Bios, Robert Charles Wilson.

Synopsis:

Situé à quelques années-lumière de la Terre, Isis est un monde verdoyant à l’écosystème complexe. Un monde classé zone de biomenace de niveau 4. La moindre molécule de son biotope est capable de tuer un être humain au terme d’une terrifiante agonie. Et pourtant, Isis constitue la découverte la plus prometteuse de ce XXIIe siècle : berceau d’une vie fondamentalement différente, elle pourrait en miroir éclairer notre propre nature. Zoé Fisher a été conçue pour explorer Isis. Son organisme a été génétiquement optimisé pour s’adapter à l’environnement inhospitalier de cette planète ; sa personnalité patiemment construite autour de cette seule mission. Quels dangers imprévus Zoé affrontera-t-elle sur cette planète grandiose et meurtrière ? Devra-tille sacrifier son humanité pour en découvrir tous les secrets ? Dans la lignée de Solaris, de Stanislas Lem, BIOS nous invite à l’exploration vertigineuse d’un monde radicalement autre.

Ce que j’ai ressenti:

Bios aborde le thème d’une menace bactériologique très virulente sur une autre planète dans le futur lointain. La science-fiction me manquait de trop et quel plaisir de retrouver la plume de Robert Charles Wilson! Même si c’est un contexte très anxiogène, j’étais certaine que ce voyage vers Isis, serait interessant. Avec une héroïne génétiquement modifiée, conditionnée pour aller explorer cette planète hostile, on plonge dans un ailleurs totalement inconnu, avec des paramètres qu’on ne maîtrise pas. C’est aussi angoissant que perturbant. La curiosité est au maximum, le baromètre de nos angoisses aussi.

Était-ce donc entièrement de sa faute s’il était tombé amoureux des étoiles?

J’ai aimé cette sensation de se confronter à cette peur insidieuse, invisible. Cette lecture prend bien sûr, une dimension plus forte en ces temps étranges…Robert Charles Wilson réussi à inverser la tendance avec cette histoire au-delà des étoiles: ce n’est pas les terriens (même modifiés), qui ont le contrôle, c’est la nature. L’environnement se défend de toute sa pleine puissance, ne laissant que peu de chance à l’arrogance de ces hommes aux envies de conquêtes. L’auteur nous sensibilise sur la fragilité des êtres humains, sur l’importance de respecter la vie sous toutes ses formes…La vie, d’ici ou d’ailleurs, dans la faune et la flore, dans les étoiles ou au fin fond des mers, est fondamentale, et ça serait bien qu’on cesse de l’oublier, avant de le regretter amèrement…

L’humanité avait trop longtemps connu une Terre sauvage. Elle en avait subi les conséquences: croissance démographique effrénée, dégénérescence du climat, maladies.

Avec une histoire d’amour toute en pudeur, une crise sanitaire en milieu clos et l’univers entier pour terrain d’exploration, Robert Charles Wilson nous offre un roman intéressant. J’aurai aimé plus d’approfondissement dans les sensations et émotions de Zoé, mieux voir les conséquences du geste de ce médecin qui lui laisse l’opportunité d’être plus humaine que clone…C’est tout de même un page-turner efficace avec une pointe thriller bien flippante, et une évasion vers l’infini qui nous donne de belles pistes de réflexions…

Fais quelque chose, Zoé, pensa Anna. Quelque chose d’insensé, de tapageur, de grand. Pleure, tombe amoureuse, écris des poèmes. Ouvre grands les yeux sur ton nouveau monde.

Ma note Plaisir de Lecture 8/10

Beloved, Toni Morrison.

Synopsis:

Inspiré d’un fait divers survenu en 1856, Beloved exhume l’horreur et la folie d’un passé douloureux. Ancienne esclave, Sethe a tué l’enfant qu’elle chérissait au nom de l’amour et de la liberté, pour qu’elle échappe à un destin de servitude. Quelques années plus tard, le fantôme de Beloved, la petite fille disparue, revient douloureusement hanter sa mère coupable. 

Loin de tous les clichés, Toni Morrison ranime la mémoire et transcende la douleur des opprimés. Prix Pulitzer en 1988, Beloved est un grand roman violent et bouleversant. 

