Je suis le fleuve, T.E.Grau.

Je suis le fleuve par Grau


Synopsis:

Subir. Survivre.

Depuis la fin de la guerre du Vietnam, Israel Broussard survit tant bien que mal à Bangkok. Cinq ans plus tôt, il a participé à la mystérieuse opération Algernon, au cœur de la jungle laotienne. Ce qui s’est passé là-bas ? Il ne s’en souvient plus, il ne veut plus s’en souvenir.
Et pourtant, l’heure est venue de s’expliquer…
L’intensité et la crudité dérangeante de sa prose font de Je suis le fleuve une expérience de lecture à nulle autre pareille. Ce voyage halluciné et sans retour à travers les méandres d’une psyché dévastée évoque irrésistiblement Apocalypse Now.


Ce que j’ai ressenti:

▪️Il est le Cauchemar…

C’est incroyable, le nombre de remords qui voudraient s’immiscer dans ses nuits…Ça prend des formes et des noms étranges, des consonances d’ailleurs et des odeurs de jungle. Je suis le fleuve, est un roman qui parle de soldats, de syndrome-post traumatique, de rancœurs et d’oublis. C’est l’histoire d’un homme hanté par le poids de la culpabilité et les horreurs de la guerre du Vietnam. Et au moment d’en parler, les souvenirs s’effacent, se confondent, de distordent, se superposent parce que la douleur est trop gigantesque. Elle emporte tout sur son passage et elle prend parfois, l’allure d’un fleuve en feu. L’enfer s’ouvre dans ses confidences. Israel Broussard n’est plus le même homme qu’au départ, il tente de réapprendre à vivre mais l’opération Algernon a laissé des impacts dans son esprit…Et le Molosse-Noir veille sa proie…

Tu ne crois pas que j’ai souffert chaque seconde de ma vie, depuis? Les morts ont le beau rôle. Ils se contentent de disparaître dans le néant. Ce sont les vivants qui écopent de toute la souffrance. 

▪️Il est le Noir Sublime…

C’est l’intensité de ce roman qui m’a renversée. Dès les premières pages, j’ai ressenti une force incroyable. Il est « habité » ce roman, non seulement par des fantômes et des anges furieux, mais par une prouesse poétique qui est venue me submerger comme un tsunami, à l’intérieur pour ne plus me lâcher. Ce n’est pas tant l’histoire qui est déjà en soi, est une bouleversante lecture, mais c’est dans la manière de la raconter avec une puissance dans les mots qui frappe au cœur. Il y a des passages absolument magnifiques et pourtant très sombres. Un mélange entre beauté et horreur qui s’entrelacent pour mieux perturber les sensations que j’imaginais dans la violence des combats. Des moments terribles où un enfer sans nom s’ouvre dans l’esprit du héros et rendent une atmosphère saisissante de Noir profond. Il laisse une forte impression ce roman, même une fois refermé, même quelques jours après…Mais au moment de la découverte, à l’instant même où je lisais ses lignes, c’est vraiment cette intensité et la force des mots posées que je retiendrais… Comme un vertige, un abysse sans fond. Qui aurait la fureur de toutes les eaux et de tous les feux du monde…Magnifique.

Ce Fleuve brûlant, à la surface jonchée de flammes.(…). Le voilà. Le noir vient m’emporter, et je suis trop épuisé pour continuer de lutter. Trop fatigué pour me servir encore de la peur. Le Fleuve tumultueux monte et m’engloutit, de plus en plus bruyant tandis que je m’enfonce. Trempé et froid.

▪️Il est la fabrique à émotions…

Vous le savez maintenant, j’ai un amour infini pour la poésie et j’aime quand mes émotions sont mises à l’épreuve, en lecture…Alors évidemment, avec cette expérience de lecture que fut Je suis le fleuve, c’est allé bien au-delà de mes attentes, et je reviens complètement éblouie par cette plume sensationnelle, puissante et imaginative. Mon cœur de ténèbres à moi se trouve là, dans ses pages, dans ce fleuve enflammé…Allier la beauté du noir à tant de lyrisme, c’est juste sublime. C’est un coup de cœur, comme on les espère: gigantesque et démesuré.

Son cœur des ténèbres à lui se trouvait en Afrique, mais nombreux sont les cœurs qui battent à l’intérieur de nombreuses teintes de ténèbres, certaines plus noires et plus froides que tout ce qu’un écrivain  pouvait concevoir ou expérimenter personnellement, pour ensuite y survivre et coucher cela sur le papier.

Ma note Plaisir de Lecture 10/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement Muriel et  les éditions Sonatine pour leur confiance et l’envoi de ce livre.

Je te suivrai en Sibérie, Irène Frain.

Je te suivrai en Sibérie par Frain


Synopsis:

Pauline est de ces femmes qui brisent les obstacles. Risque-tout, elle quitte sa Lorraine natale à la fin de l’épopée napoléonienne pour rejoindre Moscou où, simple vendeuse de mode, elle est courtisée par un richissime aristocrate. Ivan Annenkov est un fervent admirateur de la France des Lumières et un farouche adversaire du servage. Il appartient à une société secrète qui rêve de renverser le tsar. Le complot échoue, les décabristes sont déportés en Sibérie. Ivan serait mort dans l’oubli le plus total si Pauline, comme sept autres femmes de condamnés, n’avait décidé de le rejoindre. La petite bande, qui deviendra légendaire, soutient si bien les conjurés qu’ils relèvent la tête et fondent, derrière les murs de leur prison, une minirépublique à la française… Qui était au juste cette Pauline qui croisa les hommes les plus célèbres de son temps, de Dumas à Dostoïevski, qu’elle fascina ? Irène Frain a suivi ses traces depuis la Lorraine jusqu’à la Transbaïkalie. Elle ressuscite son équipée et brosse avec feu et sensibilité le portrait d’une amoureuse endiablée.


