identité de l’unique rescapé d’un crash d’avion, un bébé de 3 mois ?

Deux familles, l’une riche, l’autre pas, se déchirent pour que leur soit reconnue la paternité de celle que les média ont baptisée Libellule.

Dix-huit ans plus tard, un détective privé prétend avoir découvert le fin mot de l’histoire, avant d’être assassiné, laissant derrière lui un cahier contenant tous les détails de son enquête.

Du quartier parisien de la Butte-aux-Cailles jusqu’à Dieppe, du Val-de-Marne aux pentes jurassiennes du mont Terrible, le lecteur est entraîné dans une course haletante jusqu’à ce que les masquent tombent…

Critique de Belette2911: 
Si vous êtes à la recherche d’un bon page-turner, d’un roman qui vous colle aux doigts car vous ne pouvez plus le lâcher avant de savoir le mot de la fin, ce livre est fait pour vous.

Certes, on me dira que ce n’est pas un possible Goncourt, que c’est juste un thriller bien foutu, addictif, le genre qui est excellent pour emmener à la plage.

Effectivement, on ne va pas révolutionner la littérature et ci ce roman est parfait pour lire sur une plage, je préciserai, néanmoins, qu’il vaut mieux le lire de préférence là où il n’y a pas de marées, c’est plus prudent.

Je ne voudrais pas avoir sur la conscience la noyade de Babéliottes qui auraient suivi mon conseil et, plongés dans cette lecture, en auraient oublié que la mer, elle monte !

Ce qui joue sur l’addiciton, c’est la manière dont est construit le récit car dès les premiers moments, on se sent happé par le mystère avec les dernières lignes écrites par le détective, Crédule Grand-Duc, avant qu’il ne se tire une balle dans la tête.

Oui, moi aussi je trouve qu’il devrait y avoir des lois afin d’interdire à des auteurs de nommer leur personnage avec des noms qui ne font pas sérieux, qui ressemblent à un totem scout et qui, selon moi, enlève le caractère sérieux au récit en donnant au lecteur l’impression que le détective principal est un bouffon.

Tant que j’en suis à vous parler des personnages, mon autre coup de clavier ira au fait que certains étaient plus que caricaturaux (Malvina, Marc et Lylie, surtout) et trop figés dans leur comportement, comme si les événements, les faits, ne les changeaient pas un peu au fil de l’histoire.

De plus, on se retrouve avec un combat des méchants riches contre les gentils pauvres. D’accord, les riches ne sont pas des adorables Bisounours, ils n’ont pas fait leur fortune en bouffant des arc-en-ciel et en chiant des papillons, mais bon, un chouïa de modération et moins de clichés auraient apporté un peu plus de nuances aux personnages et à leurs situations sociales.

Anybref, je ne vais pas non plus bouder mon plaisir de ce triple looping sans les ceintures attachées et sans parachutes non plus car l’auteur a construit son récit de manière à nous tenir en haleine durant 570 pages, sans que l’on s’emmerde une seule seconde, jouant avec le suspense en coupant habillement le fil de l’histoire pour revenir sur un autre point, un autre protagoniste.

Niveau mystère, on est servi comme en première classe, il n’y a pas de gras, pas trop de sucre, tout est dosé, même si Bussi rajoutera de la crème chantilly sur le final, juste pour nous voir y foutre nos doigts dedans et les relécher avec gourmandise. Il nous le devait bien, après nous avoir balancé dans des tas de trous d’air et de cabine dépressurisée.

Alors oui, ce ne sera pas la révolution dans la littérature, la plume de l’auteur étant « normale » (comme un ancien président, mais en mieux), sans fioritures, sans poésie. Une écriture simple qui ira droit au but, c’est déjà pas mal, je trouve.

Niveau construction, c’est bien agencé, le suspense est maintenu et les révélations fracassantes se feront au fur et à mesure, après quelques coups de mystères qui deviendront des coups de tonnerre lorsque nous en saurons plus.

Malgré le fait de la construction et du mystère bien caché, j’ai tout de même compris ce que l’auteur avait derrière la tête et ce que Crédule Grand-Duc avait vu, par le plus grand des hasards, après 18 ans d’enquête. Moi, je ne l’avais pas vu, n’ayant pas le journal sous les yeux, mais j’ai compris à un moment donné que…

Un livre que j’ai dévoré, tel Lance Armstrong lancé comme un fou dans le Mont Ventoux et qui n’a même pas remarqué que ça montait un peu. Ma pauvre binômette de LCma fée Stelphique, a fini sa lecture, dégoutée par mon rythme de malade (comme d’habitude) et pas aussi conquise par le roman qu’elle l’aurait souhaité. Nous avons les mêmes reproches…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

Little Heaven, Nick Cutter

Couverture Little heaven


Synopsis: 

