Ce que savait la Nuit, Arnaldur Indridason.

Couverture Ce que savait la nuit


Synopsis:

Les touristes affluent en Islande et les glaciers reculent lentement. Le cadavre d’un homme d’affaires disparu depuis trente ans émerge du glacier de Langjökull. Son associé de l’époque est de nouveau arrêté et Konrad, policier à la retraite, doit reprendre bien malgré lui une enquête qui a toujours pesé sur sa conscience, en partie sabotée par la négligence d’un policier toujours en service.

Au moment où il pensait vivre sa douleur dans la solitude – le meurtre de son père n’a jamais été élucidé et sa femme vient de mourir d’un cancer –, Konrad doit reprendre ses recherches, malgré les embûches et la haine. Seul le témoignage d’une femme qui vient lui raconter l’histoire de son frère tué par un chauffard et le supplie de trouver ce qui s’est passé pourrait l’aider à avancer…

Ce nouvel enquêteur, jumeau littéraire d’Erlendur, permet à Indridason de développer le spectre de son talent. Konrad est né en ville, il a eu une enfance difficile, il vient de perdre l’amour de sa vie, il est en train de renoncer à lui-même. Arnaldur Indridason se place ici dans la lignée de Simenon, avec la construction d’un environnement social et affectif soigné et captivant. Un beau roman noir sensible aux rebondissements surprenants.


Ce que j’ai ressenti :

  • Tu te rappelleras le souffle de l’elfe…

Quelle joie de pouvoir me replonger dans les eaux froides de l’Islande, et retrouver l’ex-inspecteur Konrad. Je me rappelle l’immense coup de cœur pour Passage des Ombres et j’étais contente que ce nouveau tome soit dans la continuité de la Trilogie des Ombres. Ce personnage est particulièrement touchant, et grâce à cette nouvelle enquête et le cadavre sorti du glacier de Langjökull, j’ai pu retrouver de la magie de mon précédent ressenti, tout en découvrant encore des facettes intéressantes du personnage de Konrad. Les elfes ne sont plus, mais il n’en reste pas moins qu’il y a quelque chose de fascinant à se plonger dans les romans de Arnaldur Indridason.

« -Et dire qu’il y a encore des gens pour douter des effets de l’activité humaine sur le climat, avait déploré le glaciologue dans l’émission matinale. »

  • Tu entendras les vibrations de la Lune.

Arnaldur Indridason m’a encore conquise avec sa plume, un mélange de poésie et de force tranquille. Il conte avec une douce mélancolie, les affres de la culpabilité, tout en déclinant les sonorités des appels silencieux des coupables et des innocents. La Lune, témoin des drames, éclaire d’une douce lumière les pires douleurs. Il y a eu un moment magique avec cette éclipse de lune, qui m’a énormément touchée…De manière posée et efficace, ce roman noir est à la fois un passionnant engrenage d’interrogatoires et une contemplation d’une beauté stupéfiante. Maintenant, je rêve de voir L’Islande au clair de Lune, c’est dire, son pouvoir de persuasion….

« La lune était décrite ainsi dans un poème : elle était la boucle de la nuit. L’antique amie des amants. »

  • Tu diras…Ce que savait la nuit…

La nuit, les secrets sont toujours plus lourds à porter, alors Konrad récolte les confidences, les souffrances, les aveux terribles… Même à 30 ans du drame, les mots ressortent, les souvenirs resurgissent, les ombres reviennent…Les fragments de vies se collent un à un, et doucement le puzzle de ce meurtre sordide, prend forme dans le regard hanté de cet inspecteur à la retraite…Le rouge et le noir s’épousent sur un fond blanc glacé, et c’est magnifique…

« La seule manière de vaincre la mort est de l’accepter. »

Le petit +: La couverture sublime!

 

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Metailie pour leur confiance et l’envoi de ce livre! Ce fut une très belle lecture.

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Le Pays des oubliés, Michael Farris Smith

Couverture Le Pays des oubliés


Synopsis: 

Une prose intense, lyrique pour le portrait d’une Amérique exsangue et désespérée. 
Plongez avec le nouveau roman de Michael Farris Smith au coeur du delta du Mississipi.

Abandonné à la naissance, Jack est passé d’orphelinats en foyers, avant que Maryann, une lesbienne mise à l’écart par la bonne société de Louisiane, le prenne sous son aile. Aujourd’hui celle-ci vit ses derniers jours et sa propriété est menacée par les banques. Jack, qui veut à tout prix conserver cet héritage, doit trouver l’argent nécessaire. Mais, le corps cassé par une vie de combats, ravagé par de multiples addictions, il ne se sent plus la force d’avancer. D’autant plus qu’il doit aussi affronter Big Momma Sweet, qui règne sur cet empire du vice qu’est le delta du Mississippi.

Michael Farris Smith écrit mieux que personne sur le désespoir américain. Après Nulle part sur la terre, il s’impose ici définitivement comme la voix des exclus, des survivants, des combattants, aussi. Si le portrait est noir, l’écriture est d’une poésie rare, et le lecteur ne peut lâcher ce livre, qui oscille peu à peu de l’ombre vers la lumière.