Ce que j’ai ressenti:

Le 124 était habité. Tantôt bruyant, tantôt calme ou encore malveillant. Le 124 était hanté. Tantôt par des hommes malveillants, tantôt par des femmes calmes ou encore par le fantôme bruyant d’une enfant. Le 124 vous ouvre ses portes et laisse des traces dans notre chair, nos entrailles et nos esprits. Le 124 raconte tantôt l’esclavagisme, tantôt l’infanticide ou encore des histoires d’amour de femmes tristes. C’est au 124 que nos cœurs implosent, et c’est Toni Morrison qui nous emporte dans un roman flamboyant, dramatique et superbe.

Au 124, l’amour n’y est pas léger, il est tellement lourd et coupable qu’il hante tous ceux qui se risque à passer la porte…J’ai exploré les recoins de cette maison, vu des phénomènes étranges, pleurer avec ses habitantes et compris ce que le mot douleur peut contenir de poids. Au 124, le temps n’est pas linéaire, il est tellement flou qu’on le dirait inversé, inconstant, comme si dire ces horreurs éprouvées dans la chronologie des faits pouvait bouleverser plus que de raison les blessures à vif de ces femmes meurtries. Au 124, le chant n’est pas un écho vide, il est tellement puissant qu’il purifie les âmes et les bannis, il ramène les fantômes et les amis, il unie les forces et fait des collines d’hommes. Au 124, le lien n’est pas vain, il est tellement enchainé dans l’ADN, empêtré dans le sang et la tragédie, qu’il fait renaître les morts à la vie, qu’il réveille les peurs et les souffrances, qu’il continue de faire mal au delà de l’entendement. Au 124, la folie n’y est pas petite, elle s’invite en grande pompe et laisse un chaos indicible, tellement violent qu’il exhume un zombie qui rampe -Elle rampe déjà?-Beloved, petit être au pouvoir destructeur.

Beloved, est une lecture bouleversante. Tout comme ce fantôme, elle ne se laisse pas apprivoiser si facilement, et pourtant, la résonance de ce passé douloureux est très forte. On ressent presque sa présence au-delà des mots. Qu’importe ce que le fantôme de cette petite fille disparue vous soufflera, c’est bel et bien, une histoire à faire circuler. Un devoir de mémoire à partager, et je le sais bien aussi, un mauvais rêve trop familier…Beloved n’est assurément pas à oublier. J’aimerai revendiquer un de ses baisers, et ne plus voir ses traces disparaître le long de la rivière derrière le 124…Reviens Beloved, nous hanter encore un peu par ta poésie intemporelle et la fureur folle du mot Liberté…

Ma note Plaisir de Lecture 9/10

Regarde, Hervé Commère.

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Synopsis:

Jadis, Mylène a aimé un homme. Ensemble, ils ont fait les 400 coups. Jusqu’au braquage raté d’une bijouterie en Espagne, au cours duquel les deux amoureux se sont fait prendre. Mylène n’a jamais revu Paco : il a été poignardé dans sa cellule un soir.
Aujourd’hui, Mylène est libre. Elle travaille dans un dépôt-vente en banlieue parisienne, et vit dans une chambre de bonne. Parfois, le temps d’un week-end, elle loue un appartement quelque part, et s’imagine une autre vie. Celle qu’elle aurait pu avoir si elle n’avait pas commis les mêmes erreurs. Elle rêve.
Ce week-end pourtant, Mylène ne rêve pas : dans la roulotte qu’elle a louée, tout la ramène à Paco. Les meubles, les objets, il y a même une photo de lui au mur. Cela semble inconcevable, mais on dirait qu’elle est chez lui.

Ce que j’ai ressenti:

« Il n’y a que deux raisons, l’amour ou l’argent! »

Sauf, que si l’un des deux te tient, tu perds toute raison…Ah l’Amour, l’amour, l’amour…Ah l’argent, l’argent…Ça peut rendre fou mais cette fois-ci, c’est bien Mylène qui risque d’en faire les frais et y perdre aussi son cœur dans cette affaire. Regarde plutôt ça : une caravane qui disparaît et des souvenirs qui refont surface…Et oui, c’est bel et bien le nouveau roman de Hervé Commère que je viens de dévorer en deux jours, top chrono. Un page-turner tellement efficace qui vient nous rappeler combien justement, l’amour et l’argent mènent le monde. À moins que…