Ce que j’ai ressenti:

▪️Par amour…

Suivre Irène Frain, c’est partir en voyage déjà…Peu importe le lieu, je le savais que j’allais partir loin, ailleurs…J’ai découvert cette auteure avec un de ces précédents romans qui m’avait beaucoup marquée: La Forêt des 29. Elle a la particularité de se lancer à la recherche d’un secret d’Histoire, d’aller sur le terrain débusquer des petites et grandes histoires qui vont changer notre monde et elle vient nous les faire revivre dans ses livres-émotions. J’aime beaucoup sa façon de puiser son inspiration autour de personnes extraordinaires. Avec un carnet de brouillon et une légende venue du froid, elle nous fait découvrir le destin incroyable d’une jeune française, Pauline Geuble. Cette expérience de lecture, c’est une sorte de carnet de voyage, de reportage et de mémoire que Irène Frain a, à cœur de ranimer. C’est dans les pas de Pauline, qui elle-même va suivre son amoureux emprisonné, jusqu’à Tchita, au fin fond de la Sibérie que nous découvrons, pourquoi cette histoire vaut le détour. Je te suivrai en Sibérie prend donc une double dimension avec ce titre. C’est fou d’ailleurs, ce que l’on peut accomplir par passion. Comment on peut défier toutes les autorités, tous les obstacles et s’épanouir dans l’adversité. C’est beau quand on peut retransmettre tout ça, par écrit. Ça pourrait être une fiction mais tout est réel, bien réel même, et encore plus bouleversant par la force des mots et des souffrances qui palpitent de nouveau dans ces pages-souvenirs. Pouvoir lire ce portrait de femme et ces quelques secrets d’Histoire ravivés, c’est déjà partir dans une grande aventure… De l’oppression aux enfers des prisons russes, dans le froid et le noir, cette virée en Russie est plutôt saisissante. Je te suivrai en Sibérie est une lecture enrichissante.

« Écrire, c’est résister. »

▪️Laisser une trace…

Qu’elles soient visibles ou bien cachées, le mystère des traces nous fascine. Irene Frain tient à suivre celles des « dekabristki » , ses huit femmes, qui ont tout quitté pour un homme. Une légende qui mérite d’être plus reconnue de ce côté du monde, parce qu’il y a déjà des poètes du grand froid, qui se sont emparés de ce mythe pour parler de ces princesses et femmes de cœur, qui se sont dépossédés de leurs richesses volontairement, pour faire naître l’Espoir au milieu de rien, dans le cœur de quelques hommes. Une histoire inspirante, de l’amour bienfaisant et ce désir intense de lutter contre l’oubli et des valeurs de liberté. Nous découvrons donc ce passé trouble, les décembristes, la dictature en Russie, la réalité de l’emprisonnement et les rêves de grandeur d’une jeunesse oppressée. Des traces de sang. Des traces de pleurs. Des traces de fer. Et de l’émotion brute qui nous parvient comme une bise glaciale par delà les frontières. Je les ai suivies, toutes les deux, jusqu’en Sibérie et c’était Magnifique et vraiment passionnant comme lecture. Dépaysement assuré mais aussi de jolis clins d’œil à la France. J’adore la manière de Irène Frain de mêler ses recherches sur Pauline, à sa propre expérience aventurière. Dans les petits détails ou dans les grandes lignes, elle retrace un joli destin de femme.

« J’aime les traces. Oui, elles finissent par s’effacer. Mais pas toutes. Et la mémoire, lorsqu’elle triomphe de l’oubli, est féroce. »

Ma note Plaisir de Lecture 9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement Muriel ainsi que les éditions Paulsen de leur confiance et l’envoi de ce livre.

Editions Paulsen

Danses du destin, Michel Vittoz.

Danses du destin par Vittoz


Synopsis:

« J’ai tiré, il est tombé dans le caniveau. Je me souviens du bruit. Sourd. Un sac de terre sur le pavé. Je ne savais même pas qui c’était. Après je lui ai encore donné des coups de pied. La haine. Je ne croyais pas que c’était possible, haïr à ce point. Haïr un inconnu qu’on vient de tuer. Haïr un mort. Je ne sais pas combien de fois il aurait fallu que je le tue pour cesser de le haïr.
Mes coups de pied l’ont fait rouler jusqu’au bord du quai. Il est tombé dans le canal entre deux bateaux. Je l’ai vu disparaître dans l’eau noire.»

Je tue mon père sans le savoir. Tu veux comprendre pourquoi. Elle, Il devait la tuer.  Nous n’en savons pas plus. Vous non plus. Ils se demandent ce qui a bien pu se passer.


Ce que j’ai ressenti:

▪️Je. Tu. Il. Nous. Vous. Ils.

