Né d’aucune Femme, Franck Bouysse.


Synopsis: 

 » Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile.
— Et alors, qu’y-a-t-il d’extraordinaire à cela ? demandai-je.
— Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés.
— De quoi parlez-vous ?
— Les cahiers… Ceux de Rose. »
Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin. Franck Bouysse, lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec Né d’aucune femme la plus vibrante de ses oeuvres. Ce roman sensible et poignant confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine.


Ce que j’ai ressenti:

 

Il était une fois…Rose. Un bien joli prénom pour une fleur des champs, un de ceux qui deviennent inoubliables, un prénom d’héroïne de conte. Rose. Sauf, que Rose n’a pas voulu incarner, ce rôle de jeune fille de conte de fées, mais elle a dû s’y résoudre, soumise à l’autorité des hommes. Condamnée à suivre un homme-ogre, emmenée contre son gré dans un château des ombres, arrachée au jardin de son enfance, sacrifiée pour une poignée de pièces sonnantes…Le Conte et le Roman Noir n’ont jamais fait plus belle affaire, puisque c’est un véritable diamant brut, taillé de reflet de poésie que nous propose Franck Bouysse et son Né d’aucune femme.

-Rose, elle s’appelait Rose, c’est tout ce que je sais. 

La souffrance de cette jeune fille est telle, que l’on est vite submergé par l’émotion. C’est presque viscéral, comme j’ai ressenti cette douleur et que j’aurai voulu pouvoir la soulager, Rose. A pleurer avec elle, un peu, parce que la souffrance des femmes se partage en larmes. A crier avec elle en mots, contre l’injustice  et se servir de l’encre pour apaiser ses tourments. Rose en prenant la plume, met du pouvoir dans ses mots et rend réelle son histoire, parce que l’écriture devient son pansement, sa résilience qu’elle offre au monde. Et tout d’un coup, l’objet magique de ce conte-là, devient ses deux carnets…Les mots s’inventent, la douleur se surmonte, les messages passent, l’avenir s’ouvre…Et même si elle ne vécut jamais heureuse et n’eut qu’un seul enfant, son histoire mérite votre plus vive attention et son auteur, les plus élogieux compliments. Franck Bouysse a écrit un chef-d’œuvre, intemporel et sublime. Noir et Hypnotique.

Qui pourrait m’en vouloir de fendre ma douleur en deux pour essayer de vivre un peu mieux?

Franck Bouysse a une plume fabuleuse, poétique, émotionnelle, vibrante, magnifique. Je suis éblouie à chaque fois que je me replonge dans un passage. Je ne me lasse pas et surtout, je n’arrive pas laisser Rose à son destin. C’est le genre de livres qui devienne précieux, usé de relectures et que tu gardes auprès de toi, sur la table de chevet pour retrouver un peu de cette beauté au cœur de la nuit. Je n’aurai même pas les mots pour dire, à quel point, cet auteur me touche parce que c’est une sensation trop intense. Mon cœur a littéralement explosé. Et je ramasse encore les mots-morceaux éparpillés , et j’écris, avec dans les yeux la plus passionnée des admirations dans mon petit carnet: Coup de Coeur ! Merci Monsieur Bouysse pour ce grand moment de lecture!

La seule chose qui me rattache à la vie, c’est de continuer à écrire, ou plutôt à écrier, même si je crois pas que ce mot existe il me convient. Au moins, les mots, eux, ils ne me laissent pas tomber. Je les respire les mots-monstres et tous les autres. 

 

Ma note Plaisir de Lecture 10/10

Le Chant des Revenants, Jesmyn Ward

Le Chant des revenants


Synopsis: 

Seule femme à avoir reçu deux fois le National Book Award, Jesmyn Ward nous livre un roman puissant, hanté, d’une déchirante beauté, un road trip à travers un Sud dévasté, un chant à trois voix pour raconter l’Amérique noire, en butte au racisme le plus primaire, aux injustices, à la misère, mais aussi l’amour inconditionnel, la tendresse et la force puisée dans les racines.
Jojo n’a que treize ans mais c’est déjà l’homme de la maison. Son grand-père lui a tout appris : nourrir les animaux de la ferme, s’occuper de sa grand-mère malade, écouter les histoires, veiller sur sa petite sœur Kayla.
De son autre famille, Jojo ne sait pas grand-chose. Ces blancs n’ont jamais accepté que leur fils fasse des enfants à une noire. Quant à son père, Michael, Jojo le connaît peu, d’autant qu’il purge une peine au pénitencier d’État.
Et puis il y a Leonie, sa mère. Qui n’avait que dix-sept ans quand elle est tombée enceinte de lui. Qui aimerait être une meilleure mère mais qui cherche l’apaisement dans le crack, peut-être pour retrouver son frère, tué alors qu’il n’était qu’adolescent.
Leonie qui vient d’apprendre que Michael va sortir de prison et qui décide d’embarquer les enfants en voiture pour un voyage plein de dangers, de fantômes mais aussi de promesses…  

Ce que j’ai ressenti:

  • Tourne avec les courants…

Dès les premiers mots, ça claque! J’ai senti que cette histoire aurait le pouvoir de me hanter. Violent, noir et hypnotique. D’une beauté, à couper le souffle. Des torrents de rage, où un oiseau à écailles tente de s’extirper… Mais c’est sans compter sur le racisme et la drogue qui font des ravages et déséquilibrent les rêves d’envol…En un aller-retour de voiture, à la prison de Parchman, ce livre m’a retournée…Jesmyn Ward a un talent fou, et je ne m’étonne pas de son double prix tellement, j’ai été emportée dans ce road-trip américain, noyée dans un torrent d’émotions puissantes. Dans Le chant des revenants, elle touche des cordes très sensibles et les fait résonner avec des vibrations paranormales et des promesses à la dérive…