Ce que j’ai ressenti:

  • Et s’envoler au dessus de la terre des oubliés…

Jack est un accidenté de la vie, meurtri de coups et de désillusions, il mène un quotidien de combats à mains nues. Déglingué et culpabilisant, il avance sur les routes au gré de son étrange gagne-pain, pour sauver tant bien que mal, (plus mal que bien d’ailleurs), la maison de sa mère adoptive. Mais Jack est marqué par le sang et les addictions diverses, oublié des destins heureux, il ne sait que prendre de mauvais chemins…Michael Farris Smith nous éblouit avec ces destins de poussières et de violences, dans un étonnant vol au dessus des terres d’Amérique, Le Pays des oubliés, comme des ténèbres bouillonnantes où les âmes se débattent dans un désert de solitude…

« Je sais que tu as une histoire. Nous avons tous une histoire mais certaines sont meilleures que d’autres, et toi et moi nous savons tous deux qu’il y a un récit caché en toi. »

  • Planer sur des ailes de poésie…

Il y a une poésie envoûtante entre ombre et lumières, une ambiance prégnante qui m’a pris aux tripes. C’était fort et intense. Une plume presque comme une respiration, saccadée, rythmée avec des ratés sous l’émotion… Une solitude et un désespoir transpirent de ces pages, et pourtant, il reste une petite lueur, et c’est ce qui me fait fondre…Michael Farris Smith donne des élans de vie à ses personnages paumés, mais la fatalité les tient ardemment dans son poing…Toutes les volutes d’encre et les gerbes de sang vont courir sur leurs corps écorchés, et c’est au plus près de la nuit, que les démons se réveillent, assoiffés de vices et de culpabilités…A force de combats et de détermination, à coups d’audace et contorsions, l’espoir d’un futur meilleur se profile, mais encore faut-il, pour Jack le Boucher et Annette la splendeur tatouée, fassent enfin les bons choix…

« Et après il passait quelques jours dans la maison. Se rappelait les choses simples qu’elle avait essayé de lui inculquer. Se rappelait les couchers du soleil et les cieux illuminés d’étoiles et le réconfort de l’espace. »

  • Et descendre en piqué vers son coup de cœur…

Ce roman noir est d’une justesse impeccable. Violent, sombre, envoûtant. J’ai été subjuguée par cette histoire. La plume de Michael Farris Smith se fait velours, encore plus dans ce roman-ci. Le titre est peut-être bien, Le Pays des oubliés, mais il est certain, que moi, je ne pourrai oublier cette virée dans l’Amérique profonde. Tant d’humanité dans ces clairs-obscurs, il a vraiment, quelque chose de rare, cet auteur pour nous transcrire ces êtres en perdition.

Je virevolte encore, aux côtés d’un faucon, et je suis descendue des cieux infinis, pour vous écrire que ce livre est un coup de cœur.

« Des centaines de kilomètres plats. Des repaires d’esclaves et de soldats. Une terre d’oubliés couverte de cieux infinis. »

 

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Sonatine de leur confiance et l’envoi de ce livre!

 

 

Poéticide, Hans Limon

 


Poéticide par Limon


Synopsis: 

Les poètes, ces visionnaires autoproclamés, ces loueurs de soleil, ces rimailleurs à la sauvette, les voilà tous morts. Et alors ?
Un monde privé de ses poètes : ci-gît peut-être l’idéal.
Remise des conteurs à zéro : « C’est au berceau qu’il faudrait les prendre. Les pendre. Avant qu’ils ne sachent écrire ou parler, autrement dit mentir, aveugler, recouvrir, dissimuler. Des faux-monnayeurs par nature ou vocation. Le ver est dans la pomme et la pomme en ma paume : à moi de l’engloutir. C’est ma contribution à l’ordre universel, ou plus modestement mon petit coup d’épieu à l’historiographie. »
Massacre à la lettre ou manifeste à chœur ouvert, « hommage collatéral » ou thriller cynico-lyrique, impitoyable et désopilante épopée à travers l’histoire de la poésie, Poéticide est avant tout l’avènement d’un poète qui, trop à l’étroit dans son siècle, s’en va poignarder ses pères spirituels pour mieux leur déclarer son amour et, chemin faisant, dispose comme par inadvertance la première pierre (tombale) d’une grande œuvre à venir.


Ce que j’ai ressenti:

  • « Tous les crever! Tous les rayer! »

LE VIEIL HOMME, personnage aigri et quelque peu désenchanté, se lance dans un élan d’idéal meurtrier: la mort de tous les poètes. Rayer de la surface de la terre, les plus grands, les plus renommés, les plus adorés de tous les poèmes. N’en plus laisser un seul parce qu’ils se révèlent mensongers, selon ses impressions. Un Poéticide sanglant et radical.

Ce petit OLNI rosé, est entre le thriller parfait, le théâtre d’un carnage annoncé, et la poésie ravageuse. Il a suscité ma curiosité, mais surtout une peur atroce d’un monde sans poètes ou une vie sans poésie. Je ne pouvais m’y résoudre… Alors même biffés, même ignorés, même dés-aimés, j’ai souri à les voir ci et là, ces siècles de poésie, dans le chaos de ce monde réinventé, presque post-apocalyptique, avec nos chers visionnaires disparus dans des limbes ignorées. Avec une plume furieuse et audacieuse, Hans Limon dépoussière et purifie l’idée même de la poésie, dans un roman plein d’énergie destructrice et d’amour passionnel, pour qu’elle survive Poésie, pulse et rejaillisse, dans le sang de cet acte désespéré…

  • LA POÉSIE N’EXISTE PAS.

Dans le fil de cette intrigue, la poésie est niée, réduite à néant. Et pourtant, elle s’infiltre de partout, au milieu des pages, dans les conversations, dans chacune des aubes et autres crépuscules… Hans Limon dévient, de manière originale un tueur de poètes, pour mieux se réapproprier ce genre d’écrits avec l’irrévérence des artistes complètement déjantés et précurseurs, loin des codes et des courants littéraires imposés, avec une manière de réinventer dans la plus pure innocence, l’essence même du plaisir à écrire de la poésie. Et ça détonne, je peux vous le dire, parce qu’il y a la rage d’un fou idéaliste, le génie de la création, et la beauté des vers qui vibrent dans 90 pages de bonheur de lecture!

  • « La seule réalité, ce sont les sensations. Vous comprenez, Monsieur? Les sensations me frappent. Les pensées me bercent. »p23

Que le noir des lignes lyriques soit sublimé sur la feuille blanche, que les nuits d’insomnie à gratter du papier soit étincelles, que les contemplations d’un lever du jour inspire encore une âme sensible comme celle de Hans Limon. C’est mon vœu, enfin, celui là et, celui de pas vouloir voir mourir les poètes!!! Qu’on me laisse encore un peu l’ivresse des doux mensonges: je mourrai, moi, sans Poésie…

Il va bien devoir admettre qu’il a aussi sa place dans le royaume des poètes contemporains, cet auteur, et oublier cette idée folle de Poéticide, puisque ça serait, un pur suicide… J’ai été frappée par une multitude d’émotions, et j’ai eu un énorme coup de cœur pour cette lecture! Dénicher une petite pépite de cette envergure, c’est juste magique!