Des pronoms pour chapitres. Des pronoms pour des violences sans nom. La folie haineuse de Je. La mission périlleuse de Tu. Il et Elle dans une danse telle, qu’Il valse avec le Serpent. L’intimité parfaite du Nous. Les vérités des clins d’œil du Vous. Ils et Elles qui nous entraînent dans un polar noir des plus singuliers, à travers l’Histoire, au milieu des petites histoires qui se sont déroulées pendant la Seconde Guerre Mondiale. Et Eux, dans les nœuds du Serpent, dans différentes voix, dans plusieurs styles de plumes. Eux, dans la Résistance. Ça siffle et ça persifle dans ce roman au rythme troublant. Il y a des temps de haines et des tempos désynchronisés. Danses du destin nous entraîne dans des dossiers sombres et des manipulations venimeuses, pour une danse qu’on ne risque pas d’oublier parce qu’elle réveille le passé douloureux de la France.

Si c’était ça la vie fallait être fou pour vivre, oui, il fallait que je devienne fou.

▪️Du fils au père…De père en fils.

Un fils qui tue son père par accident. C’est une vague impression de tragédie, et puis, c’est autre chose de plus noir. Des secrets d’histoires qui n’aurait jamais dû sortir des profondeurs, des mémoires et des vengeances qu’il aurait mieux valu laisser au passé, des petits arrangements de famille qui devaient rester dans la sphère privée. Une histoire vieille comme le monde, et des tragédies de notre siècle, par encore guéries. Lowenstein, de père en fils. Et un fils animé par un sentiment si destructeur, et celle d’un père qui laisse sa marque. Et la question qui revient comme un ouroboros: la haine est-elle héréditaire? Et nous, qui sommes spectateurs de ces drames, nous cherchons à savoir qui remue les cendres, qui réanime les braises? C’est qui? Nous? Vous? Ils? Elles sont étranges ces questions…Mais qu’est-ce qu’il est bien mené ce polar! Juste ce qu’il faut d’affect, un beau travail de recherche, et une petite dose de punchline venimeux pour relever le tout! Une lecture particulière et bouleversante quand certains pronoms prennent le pouvoir.

Ils sont nombreux, tous les personnages possibles, les morts et les vivants qui viendront ou ne viendront pas dans cette histoire.

Elles sont nombreuses les histoires qui nous hantent à travers celle ci.

▪️Danse dans le Noir.

Michel Vittoz nous régale d’un roman polyphonique original. En un seul chapitre, il a capté toute mon attention, et ça continue ainsi jusqu’au point final, parce qu’il y a une énergie qu’on veut saisir et un petit quelque chose d’intrigant dans la plume, qui nous pousse à dévorer ces pages. C’est tantôt une enquête rétro avec un certain charme de la lenteur, tantôt un théâtre contemporain plein d’éclats de voix: c’est vivant même si les morts s’invitent. Un mélange doux et empoisonné qui sert une intrigue d’espionnage et c’est tellement prenant parfois, que je me suis surprise à apprécier le personnage le plus fou de cette histoire. À l’attendre sur le quai ou au détour des chapitres, pour lire ses tirades de mal-être et essayer de comprendre cette rage qui l’anime. C’est dire tout le talent de l’auteur, d’avoir su trouver le bon ton, pour que l’on soit ainsi mordu de son histoire.

J’ai dansé sur les lignes, dansé sur les cendres, dansé avec le passé. J’ai aimé les Danses du destin. Et vous? Allez-vous danser maintenant? Oui, Toi. Nous. Vous. Eux. Elles. Danser sur nos mémoires pour ne plus oublier les moments haineux de l’Histoire…

« Nous ne voit rien. Chacun voit. »

Ma note Plaisir de Lecture 9/10.

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement  Quidam éditeur de leur confiance et l’envoi de ce livre.

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Histoire d’une baleine blanche, Luis Sepúlveda.


Synopsis:

Au large de la Patagonie une baleine blanche est chargée de protéger les morts mapuches puis, lorsque la fin des temps sera venue, de guider toutes les âmes au-delà de l’horizon. Tout est prévu et écrit dans le temps des mythologies. Cependant l’homme vit dans un monde où tout bouge et, au xixe siècle, la chasse à la baleine se développe. La baleine blanche va devoir défendre son monde immobile contre ces prédateurs, en particulier le baleinier Essex du capitaine Achab. Elle va livrer une guerre sans merci aux baleiniers et devenir un grand mythe de la littérature.
Luis Sepúlveda nous raconte cette histoire du point de vue de la baleine blanche qui nous explique comment elle vit et s’intègre dans l’ordre du monde, ce qu’elle découvre des hommes, sa mission secrète, puis sa guerre et les mystères qu’elle protège. Enfin, c’est la mer qui nous parle.
Un texte beau et fort, avec un souffle épique. Du grand Sepúlveda.
Les images superbes de Joëlle Jolivet magnifient cette histoire.


Ce que j’ai ressenti:

▪️La Fée parle de sa rencontre avec la Baleine Blanche.

