Oyana, Eric Plamondon.

Oyana par Plamondon


Synopsis: 

« S’il est difficile de vivre, il est bien plus malaisé d’expliquer sa vie. »
Elle a fait de son existence une digue pour retenir le passé. Jusqu’à la rupture. Elle est née au pays Basque et a vieilli à Montréal. Un soir de mai 2018, le hasard la ramène brutalement en arrière. Sans savoir encore jusqu’où les mots la mèneront, elle écrit à l’homme de sa vie pour tenter de s’expliquer et qu’il puisse comprendre. Il y a des choix qui changent des vies. Certains, plus définitivement que d’autres. Elle n’a que deux certitudes : elle s’appelle Oyana et l’ETA n’existe plus.


Ce que j’ai ressenti:

  • Et s’échouer sur la page…

Oyana se livre et se délivre pour écrire une lettre d’adieu à l’homme qui a partagé sa vie pendant plus de 23 ans. Entre roman épistolaire et documentaire , Eric Plamondon nous emmène dans les remous politiques de l’ETA et les eaux troubles du cœur d’une femme. De par sa forme originale, j’ai été surprise par cette proposition de roman, peut être encore plus intime que Taqawan avec cette femme qui cherche à trouver les mots pour raconter ce passé trop lourd, les fautes et les erreurs de jeunesse. Une femme déboussolée qui essaye de se pardonner un peu, sur le papier, afin d’apaiser la culpabilité mordante…

« J’ai simplement besoin de t’écrire, d’écrire, de parler avec quelqu’un. Maintenant que je t’ai quitté, il ne reste plus que toi. »

  • Vivre en apnée…

Suite à la dissolution de l’ETA, Oyana revient sur ses souvenirs, ses origines et cette partie sombre qui la lie à ce groupe révolutionnaire. Parler de terrorisme et d’idéologies, souffrir d’appartenance et de fuites, ressentir l’exil et les amours perdus…C’est très sensible de par son sujet, et aussi parce que c’est vécu de l’intérieur, par une femme qui s’est noyée dans un océan de remords…En apprenant cette nouvelle, Oyana ressent comme une puissante envie de remonter à la surface, de faire jaillir celle qui s’est cachée trop longtemps dans les profondeurs… Elle brûle d’un besoin de reprendre son souffle, quitte à se mettre à nue sur ses agissements…

« A chacune son séisme. »

 

  • Et voir, le cycle de la vie…

Ce qui est extraordinaire avec cet auteur, c’est qu’avec une simplicité étonnante mais une intelligence fine, il nous parle des tourments de la vie, de la douleur du deuil et de la beauté de la nature. J’adore sa manière de présenter ses sujets, avec des chapitres courts et intenses, certains instructifs et d’autres plus romancés. Avec Oyana, Eric Plamondon nous sensibilise sur un phénomène dramatique de l’environnement: la pêche et l’exploitation des cachalots. En faisant un parallèle avec la violence faite à ses animaux et ces actes de terrorismes, c’est toute une vague d’émotions qui viennent nous submerger. Un très joli moment de lecture!

« Il y a des moments dans la vie où la question du choix ne se pose pas. On ne choisit pas: on agit. »

Le petit plus: La couverture est superbe!

 

Ma note Plaisir de Lecture sticker-fee-libellule 9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier Muriel ainsi que Quidam éditeur pour  leur confiance et l’envoi de ce livre. Ce fut une lecture très intéressante.

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Ma voix est un mensonge, Rafael Menjivar Ochoa

Couverture Ma voix est un mensonge

Synopsis:

Après une carrière dans le feuilleton radiophonique, un comédien se retrouve au chômage. Il est approché par des services spéciaux de la police. Contre une somme importante, on lui demande de reconstituer, à partir de quelques documents, la voix d’un prisonnier politique mort sous la torture et d’endosser le rôle de celui-ci dans une fausse conférence de presse justifiant un meurtre politique… Avec cette mise en scène de la dialectique de la vertu et de la corruption dans trois secteurs d’activité interconnectés —police, politique et journalisme —, Rafael Menjívar Ochoa donne à voir, de l’intérieur, un monde désabusé, cynique, où tous les acteurs, manipulés ou manipulateurs, jouent une pièce dont ils ignorent ce qu’elle signifie.
Efficacité narrative du roman noir dans toute sa plénitude, Ma voix est un mensonge est le premier volume de la «trilogie mexicaine» d’Ochoa, De certaines façons de mourir.

Ce que j’ai ressenti:

La voix. La voix du Méchant, qui plus est…On the radio…Entendre et ne pas voir, développe l’imagination, énergisant l’esprit et c’est tout un monde de possibilités qui s’ouvre dans ce mystère : qui se cache vraiment derrière? Propre à chacun, mais pouvant prendre mille petites intonations trompeuses, elle peut aussi avoir dans ses cordes, toutes les façons pour mieux vous manipuler…Mais une voix a t-elle le pouvoir d’aller jusqu’à tuer?

La mort est un acte intime. 