« J’aime bien penser que je sais ce que c’est, la mort. J’aime bien penser que c’est un truc que je peux regarder en face. »

  • Ressens le chant…

J’ai senti dans cette famille que leurs sangs et leurs liens chantaient des harmonies étranges. Désynchronisées et bouillonnantes…De l’instinct maternel défaillant aux ondes d’amour fraternels, ils ont tous des échos qui se répondent, et jouent sur des partitions de violence…Jojo et Kayla sont particulièrement touchants dans leurs relations fusionnelles. Même si tous les personnages sont des mal-aimés, et que l’amour ne vient pas toujours d’où on l’attend, les déséquilibres se remplissent avec de la tendresse des autres membres. Les histoires et les apprentissages des grands-parents maternels, ont des pouvoirs de connexion et cette cellule familiale, faite de métissage et de protection occulte, est bouleversante.

« Faut qu’ils voient la peur pour avoir l’impression d’être des hommes. »

 

  • Ecoute les revenants…

Plus qu’un roman noir, il y a aussi une petite touche de fantastique, qui donne une atmosphère inquiétante, où la mort et la vie danse ensemble. En un roman choral à trois voix, les fantômes s’invitent dans les failles de cette famille, et chantent des histoires tristes, de drames et d’intolérance, qui vibrent dans ses pages. Jesmyn Ward m’a captivée avec sa sensibilité et sa plume poétique, j’ai fait un voyage incroyable, bouleversant et émotionnel.

A découvrir!

« Le monde est un chaos de gemmes et d’or qui tournoie en lançant des étincelles. »

 

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement NetGalley et les éditions Belfond, pour cette jolie lecture!

NetGalley                                       Résultat de recherche d'images pour

L’Empreinte, Alexandria Marzano-Lesnevich

Couverture L'Empreinte


Synopsis:

Etudiante en droit à Harvard, Alexandria Marzano-Lesnevich est une farouche opposante à la peine de mort. Jusqu’au jour où son chemin croise celui d’un tueur emprisonné en Louisiane, Rick Langley, dont la confession l’épouvante et ébranle toutes ses convictions. Pour elle, cela ne fait aucun doute : cet homme doit être exécuté. Bouleversée par cette réaction viscérale, Alexandria ne va pas tarder à prendre conscience de son origine en découvrant un lien tout à fait inattendu entre son passé, un secret de famille et cette terrible affaire qui réveille en elle des sentiments enfouis. Elle n’aura alors cesse d’enquêter inlassablement sur les raisons profondes qui ont conduit Langley à commettre ce crime épouvantable. Dans la lignée de séries documentaires comme Making a Murderer, ce récit au croisement du thriller, de l’autobiographie et du journalisme d’investigation, montre clairement combien la loi est quelque chose d’éminemment subjectif, la vérité étant toujours plus complexe et dérangeante que ce que l’on imagine. Aussi troublant que déchirant.


Ce que j’ai ressenti:

  • Entre journalisme et biographie…

Alexandria Marzano Lesnevish ne se contente pas d’un récit journalistique sur un prédateur sexuel, elle nous démontre que L’Empreinte de blessures intimes, peut déterminer nos comportements et nos convictions. Avec cette lecture, on est confronté à regarder de plus près, les histoires et les ressentis de chacun, dans une affaire de pédophilie. A partir d’un meurtre d’un enfant de 6 ans, celui de Jeremy Guillory, l’auteure remonte le fil des causes directes et indirectes d’un tel acte, et nous laisse interpréter les responsabilités de chacun des protagonistes… Et parce qu’il n’y a pas cette froideur de faits établis, et parce qu’il n’est jamais facile de se positionner face à de tels débats d’éthique, cette auteure m’a bluffée, avec ce récit. Elle y apporte une touche personnelle. Très personnelle. Et c’est cette symbiose, qui rend ce livre incroyable.

« Je savais qu’il allait pleuvoir, leur dit-elle. Mais j’aime autant, au fond, parce que c’est comme si les anges dans le ciel pleuraient. »

  • Un récit bouleversant…

J’ai rarement été aussi bouleversée par une lecture…Mais celle ci, elle a quelque chose de très spécial, puisque elle aborde des thèmes difficiles comme l’inceste, la pédophilie ou encore la peine de mort: des sujets très sensibles auxquels il est compliqué de prendre parti, sans une certaine réserve, ou de le lire sans une certaine émotion. C’est une lecture qui laisse des traces, un de celles que l’on n’oublie pas, même une fois, les pages refermées…

D’abord étudiante en droit, Alexandria Marzano se retrouve au cœur de l’affaire Langley, mais des démons se rappellent vite à elle…On le sait, les histoires ont beaucoup de versions selon ceux qui les racontent, mais dans le corps de Alexandria et son ressenti sur cette affaire, une autre histoire va naître: L’Empreinte. Elle mettra plus de 10 ans à l’écrire, tellement le parallèle entre sa vie et celle de Ricky Langley, semble étrangement entremêlé.