Un soir de l’été 2019, j’ai décidé de faire une rencontre exceptionnelle. Elle nous vient de loin cette histoire, du sud du bout du monde. Elle prend vie dans les eaux de la Patagonie, et emprunte la voix d’un cachalot, couleur de lune…

J’avais envie d’extraordinaire…D’ouvrir les pages de cette histoire, me laisser charmer par les illustrations de Joëlle Jolivet, et j’avais hâte de découvrir le mystère et les mémoires d’une baleine blanche. Ce n’est pas commun en plus, une baleine blanche, et ce qu’elle ressent non plus, alors j’ai écouté la beauté de cette âme de cétacé. Même si elle s’en est allée, il va me rester son message d’amour pour la mer, pour les hommes, pour ses semblables…

C’était une belle rencontre. Quand une telle créature marine te parle avec tant de douceur, de sa vie, de son expérience et de ses combats, il ne peux en être autrement, tu t’assoies, tu fais silence, et tu admires la grandeur de cet animal. Elle a des choses à nous apprendre cette baleine blanche, une philosophie à transmettre, des contrées à nous faire visiter…Si seulement, vous la rencontriez aussi, sur des pages blanches ou pourfendant les flots, peut être que vous aussi, vous seriez émerveillés…

Je voulais de l’extraordinaire. Et j’ai eu l’Histoire d’une baleine blanche. On raconte beaucoup d’histoires au sud du monde. Des histoires extraordinaires.

« Moi, la baleine couleur de lune, j’habite la mer limitée par la terre où commence la clarté du jour et par l’horizon où le soleil s’enfonce pour laisser la place aux étoiles. »

▪️La Fée parle de ce qu’elle appris de la plume de Luis Sepúlveda.

C’est le premier roman que je lis de cet auteur, et quelle surprise! C’est joli, simple, efficace et en même temps, c’est engagé. Sous des airs de conte, il y a des alertes intenses, des flash-backs qui crèvent le cœur, un avenir orageux, si la folie des hommes continue encore…Ces Hommes qui ne respectent pas l’équilibre de la Nature. D’histoires en Histoire, il n’y a souvent qu’une vague de sang innocent versé au nom du profit et de l’ignorance. C’est triste et c’est beau, comme il écrit cet auteur, j’ai été très touchée. C’est sans doute le meilleur moyen de faire passer le message, cette simplicité…Et l’avantage de cette collaboration avec cette artiste, c’est que c’est joliment mis en valeur, et qu’on peut le lire en famille…J’ai adoré.

On raconte beaucoup d’histoires au sud du monde, mais celle ci, il vous faut la lire de toute urgence, l’admirer dans ses dessins monochromes, la ressentir dans vos cœurs.

Oui, on raconte beaucoup d’histoires au sud du monde, mais celle ci, elle est extraordinaire. Parole de fée.

« Et sous le ciel gris du sud du monde une voix m’a parlé dans le vieux langage de la mer. »

Ma note Plaisir de Lecture 9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement les éditions Metailie de leur confiance et l’envoi de ce livre.

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Complot, Nicolas Beuglet.


Synopsis:

Un archipel isolé au nord de la Norvège, battu par les vents. Et, au bord de la falaise, le corps d’une femme. Les blessures qui déchirent sa chair semblent être autant de symboles mystérieux.
Quand l’inspectrice Sarah Geringën, escortée par les Forces spéciales, apprend l’identité de la victime, c’est le choc. Le cadavre est celui de la Première ministre. Qui en voulait à la chef de gouvernement ? Sarah, très vite, le pressent : la scène du crime signe le début d’une terrifiante série meurtrière. Dans son enquête, curieusement, quelqu’un semble toujours la devancer. Comme si cette ombre pouvait lire dans ses pensées. Le soupçon d’un complot implacable qui accompagne chacun de ses pas…
« Envoûtant. » Michel Primault – Femme actuelle
« Un thriller féministe et haletant. » Adeline Fleury – Le Parisien


Ce que j’ai ressenti:

 

Chère lectrice et cher lecteur,

Je vous prie de bien vouloir suivre sur-le-champ le talentueux Nicolas Beuglet jusqu’à la destination où il vous conduira.

Votre émotion y est requise avec la plus grande urgence.

Pour des raisons de transparence et de sécurité, la raison de votre collaboration vous sera demandée une fois sur place.

Mes plus respectueuses salutations.

Stelphique, Commandante des Forces Elfiques.

Qu’un Complot se dessine au sein des affaires d’Etats, ce n’est guère étonnant…Alors quand le cadavre de la Première Ministre de la Norvège est retrouvé sur le bord de la falaise de Vardo, la scène internationale va trembler d’effroi, et les suspicions de complots vont pleuvoir…Et ce n’est que le début d’une série de mystères, tous plus étranges les uns que les autres, plongeant dans les profondeurs du temps…

Nicolas Beuglet voit les choses en grand, en très grand. Le Complot de plus de 500 pages aura des allures de sacré. De féminin sacré…Cette histoire plus que toutes les autres va vibrer en moi, pendant très longtemps je pense et, c’est presque magique de voir un thriller avec cet engagement à l’heure actuelle…Une lecture avec autant de tolérance, de bienveillance, tout en gardant l’étincelle de suspense haletante qui te fait tourner les pages avec ardeur, je ne pouvais qu’adhérer…Il y a l’histoire et l’Histoire, et c’est ce qui fait le charme de cette lecture, parce qu’elle te pousse à des réflexions et des recherches intéressantes. Nicolas Beuglet nous a comploté un roman époustouflant, brillant.