Un comédien se raconte et nous fait trembler aux vibrations chorales de son organe. Et toute la beauté de ce polar se tient dans ce mystère: les ondes chaudes de cette voix aux multiples capacités face à ces acteurs de l’ombre mis en scène derrière un rideau noir de corruptions. On est captivé par cet homme qui nous conte ses ennuis, mais qui va vite se retrouver dans une panade, encore plus vertigineuse…Et son talent d’orateur suscite les plus éhontées des convoitises: des mains avides qui veulent s’arracher son timbre caméléon, et des liasses de billets qui chantent une comédie malhonnête…Prenez donc place dans vos fauteuils, la radio vous livre son dernier show, plus vrai que nature. Vous pouvez appuyer sur le bouton rouge On Air pour le lancement de cette comédie cynique orchestrée par des pantins de scènes politiques et laissez-vous charmer par ces échanges brouillés d’ondes mensongères, et saturés de sourires carnassiers…

La langue est plus puissante que l’épée. 

J’ai beaucoup aimé ce roman noir pêchu, à l’allure un peu rétro avec cet homme désabusé par la vie. Efficace et tendu jusqu’à la dernière page, j’ai aimé les failles et la sensibilité qui se cachait derrière cette voix, cette illusion d’homme violent torturé de bons sentiments. Rafael Menjivar Ochoa nous prouve dans ces pages, que les apparences sont toujours trompeuses dans les enjeux politiques. Il se plaît à nous enchanter de faux-semblants criants, et nous laisse vibrer au doux son des pièges meurtriers. Elle ne te fait pas rêver cette diffusion d’un bon moment de lecture?

Ma note Plaisir de lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens chaleureusement à remercier Muriel ainsi que les éditions Quidam Editeur pour l’envoi de ce livre. Ce fut une lecture passionnante!

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Taqawan , Eric Plamondon

Taqawan par Plamondon

 

Synopsis:

« Ici, on a tous du sang indien et quand ce n’est pas dans les veines, c’est sur les mains. »
Le 11 juin 1981, trois cents policiers de la sûreté du Québec débarquent sur la réserve de Restigouche pour s’emparer des filets des Indiens mig’maq. Emeutes, répression et crise d’ampleur : le pays découvre son angle mort.
Une adolescente en révolte disparaît, un agent de la faune démissionne, un vieil Indien sort du bois et une jeune enseignante française découvre l’immensité d’un territoire et toutes ses contradictions. Comme le saumon devenu taqawan remonte la rivière vers son origine, il faut aller à la source…
Histoire de luttes et de pêche, d’amour tout autant que de meurtres et de rêves brisés, Taqawan se nourrit de légendes comme de réalités, du passé et du présent, celui notamment d’un peuple millénaire bafoué dans ses droits.

Ce que j’ai ressenti:…Une très bonne pêche…

En langue mi’gmaq, on nomme taqawan un saumon qui revient dans sa rivière natale pour la première fois. 

J’ai remonté la rivière du temps, tel un taqawan pour m’imprégner d’un conflit qui a fait de moult remous sanguinolents, dans les années 80 au Québec. Avec cette lecture, j’ai redécouvert la culture indienne, ressenti la puissance de ses transes, entendu la Nature me parler à travers leurs traditions, mais plus que tout, j’ai vu tout ce sang versé et des droits bafoués…A frétiller ainsi dans ses eaux troubles, on ressent tellement d’injustices, tellement de violences, elles nous frappent aussi sûrement que des flèches en plein coeur. L’Homme Blanc encore et toujours dans sa folle conquête en vient à vouloir rayer toute une communauté de ses terres, à bannir tout un savoir générationnel, à tuer envers et contre toute logique. Un peuple parqué, déraciné, humilié: les Indiens d’Amérique. Des lois biscornues, des ordres incohérents, des actes impardonnables…Eric Plamondon redessine la toile de cet affrontement en un patchwork de textes, et d’histoires qui nous explique les causes et les conséquences des émeutes de la réserve de Restigouche.

Avec elle, Océane avait commencé à comprendre que le pouvoir des uns reposait sur la résignation des autres.

Ce polar original dans sa forme est aussi une très belle histoire humaine avec des personnages  en marge de ces deux cultures qui s’affrontent…J’ai trouvé ce quatuor touchant, avec chacun leurs passés, leurs failles, leurs différences mais qui choisissent l’Essentiel avant leurs cultures, les valeurs de la Vie avant le sang dans les veines, la Protection avant les batailles…Derrière tous les points de vues politiques et sociaux, l’auteur nous montre que les frontières entre les deux opposants sont parfois floues, et c’est ce qui rend ce récit si bouleversant : il laisse le lecteur, se faire sa propre opinion, tout en lui faisant ressentir une flopée d’émotions…

« Ici, on a tous du sang indien et quand ce n’est pas dans les veines, c’est sur les mains. »

J’ai lu cette nouveauté quasiment d’une traite, tellement le sujet était passionnant! J’ai adoré partir en ces lieux, découvrir les petites habitudes et astuces de la pêche aux saumons, m’enivrer encore de ses grands espaces de nature, comprendre ce conflit. Instructif et à la fois sensible, Eric Plamondon a su m’emporter dans ses filets de pages!

 

Ma note Plaisir de lecture  9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier Muriel ainsi que les éditions Quidam pour l’envoi de ce livre. Ce fut une lecture très intéressante!

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En Féérie, il brille quelques poussières…

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