On retrouve donc le quatuor de personnages du précédent thriller de l’auteur avec cette fois-ci, le passé quelque peu sulfureux de Mylène…C’est toujours agréable d’avoir d’autres perspectives et de connaître mieux des personnages auxquels on s’est attaché. En plus Mylène, elle m’avait beaucoup intriguée dans Sauf. J’ai adoré la suivre dans ces amours passés dans la douceur d’un univers musical, revivre la force passionnée de ces souvenirs et comprendre un peu sa façon de vivre très particulière. En proie avec ses sentiments, entre doute raisonnable et espoir inconcevable, Mylène ne sait plus où donner de la tête et son cœur s’affole de trop…Perdue dans un mirage, elle se laisse dériver…Heureusement, qu’elle peut compter sur ses amis pour la remettre sur la route de la raison…Mais cela ne se fera pas sans mal et encore moins sans peine…

Hervé Commère m’a encore bluffée, Sauf que c’est toujours aussi plaisant! Avec les memes ingrédients toujours aussi efficaces, il nous emmène là où il l’a décidé avec ce petit quelque chose de pétillant, qui fait qu’on tourne les pages sans voir le temps qui passe, qu’à chaque fin de chapitre on est piégé dans l’euphorie d’en savoir plus et qu’on ne peut soupçonner cette fin…Ce roman est peut être plus accès sur les sentiments, mais il reste un roman noir troublant. En mélangeant souvenirs douloureux et destins fauchés, il vient nous cueillir avec subtilité, faisant tressaillir la corde sensible et Regarde comme c’est doux d’être touché au cœur…Regarde comme en mélangeant les épanchements insensés et les horizons différents, on peut découvrir entre ces pages, un joli portrait de femme forte…Regarde bien, c’est un auteur à suivre qui j’en suis persuadée nous réserve encore plein de surprise à venir…Regarde…

Ma note Plaisir de Lecture 8/10

La Religion, Tim Willocks.

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Synopsis:

 « La Religion « , c’est le nom que se donne l’ordre des Hospitaliers, mais c’est aussi la bannière sous laquelle se rallie parfois la folie des hommes. En 1565, claustrés sur leur petit archipel au sud de la Sicile, les chevaliers de Malte s’apprêtent à recevoir les furieux assauts de l’armée ottomane. À un contre cinq, les chrétiens tiennent le siège au prix de combats effroyables. Un déchaînement de violence dans lequel se trouve entraîné Mattias Tannhauser, un ancien janissaire qui a connu les deux camps. Pour les beaux yeux de la comtesse Carla La Penautier, le trafiquant d’armes et d’opium embarque pour l’enfer…

Ce que j’ai ressenti:

« Plonge dedans, disait l’obscurité. »

Alors j’ai plongé. J’ai plongé dans les enfers, rencontré quelques démons, et j’ai ressenti à l’intérieur les vents dispersants. Et quelle fabuleuse invitation! A se frotter ainsi, aux guerres de religions qui font rage au cours de l’Histoire, en plongeant justement dans ce thriller noir qui retrace un de ses plus sanglantes batailles, on en revient jusqu’à en avoir l’odeur nauséabonde dans les narines….Tim Willocks, décide de nous faire revivre l’enfer du siège de l’île de Malte en 1565, opposant l’élite des troupes ottomanes aux puissants chevaliers de l’ordre, dans ces moindres détails et il ne nous épargne rien de l’horreur du carnage. D’un côté comme de l’autre, les combattants sont déterminés, acharnés, convaincus jusqu’à la pointe de leurs épées du bien fondé de leurs actions…D’un côté, comme de l’autre, les souffrances seront atroces et les pertes considérables. D’un côté comme de l’autre, ils se battent au nom de dieu. Et, à la frontière de l’un comme de l’autre, un devshirmé, Mattias Tannhauser.

« Sache que tu es en enfer. Et que nous sommes ses démons. »

Et comme l’Histoire se vit aussi, dans les petites histoires, en suivant le parcours semé d’embûches de ce mystérieux héros Tannhauser, on aura notre comptant de passions, d’amours, d’intrigues, de trahisons, d’amitiés, de dangers, d’honneurs, de rébellions, de rédemptions…Tout ce qui fait l’énergie palpitante des bonnes histoires. Tout ce qui nous anime au creux de nos tripes. Impossible de lâcher ses pages, tellement le sort de ces personnages nous importent dans leurs cheminements personnels. Tous autant qu’ils sont, ils nous donnent à ressentir, une émotion différente de par leur sensibilité, en ce temps affreux de guerre impitoyable. Et puis, comme pour sublimer le tout, la beauté s’en vient en musique et en poésie…Et là, c’est comme un souffle de fraîcheur, entre deux respirations dysharmonieuses. Un instant précieux…