Déjà avec Le Cri, il avait poussé loin les limites de son intrigue mais avec ce roman fraîchement sorti en Pocket et planté dans le décor norvégien, le choc glacial va se faire sentir dans toutes les strates de cette intrigue, bousculant jusqu’à nos convictions les plus profondes, déstabilisant toutes les manigances de ceux qui détiennent le Pouvoir. Totalement addictif et grisant.

Et, bien sûr, j’ai adoré ça. D’une enquête retorse à ce final grandiose, j’ai encore une fois, été bluffée par cet auteur. C’est intense, argumenté, rythmé, passionnant. Au cœur de l’action, en suivant Sara Geringën, j’ai été balayée par des vents violents, soulevée par des vagues déferlantes, fracassée des révélations bouleversantes. Et c’est bien pour ça, que je peux vous confier sur le promontoire de mon blog féerique, que ce livre est un coup de cœur. Un énorme coup de cœur.

« Et pourtant c’était l’exploit que les femmes accomplissaient chaque jour depuis des milliers d’années: se battre, mais sans effusion de sang. »

Ma note Plaisir de Lecture 10/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement les éditions Pocket pour leur confiance et l’envoi de ce livre.

Circé, Madeline Miller.


Synopsis:

Fruit des amours d’un dieu et d’une mortelle, Circé la nymphe grandit parmi les divinités de l’Olympe. Mais son caractère étonne. Détonne. On la dit sorcière, parce qu’elle aime changer les choses. Plus humaine que céleste, parce qu’elle est sensible. En l’exilant sur une île déserte, comme le fut jadis Prométhée pour avoir trop aimé les hommes, ses pairs ne lui ont-ils pas plutôt rendu service ? Là, l’immortelle peut choisir qui elle est. Demi-déesse, certes, mais femme avant tout. Puissante, libre, amoureuse…


Ce que j’ai ressenti:

▪️Circé, femme d’action.

« Quand je suis née, le mot désignant ce que j’étais n’existait pas. »

❤ Circé ❤ . Pas un seul mot pour la désigner, mais plusieurs: Nymphe, Déesse, Magicienne, Sorcière. Tant de féminité et de pouvoir dans cette figure de la mythologie, qu’elle en devient éblouissante. Une héroïne moderne dans un univers de dieux impitoyables et d’hommes assoiffés d’aventures, qui se réinvente et prends en main son destin. Une femme forte, courageuse qui fera plier rien de moins qu’un dieu, un monstre invincible et toute une palanquée d’hommes avides, à la seule force de sa volonté. Circé la rebelle, ne veut pas de ce monde où les dieux déterminent la destinée des mortels, dictent la conduite des demi-divinités, imposent leurs caprices. Circé veut un monde où elle aurait une place, une fonction et elle travaillera à cela, jour et nuit s’il le faut, pour être une Pharmakis. Admirable Circé. Quand je vous le dis, une femme éblouissante…Forte, moderne, éternelle…

Je pensai: Je ne pourrai pas supporter ce monde un instant de plus.
Alors fabriques-en un autre, mon enfant.

▪️Circé ou le pouvoir des fleurs.

Rien qu’avec cette magnifique couverture de chez Pocket, on saisit déjà toute l’importance des fleurs dans cette histoire. En plus, pour ne rien gâcher, il sort au mois de mai, le moment où la nature sort ses plus beaux trésors de terre, et nous inonde de parfums et de couleurs. J’ai pris le temps de lire Circé, beaucoup de temps et de plaisir, à lire et à relire des passages. Durant tout le mois de mai, j’ai redécouvert le charme de l’Odyssée et me suis délectée de cette histoire mythologique revisitée et je n’aurai jamais imaginé meilleur moment pour cette lecture, pour être encore plus dans l’ambiance de ce roman. Une lecture donc au plus proche de l’environnement, entre contemplation et pouvoir magique. Je dirai même envoûtante comme si dans ces lignes, les sortilèges et le pouvoir de la poésie de Madeline Miller, m’avait ensorcelée…Un roman d’aventures et de passions! Un roman aussi qui résonne féministe et prône plus de bienveillance. Circé, ce n’est pas qu’une jolie fleur dans un coin d’histoire, c’est une magicienne audacieuse avec de l’empathie, une mère protectrice, une amante passionnée, une sorcière redoutable, une femme libre. Pour les siens et pour ses choix, elle n’hésite pas défier les dieux, inventer mille sorts, communiquer avec la faune et la flore, risquer sa propre vie…Une fleur qui s’épanouit à force de courage et d’amour, de confiance et de sérénité, Circé, la mauvaise graine, se révèle être la plus éclatante des éclosions de ce mois de mai.

« Il est difficile de décrire ce qui arriva ensuite. Une certitude monta dans les profondeurs de mes veines: elle murmurait que la force de ses fleurs résidait dans leur sève, qui transformerait n’importe quelle créature en son moi véritable. »

 

▪️Circé, une héroïne à découvrir ou redécouvrir.