 

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

 

Salina, Laurent Gaudé

Couverture Salina - les trois exils


Synopsis: 

Qui dira l’histoire de Salina, la mère aux trois fils, la femme aux trois exils, l’enfant abandonnée aux larmes de sel ? Elle fut recueillie par Mamambala et élevée comme sa fille dans un clan qui jamais ne la vit autrement qu’étrangère et qui voulut la soumettre. Au soir de son existence, c’est son dernier fils qui raconte ce qu’elle a été, afin que la mort lui offre le repos que la vie lui a défendu, afin que le récit devienne légende.
Renouant avec la veine mythique et archaïque de La Mort du roi Tsongor, Laurent Gaudé écrit la geste douloureuse d’une héroïne lumineuse, puissante et sauvage, qui prit l’amour pour un dû et la vengeance pour une raison de vivre.


Ce que j’ai ressenti:

  • Le charme d’une veillée…

Laurent Gaudé nous captive, le temps d’une histoire, le temps de quelques pages pour partir dans une terre reculée, un désert ardent, où naît, un jour, Salina. Il y a une puissance dans les mots et dans le désir de transmission, qui fait que le temps s’étire, et le conteur Gaudé, presque avec une magie d’antan, anime cette veillée autour des trois exils de cette femme. Il y a des ombres sombres et des couleurs lumineuses dans cette parole d’au revoir.  A poser ainsi dans le recueillement, la vie d’une mère, on est absorbé par les cycles de sa souffrance, et on ne peut qu’admirer la force de sa volonté, l’étendue de sa vengeance, le souffle de ses amours. Et le temps d’un soir, on est captivé par le rayonnement de ce conte, qui s’inscrit dans l’intemporel puisque ce n’est rien de moins qu’un fils qui raconte l’histoire de sa mère. Un cycle oral et une histoire de plus, pour mieux comprendre la folie des hommes…

« Il doit mordre la vie, l’éprouver, la crier pour ne pas risquer de rester du côté des morts. »

  • Une histoire de larmes.

Comme si son prénom l’avait prédestinée, une sorte de malédiction dès le baptême de sa mère adoptive, Salina est empreinte du sel des larmes. Des larmes qui abreuvent la terre qu’elle foule, des larmes pour une solitude écrasante, des larmes qui sont le manifeste de son passage sur ses dunes et pourtant, elle les garde en elle toutes ses larmes pour devenir vengeance, faire naître colère et obtenir rédemption… Elle a tant perdu au cours de sa vie: son identité, son innocence, sa jeunesse, sa féminité. Condamnée à l’exil, 3 fois. Un destin de femme saisissant: taillé dans le sang de ses blessures, enivré par la chaleur écrasante, pulsé par les vents de poussière. Et, finalement, les larmes c’est nous qui les verseront…Salina, la belle. Salina, l’insoumise. Salina, la légende.

« On leur a dit que Salina était le nom du malheur, que Salina était le nom de ce qui s’était abattu sur le village avec la voracité d’une nuée de sauterelles. On leur a appris depuis toujours que Salina n’était pas un nom à prononcer mais à cracher. Alors c’est ce qu’ils font : ils crachent, se pressent sur ses talons, grondent dans son dos. »

  • Une poignée de lignes envoûtantes…

La beauté de ce texte réside dans sa poésie fascinante et la bienveillance de ce fils, Malaka, qui se fait porteur d’amour. J’ai aimé partir vers cet autre ailleurs imaginaire, ressentir l’énergie de cette femme forte qui se révolte face à la haine, au rejet de l’étranger, à la condition de la femme dans ces contrées reculées. Salina m’a envoûtée le temps d’une lecture, et je lui souhaite un repos bienfaisant, après une vie si tumultueuse.

« Il croise son regard mais ne comprend pas que c’est le regard d’une mère qui découvre que son enfant ne lui appartient plus tout à fait. »

 

 

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Bleu Calypso, Charles Aubert.

Couverture Bleu Calypso


Synopsis: 

Niels Hogan, quarantenaire bourru, a rompu les amarres. Profitant d’un plan social, il s’est installé – comme l’auteur – dans une cabane au sud de Montpellier, où il fabrique des leurres pour la pêche au bar. La vie simple, la douceur du temps… L’ermite n’a qu’un ami, son voisin Vieux Bob, qui attend la visite de sa fille journaliste, Lizzie. A l’occasion d’une partie de pêche, Niels découvre un cadavre. D’abord suspecté, Niels décide de mener l’enquête avec Lizzie.


Ce que j’ai ressenti:

Scintille le Bleu,
Jaillit Calypso,
Et fendre l’étang Polar.

*Stelphique*. 

 

  • Une plongée étourdissante…

La rentrée littéraire nous prépare de belles surprises, allez, allez, il faut se jeter à l’eau et découvrir la beauté d’un leurre Bleu Calypso, le temps suspendu, l’esprit décroissant. Vite, vite, une reconnexion avec la nature et une philosophie à pêcher avec habileté, dans l’étang Moures. Sauf, que les cadavres et les suspicions vont vite polluer les lieux…Et Niels, de voir sa tranquillité, si fièrement acquise, se troubler…Pourquoi est-il si difficile de se couper de ce monde avide? N’est-il pas idéal de vivre de solitude et d’eaux fraîches, dans une cabane? Et qui est, ce fameux tueur en série, au pied marin? Niels et Lizzie vont s’improviser enquêteurs des bacs à sable, jouer avec les rayons du désir, dénicher quelques trésors, s’attirer un peu les foudres…