« Dans l’éternité, lui dit-il, il n’y a pas de chagrin. »

C’est fascinant, cette faculté de faire transparaître ainsi autant de sensations, autant de sentiments. Tout est démultiplié. On s’en prend plein les yeux, le nez, la bouche, le cœur, l’esprit…C’est tellement intense! Chaque scène est plus grandiose que la précédente, chaque phrase plus percutante que celle d’avant et mérite qu’on s’y arrête pour les relire. Et l’apprécier encore et encore. Méditer dessus, presque. Ce roman est grandiose. Démesurément, grandiose. J’ai déjà eu des coups de cœur, mais celui là, il dépasse tellement en profondeur et en force, que c’est presque difficile de trouver les mots…La plume est tantôt enflammée, poétique, sensuelle, percutante, charmeuse et bouleversante. Ce contexte historique est tellement imprégné de violences, d’urgences, et d’espérances…Tant de passions et de densité dans ce pavé noir, c’est absolument prodigieux. Une lecture sacrément magistrale.

« Dans des temps comme aujourd’hui voués à de si grands maux, lorsqu’on peut entendre et sentir partout les ailes de l’ange de la mort, de petits actes de gentillesses sont comme des joyaux du ciel, et tout autant pour celui qui les réalise que pour celui qui les reçoit (…). »

Ma note Plaisir de Lecture 10/10.

Changer le sens des rivières, Murielle Magellan.

Synopsis:

Marie est serveuse dans une brasserie du Havre. À peine diplômée d’un bac pro, esclave d’un père malade et de fins de mois difficiles, son quotidien ressemble à de la survie. Et si elle ne connaît rien au cinéma, ça ne l’empêche pas de se faire des films. Alors, quand le jeune Alexandre entre dans son collimateur de rêveuse, elle y voit la perspective d’un ailleurs. Mais l’histoire dérape. Et mise au pied du mur, Marie doit accepter le marché d’un juge : pour effacer sa dette vis-à-vis de la société, lui servir de chauffeur particulier pendant quelques mois . Elle est loin d’imaginer que c’est peut-être la chance de sa vie…

Ce que j’ai ressenti:

La nuit tombe tôt ce soir, et je m’étonne encore. Je m’étonne encore de petits riens, d’un livre qui t’attire juste pour son titre, juste parce qu’en ce moment, le mot « sens » devient plus urgent, plus présent que jamais…Changer le sens des rivières, que de poésie déjà et quelle audace aussi! Alors je m’étonne, et je commence cette lecture. Toute la force du mot sens prend sens, dans les directions contrariées de Marie, dans les valeurs fondamentales de la vie et puis l’ébullition du corps quand l’amour se pointe droit devant. C’est tellement tendre que ça me colle au siège de la petite Fiesta, et que je me dis en avant pour l’aventure! Impossible de lâcher ce livre, Marie a quelque chose qui nous ramène à elle obstinément, et la plume de Murielle Magellan a tout ce que j’aime, avec des notes de vigueur et ce brin de poésie, et je m’étonne juste, de ne pas l’avoir lue avant…

Tu en vois, toi, des poètes? Hein?

Parce que le juge Doutremont, lui, ne s’étonne plus de rien, alors je contrebalance en m’étonnant de son aspect bourru, d’homme qui en a trop vu. Marie le fait aussi, à sa manière, et avec tellement de douceur que dans cette relation d’entraide un peu farfelue, ils y trouvent tous les deux, assez de bénéfices pour continuer à sillonner les routes, à regarder ensemble la nuit qui tombe, à parler de musique et autres paraboles…

Ce Alexandre par contre, il ne m’a pas étonnée, avec ses grands airs là…Et puis, Marie qui s’accroche à lui jusqu’à qu’il lui mange le cœur…J’aurai voulu encore m’étonner des bizarreries de l’amour, de ces choix étranges et de ces relations qui ne mènent nulle part…Mais non, je savais bien que l’amour à ses raisons, sa dynamique incompréhensible et des mystères qu’on ne comprendra jamais…

On ne peut pas lui manger le cœur impunément.