Madeline Miller nous embarque au cœur de la mythologie grecque, dans les mondanités de l’Olympe, et autres secrets divins. En faisant rejaillir cette belle Circé, on est pris dans les flots des rivalités tragiques, on plonge dans les amours interdits, on nage dans le bonheur de voir revivre toutes ses figures d’un temps passé. Circé n’est pas seulement la femme qui transforme des hommes en porcs, non, elle est une puissante sorcière et une femme inspirante, à l’heure de nos jours. Il m’a été difficile de la quitter, de tourner la dernière page du livre, de poser mon ressenti, tellement j’ai été touchée par cette lecture. Circé est un coup de foudre, un coup de cœur et sans doute, une de mes héroïnes préférées à l’heure actuelle. Mon cœur s’est ouvert pour Circé, et je la garderai, à jamais, dans le jardin de mon imagination.

Y a-t-il un moment où un cœur s’ouvre?

 

Ma note Plaisir de Lecture 10/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement Emmanuelle ainsi que les éditions Pocket pour l’envoi de ce livre! Quel coup de cœur!

L’instant d’une vie, Sylvie Schenk.


Synopsis:

Dans l’Europe d’après-guerre, un amour impossible entre France et Allemagne… Un très beau roman d’émancipation féminine.
L’Instant d’une vie, c’est l’histoire de Louise. 
Née dans un petit village des Alpes au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Louise a dix-huit ans lorsqu’elle part s’installer à Lyon, où elle rencontre Henri, pianiste de jazz. Mais, après quelques mois d’amour, Henri et Louise se séparent : Henri, fils de résistants fusillés par les Allemands, reproche à Louise sa naïveté et son manque d’engagement politique.
L’été suivant, Louise se rapproche de Johann, étudiant allemand qu’elle décide de suivre dans son pays. Peu à peu, alors que la vie défile, mariage, années d’enseignements, enfants, décès, Louise est rattrapée par l’Histoire. Son mari parti enterrer son père, elle découvre dans la bibliothèque de son beau-père des livres qui portent le nom du père d’Henri… 
Un beau roman sur l’identité et le sentiment d’appartenance, l’enfance et ses blessures, et le poids du silence dans l’Allemagne de la fin du 20e siècle.


Ce que j’ai ressenti:

  • Quand je découvre l’originalité du Tu, comme pour mieux t’embarquer…

Tu pensais que cette lecture serait douce et sereine comme le bleu de la couverture, et ô combien tu t’es trompée…Parce que tu n’avais pas vu derrière la douceur de la vague de l’enfance, les ravages des premiers amours. Tu n’avais pas compris que les amitiés troubles pouvaient te bousculer plus que ce que tu pouvais imaginer. Mais tu as vu que le temps te rend plus lucide et que la vie réserve bien des surprises…Tu as regardé des jeunes s’éveiller à l’Amour, à la politique, à l’Histoire, à la musique. Et tu as été émue de l’instant d’une vie, des instants de leurs vies, de l’intensité de la vie.

« Ce qui ne trouve pas d’écho en toi n’existe pas pour toi, te dit-elle. »

  • Ouvre tes yeux, Louise…

Louise nous partage sa vie, et dans ces observations, nous dévoile un peu du climat social juste après la Seconde Guerre Mondiale. La place de la femme, surtout, et les débuts de son émancipation. Les tensions sourdes entre la France et l’Allemagne. Les rêves de la jeunesse. Et cette jeune fille, naïve et ignorante de ce poids du passé, qui se jette dans les grandes eaux de l’amour. Et si le début nous parait bien tendre, au fur et à mesure, de son expérience et de ses choix, elle nous partage toutes les difficultés et le déchirement de cette nouvelle vie.

« Il répond qu’on doit réaliser ses rêves, sinon les désirs les plus intimes restent prisonniers à l’intérieur de nous comme un tumeur à l’estomac. » 

  • L’amour n’a pas de frontières…

Une vie, ce sont des instants, et l’instant d’une vie passe tellement vite…Heureusement, il y a l’amour qui dépasse les frontières, les préjugés, les conflits, et les mentalités. Heureusement… Sylvie Schenk nous donne un roman émouvant entre introspection et tendresse, et c’est un instant de lecture doux/amer qui donne matière à réfléchir, sur les conséquences de l’Histoire. Il y a de la fraîcheur et de la poésie dans ses instantanés, mais aussi de cruelles réalités, des souffrances qui suintent encore sous les sourires de ce groupe de jeunes. J’ai été très touchée par la sensibilité de cette auteure et la façon singulière de nous décrire, un amour qui éclot juste après, une grande guerre.

« Doit-on aimer? L’amour est-il un phénomène de civilisation? »

 

 

Ma note Plaisir de Lecture 8/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement les éditions Slatkine et Compagnie pour leur confiance et l’envoi de ce livre.

Le problème avec les femmes, Jacky Fleming.

Couverture Le problème avec les femmes


Synopsis:

Les femmes peuvent-elles être des génies, ou leurs bras sont-ils trop courts ?
Pourquoi n’avons-nous entendu parler que de deux, trois femmes à l’école ?
Que faisaient toutes les autres ?


Ce que j’ai ressenti:

« Autrefois, les femmes n’existaient pas et c’est pour cette raison qu’elles sont absentes des livres d’histoire. »

Au hasard de mes recherches pour ce mois de Mars au féminin, et des Femmes de Lettres à l’honneur, je suis tombée sur ce drôle de livre…Un documentaire graphique hilarant et passionnant. Un livre qui va hérisser les poils féminins…Quelques Hommes de l’Histoire, des soi-disant « Génies », ont fait des corrélations entre intelligence et parties du corps féminin, réduisant celles-ci à des rôles domestiques et niant même leur capacité de penser…Jacky Fleming revient sur ce passé douloureux qui ont empêché les femmes de réaliser une carrière brillante, sous prétexte qu’elles portaient des jupes.