C’est un choc littéraire parce que les traumatismes de l’un se reflètent dans l’autre, et il est presque évident qu’un tel livre voit le jour et, qu’il envoie valser toutes les étiquettes des genres qu’on voudrait lui donner…Il est, c’est tout. Parce qu’après les drames, la résilience est nécessaire. Découpé en trois grandes parties (Le Crime, Les Conséquences, Le Procès), ce récit/thérapie est surtout doté d’une sensibilité à fleur de peau. L’Empreinte ne se lit pas seulement, il se ressent, à la puissance de notre empathie…

« Le silence fonctionne de la sorte. Il n’est pas fragile. Il protège les moments resplendissants et aussi les moments perturbants. »

  • Humain, avant tout…

J’ai été  interpellée par les coïncidences entre l’enfance de Ricky et Alexandria, et surtout leur hypersensibilité avec les réminiscences des drames de leurs familles. C’est curieux comme leurs deux histoires vont se mêler, et nous passionner le temps de 470 pages intenses. C’est un tour de force!

« Qui sait pourquoi le passé transparaît aux moments où il transparaît; qui sait pourquoi un secret devient soudain trop lourd à porter? »

Je pense que l’auteure a réussi son pari avec ce livre. Il dérange, autant qu’il questionne. Il a une énergie puissante, parce qu’il y a encore et toujours des secrets à dévoiler, des combats à mener, des histoires à interpréter, des problèmes à régler, des êtres à comprendre…Avec des livres de cette envergure, on prend conscience que nous sommes juste humains, avec nos blessures, nos failles, nos opinions et quelque fois, L’Empreinte. Indélébile.

« Sous la surface de ce qui peut être dit subsiste la vibration d’un monde qui n’appartient qu’aux ténèbres. »

 

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement Muriel ainsi que les éditions Sonatine pour leur confiance. Ce fut une lecture captivante.

Lincoln Au Bardo, George Saunders

Couverture Lincoln au Bardo


Synopsis: 

Washington, nuit du 25 février 1862. Dans le paisible cimetière de Oak Hill, non loin de la Maison-Blanche, quelque chose se prépare… Un peu plus tôt ce même jour, on a enterré un petit garçon prénommé Willie, qui n’est autre que le fils du Président des Etats-Unis. Ce soir-là, Abraham Lincoln, dévasté de chagrin, s’échappe de son bureau pour venir se recueillir en secret sur la sépulture de son enfant.
Il croit être seul – il ne l’est pas. Bientôt, des voix se font entendre, et voici que jaillit des caveaux tout un peuple d’âmes errantes, prises au piège entre deux mondes, dans une sorte de purgatoire (le fameux Bardo de la tradition tibétaine). L’arrivée du jeune Willie va déclencher parmi eux un immense charivari – une bataille épique, reflet d’outre-tombe de la guerre de Sécession qui, au même moment, menace de déchirer la nation américaine.


Ce que j’ai ressenti:

  • Vie et Mort près d’un caisson de souffrances…

A trop vouloir s’ignorer, les êtres en oublient leurs conditions… Le Bardo, lieu d’errance dans la religion bouddhiste, s’anime face à l’inconcevable: la mort d’un enfant. Ce petit être qui arrive comme cela, en ce lieu maudit entre la vie et la mort, déclenche un  cataclysme d’émotions et sème vite une tornade de consciences éclairées. Un phénomène de substanluminéclosion dans une ambiance spectrale. De ces âmes égarées surgissent, des réflexions et des gueulantes féroces, contre les dynamiques de l’existence…George Saunders nous inonde de ressentis fantômes, de peines et d’amours larvées au fin fond d’une crypte, d’espoirs et de mots qui tendent vers une liberté à conquérir, par delà la vie ou bien au delà même de la mort…Un moment rare de lecture, où les suicidés, les amoureux, les célibataires, les torturés, les impolis, les irréprochables, les damnés se retrouvent pour une même cause.

 « Nous sommes prêts, monsieur; nous sommes pleins de colère, et de valeur, le ressort de nos espoirs est si tendu qu’il pourrait bien se révéler fatal, ou sacré: lâcher la détente, monsieur et laissez-nous montrer ce dont nous sommes capables. »  

  •  Audace littéraire…

George Saunders nous offre un roman choral avec une force incroyable. Un récit quelque peu déstabilisant de par sa forme, et pourtant d’une originalité remarquable.  Des cascades de dialogues et des moments de méditations, des ombres vengeance et des lumières rédemption, des passions dévorantes et des amours véritables : des émotions grandioses à saisir, capturées dans la vie de gens simples ou dans les plus hautes sphères…Jaillies d’outre-tombe ou d’ailleurs, elles nous traversent le corps et bousculent les codes d’écritures mais touchent leur point d’impact: nos cœurs! 

« Nul n’a jamais rien accompli qui valait la peine de l’être sans essuyer le feu des critiques. »

  • Un pan d’Histoire qui se dévoile…

En rentrant dans l’intimité du Président des États-Unis,  on touche de près les problématiques de l’époque. Même s’il est dévasté par le chagrin de la perte de son enfant, Abraham Lincoln doit faire face à ses responsabilités et aux menaces diverses de la guerre de Sécession. On sent une très grande tension, faite de violences et de rancoeurs dans ses pages, et pourtant, malgré cette ombre qui pèse sur la nation américaine, Lincoln reste une figure emblématique, un homme inspirant. Sans cesse dans la lumière des projecteurs et soumis aux pires railleries, il ne peut se laisser aller à la douleur, alors la nuit, devient son refuge pour faire le deuil de ce fils adoré, et Lincoln au Bardo apporte une certaine paix bienfaitrice. 

Tout simplement, une pépite de la rentrée littéraire à découvrir! Touchant.