Sans trop vouloir vous spoiler, je dirai que ce livre m’a étonnée et que j’ai adoré ça! C’était pétillant! J’aime cette façon de voir la vie en couleurs, de ne pas se laisser enfermer dans un cadre, d’aller toujours plus loin grâce à la volonté, de mettre la culture et la persévérance à l’honneur. Bravo Murielle Magellan vous m’avez captivée et peut être aussi, redonné un peu de sens dans ma douceur, que je ne m’étonne plus de transmettre avant que la nuit ne tombe trop tôt…

Rien ne l’oblige au désespoir.

Ma note Plaisir de Lecture 9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement Emmanuelle et les Éditions Pocket pour leur confiance et l’envoi de ce livre.

L’homme qui aimait trop les livres, Allison Hoover Bartlett.

Synopsis:

Un voleur de livres rares, un libraire obstiné, l’histoire d’une traque haletante entre deux amoureux du livre.

Jusqu’où iriez-vous pour mettre la main sur le livre de vos rêves ? Mieux encore, jusqu’où iriez-vous pour avoir une bibliothèque remplie de vos livres préférés ?
L’Américain John Gilkey a dérobé pour 200 000 dollars de livres anciens. Son but, réunir une collection à son image. C’était compter sans la ténacité de Ken Sanders, libraire irascible, qui s’improvise détective et mène l’enquête.
À travers le récit de cette traque, l’auteur nous plonge dans l’univers fascinant du livre ancien en se posant toujours cette question : de quoi serions-nous capables par amour des livres ?

Ce que j’ai ressenti:

En tant que passionnée de livres, lire cette aventure palpitante au cœur des livres, c’est un peu comme un feu d’artifice, une joie dans la joie. Allison Hoover Bartlett, avec son enquête nous pousse à nous remettre en question et à réfléchir sur nos propres comportements de bibliophiles et de bibliomanes. Jusqu’où iriez-vous pour votre passion des livres? Parce que si l’on comprend aisément, l’idée qu’un homme puisse « aimer trop les livres », qu’en est-il si cet amour le pousse à les voler? Jusqu’à quel point peut-on aimer ces petits carrés de magie?

On en apprend beaucoup sur une personne en regardant sa bibliothèque.

John Gilkey est un voleur de livres. C’est un homme qui m’a laissée perplexe tout autant que cette écrivaine qui va consacrer des années à compiler des preuves, des entretiens et des heures à essayer de comprendre l’esprit perturbé de ce cleptomane endurci. Cette collection de livres anciens dans laquelle il se jette à corps perdu avec un idéal de grandeur, le dépasse tellement qu’il en oublie la frontière entre le bien et le mal. Mais l’amour des livres est puissant, nous savons bien cela, et d’autres amoureux de la littérature vont s’associer pour déjouer les plans de la frénésie de John Gilkey en essayant de rétablir l’equlibre et la justice, notamment grâce à un libraire tenace Ken Sanders.

« Tout livre rare est un livre volé. »

J’ai adoré cette lecture! C’était passionnant! Toute cette énergie déployée pour protéger la culture, les trésors de la littérature, la magie d’une belle histoire, la puissance ensorcelante d’un livre, tout est fascinant dans cet univers des livres anciens . Allison Hoover Bartlett nous emmène à l’intérieur de cet univers de collectionneurs chevronnés pour nous enivrer de cette odeur caractéristique du pouvoir de la lecture. Il y a vraiment des passionnés en ce monde et ça fait plaisir à lire! C’était un reportage et une enquête vraiment édifiante, j’ai appris tellement sur les livres et ceux qui les aiment TROP…Je recommande vivement cette lecture à tous ceux qui aiment les livres, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie…

Les livres ne sont pas des objets inertes mais portent en eux autant de vie que l’âme qui les a fait naître, en effet ils conservent, comme dans une fiole, la puissance et l’essence de l’intellect qui leur a donné le jour.

Ma note Plaisir de Lecture 9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement les éditions Pocket de leur confiance et l’envoi de ce livre.

Les fureurs invisibles du cœur, John Boyne.

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Synopsis:

Cyril n’est pas « un vrai Avery » et il ne le sera jamais – du moins, c’est ce que lui répètent ses parents, Maude et Charles. Mais s’il n’est pas un vrai Avery, qui est-il ? Né d’une fille-mère bannie de la communauté rurale irlandaise où elle a grandi, devenu fils adoptif des Avery, un couple dublinois aisé et excentrique, Cyril se forge une identité au gré d’improbables rencontres et apprend à lutter contre les préjugés d’une société irlandaise où la différence et la liberté de choix sont loin d’être acquises.