Au cours des 700 années qui séparent Hildegarde de Bingen de Jane Austen, les femmes écrivaines étaient mal vues, car pour cela il fallait réfléchir, ce qui interféraient avec l’accouchement. 

J’ai beaucoup aimé le ton et l’audace de cette auteure:

  • comme elle met des coups des pieds à leurs phrases sexistes avec des dessins nerveux en noir et blanc.
  • comme elle dénonce 2000 ans de frustrations féminines, avec dérision.
  • Comme elle tourne avec humour, les inconforts de tenues ou l’hypocrisie des hommes, avec le sourire.
  • Comment elle explique avec élégance, le début du courant féministe et fait des clins d’oeil à ses femmes de caractères.

Les femmes qui s’aventuraient à l’extérieur de la Sphère Domestique étaient appelées les Femmes Déchues.
Il y avait plusieurs façons d’être Déchues, comme porter la raie sur le côté, avoir ses propres opinions, les dire à voix haute au lieu de les garder pour soi, ne plus être vierge après l’accouchement.
Seules les femmes pouvaient être Déchues.

En bref, j’ai adoré! C’était une jolie piqûre de rappel pour que Le problème avec les femmes soit enfin le lien qui les unissent toutes, afin d’accéder à un avenir où le mot Parité serait la solution.

 

 

Ma note Plaisir de Lecture sticker-fee-libellule 9/10

 

Filles de la Mer, Mary Lynn Bracht.


Synopsis:

Corée, 1943. Hana a vécu toute sa vie sous l’occupation japonaise. En tant que haenyeo, femme plongeuse en mer, elle jouit sur l’île de Jeju d’une indépendance que peu d’autres Coréennes peuvent encore revendiquer. Jusqu’au jour où Hana sauve sa sœur cadette, Emi, d’un soldat japonais et se laisse enlever à sa place. Elle devient alors, comme des milliers d’autres Coréennes, une femme de réconfort en Mandchourie. Emi passera sa vie à chercher Hana et à essayer d’oublier le sacrifice que sa sœur a fait. Mais les haenyeo sont des femmes de pouvoir et de force…
Plus de soixante ans plus tard, Emi saura-t-elle affronter le passé et les horreurs de la guerre pour retrouver enfin la paix ?
« Un premier roman captivant et déchirant. » Booklist
*Prix coup de cœur Saint-Maur en poche 2018


Ce que j’ai ressenti:

  • Je n’étais pas prête…

Je n’étais pas prête à faire face à tant de souffrances, à la bestialité des hommes, à l’horreur d’une guerre. Je n’étais pas prête à voir des fleurs meurtries, à regarder en face la réalité de l’Histoire, à ressentir dans la chair la douleur des femmes. Filles de la mer est un roman déchirant qui dénonce le destin tragique des femmes coréennes, en pleine occupation japonaise. Des milliers de vies brisées, volées, violentées. Et le pire, c’est quand on les appelle « Femmes de réconfort », certaines n’étaient que des enfants…Derrière la douceur de ce titre, Filles de la mer , Mary Lynn Bracht revient sur un pan de l’histoire que certains essayent de camoufler, de renier, d’effacer comme si, ce phénomène n’avait jamais eu lieu…Alors, l’auteure ne nous épargne rien des violences et des scènes atroces, pour que le devoir de mémoire fasse entendre son chant malheureux, au-delà des frontières et des mers…Bouleversant. Je n’étais pas prête, mais comment aurais-je pu l’être?!

-Nous portions toutes des noms de fleur à la place de nos vrais prénoms.

  • La force de la mer…

Hana et Emi sont deux sœurs, unies par un lien fusionnel, élevées par une tradition aux valeurs fortes. Haenyeo, c’est une chance pour les femmes de ce pays, d’acquérir une certaine forme d’indépendance et d’entraide qui se transmet de mères en filles. Filles de la mer et femmes de cœur. Le charme de cette communauté matriarcale tient à ses rituels folkloriques et la beauté de leurs efforts à tirer le meilleur de la mer, à vivre en harmonie avec cet environnement insulaire. J’ai été fascinée par ses plongeuses et leurs vies faites de simplicité, mais plus encore par leurs forces de caractère. Malgré le thème difficile de ce temps de guerre en toile de fond, Mary Lynn Bracht apporte un esprit de liberté et des vents marins qui soufflent un peu de légèreté dans ses pages.

Les mouettes crient dans le ciel, ignorant tout ce qui se joue en dessous d’elles. Comme Hana aimerait que des ailes lui poussent pour s’envoler avec elles.