« J’aimais beaucoup les couleurs saturées qui arrivaient avec l’orage. C’était comme si la vie gagnait en intensité. De mémoire, il n’y avait que les orages et l’amour pour donner cette sensation-là. Mais je n’étais plus vraiment sûr en ce qui concerne l’amour. »

  • Et le polar- *étang* -sa sérénité…

A tendre ainsi vers le calme des lignes. Attendre dans les eaux salines. Étendre le fil de l’intrigue. Fendre en douceur l’étang Polar. Troubler le temps. Etre et ne plus avoir…

L’auteur m’a fascinée, avec cet univers de la pêche… Subjuguée en contemplation, emmenée à la méditation, déclenché l’admiration…

J’ai passé un doux moment de lecture, très apaisant. C’est tellement rare de voir se mêler le frisson avec le recueillement, c’est une alchimie qui fonctionne parce que Charles Aubert, y met toute une sagesse intelligente et une subtilité rafraîchissante. J’ai été plus que charmée par ce courant de pensée, cette étonnante manière de vivre et clairement, il y a un fil magique qui s’est créé avec Niels. C’est un personnage tout en pudeur, attachant et bienveillant, malgré les tornades qui viennent frapper à sa porte…

« Moi, j’étais le type qui vivait en marge de la société, ivre de liberté et de soleil, celui qui s’était débarrassé de ses chaînes et je voyais bien que ça les faisait disjoncter. Parler cinq minutes avec moi remettait en cause trop de choses, trop de choix contraints, trop de mensonges faits à soi-même. » 

  • Entre poésie et polar, Bleu Calypso.

Il flotte dans cette lecture, un petit air de zen asiatique accompagné d’un soleil chaleureux du sud de la France. Avec des  haiku sublimes qui illuminent les débuts de chapitres, il n’en reste pas moins, que c’est un polar maîtrisé de bout en bout. C’est comme une partie de pêche réussie, car la récompense se mérite, après la patience, l’auteur nous emmène à son rythme, au final pétillant… Nous avons là, une histoire palpitante, toute en finesse, sans aucune éclaboussure ou démesure, et pourtant son pouvoir est incroyable. Une quiétude s’empare de nous et elle nous gagne au fil des pages,

Il m’a tellement plu ce personnage de Niels que j’adopterai bien la technique de « catch and release »…J’ai attrapé un coup de soleil, un coup de cœur, et je relâche, dans les vagues du net, toutes les ondes positives que j’ai ressenti à cette lecture, qui j’espère, arriveront jusqu’à vous…

 

Sans savoir pourquoi
J’aime ce monde
Où nous venons pour mourir

Natsume Sôseki. 

 

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

 

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement les éditions Slatkine et Compagnie de leur confiance et l’envoi de ce livre! Ce fut une lecture enrichissante.

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Les Ferrailleurs,III, La ville, Edward Carey.

Couverture Les Ferrailleurs, tome 3 : La ville


Synopsis: 

Une nuit perpétuelle envahit Londres. L’étrange famille Ferrayor a laissé derrière elle les ruines fumantes de Fetidborough pour s’installer dans la capitale. Depuis leur emménagement, la jeune Eleanor et les Londoniens observent d’étranges phénomènes : des disparitions, des objets qui apparaissent, d’autres qui se transforment. Et cette obscurité qui règne à présent.
La police est à la recherche des Ferrayor pour essayer d’éradiquer le fléau, et tous les moyens sont bons pour mettre la main sur ces dangereux personnages. Le jeune Clod va devoir choisir son camp, déchiré entre sa famille et les habitants de Londres, entre ses affreux semblables et la ville qui ne survivra pas aux ténèbres. À moins que la lumière ne vienne finalement d’un amour que Clod pensait enseveli…
Dernier volume de la « Trilogie des Ferrailleurs », La Ville tient toutes ses promesses en concluant l’incroyable épopée de la famille Ferrayor. Après Le Château et Le Faubourg, Edward Carey déploie tout son talent d’écrivain et de dessinateur au service d’un univers inoubliable.


Les Ferrailleurs. Tome 1 : Le Chateau. Tome 2: Le Faubourg. 

Ce que j’ai ressenti:

  • Petites lumières d’espoir…

A faire tourner les têtes et les objets, à faire naître la petite lueur au milieu des immondices, Clod Ferrayor l’original de la famille, et sa flamboyante Lucy Pennant,  détraqueront leurs petits mondes en transition, à coups de poings et à voix étranges! Les objets vivent, se rebellent, les liens de famille grincent, les insignifiants se font entendre: c’est la débandade! Nos deux adolescents chouchous sont lancés à l’assaut de leurs espérances, entamant une grande bataille enflammée, une guerre pour ne pas perdre ce « petit quelque chose », un territoire à conquérir après l’anéantissement du leur, mais surtout se retrouver envers et contre tous…Et tout du long, l’amour à dénicher, dans les yeux et sous les ruines du chaos…Quelle épopée!

« Quand cesse-t-on d’être une personne, me demandais-je, et quand commence t-on à être autre chose qu’un être humain? »

  • Au sein des ténèbres…

A voir les détritus s’allier, à voir disparaître les gens dans la pire insignifiance,  à sentir un Londres mort à petit feu et un Londremor vivant de poésie étincelante, Edward Carey, nous ouvre les portes d’un imaginaire riche où, j’ai adoré me perdre. Les transformations s’accélèrent, le mystère s’épaissit et tout par à va-l’eau , ou plutôt à va-l’ordure…Et le géant se soulève tandis que la Reine s’incline…La grisaille envahit la ville, et les êtres lugubres hantent les lieux. C’est l’ultime affrontement et on sent une tension incroyablement sombre s’emparer de tous les habitants. Et quelle atmosphère!!!!

« Nous avons tous respiré la nuit, nous l’avons tous fait entrer en nous. »

  • Et dans la ferraille, trouver un coup de coeur <3. 