Ce que j’ai ressenti:

850 pages. Un roman-fleuve qui nous dépeint l’évolution politique et sociale de l’Irlande de 1945 à 2015, à travers les yeux d’un homme, Cyril Avery. Il semble difficile de raconter toutes les émotions qui sont venues me chopper comme ça au fil des pages, parce que ça se joue dans les grandes lignes de l’Histoire et dans les petits détails des conversations des personnages. De l’amour et de la haine, de la peur et de la violence, le rejet et l’intolérance, l’homophobie et le sexisme, c’est tout ça, condensé dans ce pavé et encore, ça ne suffirait pas pour tout vous décrire mais c’est un roman riche qui vient déchaîner toutes Les Fureurs Invisibles du Cœur! Et nos cœurs souffrent avec chacun, ces hommes et ces femmes, et pire encore ces enfants confrontés aux esprits malveillants, étriqués, et discriminants. Un roman grandiose!

Ils craignent un changement dans l’ordre du monde.

J’ai adoré suivre la quête d’identité de Cyril, pas tout à fait « un vrai Avery ». C’est un personnage terriblement attachant qui nous retrace ses 70 printemps, par tranche de 7 ans, en nous donnant à lire des souvenirs entre amertume et tendresse. De l’amertume, il en a parce qu’il a mal de voir son Irlande coincée dans un puritanisme restrictif, mais de la tendresse aussi, parce qu’il constate que les mentalités évoluent aussi au fil des décennies même si Cyril a souffert de toute cette intolérance virulente, au cours de sa vie. Dans ces rencontres, on verra qu’il est amené à rencontrer des personnalités fabuleuses tout autant que horripilantes, et qu’elles le feront avancer vers la paix de son cœur.

« L’idée de passer toute mon existence à mentir me pesait terriblement et dans ces moments-là, j’envisageai sérieusement de disparaître à jamais. »

Le point fort de ce roman, c’est la grande amitié entre Cyril et Julian. Même contrariée et avec tous les non-dits qu’elle porte en elle, c’est une histoire qui nous prend aux tripes, parce qu’on espère tellement que ces deux-là vont finir par se comprendre. Mais rien n’est simple dans l’amitié et encore moins dans l’amour, et le temps n’arrange rien si le poids du secret s’en mêle. John Boyne nous donne un grand moment d’émotion, entre rires et larmes, avec ce duo de garçons qui toutes leurs vies seront liés envers et malgré tout…

-Je me souviens qu’un de mes amis m’a dit un jour que nous haïssons ce qui nous effraie en nous-même.

Tout simplement, j’ai adoré ce roman. Je le conseille ardemment pour toute la palette de sentiments qu’il nous donne à ressentir. C’est puissant autant que mélancolique, bouleversant autant qu’attendrissant. Chaque fois, que je me laissais prendre dans la fureur de ces pages, je ne voulais plus en sortir…C’est invisible le lien qui nous lie à un livre, mais c’est mon cœur qui vous conseille cette magnifique lecture!

Ma note Plaisir de Lecture 9/10

De Pierre et d’Os, Bérengère Cournut.

Couverture De pierre et d'os

Synopsis:

Dans ce monde des confins, une nuit, une fracture de la banquise sépare une jeune femme inuit de sa famille. Uqsuralik se voit livrée à elle-même, plongée dans la pénombre et le froid polaire. Elle n’a d’autre solution pour survivre que d’avancer, trouver un refuge. Commence ainsi pour elle, dans des conditions extrêmes, le chemin d’une quête qui, au-delà des vastitudes de l’espace arctique, va lui révéler son monde intérieur.
Deux ans après son roman Née contente à Oraibi, qui nous faisait découvrir la culture des indiens hopis, Bérengère Cournut poursuit sa recherche d’une vision alternative du monde avec un roman qui nous amène cette fois-ci dans le monde inuit. Empreint à la fois de douceur, d’écologie et de spiritualité, De pierre et d’os nous plonge dans le destin solaire d’une jeune femme eskimo.
Édition augmentée d’un cahier de photographies.