  • Et l’amour dans le silence…

Le plus souvent, j’ai lu ces pages en apnée, comme un lien invisible avec ses haenyeo. De Emi à Hana, de ces sœurs de coeur, de ces femmes-fleurs,  j’ai été touchée par le message de paix et le silence résilient qui les anime. Les guerres, les souffrances, les violences n’auront pas de prises sur Elles, puisque l’amour triomphe de tout, et Mary Lynn Bracht , dans ce premier roman, nous touche en plein cœur, en leur rendant un si bel hommage. Maintenant, je suis prête. Je suis prête à vous dire que cette histoire est un coup de coeur, et mérite une attention particulière, pour que ce drame ne soit plus jamais nié ou reproduit…Et, ce matin, dans un moment de recueillement, j’ouvrirai bien mes bras pour recueillir tous ces pétales de fleurs froissées, et les disperserai dans les vagues du net, pour que l’histoire de Filles de la mer arrive jusqu’à vous…

Les mots sont un pouvoir, lui avait dit un jour son père après lui avoir récité l’un de ses poèmes au message politique. Plus tu en connaîtras, plus tu auras de pouvoir. C’est pour cette raison que les Japonais ont banni notre langue natale. Ils limitent notre pouvoir en limitant nos mots.

 

Ma note Plaisir de Lecture 10/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement les Éditions Pocket de leur confiance et l’envoi de ce livre!

 

Lincoln Au Bardo, George Saunders

Couverture Lincoln au Bardo


Synopsis: 

Washington, nuit du 25 février 1862. Dans le paisible cimetière de Oak Hill, non loin de la Maison-Blanche, quelque chose se prépare… Un peu plus tôt ce même jour, on a enterré un petit garçon prénommé Willie, qui n’est autre que le fils du Président des Etats-Unis. Ce soir-là, Abraham Lincoln, dévasté de chagrin, s’échappe de son bureau pour venir se recueillir en secret sur la sépulture de son enfant.
Il croit être seul – il ne l’est pas. Bientôt, des voix se font entendre, et voici que jaillit des caveaux tout un peuple d’âmes errantes, prises au piège entre deux mondes, dans une sorte de purgatoire (le fameux Bardo de la tradition tibétaine). L’arrivée du jeune Willie va déclencher parmi eux un immense charivari – une bataille épique, reflet d’outre-tombe de la guerre de Sécession qui, au même moment, menace de déchirer la nation américaine.


Ce que j’ai ressenti:

  • Vie et Mort près d’un caisson de souffrances…

A trop vouloir s’ignorer, les êtres en oublient leurs conditions… Le Bardo, lieu d’errance dans la religion bouddhiste, s’anime face à l’inconcevable: la mort d’un enfant. Ce petit être qui arrive comme cela, en ce lieu maudit entre la vie et la mort, déclenche un  cataclysme d’émotions et sème vite une tornade de consciences éclairées. Un phénomène de substanluminéclosion dans une ambiance spectrale. De ces âmes égarées surgissent, des réflexions et des gueulantes féroces, contre les dynamiques de l’existence…George Saunders nous inonde de ressentis fantômes, de peines et d’amours larvées au fin fond d’une crypte, d’espoirs et de mots qui tendent vers une liberté à conquérir, par delà la vie ou bien au delà même de la mort…Un moment rare de lecture, où les suicidés, les amoureux, les célibataires, les torturés, les impolis, les irréprochables, les damnés se retrouvent pour une même cause.

 « Nous sommes prêts, monsieur; nous sommes pleins de colère, et de valeur, le ressort de nos espoirs est si tendu qu’il pourrait bien se révéler fatal, ou sacré: lâcher la détente, monsieur et laissez-nous montrer ce dont nous sommes capables. »  

  •  Audace littéraire…

George Saunders nous offre un roman choral avec une force incroyable. Un récit quelque peu déstabilisant de par sa forme, et pourtant d’une originalité remarquable.  Des cascades de dialogues et des moments de méditations, des ombres vengeance et des lumières rédemption, des passions dévorantes et des amours véritables : des émotions grandioses à saisir, capturées dans la vie de gens simples ou dans les plus hautes sphères…Jaillies d’outre-tombe ou d’ailleurs, elles nous traversent le corps et bousculent les codes d’écritures mais touchent leur point d’impact: nos cœurs! 

« Nul n’a jamais rien accompli qui valait la peine de l’être sans essuyer le feu des critiques. »

  • Un pan d’Histoire qui se dévoile…

En rentrant dans l’intimité du Président des États-Unis,  on touche de près les problématiques de l’époque. Même s’il est dévasté par le chagrin de la perte de son enfant, Abraham Lincoln doit faire face à ses responsabilités et aux menaces diverses de la guerre de Sécession. On sent une très grande tension, faite de violences et de rancoeurs dans ses pages, et pourtant, malgré cette ombre qui pèse sur la nation américaine, Lincoln reste une figure emblématique, un homme inspirant. Sans cesse dans la lumière des projecteurs et soumis aux pires railleries, il ne peut se laisser aller à la douleur, alors la nuit, devient son refuge pour faire le deuil de ce fils adoré, et Lincoln au Bardo apporte une certaine paix bienfaitrice. 

Tout simplement, une pépite de la rentrée littéraire à découvrir! Touchant.

« Amour, amour, je sais ce que tu es. » 

Ma note Plaisir de Lecture sticker-fee-libellule 9/10

Remerciements: 

Je tiens à remercier très chaleureusement Alina Gurdiel ainsi que les éditions Fayard pour leur confiance et l’envoi de ce livre! Ce fut une fascinante lecture.

 

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En Féérie, il brille quelques poussières…

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