« Amour, amour, je sais ce que tu es. » 

Ma note Plaisir de Lecture sticker-fee-libellule 9/10

Remerciements: 

Je tiens à remercier très chaleureusement Alina Gurdiel ainsi que les éditions Fayard pour leur confiance et l’envoi de ce livre! Ce fut une fascinante lecture.

 

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Le diable dans la peau, Paul Howarth

Couverture Le Diable dans la peau


Synopsis: 

Australie, Queensland, 1885. Une vague de sécheresse conduit la famille McBride au bord de la ruine. Leur terre est stérile, leur bétail affamé. Lorsque la pluie revient enfin, la famille pense être tirée d’affaire. Mais le destin en a décidé autrement. Un soir en rentrant chez eux, Billy et Tommy, les jeunes fils McBride, découvrent leur famille massacrée. Billy soupçonne immédiatement leur ancien vacher aborigène. Les deux garçons se tournent vers John Sullivan, leur riche et cruel voisin, pour qu’il les aide à retrouver le coupable. Malgré les réticences du jeune Tommy, Sullivan fait appel à la Police aborigène, menée par l’inquiétant inspecteur Edmund Noone. Les frères McBride vont alors être entraînés dans une chasse à l’homme sanguinaire à travers l’outback désertique. Témoin impuissant des ravages que laisse la petite troupe dans son sillage, Tommy ouvrira les yeux sur le vrai visage de la colonisation australienne.


Ce que j’ai ressenti:

 

  • L’Australie, terre rougie de sang…

« Étrange, comme la terre joue des tours à l’esprit. »

Le Bush et ses grands espaces…Paul Howarth nous conte, avec brio, le Queensland des années 1885, un paysage hypnotique de perdition entre sécheresse et violence, dans un western puissant au cœur des déserts australiens. La ségrégation raciale frappe ce pays et, les autochtones subissent la colonisation britannique, à coups et à sang…La couleur des peaux étant un critère pour que la barbarie se déchaîne, la moindre étincelle pouvant déclencher des feux ravageurs, ces espaces de poussières sont, à deux doigts de l’embrasement…

La terre absorbe, en secret, les pires horreurs, les reliefs escarpés dissimulent des cadavres à l’abandon, des vies oubliées sous le soleil brûlant…Noirs étaient les cœurs. Noires étaient les peaux. Noir est ce roman. Le rouge du sang et le roman noir, s’épousent dans une poésie sombre, sur ces terres arides…Et le diable dans la peau se pare de leurs obsessions, de leurs violences, de leurs misères, de leurs drames…

« Les premiers accords du crépuscule tombaient sur la plaine, les ombres s’allongeaient sur le sol. Le coucher de soleil était plein de douceur, ce soir. Des volutes cramoisies dans un ciel d’ouate. Les couleurs tourbillonnaient et devenaient plus profondes à mesure qu’ils avançaient… »

Et pourtant, pourtant, tant de couleurs et d’émotions émergent de ce roman, une symphonie entre noirceur et lumière. Un lieu qui se prête tellement à la poésie et aux folies, aux mirages et aux contemplations…Un roman qui pousse à réfléchir sur toutes les formes de dualités…Ruine et Abondance. Pauvre et Riche. Noir et Blanc. Esclavage et Liberté. Devoir et Droit. 400 pages où, ses contraires se livrent une bataille sans merci.

Fascinante Australie.

  • Une fratrie déchirée…

« Les rêves, c’est ce qu’il y a de pire. Je revis tout, minute par minute. » 

Tommy et Billy, deux frères que la tragédie va bientôt séparer, presque fatalement. Des enfants anéantis dans le chagrin et tiraillés entre le bien et le mal, la liberté et la servitude, la peur et la foi. Et contre toute attente, c’est le plus jeune des deux, qui a le regard le plus avisé sur cette manipulation. Des adultes hantés par une haine, qui tentent de rallier ces deux orphelins à leur cause, les faisant tomber dans les affres de la folie et de l’alcool. Certaines scènes sont très difficiles à lire, tant la violence des propos et des coups portés sont bouleversants.

Du fait, d’avoir le point de vue sain et naïf de Tommy, on prend encore plus conscience des actes abominables de ces hommes lancés dans une vengeance stérile et sanglante. Je me suis énormément attachée à ce jeune homme qui essaye de lutter comme il le peut, contre cette vie de servitude déguisée. Il est touchant dans ses élans d’amour et de main tendue vers son frère. Il est un souffle de fraîcheur dans cette fournaise de rage.

« Le bien et le mal, ça n’existe pas. La seule question, c’est la volonté d’agir de l’individu. Le reste c’est vernis, formalités, perceptions…des mots. »

Un enfant démuni face au racisme, une rivalité entre frères et une innocente sacrifiée, Paul Howarth décrit une famille brisée pour des enjeux politiques et économiques… C’est une histoire qui a le pouvoir de vous hanter, aussi sûrement qu’un diable dans la peau.

J’ai adoré.

« On ne regrette que ce qu’on n’a plus, on n’accorde pas de valeur à ce que l’on a. » 

 

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement les éditions Denoel de leur confiance et l’envoi de ce livre. Ce fut une lecture fascinante.

 

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La tresse ou le voyage de Lalita, Laeticia Colombani/ Clémence Pollet.

Couverture La tresse ou le voyage de Lalita


Synopsis: 

Comme chaque matin, Smita démêle les cheveux de sa fille Lalita.
Elle ne les a jamais coupés, ici les femmes gardent longtemps leurs cheveux de naissance, parfois toute leur vie.
Elle divise la chevelure en trois mèches, qu’elle entrelace délicatement pour en faire une tresse. Mais aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres.
Aujourd’hui, Lalita va entrer à l’école.