Ce que j’ai ressenti:

🤍De blanc et de froid…

Le peuple Inuit est un peuple nomade fascinant. Bérengère Cournut nous emmène à leur rencontre par le biais d’une fiction sublime. Nous nous retrouvons sur la banquise, transis de froid, à vivre à l’heure des jours et des nuits sans fin, avec parfois au ventre, des douleurs terribles. La neige à perte de vue, mais dans leurs yeux, des tas de couleurs perdues ou retrouvées dans des failles. Des tas d’émotions laissés dans la blancheur du paysage. En suivant les pas d’une ourse/hermine, la courageuse Uqsuralik, nous apprenons les beautés et tous les dangers de ces terres gelées…À chercher désespérément la nourriture, l’amour, le pardon, des vérités, un petit espace où s’abriter…Une aventure grandeur Nature, entendrez-vous aussi la mélancolie envoûtante du chant De pierre et d’os?

Même si en cette saison la mort n’est jamais très loin, il est bon d’être ensemble et de rire au creux de la nuit. Nous savons qu’il a été des temps plus difficiles que ceux que nous vivons.

❤️De sang et de légendes…

C’est une lecture magnifique, lente et empreinte de magie. C’est aussi une lecture emplie de violence impitoyable. Chaque pas est un pas qui peut faire chuter, un pas qui pourrait emporter soit vers le ciel, soit sous la mer. Et les esprits auraient tôt fait de prendre aussi tous ces égarés…C’est une survie quotidienne dans ce décor, même si la cohésion de groupe est primordiale. Mais dans ce climat de danger permanent, il y a aussi la poésie qui traîne dans les recoins de la banquise, autour des feux de camps, dans la tête et le corps des Inuits, dans la faune et la flore qui se devine, dans les histoires qu’ils se transmettent de génération en génération, dans les traditions de leurs gestes…Un lien puissant pour garder l’union. J’ai été touchée par cette poésie qui émane de cet endroit, Bérengère Cournut arrive à nous transporter jusque là entre songes et réalités bouleversantes, par un travail de recherche que l’on sent minutieux et un vrai contact avec ce peuple.

Nous devons maintenant inventer la nuit qui vient.

💗De force et de féminité…

Uqsuralik, c’est une jeune femme qui va au-delà des limites de son corps et de son esprit. Au-delà des conventions et des lieux communs. C’est une femme qui apprend à se connaître, à survivre seule face à ce climat extrême, à se confronter aux autres. Elle est ourse et hermine, donne la vie à un être ailé, fréquente les esprits, danse avec les siens et apprends chaque jour à respirer au rythme de la nature. C’est ce parcours initiatique enrichissant,violent et énigmatique qui nous tient en haleine pendant ces deux cents pages. Et c’est magnifique, plein de sagesse et d’émerveillements! Je recommande chaudement si vous avez envie d’évasion, cette escapade est captivante!

Tu es déjà quelqu’un d’étrange, à mi-chemin entre l’homme et la femme, l’orpheline et le chasseur, l’ours et l’hermine. …Qui sait ce que tu peux encore devenir?

Ma note Plaisir de Lecture 9/10.

Vagabond, Franck Bouysse.

Vagabond par Bouysse

Synopsis:

L’homme est traqué.
L’homme joue du blues chaque soir dans un obscur bar de la rue des Martyrs à Limoges.
Lorsqu’il dérive vers son hôtel, au milieu de la nuit, il lui arrive de dialoguer avec des clochards et autres esprits égarés.
Il lui arrive de s’effondrer sur les pavés des ruelles antiques et de s’endormir, ivre ou épuisé.
Il lui arrive aussi de ne jouer sur scène que pour une femme qu’il semble être le seul à voir.
Mais l’homme est traqué
Pas par un tueur. Ni par un flic. Quelque chose comme des ombres.

Ce que j’ai ressenti:

Le temps est au confinement. Il est à l’introspection. Mais surtout le temps est ouvert aux poètes. Et en ces temps, la poésie noire de Franck Bouysse m’est indispensable. Dans ce presque-silence, j’ai voulu ses mots et vagabonder sur quelques notes de musique…

J’ai voulu juste rester là, au milieu du carnage de ce vide, à attendre les mensonges de la nuit, et regarder sombrer un artiste dans ses pires passions…Vagabond, c’est les errances d’un homme, ni mauvais ni bon, même pas ange ni démon, juste un homme dans ses contradictions. Un homme amoureux, peut-être. Un homme malheureux plus vraisemblablement. Hanté de blues, déchu d’un amour trop puissant, accroché à sa guitare comme un forcené, victime d’une forme fantôme divine, il dégringole dans les ténèbres entre souvenirs douloureux et chagrins insurmontables…Il joue, il improvise, il invente…La musique, bouée indispensable, dans ses dérives…

Je pense au printemps et aux hommes qui se déracinent. Je pense au temps que les hommes déciment. Je pense à la mort entêtante. Je pense à la poésie, à la beauté d’un choix de mots, à la force qui vient te perforer, là où tu n’avais pas conscience, encore hier…Le temps que les hommes tue, les hommes qui se tuent dans le temps…Ce beau temps où les hommes écrivent, des chansons ou des romans, qui parleront de ces sombres temps-tourments.