Une trilogie exceptionnelle, une imagination de folie, une plume magnifique, un univers unique. Quel bonheur de se plonger dans ses pages, j’ai encore plus apprécié ce troisième tome, mais il y avait aussi une certaine nostalgie à quitter tous ses personnages. Il s’est vraiment passé quelque chose de spécial avec cette saga, un vrai coup de foudre! Il y a toute une magie à s’approprier, une conquête de bric et de broc, un charme fou à entendre parler des objets, des jolies valeurs à capturer sous les décombres, de la révolte à saisir dans les feux contraires, mais au final, trouver le trésor ultime: le coup de coeur littéraire!

« Ah, les sentiments humains, quelle histoire! Quel effort insurmontable que de surveiller les moteurs, les rouages de l’amour et de la haine, les canalisations de nos pensées et de nos émotions! » 

Ma note Plaisir de Lecture sticker-fee-libellule 10/10

 

Remerciements: 

Je tiens à remercier chaleureusement les éditions Livre de Poche Imaginaire de leur confiance. Ce fut une lecture magique!

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Little Heaven, Nick Cutter

Couverture Little heaven


Synopsis: 

Le passé est un molosse qui vous poursuit à travers champs et collines, tenaillé par une faim dévorante, vous pistant jusqu’à ce que, une nuit, vous l’entendiez gratter à la porte. Le mal ne meurt jamais ; il sommeille. Parlez-en à Minerva, à Micah et à Ebenezer, chasseurs de primes, mercenaires dans l’âme mais aux dons inégaux. La première fois qu’ils font équipe, en 1966, c’est pour retrouver un enfant qui a été enlevé par une secte obscure oeuvrant au Nouveau-Mexique, dans un endroit nommé Little Heaven. C’est là que le révérend Amos, qui reçoit ses ordres de Dieu directement, rassemble ses fidèles pour un culte des plus sombres. Quinze ans plus tard, la fille de Micah est enlevée, et le trio devra s’armer pour le débarquement de l’Enfer à Little Heaven. Avec un plaisir manifeste et sa perversité habituelle, Nick Cutter (Troupe 52) démontre dans ce western sanglant et nerveux qu’il a su dompter les codes du roman d’épouvante.


Ce que j’ai ressenti:

 

  • Un territoire fait d’ombres…

Attention, Little Heaven exerce une forte attraction! Ce petit village qui se voulait retiré, à l’abri des regards, caché au fin fond de la forêt, va devenir le théâtre de nos pires cauchemars! ….Croyez-moi, je ne me suis pas remise encore de la plume puissante et terrifiante de Nick Cutter, avec son côté sombre et cette poésie ténébreuse, il m’a hypnotisée. Sans compter, la qualité des illustrations de Adam Gorham, qui se glissent parfois entre les pages, ce roman m’a captivée, de bout en bout…Déjà, avec Troupe 52, l’auteur avait joué de tous les codes de l’horreur, mais avec Little Heaven, il nous emmène encore plus loin, dans un enfer peuplé de créatures démoniaques, et il le fait avec un malin plaisir…C’est tellement addictif et brillant, que c’est le genre de livre qu’on veut vite finir, et en même temps, ne jamais terminer…Le lire et le relire sans fin, mais toujours avec une faim insatiable…

« Le cœur désire, l’esprit résiste. Le cœur l’emporte. Toujours. »
  • La terreur comme compagne…

♫Promenons nous dans les bois, pendant que le diable n’y est pas, mais s’il y était, il nous mangerait ♫
♫Diable, y es-tu? Oui. (Regarde bien, je suis mille formes). M’entends-tu? Oui. (Mais toi aussi, écoute bien le son de ma flûte en os dentelé). Que fais-tu? C’est bon, j’arrive, j’arrive (dévorer la chair fraîche).♫

Rien n’est plus monstrueux, qu’une peur d’enfant, mais quand c’est l’enfant qui devient terreur, l’effet est encore plus perturbant…. Les terreurs nocturnes risquent de vous guetter au coin d’une clairière, et prendre mille aspects…Si ma petite comptine revisitée et inspirée de Little Heaven vous a plu, elle n’en est pas moins l’avant-garde de cette virée western et cauchemardesque que, nos intrépides personnages, Micah, Ebenezer et Minerva, des mercenaires frappadingues et surtout bien maudits, vont devoir affronter pour sauver la fille de l’un deux. Ils vivent en marge de tout, ne se déplacent que pour une somme bien sonnante, et s’exercent à des activités pour le moins morbides, mais pour la vie d’une enfant, ils remballent vite fait leurs désaccords et affrontent leurs pires démons…Leurs interactions sont d’un humour noir, mais, on ne peut plus, délicieux…

« -La fortune sourit aux audacieux, murmura-t-il. Où sourit-elle plutôt aux fous furieux? Dans tous les cas, Ebenezer, tu as une chance sur deux de t’en sortir. » 
  • Des croyances et autres réjouissances…

Si l’on ressent un plaisir certain de l’auteur à nous filer une frousse de tous les diables, j’ai encore plus aimé la force de ses thèmes. On frôle de près la mort, la vie, la religion, la peur, l’amour, la foi. Il entoure son roman d’une certaine aura inquiétante mais il a une finesse fantastique, pour faire ressortir les envoûtements d’un gourou. Entre fascination et manipulation, on est happé par le charme foudroyant de Little Heaven et tous les secrets de cette étrange communauté…Derrière toutes les mises en scènes grouillantes, incarnées et démoniaques, se cache un mal bien pire, et sans doute encore plus terrifiant: le fanatisme.

« -Mon souhait n’est pas trop difficile à deviner. Je voulais voir le visage de Dieu. »
  • Un coup de coeur en noir…

Pour toute cette noirceur et cette poésie enivrante, pour la revisite ensorcelante du joueur de flûte de Hamelin, pour la richesse d’un récit d’épouvante et pour toutes ses nuits dévorantes à lire le Prince Noir Nick Cutter, j’aimerai accompagner la musique qui hante encore ses pages , d’une louange d’adoration…J’ai eu un tel coup de cœur, que je lis et relis des passages, des chapitres entiers..Et je ressens encore toute l’énergie et le bonheur d’avoir passé un grand moment de lecture. Un roman fascinant!