Le passé est un molosse qui vous poursuit à travers champs et collines, tenaillé par une faim dévorante, vous pistant jusqu’à ce que, une nuit, vous l’entendiez gratter à la porte. Le mal ne meurt jamais ; il sommeille. Parlez-en à Minerva, à Micah et à Ebenezer, chasseurs de primes, mercenaires dans l’âme mais aux dons inégaux. La première fois qu’ils font équipe, en 1966, c’est pour retrouver un enfant qui a été enlevé par une secte obscure oeuvrant au Nouveau-Mexique, dans un endroit nommé Little Heaven. C’est là que le révérend Amos, qui reçoit ses ordres de Dieu directement, rassemble ses fidèles pour un culte des plus sombres. Quinze ans plus tard, la fille de Micah est enlevée, et le trio devra s’armer pour le débarquement de l’Enfer à Little Heaven. Avec un plaisir manifeste et sa perversité habituelle, Nick Cutter (Troupe 52) démontre dans ce western sanglant et nerveux qu’il a su dompter les codes du roman d’épouvante.


Ce que j’ai ressenti:

 

  • Un territoire fait d’ombres…

Attention, Little Heaven exerce une forte attraction! Ce petit village qui se voulait retiré, à l’abri des regards, caché au fin fond de la forêt, va devenir le théâtre de nos pires cauchemars! ….Croyez-moi, je ne me suis pas remise encore de la plume puissante et terrifiante de Nick Cutter, avec son côté sombre et cette poésie ténébreuse, il m’a hypnotisée. Sans compter, la qualité des illustrations de Adam Gorham, qui se glissent parfois entre les pages, ce roman m’a captivée, de bout en bout…Déjà, avec Troupe 52, l’auteur avait joué de tous les codes de l’horreur, mais avec Little Heaven, il nous emmène encore plus loin, dans un enfer peuplé de créatures démoniaques, et il le fait avec un malin plaisir…C’est tellement addictif et brillant, que c’est le genre de livre qu’on veut vite finir, et en même temps, ne jamais terminer…Le lire et le relire sans fin, mais toujours avec une faim insatiable…

« Le cœur désire, l’esprit résiste. Le cœur l’emporte. Toujours. »
  • La terreur comme compagne…

♫Promenons nous dans les bois, pendant que le diable n’y est pas, mais s’il y était, il nous mangerait ♫
♫Diable, y es-tu? Oui. (Regarde bien, je suis mille formes). M’entends-tu? Oui. (Mais toi aussi, écoute bien le son de ma flûte en os dentelé). Que fais-tu? C’est bon, j’arrive, j’arrive (dévorer la chair fraîche).♫

Rien n’est plus monstrueux, qu’une peur d’enfant, mais quand c’est l’enfant qui devient terreur, l’effet est encore plus perturbant…. Les terreurs nocturnes risquent de vous guetter au coin d’une clairière, et prendre mille aspects…Si ma petite comptine revisitée et inspirée de Little Heaven vous a plu, elle n’en est pas moins l’avant-garde de cette virée western et cauchemardesque que, nos intrépides personnages, Micah, Ebenezer et Minerva, des mercenaires frappadingues et surtout bien maudits, vont devoir affronter pour sauver la fille de l’un deux. Ils vivent en marge de tout, ne se déplacent que pour une somme bien sonnante, et s’exercent à des activités pour le moins morbides, mais pour la vie d’une enfant, ils remballent vite fait leurs désaccords et affrontent leurs pires démons…Leurs interactions sont d’un humour noir, mais, on ne peut plus, délicieux…

« -La fortune sourit aux audacieux, murmura-t-il. Où sourit-elle plutôt aux fous furieux? Dans tous les cas, Ebenezer, tu as une chance sur deux de t’en sortir. » 
  • Des croyances et autres réjouissances…

Si l’on ressent un plaisir certain de l’auteur à nous filer une frousse de tous les diables, j’ai encore plus aimé la force de ses thèmes. On frôle de près la mort, la vie, la religion, la peur, l’amour, la foi. Il entoure son roman d’une certaine aura inquiétante mais il a une finesse fantastique, pour faire ressortir les envoûtements d’un gourou. Entre fascination et manipulation, on est happé par le charme foudroyant de Little Heaven et tous les secrets de cette étrange communauté…Derrière toutes les mises en scènes grouillantes, incarnées et démoniaques, se cache un mal bien pire, et sans doute encore plus terrifiant: le fanatisme.

« -Mon souhait n’est pas trop difficile à deviner. Je voulais voir le visage de Dieu. »
  • Un coup de coeur en noir…

Pour toute cette noirceur et cette poésie enivrante, pour la revisite ensorcelante du joueur de flûte de Hamelin, pour la richesse d’un récit d’épouvante et pour toutes ses nuits dévorantes à lire le Prince Noir Nick Cutter, j’aimerai accompagner la musique qui hante encore ses pages , d’une louange d’adoration…J’ai eu un tel coup de cœur, que je lis et relis des passages, des chapitres entiers..Et je ressens encore toute l’énergie et le bonheur d’avoir passé un grand moment de lecture. Un roman fascinant!

« L’enfer est une boîte, l’enfer est une boîte, l’enfer est une… »

 

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement Clémence des éditions Denoel pour sa confiance et l’envoi de ce livre! Ce fut une lecture addictive, un énorme coup de cœur!