Ce que nous avons ressenti:

 

  • Surprise!

J’ai été très intriguée de voir adapté en album jeunesse, le roman La tresse de Laetitia Colombani. J’étais passé à côté, jusqu’à maintenant, de ce succès littéraire, et c’est finalement cette parution chez Grasset Jeunesse, qui m’aura amené vers cette lecture Coup de Coeur! En voyant cette illustration de Mère/Fille, je voulais absolument faire cette lecture avec la mienne, Jazzelfique, car j’ai senti qu’il y aurait un certain impact pour nous deux…Et quelle intuition! J’ai donc découvert en premier lieu, La Tresse ou Le voyage de Lalita et de Smita, deux indiennes Dalit, et j’ai eu un choc en découvrant le sort des Intouchables. Et, c’est comme cela que j’ai été courir me prendre le roman dont est tirée cette fameuse tresse…C’est important d’avoir aussi en jeunesse des histoires engagées telle que celle-ci, pour éveiller la jeune génération, au monde et ses différences, à de nouveaux horizons et de nouvelles croyances, à des problèmes majeurs et à l’espérance…

Dans peu de temps, elle pourra à nouveau les tresser. 

  • Bouleversant…

J’ai eu une peine immense en lisant certains passages, et pourtant, c’est un voyage nécessaire à faire découvrir, pour que les enfants comprennent la chance de pouvoir aller à l’école, en toute quiétude. Apprendre et savoir est un privilège qui reste encore un combat à gagner dans certains pays…On ne se rend pas compte à quel point, le chemin vers l’école peut être semé d’embûches…Mais Smita et Lalita se révèlent être un duo courageux, qui donneront, je l’espère, un élan d’espoir à d’autres. Elles vont fuir leurs conditions de vies atroces et grâce à leur foi et leur amour réciproque, effectuer un cheminement intérieur et un voyage risqué à travers l’Inde pour se donner les moyens d’avoir un avenir plus radieux. C’est un album très touchant, et j’ai beaucoup aimé la fin que nous propose l’auteure beaucoup plus douce et d’une certaine légèreté. Admirable, ce duo de mère/fille!

Alors elle désigne l’école et dit simplement: Va.

  • Merveille…

Cet album est une petite merveille! On découvre donc, l’Inde et ses castes, une autre culture et tout un folklore fait de couleurs vives et de formes pétillantes. Grâce à la sensibilité et au travail fabuleux d’illustratrice de Clémence Pollet : Que de vie et de beauté dans ses pages! Déjà, Laetitia Colombani m’avait touchée avec son roman tressé de destins féminins, mais avec cette collaboration pour le public Jeunesse, il a été, sublimé. Il est vecteur de tant de jolies valeurs et en même temps, si lumineux, que c’est un coup de cœur Mère/Fille…

Magnifique! Indispensable!

Lalita ne sait pas que sa tresse va faire un long voyage. 

 

Notre note Plaisir de Lecture  10/10

 

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement les éditions Grasset Jeunesse pour l’envoi de cet album magnifique!

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Little Heaven, Nick Cutter

Couverture Little heaven


Synopsis: 

Le passé est un molosse qui vous poursuit à travers champs et collines, tenaillé par une faim dévorante, vous pistant jusqu’à ce que, une nuit, vous l’entendiez gratter à la porte. Le mal ne meurt jamais ; il sommeille. Parlez-en à Minerva, à Micah et à Ebenezer, chasseurs de primes, mercenaires dans l’âme mais aux dons inégaux. La première fois qu’ils font équipe, en 1966, c’est pour retrouver un enfant qui a été enlevé par une secte obscure oeuvrant au Nouveau-Mexique, dans un endroit nommé Little Heaven. C’est là que le révérend Amos, qui reçoit ses ordres de Dieu directement, rassemble ses fidèles pour un culte des plus sombres. Quinze ans plus tard, la fille de Micah est enlevée, et le trio devra s’armer pour le débarquement de l’Enfer à Little Heaven. Avec un plaisir manifeste et sa perversité habituelle, Nick Cutter (Troupe 52) démontre dans ce western sanglant et nerveux qu’il a su dompter les codes du roman d’épouvante.


Ce que j’ai ressenti:

 

  • Un territoire fait d’ombres…

Attention, Little Heaven exerce une forte attraction! Ce petit village qui se voulait retiré, à l’abri des regards, caché au fin fond de la forêt, va devenir le théâtre de nos pires cauchemars! ….Croyez-moi, je ne me suis pas remise encore de la plume puissante et terrifiante de Nick Cutter, avec son côté sombre et cette poésie ténébreuse, il m’a hypnotisée. Sans compter, la qualité des illustrations de Adam Gorham, qui se glissent parfois entre les pages, ce roman m’a captivée, de bout en bout…Déjà, avec Troupe 52, l’auteur avait joué de tous les codes de l’horreur, mais avec Little Heaven, il nous emmène encore plus loin, dans un enfer peuplé de créatures démoniaques, et il le fait avec un malin plaisir…C’est tellement addictif et brillant, que c’est le genre de livre qu’on veut vite finir, et en même temps, ne jamais terminer…Le lire et le relire sans fin, mais toujours avec une faim insatiable…

« Le cœur désire, l’esprit résiste. Le cœur l’emporte. Toujours. »
  • La terreur comme compagne…