« L’enfer est une boîte, l’enfer est une boîte, l’enfer est une… »

 

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement Clémence des éditions Denoel pour sa confiance et l’envoi de ce livre! Ce fut une lecture addictive, un énorme coup de cœur!

 

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Sirius, Stéphane Servant.

Pourquoi je l’ai choisi:

Je suis attentive aux retours de la blogosphère, surtout quand c’est un livre « moins » en vue, alors quand j’ai vu que les coups de coeur s’accumulaient autour de cette nouveauté Jeunesse, j’ai eu envie de pousser la curiosité, jusqu’à le découvrir aussi….

Synopsis:

Alors que le monde se meurt, Avril, une jeune fille, tente tant bien que mal d’élever Kid. Entre leurs expéditions pour trouver de la nourriture et les leçons données au petit garçon, le temps s’écoule doucement… jusqu’au jour où le mystérieux passé d’Avril les jette brutalement sur la route. Il leur faut maintenant survivre sur une terre stérile pleine de dangers. Stéphane Servant, avec tout son talent de conteur, nous plonge dans un univers post-apocalyptique aussi fascinant que vénéneux. Une lecture addictive !

Ce que j’ai ressenti: « Nous sommes lé zétoiles de la Constellation. » 

« -Moi, en attendant d’être mort, j’espère qu’on sera vivants. »

Il est temps de rallumer les zétoiles et d’aller en direction de Sirius avec l’adorable Kid et sa grande soeur Avril. En plus Kid, lé un garçon trop attendrissant, hyper sensible, et surtout un des derniers enfants à naître sur Terre. Alors le suivre, c’est suivre encore un peu d’innocence dans un monde en déclin. En effet, un terrible virus inexpliqué a tué la vie autant que l’espoir. Plus rien ne pousse, plus rien ne naît, plus rien de bon n’arrive. Reste le chaos. Alors mû par un courage et une étincelle de volonté, ses deux enfants traqués entame un long chemin vers ce qui leur parait, comme un eldorado possible, aller au devant de leurs souvenirs dans une quête d’illusion utopique, que la Montagne sera leur nouveau foyer…Mais le monde se meurt, les étoiles tombent du ciel, et l’humanité semble être pris dans une tourmente de folie….

« Kid alors compris que la beauté ne pouvait se départir de la liberté. Ce que l’on possède finit par perdre tout éclat. Comme si la liberté était l’essence même de la beauté. »

Avec une plume magnifique, Stéphane Servant nous conte un monde post-apocalyptique effrayant et désenchanté, mais dans la douceur et la naïveté de ses deux enfants, ce livre Jeunesse devient une étoile resplendissante, aussi brillante que son nom l’indique: Sirius. C’est un road-trip d’une beauté ravageuse, un livre qui sensibilise sur l’environnement, et une formidable histoire de fratrie. Il est dans ce livre des instants de poésie pure et une connexion avec la Nature qui redonne un souffle de vie dans ce panorama où règne le désespoir et la violence. Cette lecture, elle m’a bouleversée parce qu’il y a cet espoir candide mélangé à un désespoir infini, et cette histoire va longtemps résonner en moi…

 A quoi pourrait bien ressembler le monde si le ciel se vidait de ses étoiles? A quoi pourrait bien ressembler la vie si plus jamais on ne pouvait faire un vœu?

Cet auteur sublime l’anticipation de son récit avec l’idée d’un lien plus « instinctif » avec la Nature mais, aussi dans son antagonisme avec la « communication » entre les espèces vivantes.  J’ai trouvé cela magnifique, d’autant plus que ces pages bien « spéciales » sont d’une beauté lyrique lumineuse et viennent enrichir le compte à rebours des chapitres allant decrescendo vers une fin où, l’avenir est incertain…Il y a une certaine bienveillance dans ces pages, sans doute, parce qu’il est classé en Jeunesse, mais cette étiquette ne doit pas en refréner certains, parce que ce livre offre de puissantes émotions et réflexions sur nos comportements irréfléchis envers notre chère planète, mais je dirai aussi que l’auteur possède un œil plutôt avisé sur les relations humaines. En abordant des thèmes forts comme le fanatisme et la folie du désespoir, l’altruisme et la transmission du savoir, Stéphane Servant montre les deux facettes de l’espèce humaine et finalement, le monde qu’il réinvente dans Sirius, est un idéal intéressant à atteindre…

« Depuis que la vie s’était tue, le monde n’était que silence. »

En bref, c’était une très belle lecture! Si jamais, vous voyiez une étoile turquoise briller sur les étals, n’oubliez de la prendre entre vos mains, il se pourrait que vous alliez bientôt faire partie de la Constellation…Sirius a éclairé mon p’tit monde, et y laissera une traînée scintillante dans mon cœur de lectrice…

 

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

L’archipel du Chien, Philippe Claudel.

Couverture L'archipel du chien

Pourquoi je l’ai choisi:

Ce choix de lecture a tenu aux avis de la blogosphère. J’ai essayé de lire à chaque fois en diagonale pour ne pas me spoiler l’intrigue, mais j’ai vu que ce livre a fait moult Coups de cœur, alors forcément, j’étais curieuse…Et, cette couverture est tellement jolie…

Synopsis:

« Le dimanche qui suivit, différents signes annoncèrent que quelque chose allait se produire. Ce fut déjà et cela dès l’aube une chaleur oppressante, sans brise aucune. L’air semblait s’être solidifié autour de l’île, dans une transparence compacte et gélatineuse qui déformait ça et là l’horizon quand il ne l’effaçait pas : l’île flottait au milieu de nulle part. Le Brau luisait de reflets de meringue. Les laves noires à nu en haut des vignes et des vergers frémissaient comme si soudain elles redevenaient liquides. Les maisons très vite se trouvèrent gorgées d’une haleine éreintante qui épuisa les corps comme les esprits. On ne pouvait y jouir d’aucune fraîcheur. Puis il y eut une odeur, presque imperceptible au début, à propos de laquelle on aurait pu se dire qu’on l’avait rêvée, ou qu’elle émanait des êtres, de leur peau, de leur bouche, de leurs vêtements ou de leurs intérieurs. Mais d’heure en heure l’odeur s’affirma. Elle s’installa d’une façon discrète, pour tout dire clandestine. »

