Ayacucho, Alfredo Pita

Couverture Ayacucho

 

Synopsis:

Dans l’air pur des montagnes d’Ayacucho règne une odeur de mort. Pourtant, quand Vicente Blanco, reporter espagnol, débarque dans la ville andine pour enquêter sur le Sentier lumineux, il ne voit rien. Les militaires paradent, l’archevêque Crispin joue au basket, les habitants se taisent, les “subversifs” se cachent. Pas de scènes tragiques, pas de barricades, pas de combats. Tout juste, parfois, quelques bruits de balles. Avec deux journalistes locaux qui deviennent vite des amis, Vicente découvre lentement l’horreur de cette guerre sourde et silencieuse, qui dans les campagnes alentour prend les populations en otage. À force de courage et d’investigations, ils ont la preuve que l’armée a trouvé une méthode pour faire disparaître les corps.
Mais la vérité peut s’avérer dangereuse, et les journalistes sont des cibles à abattre. Dans une prose visuelle et lyrique, avec un sens de la narration extraordinaire, Alfredo Pita raconte magistralement cette guerre sale, et rend un hommage vibrant à ses victimes, anonymes ou non. “Le” roman de la violence péruvienne des années 80 et 90.

Ce que j’ai ressenti:

Depuis le commencement de la répression, contre le Sentier Lumineux, l’armée a fait disparaître les gens, mais au début ils n’étaient que quelques-uns et on pouvait les identifier. 

Si seulement vous pouviez voir mon exemplaire de Ayacucho, rien qu’à l’oeil nu, vous pourriez voir que ce livre ne m’a pas laissée indifférente…C’est très souvent le cas avec les lectures de la collection Metailié, et quand je le feuillette une énième fois pour écrire cette chronique, je le vois maintes fois corné ( c’est quand un passage me bouleverse…), des phrases sont surlignés en fluo (c’est quand la poésie s’y glisse), et puis, il y a toutes les recherches en post-it que j’ai faites pour mieux m’imprégner de l’ambiance du livre…Oui si seulement, vous pourriez voir tout cela, il a vécu ce livre: en couleurs et plissage, en émerveillement et émotions…Ce n’est pas une lecture qui laisse indemne: il m’a fait prendre conscience, que dans le monde, il y a des lieux maudits et Ayacucho porte bien son nom: Le Recoin des Morts…

« Mais quand je voyage, je retrouve la liberté et mon vice de toujours, le papier, les crayons, l’encre. »

Le talent d’un auteur se déniche dans les détails. Alfredo Pita en étant journaliste, écrivain et poète nous dévoile dans une prose magnifique et bouleversante, tout un contexte historique, politique et social au Pérou: il a l’art et la manière d’utiliser les mots qui parle au coeur, de suggérer plutôt que de heurter,  de dépeindre avec une beauté sensitive, les malheurs d’une population. Une plume à l’image de la violence péruvienne: dissimulée à un oeil non averti, il en reste pourtant l’odeur, encore plus intrusive… Le cadre de vie de Ayacucho est irrespirable, les horreurs bien dissimulées aux regards d’autrui, et ce qui est encore pire, car c’est dans l’ombre que les monstres se révèlent, les plus cruels…En créant son personnage de Vicente Blanco et ses deux acolytes un peu téméraires Luis et Max, Alfredo Pita lance son intrigue dans une enquête journalistique pour comprendre les massacres qui s’y déroulent, pour rendre justice aux victimes de ses pairs tués à Uchuraccay, mais surtout pour faire enfin la lumière, sur ces milliers d’anonymes, disparus dans le néant…Une enquête qu’on ressent comme une urgence, au péril de leurs vies, avec toutes les menaces sourdes ou énoncées…La tension dans ses lignes est oppressante, et pourtant, l’auteur arrive à nous atteindre avec de la douceur et de la poésie…

« Tout au long de l’histoire du Pérou la vie d’un indien n’a jamais rien valu. Elle n’est bonne qu’à arroser la terre des autres de sueur et de sang. Et je ne parle pas de ses larmes parce qu’il y a longtemps qu’il n’en a plus! »

Je ne croyais plus jamais revoir écrit, et surtout dans l’actualité des années 80, les mots tels que « Camps d’extermination ». Mes yeux se sont brouillés… Comme j’ai été naïve de croire que l’Histoire aiderai les Hommes à ne pas reproduire les horreurs du passé… Ayacucho, théâtre macabre et lieux de perdition pour tous ses habitants, victimes d’une guerre silencieuse entre la folie terroriste du Sentier Lumineux, l’Etat Péruvien et quelques arrangements flous avec l’Eglise: un cocktail détonnant qui a vu mourir des milliers d’innocents dans les hauteurs andines…Voilà pourquoi cette lecture, restera longtemps dans mon esprit, parce que tout le contexte est réel dans cette fiction, et qu’on ne peut décidément pas rester de marbre devant de telles souffrances…C’est d’abord un coup au coeur, avant d’affirmer que c’est un coup de coeur. Une histoire qui mérite de sortir des sombres sentiers, où la cruauté a cru agir impunément. Un livre magnifique pour ne pas oublier cette tragédie ignoble…

« Alors la logique s’impose: ce qui est invisible n’existe pas,et s’il arrive quelque chose à ce qui n’existe pas, aussi dramatique que cela soit, quelle importance. » 

Meilleurs moments du livre:

  • Vous savez, maintenant ma passion pour l’auteur Santiago Gamboa, alors quand Alfredo Pita lui fait des clins d’oeil, et danse jusqu’au bout de la nuit, à ses côtes, je me serai bien vu à cette soirée…
  • Au fur et à mesure de mes découvertes, je me rends compte que j’adore la littérature de l’Amérique Latine, ces auteurs ont le don de me bouleverser, Alfredo Pita a su me toucher par sa plume et à l’intérieur de ses pages, il fait révérence à des auteurs et des poètes que j’ai bien hâte de mettre dans ma PAL, s’ils sont aussi doués que ces deux là.
  • Et une des citations les plus belles, comme un conseil:

    « Tu sais Vincente, ne crois pas ce que les gens te disent, (…), et lis beaucoup, ne t’arrête jamais de lire, il n’y a pas de meilleure antidote à la bêtise humaine que de lire de tout pour essayer de se faire une idée, m’a-t-il dit en guise d’au revoir. 

« Père, protégez ces hommes qui cherchent la vérité et défendent leur prochain. »

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement, les éditions Metailié de leur confiance et pour l’envoi de ce livre. Ce fût une lecture bouleversante!

lu-en-part-avec-la-me

 

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13 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. Rétrolien: En Avril, ne te découvre pas d’un livre – Albédo
  2. Lutin82
    Avr 19, 2018 @ 21:43:49

    Ma bonne fée!!!! Encore un 10/10 et une chronique à tomber. Il faut que tu arrêtes avec ta poudre magique..; Ma PAL déborde.

    Réponse

  3. Collectif Polar : chronique de nuit
    Avr 17, 2018 @ 13:32:22

    ooh, mais tu me tente bien là ma Fée !
    Rhaaa plus de place dans mon planning lecture !

    Réponse

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