♫Promenons nous dans les bois, pendant que le diable n’y est pas, mais s’il y était, il nous mangerait ♫
♫Diable, y es-tu? Oui. (Regarde bien, je suis mille formes). M’entends-tu? Oui. (Mais toi aussi, écoute bien le son de ma flûte en os dentelé). Que fais-tu? C’est bon, j’arrive, j’arrive (dévorer la chair fraîche).♫

Rien n’est plus monstrueux, qu’une peur d’enfant, mais quand c’est l’enfant qui devient terreur, l’effet est encore plus perturbant…. Les terreurs nocturnes risquent de vous guetter au coin d’une clairière, et prendre mille aspects…Si ma petite comptine revisitée et inspirée de Little Heaven vous a plu, elle n’en est pas moins l’avant-garde de cette virée western et cauchemardesque que, nos intrépides personnages, Micah, Ebenezer et Minerva, des mercenaires frappadingues et surtout bien maudits, vont devoir affronter pour sauver la fille de l’un deux. Ils vivent en marge de tout, ne se déplacent que pour une somme bien sonnante, et s’exercent à des activités pour le moins morbides, mais pour la vie d’une enfant, ils remballent vite fait leurs désaccords et affrontent leurs pires démons…Leurs interactions sont d’un humour noir, mais, on ne peut plus, délicieux…

« -La fortune sourit aux audacieux, murmura-t-il. Où sourit-elle plutôt aux fous furieux? Dans tous les cas, Ebenezer, tu as une chance sur deux de t’en sortir. » 
  • Des croyances et autres réjouissances…

Si l’on ressent un plaisir certain de l’auteur à nous filer une frousse de tous les diables, j’ai encore plus aimé la force de ses thèmes. On frôle de près la mort, la vie, la religion, la peur, l’amour, la foi. Il entoure son roman d’une certaine aura inquiétante mais il a une finesse fantastique, pour faire ressortir les envoûtements d’un gourou. Entre fascination et manipulation, on est happé par le charme foudroyant de Little Heaven et tous les secrets de cette étrange communauté…Derrière toutes les mises en scènes grouillantes, incarnées et démoniaques, se cache un mal bien pire, et sans doute encore plus terrifiant: le fanatisme.

« -Mon souhait n’est pas trop difficile à deviner. Je voulais voir le visage de Dieu. »
  • Un coup de coeur en noir…

Pour toute cette noirceur et cette poésie enivrante, pour la revisite ensorcelante du joueur de flûte de Hamelin, pour la richesse d’un récit d’épouvante et pour toutes ses nuits dévorantes à lire le Prince Noir Nick Cutter, j’aimerai accompagner la musique qui hante encore ses pages , d’une louange d’adoration…J’ai eu un tel coup de cœur, que je lis et relis des passages, des chapitres entiers..Et je ressens encore toute l’énergie et le bonheur d’avoir passé un grand moment de lecture. Un roman fascinant!

« L’enfer est une boîte, l’enfer est une boîte, l’enfer est une… »

 

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement Clémence des éditions Denoel pour sa confiance et l’envoi de ce livre! Ce fut une lecture addictive, un énorme coup de cœur!

 

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Le collectionneur, Fiona Cummins.

Couverture Le collectionneur


Synopsis: 

Le Collectionneur mène une double vie. Monsieur Tout-le-monde dans l’une, il est, dans l’autre, le gardien d’un musée secret qu’ont constitué son père et son grand-père avant lui, une collection d’ossements humains.

Les collectionneurs cherchent toujours la rareté, l’objet unique. Et il y a à Londres deux enfants atteints d’une maladie génétique orpheline qui fait se dédoubler les cartilages puis pousser les os jusqu’à l’étouffement, la maladie de l’homme de pierre.

Avec un style-cutter aussi efficace que glaçant, Fiona Cummins plonge dans l’âme du psychopathe. Les Anglais ont adoré.


Ce que j’ai ressenti:

  • Bloody Bones.

Le croquemitaine, dans son antre, joue aux osselets. Ça fait un bruit étrange dans sa main, des os qui poussent et se frottent pour la prochaine partie d’horreur… Fiona Cummins apporte une originalité dans le monde des tordus et tueurs en série, que les fans de thrillers vont adorer! 500 pages de tensions et de frissons…Un Collectionneur à vous paralyser de peur…Un sérial killer redoutable avec une collection, pour le moins étonnante, voire carrément troublante…Un page-turner rythmé au compte-goutte, savamment découpé au scalpel, avec une ombre d’un monstre tapi là où, l’on ne s’y attend pas…

« L’espoir vous rend vulnérable. »

  • Une prison d’os…

Ce thriller est intéressant parce qu’il apporte sous couvert d’une fiction, une sensibilisation sur cette maladie rare, la maladie de L’homme de pierre. Elle est le fil conducteur d’une intrigue où la course contre la montre n’aura jamais autant tournée plus dramatiquement…Il faut en plus, du tueur qui rôde et des lapins qui suintent, prendre en compte, les effets irréversibles de ces heures de souffrances à l’intérieur de ces petits corps…Et du coup, avec ces chapitres d’heures en heures qui s’écoulent retient toute notre attention, et on ne peut lâcher ses pages, car, comment abandonner des enfants à leurs malheurs????! Impossible…Jakey est en plus, un enfant trop attendrissant, encore naïf: un vrai petit trésor qu’on aimerait serrer dans nos bras…

« Comme les vivants, les morts s’achètent. »

  • A coeur et à sang…

Fionna Cummins donne à son thriller, déjà bien efficace, une dimension plus profonde avec une psychologie des personnages soignée. Les liens du sang et les souffrances de la maternité interférent avec cette enquête, et viennent assombrir encore un peu plus, l’effet asphyxiant et d’angoisse terrible…Chacune de ses mères possèdent une fracture, la vie ne les pas épargnées, et Fiona Cummins raconte avec beaucoup de sensibilité, toutes les nuances de leurs douleurs. C’était un moment de lecture intense, touchant, frissonnant, passionnant, étonnant, bouleversant… J’imagine que je ne suis pas prête d’oublier Le Collectionneur…Et vous?!