Les personnages: 

Ils sont tous désignés selon leurs fonctions. Le Curé, le Maire, l’Instituteur…Et pourtant, malgré cette absence de personnalisation avec un nom/prénom, ils ont beaucoup de personnalité. Dans chacun, on pourra reconnaître les qualités et défauts des hommes, plus encore de cette manière, m’a t-il semblé, car ils incarnent les espérances dont ils sont tous revenus…Le curé dans sa foi, l’instituteur dans son enseignement, le Maire dans son pouvoir, le Commissaire dans sa mission…

Ils sont tous géniaux, mais j’ai eu une petite préférence cependant pour le Commissaire, parce qu’il est impossible d’être aussi odieux, mais de l’être, avec autant de panache….

Ce que j’ai ressenti:

 » Et je viens en un lieu où la lumière n’est plus. » Chant IV L’enfer de Dante. 

L’Archipel du Chien, c’est toute une poésie sombre, un ensemble d’îles où, l’ombre des poètes se glisse entre les pages et dorment tranquillement sur ses plages désertes et hostiles. Philippe Claudel saisit en plein vol toute une beauté infernale, et nous conte une grande histoire, avec une plume renversante de tremblements émotionnels intenses. Un roman magnifique! L’incipit de ce roman est sublime, vivant, vibrant, tellement bouleversant… Il donnera le ton, avec mystère et efficacité, pour une prise de conscience aiguë sur les maux de nos jours…Si j’ai mis cette citation de Dante, c’est parce que j’ai trouvé qu’il y avait dans cette ambiance, comme une réminiscence des premiers chants de La Divine Comédie. Je suis très sensible à la poésie, j’adore la dénicher dans les œuvres contemporaines, alors forcément, cette lecture est une fulgurante découverte. Elle est imprégnée de courants inspirés, insufflée de vents marins tempétueux, incandescente de vibrations terrestres et poisseuse de sentiments humains égarés…Un imbroglio entre beauté et drame contemporain.

« La plupart des hommes ne soupçonnent pas chez eux la part sombre que pourtant tous ils possèdent. Ce sont souvent les circonstances qui la révèlent, guerres, famines, catastrophes, révolutions, génocides. Alors quand ils la contemplent pour la première fois, dans le secret de leur conscience, ils en sont horrifiés et ils frissonnent. »

Parce qu’elle est intemporelle et perdue dans des mers oubliées, cette histoire peut se lire comme un conte moderne, une fable noire qui met en relief les flux migratoires du désespoir, et dénonce l’indifférence honteuse de ceux qui y en sont confrontés. Triste, sombre, magnifique, nécessaire, universel. Une histoire pour qu’enfin les mentalités changent, pour un devoir de mémoire plus investi, pour que chaque vie compte. L’Archipel du Chien a un environnement inhospitalier, une ambiance qui s’assombrit à l’instar de ses habitants, un lieu de perdition que Philippe Claudel nous décrit à force de tourments venteux et d’éruptions colériques. La Nature même devient le reflet de ses âmes sombres, et elle décide, dans un dernier souffle de rébellion, de déverser ses catastrophes climatiques, vomissant sa lave incandescente sur la lâcheté des hommes…

« Le Chien crache des saisons inhumaines. » 

Ce livre est un véritable coup de cœur, un coup de foudre dont chaque lecteur passionné espère, quand il se perd dans les mers de son imaginaire. L’Archipel du Chien est une belle destination, pour aller s’échouer sur ses plages noircies d’encre lyrique…Il m’a touchée par ses thèmes volcaniques et renversée par sa poésie sensible…Intelligent dans la forme et le fond, il se dégage de ses pages, une intensité sinistre d’avenir teinté de trop d’égoïsme tout autant, qu’un joli espoir utopique…Une lecture entre ombre et lumière, un petit diamant noir étincelant!  Peut être que si, plus de monde écoutait « la voix », on verrait venir un peu plus de clarté sur le squelette du Chien…On peut toujours aboyer, heu, rêver…

« Pourquoi dis-tu que c’est un rêve? » 

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

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J’ai acheté et fait dédicacer ce livre lors de la manifestation littéraire de Oh les Beaux Jours! à Marseille. Il prend encore pus de valeur à mes yeux, ce coup de coeur, parce que cette journée était mon cadeau de fête des mères, et que cette rencontre littéraire, était un moment en famille…Un souvenir inoubliable.

A Marseille, se déroule un festival de littérature qui compte des manifestations musicales et artistiques, des entretiens avec des auteurs et autres réjouissances autour de la lecture. C’est la deuxième année que se déroule ces frictions littéraires, et cette fois-ci, je tenais à assister au grand entretien Les beaux jours avec Philippe Claudel, dans une des plus belles bibliothèques: L’alcazar.

Ce fût une conférence très intéressante qui nous présentait les problèmes des prisons, des droits et des devoirs de ses hommes condamnés, des migrants et des difficultés des associations à subvenir aux besoins humanitaires depuis la dissolution de la Jungle de Calais…C’était un entretien passionnant!

J’ai passé un super moment à écouter Philippe Claudel, il a une voix captivante. Quand il nous a lu les premières pages de son livre ou même son poème Golden Silence, qu’il a écrit à cette occasion, c’était un moment suspendu, magique. J’ai été ravie d’assister à cet entretien, et j’ai rencontré un homme généreux, tourné vers son prochain, sensible et peut être tout simplement, plein d’humanité.

Je n’ai pu faire qu’un seul rendez-vous sur la cinquantaine de proposés, mais quelle rencontre!  J’essaierai pour l’année prochaine de multiplier ses moments, car c’est toujours plus intéressant de voir et de parler avec des personnes aussi passionnantes que ce Monsieur.