 

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La tresse, Laetitia Colombani

Couverture La tresse


Synopsis: 

Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.

Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.
Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.
Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.


Ce que j’ai ressenti:

Tresse: n.f Assemblage de trois mèches, de trois brins entrelacés.

Prendre entre ses mains, ces 3 brins de femmes et entrelacer leurs destins pour former une tresse splendide qui inspirera les femmes, les jeunes filles, celles qui font et feront le monde de demain…Laetitia Colombani tisse un ouvrage de toute beauté, avec des perles d’humanité et quelques pages de combats féminins à porter, avec élégance, sur ses épaules…Ces trois femmes, elles m’ont bouleversée, chacune à leur manière, avec leurs persévérances, leurs rage de vivre dignement, leurs résiliences. Différentes, mais si semblables, des sœurs de cœur. La violence des discriminations auxquelles elles doivent faire face, est ignoble…

  • Un brin de courage: Smita. 

Apprendre cette situation des Intouchables en Inde, c’est un choc! Déjà, on sait que les femmes ont toujours souffert, de tout temps et en tout lieux, des pires violences, mais là, c’est carrément une communauté qui est considérée comme moins que rien, qui doit s’effacer, se soumettre et souffrir dans l’indifférence la plus totale. Mourir souvent d’être nées « Dalit », ses femmes n’ont pas l’ombre d’un espoir de voir leurs conditions de vie s’améliorer. Mais Smita, puisque qu’elle n’a rien, même pas de la nourriture décente ou l’accès à l’eau potable, n’a donc rien à perdre…Alors viscéralement, elle ressent le besoin d’offrir à sa fille Lalita, un avenir plus prometteur…Son combat, il est tellement démesuré, titanesque, qu’on ne peut qu’admirer la force de son courage et de sa foi, pour contourner le système des castes. J’ai tremblé de peur pour ce duo Mère/Fille, si frêles et pourtant si fortes: j’ai été bouleversée par l’ampleur des violences qui leur sont infligées…C’est révoltant!

« Pour l’instant, tout va bien. Tant qu’on en parle pas, ça n’existe pas. » 

  • Un brin de volonté: Giulia 

L’adolescence est une période charnière dans l’accomplissement de la vie d’une femme. Giulia va devoir se défaire de l’emprise d’une société patriarcale et faire accepter ses choix tout en douceur, mais avec fermeté. A force de lectures et de son éveil à l’amour, elle prend un chemin inattendu, audacieux, pour sauver l’entreprise familiale. Même à contre-courant, elle brave les avis négatifs avec une grande ouverture d’esprit et cette passion qui lui tient à cœur: le tissage des cheveux. Munie de son savoir-faire et de sa patience, elle prend à bras le corps, avec une volonté farouche, les risques de faillites de sa petite entreprise sicilienne…Elle est touchante, cette Giulia, dans son éclosion de femme…

« Alors Giulia lit à voix haute, des heures durant, de la poésie de la prose des romans. » 

  • Un brin d’espoir: Sarah.

Déjà, que les ravages de cette maladie, sont gigantesques, ici, Sarah doit encore mener une bataille plus grande à essayer de, survivre aux autres…Et ce n’est pas une tâche facile, au milieu des requins…On touche de près les sujets sensibles comme la charge mentale et émotionnelle, le rôle de ses nouvelles femmes d’affaires qui doivent allier excellence et maternité de front, l’exclusion vicieuse suite au diagnostic du cancer…C’est ahurissant, même en étant la meilleure dans son domaine, elle devient vite une ombre, dans les yeux des autres…Elle passe de tout à rien, en un tour de main. Cette descente vertigineuse m’a fait mal au cœur…

« Le cancer lui aura donc tout pris son métier, son apparence, sa féminité. »

  • La tresse: solidarité féminine. 

Je comprends maintenant mieux l’engouement pour ce petit livre. C’est plus, qu’un livre beau et émouvant, une structure de roman originale et brillante, c’est carrément une réflexion sur les combats au féminin à travers le monde.Et on sait à quel point, les droits de la femme sont un problème majeur, à travers la planète, pour les faire reconnaître…Je ne le découvre que maintenant, parce que j’avais une certaine appréhension à lire sur le sujet des perruques et sa grande ombre effrayante qui se cache derrière: le crabe. Je n’avais pas saisi encore tous les enjeux possibles, ses trois destins de femmes courageuses, les avenirs plus lumineux qu’elles pourraient ouvrir, les perspectives de laisser briller plus encore l’idée de Liberté. Mais maintenant, si. Je l’ai lu et adoré…

Quand je tresserais les cheveux de ma fille, j’aurai une pensée pour ses trois brins de femmes fortes, et je lui parlerais pendant des heures, de solidarité et d’espoir…

Coup de cœur. A lire de toute urgence. Indispensable.

 

Ma note Plaisir de Lecture  10/10.

 

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En Féérie, il brille quelques poussières…

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