 

« Il veut lui faire comprendre que les mots ne sont pas des confettis qu’on lance pour s’amuser et que le vent emporte, mais des blocs de béton qui peuvent terrasser un homme. »

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement les éditions Slatkine et Compagnie pour l’envoi de ce livre! Ce fut une lecture fascinante!

 

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On la trouvait plutôt jolie, Michel Bussi.

 


Synopsis: 

On la trouvait plutôt jolie, Leyli. Tout charme et tout sourire. Leyli Maal fait le ménage dans les hôtels à Port-de-Bouc, près de Marseille. Malienne, mère célibataire de trois enfants, Bamby, 21 ans, Alpha, 17 ans, Tidiane, 10 ans, Leyli nourrit un rêve immense et cache un grand secret. Leyli raconte sa vie à qui veut bien l’écouter, mais peut-elle avouer toute la vérité ? Peut-elle empêcher ses enfants de dévoiler ce qu’elle a caché ? Une vengeance ? Un trésor ? Un père ? François Valioni travaille pour une importante association d’aide aux migrants à Port-de-Bouc. Il est retrouvé au petit matin assassiné dans un hôtel. Dans sa poche, un bracelet de couleur et six coquillages. Julo Flores est un jeune lieutenant de police zélé, hyperconnecté. Méfiant envers son commandant et un peu trop sentimental, il ne peut pas croire que Bamby Maal, que tout accuse, soit la coupable. Surtout lorsque survient un second crime. En quatre jours et trois nuits, du désert sahélien à la jungle urbaine marseillaise, Michel Bussi nous offre un suspense de haut vol, dans lequel, comme toujours, priment l’humain, l’émotion, l’universel. Jusqu’au stupéfiant twist final.


Ce que j’ai ressenti:

 

  • Et par temps de mistral…

Dans son anémogamie, les bourrasques de vent pourrait bien vous souffler aussi, le récit de Leyli,  l’odeur sucrée de sa peau, la sueur de ses heures de travail, le sel de ses larmes, et le sang de ses rêves évanouis…On la trouvait plutôt jolie, Leyli, mais si on écoute dans les langueurs océanes de la ville de Port-de-Bouc, on pourrait aussi entendre le cri désespéré d’une chouette et les derniers souffles des migrants qui se noient, dans la Méditerranée… Michel Bussi nous offre une poignée de destins qui crissent, comme l’écho des frottements des cauris, et,  il nous fait tenir dans nos mains, près de 500 pages, d’un thriller aux embruns humanistes…

« La poussière se pose plus vite sur nos cœurs que sur les meubles. »

  • Les jours et les nuits se délitent…

On la trouvait plutôt jolie notre paire de lunettes…Mais est-il certain que cela nous cachera la réalité affreuse? Ou encore, nous protégera-t-elle de l’éclat lumineux de nos rêves éveillés? Il y a dans ses pages, un antagonisme fort qui se dispute nos élans du coeur…Les jours sont de sang et les nuits d’ancre, mais la souffrance n’a pas de frontières, elle n’a pas de limites elle se fout bien de vos lignes imaginaires… Elle prend juste différentes couleurs, différents courants, toujours de tragiques chemins qui floutent les regards de ces champions…Et la lumière aveuglante du soleil du désert se frotte à l’obscurité des rues grises de la ville pour déstructurer toutes les attentes…Repères et remous émotionnels dans le tourment des tempêtes, une famille au centre: Leyli, Bamby, Alpha, Tidiane.

« Tu comprends, Bamby, on veut juste notre part de rêve! »

  • …Le sortilège est lancé.

Michel Bussi a le charmant pouvoir de nous surprendre à chaque thriller, dans un dernier twist. C’est son petit tour de magie:  on le trouvait plutôt talentueux, Monsieur Bussi, et il confirme tous ses effets…Je suis, bien sûr attentive à cette connivence de final qu’il a su installer avec ses lecteurs, mais, si j’ai adoré cette lecture, c’est avant tout pour son impact humain. La famille, les secrets bien gardés, les trésors enfouis, l’épopée des migrants, c’est toute une recette d’ingrédients qui a su me toucher, d’une bien chouette manière…

« C’est une sensation étrange, croyez moi, de voir ainsi le monde partir dans le néant, basculer, disparaître alors que vous, vous allez rester. »

 

 

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

 

Remerciements:

Je tiens à remercier encore l’équipe formidable du Gang Pocket, pour cette belle soirée et cette  très jolie lecture!

lu-en-part-avec-la-me

pocket

Piranhas, Roberto Saviano.