 

Les fantômes de Manhattan, R.J. Ellory.

Couverture Les fantômes de Manhattan

Pourquoi je l’ai choisi:

Ce n’est plus un secret, si vous suivez le blog, chaque nouveau livre de l’auteur R.J.Ellory est un grand événement en Féerie. Cette année encore, l’euphorie était au rendez-vous, peut être plus encore, en découvrant le synopsis…

Synopsis:

Annie O’Neill, 31 ans, est une jeune fille discrète. Elle tient une petite librairie en plein cœur de Manhattan, fréquentée par quelques clients aussi solitaires et marginaux qu’elle. Son existence est bouleversée par la visite d’un nommé Forrester, qui se présente comme un très bon ami de ses parents, qu’elle n’a pratiquement pas connus. L’homme est venu lui remettre un manuscrit. Celui-ci raconte l’histoire d’un certain Haim Kruszwica, adopté par un soldat américain lors de la libération de Dachau, devenu ensuite une des grandes figures du banditisme new-yorkais. Quel rapport avec l’histoire intime d’Annie ? Et pourquoi le dénommé Forrester est-il si réticent à lui avouer la vérité ? Lorsqu’elle lui sera enfin dévoilée, celle-ci sera plus inattendue et incroyable que tout ce qu’elle a pu imaginer.

Les personnages:

Annie O’Neil est une libraire paisible, qui voit son quotidien prendre une certaine effervescence et faire resurgir des souvenirs oubliés et de nouvelles passions. Peut être parce que c’est une femme, qu’elle a une certaine sensibilité et une passion pour les livres, j’ai eu un bon feeling avec cette héroïne.

Jack Sullivan est un ami extraordinaire, du genre de ceux, qu’on adorerait avoir dans la vie réelle….L’amitié qu’il éprouve envers Annie est jolie, pleine de tendresse et complètement désintéressée.

J’ai beaucoup aimé aussi les personnages de Harry Rose et son acolyte Johnnie Redbird dans leur duo d’escrocs « dignes »…

Ce que j’ai ressenti:…Hantée de passions…

Je ne me lasserai jamais de lire une histoire, racontée par R.J.Ellory. Tout simplement parce qu’il a l’art et la manière  d’écrire avec une poésie lumineuse de sombres romans noirs. Je suis conquise à chaque fois, parce qu’il a une façon bien particulière de connecter son imagination aux interrogations contemporaines, de faire revivre l’Histoire dans ses tragédies, et de voir encore, toute la beauté du monde et la simplicité de la vie…Les Fantômes de Manhattan est le deuxième roman écrit par cet auteur, et je me fais une joie de voir tous ses romans qui resurgissent de l’ombre, pour que nous puissions nous délecter du plaisir d’être emporté dans ses intenses lectures. Dixième roman de mon auteur favori publié par ma maison d’éditions Chouchou , Sonatine éditions , c’est une coïncidence heureuse puisqu’elle fête ses 10 ans, cette année. Alors, ça se fête en fanfare avec d’aussi belles publications, et je leur souhaite encore un bon anniversaire et pleins d’aussi jolies pépites à leur catalogue, (déjà bien riche!)…

« Elle les accueillait, tous autant qu’ils étaient, parce qu’il lui restait encore assez d’idéalisme pour croire qu’un livre avait le pouvoir de changer une vie. » p16 

Dans Les fantômes de Manhattan, les livres sont là, hantant les lieux, les pages, les personnages…Et puis, il y a les personnages de fiction dans la fiction, dansant autour du feu de l’intrigue…Les livres, encore et toujours, un moyen de mieux comprendre sa vie, de mieux se comprendre, mieux comprendre le monde qui nous entoure…Forrester, cet inconnu mystérieux, en apportant une histoire inachevée et inédite, et sous l’impulsion d’un Club de Lecture, va complètement réorienter le destin de Annie…Il arrive avec des lettres, qui viennent s’échouer sur des plages désertes de souvenirs personnels de cette jeune femme et ce manuscrit qui pèsent plus lourd en conséquences que l’idée de quelques feuilles volantes un peu noircies d’encre : en voilà un très bon départ vers des tourbillons d’émotions…Le pouvoir des mots et des histoires, qui racontent des morceaux d’Histoire, des destins mêlés, des horreurs et des beautés. La lecture au coeur de tout, ou tous nos amours dans les lectures: Annie va le vivre très intensément, à la lumière de la passion….

« Les fantômes s’en sont allés, se dit-elle. Enfin-et peut-être pour toujours-, les fantômes s’en sont allés. »

Ce que j’admire le plus dans les livres de R.J Ellory, et c’est d’autant plus vrai avec ce nouveau livre, c’est sa capacité à relier. Relier les événements, relier le monde, relier les histoires, relier les gens. Dans ses écrits, il s’efforce toujours de connecter ses intrigues dans un contexte historique et ici, on traverse le passé de l’Europe et de l’Amérique, dans ses parts sombres de violence, mais on retrouve également, cette petite étincelle d’espoir qui tend vers l’Autre. Cette Annie orpheline et solitaire, va au cours de ce roman , se rendre compte qu’elle fait partie de ce monde, qu’elle est la somme d’un amour, qu’elle n’est pas qu’un électron lambda, qu’elle est ici et maintenant sur la planète, et qu’il lui faut vivre sa vie, et non pas se laisser porter entre solitude et dépression…Elle n’est pas fantôme, mais bien vivante! C’est inspirant, mais sous la plume de cet auteur, c’est juste renversant…

« La femme que je suis maintenant aspire à un autre genre de vie. »p350

Pour la force de cette histoire et l’ingéniosité de cette intrigue, parce que cet auteur a un talent fou, ce livre est un Coup de Coeur.

« Pourquoi fallait-il que la profondeur de l’amour ne se mesure qu’à l’aune du malheur de la perte? »

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement Muriel et les éditions Sonatine pour l’envoi de ce livre! Ce fut un coup de coeur!

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En Féérie, il brille quelques poussières…

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