Couverture Piranhas


Synopsis: 

Naples, quartier de Forcella. Nicolas Fiorillo vient de donner une leçon à un jeune homme qui a osé liker des photos de sa copine sur les réseaux sociaux. Pour humilier son ennemi, Nicolas n’est pas venu seul, il s’est entouré de sa bande, sa paranza : ils ont entre dix et dix-huit ans, ils se déplacent à scooter, ils sont armés et fascinés par la criminalité et la violence. Leurs modèles sont les super-héros et les parrains de la camorra. Leurs valeurs, l’argent et le pouvoir. Ils ne craignent ni la prison ni la mort, mais une vie ordinaire comme celle de leurs parents. Justes et injustes, bons et mauvais, peu importe. La seule distinction qui vaille est celle qui différencie les forts et les faibles. Pas question de se tromper de côté : il faut fréquenter les bons endroits, se lancer dans le trafic de drogue, occuper les places laissées vacantes par les anciens mafieux et conquérir la ville, quel qu’en soit le prix à payer. Après le succès international de Gomorra et d’Extra pure, Roberto Saviano consacre son premier roman, Piranhas, à un nouveau phénomène criminel napolitain : les baby-gangs. A travers une narration haletante, ce roman inspiré de la réalité nous montre un univers sans concession, dont la logique subjacente n’est pas si différente de celle qui gouverne notre société contemporaine.


Ce que j’ai ressenti:

« La seule limite, c’est le ciel. » 

  • Irradier d’audace à Forcella…

Nicolas Fiorillo et sa bande veulent le pouvoir, l’argent, le respect de Naples. Se frotter aux plus grands criminels, marcher dans les pas de la Camorra, souffler un nouveau vent de violence dans les rues de Forcella. La Paranza dei Bambini s’immisce comme la mer, en une vague rouge, virulente et sans peur, dans les plazza de la ville italienne. Leurs âges: entre 10 et 19 ans…Des enfants…Des petits Piranhas qui veulent se faire une place au soleil, avec de la blanche écume à portée de nez, des embruns de billets verts, des tempêtes de poudre noire, et de rouge craintes à faire jaillir…Les baby-gangs est le nouveau fléau, une toute nouvelle forme d’agressivité née de cette génération surexposée aux influences néfastes d’Internet, un nouvel essor de banditisme insoupçonné, qui fait ravage.

« -Pour devenir un enfant j’ai mis dix ans. Pour te mettre une balle dans la tronche je mettrai pas plus d’une seconde. »

  • Résister encore, et encore…

Roberto Saviano écrit, au péril de sa vie. Cela change énormément les perspectives de mon ressenti de lecture. 12 ans qu’il est sous protection policière, parce qu’il a osé dénoncer les agissements de la mafia. Ce n’est pas une vie, et pourtant, il ose défier la mort, en écrivant. Résister, toujours, avec une plume à la main, c’est terriblement courageux. Il nous revient, cette fois ci, avec un roman, engagé, pour parler d’un phénomène criminel en pleine croissance, et qui risque de prendre sa place dans les grandes villes, si nous n’y prenons pas garde…C’est en tout cas, toute l’appréhension que Roberto Saviano redoute…Il essaye de nous faire prendre conscience qu’entre sa fiction et la réalité, la ligne est très fine, à une maille de filet presque, parce que la détermination de ses paranza, il l’a vu dans leurs yeux, ils n’attendent rien, ces gamins: la mort est un capital pour eux, un but à atteindre…

« L’amour est un lien qui se brise. La peur n’abandonne jamais. »

  • Toute l’Italie est là…

J’aurai toujours une tendresse particulière à lire de la littérature italienne. Roberto Saviano, dépeint une Italie de toutes les passions, avec des mots qui claquent, des gestes qui heurtent, mais des cœurs enfiévrés d’amour…Ils n’ont pas peur de leurs sentiments, ils vibrent d’une intensité dévorante. En choisissant de romancer ce sujet très sensible, l’auteur nous permet de comprendre ce qui anime ses personnages, de rentrer plus intimement dans leurs émotions contrariées, de saisir un peu de leur fougue…Et c’est tout ce que j’adore retrouver dans l’Italie, ces liens d’amours, leurs regards fiers, les éclats de leurs vies…

« Ici, c’est comme ça : quand des gens se disputent, tout le monde le sait, tout le monde doit le savoir. Chaque insulte, chaque voix, chaque cri aigu rebondit sur le pavé des ruelles habitué aux escarmouches entre amoureux. »

  • Déployer ses ailes…

Piranhas est un premier tome d’un diptyque, qui voit s’élever un ange blond… Nicolas, avec l’insolence de sa jeunesse et la fureur de son ambition, est un héros qui n’a pas froid aux yeux, brûle de conquérir la ville, glace d’effroi ses ennemis, incendie le cœur de sa belle…En quelques faits, et surtout en pires méfaits, il devient un roi, Maharaja, maintient sous sa coupe un gang de gamins inconscients encore ébahis devant des films de vengeance mafieuse, et déverse un flot de sang hargneux et gerbes de balles sifflantes…Mais, il faut savoir que le sang appelle toujours le sang, et dans ses milieux, les faits de violence sont toujours exponentiels…Et cela, Nicolas, va l’apprendre dans son expérience de petit parrain des temps modernes, à l’ère de WhatsApp et de Youtube….

Même si, je suis curieuse de lire la suite de ces aventures napolitaines, je reste encore terriblement choquée de l’impact de cette lecture. Je n’arrive pas à assimiler qu’on soit à l’aube de ce monde là: des enfants mafieux…C’est effrayant…

Ce livre est un uppercut!

« On pense toujours sont pour les adultes, mais plus jeune est la main qui manipule le chien, le chargeur et le canon, plus le fusil, la mitraillette le pistolet ou même la grenade est efficace. (…). Les armes sont faites pour les jeunes, pour les enfants. C’est vrai sous toutes les latitudes. »

 

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement Alina ainsi que les éditions Gallimard pour l’envoi de ce livre. Merci de leur confiance.

 

 

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En Féérie, il brille quelques poussières…

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