Je pense à ses drames qui courent les rues. Aux minutes gagnées dans la création, aux heures perdues qu’il faut aussi compter, pour faire une œuvre aussi puissante. En près de 100 pages. Je pense au dépassement physique et mental qu’il faut pour trouver l’équilibre. Je pense à cet artiste maudit qui joue Rue des Martyrs. Je pense que des fois, un seul mot suffit. Merci.

Merci Franck Bouysse pour ce temps précieux que vous nous donnez à lire. J’adore chaque minute de ce temps passé avec vos romans. Un coup de cœur.

Ma note Plaisir de Lecture 10/10

Sauf, Hervé Commère.


Synopsis:

L’année de ses six ans, à l’été 1976, Mat a perdu ses parents dans l’incendie de leur manoir en Bretagne. Rien n’a survécu aux flammes, pas le moindre objet.
Mat est aujourd’hui propriétaire d’un dépôt-vente. Comme à chaque retour de congés, il passe en revue les dernières acquisitions. La veille, ses employés ont récupéré un album photos à couverture de velours. Sur chaque page de cet album, des photos de lui enfant. Sauf que cet album ne devrait plus exister. Il ne peut pas exister. Et pourtant…
Mat a toujours aimé se raconter des histoires, mais à quarante ans passés, il semblerait que la sienne lui ait échappé. De Montreuil à la pointe du Finistère, cherchant à comprendre quel message la vie veut lui adresser, il traquera les vérités, ses vérités, celles que recèle un album de famille resurgi brutalement des décombres.

Ce que j’ai ressenti:

▪️À brûler des intérieurs…

Mathieu est hanté par de sombres souvenirs. Sauf qu’il essaye de s’en sortir. Bien qu’il est une vie heureuse, il a été marqué par trop de drames et les flammes de la violence. Il lutte depuis, contre cette nature profonde, chaque jour…Jusqu’à ce que le passé se rappelle a lui. Sauf qu’il est virulent, cet impact. Il se glisse dans les pages d’un album photo comme si de rien n’était! Sauf qu’il bouleverse de beaucoup les illusions enfouies et renverse les convictions établies. Avec ses amis et sa douce, le petit Matelot va marcher sur les cendres de ses souvenirs, mais il ne sait pas encore que l’incendie le guette…

Mais nous n’avons plus le choix. Je n’ai plus le choix. Et puis les démons sont là, et bien là, ça n’est pas nous qui les réveillons.

▪️L’amour ou L’argent. Et le chiffre 6.

Les vérités sont aussi limpides que évidentes. Avec ce thriller ultra rythmé, on s’aperçoit encore plus que l’amour et l’argent mènent le monde dans une course folle…Mais lequel des deux est le plus fort?! Je vous laisse voir ça, mais sachez qu’il y a beaucoup de mystères et de profits à la clef, d’amours et d’amitiés, de paysages grandioses et le chiffre 6. C’est extrêmement troublant, je l’ai relevé à plusieurs reprises et comme l’auteur m’a posé une question dans sa dédicace, j’aimerai en faire de même pour savoir pourquoi ce chiffre en particulier revient comme une obsession? Pour vous, il vous reste à ouvrir ses pages pour tenter d’approcher les questions soulevées par cette histoire : Est-on prisonnier de son enfance? De son ADN? Des personnes qui nous aiment? Des perspectives d’argent? Mathieu va le découvrir au péril de sa vie et les réponses pourraient bien vous brûler les doigts aussi, comme elles l’ont fait pour moi. Mais j’ai adoré ça!

Il est six heures du matin et je n’ai pas le droit d’être là, il me l’a rappelé dans son bureau, puis dans sa voiture en roulant jusqu’ici.

▪️Sauf, que c’était génial!!!!

J’ai beaucoup aimé cette lecture. Elle est dynamique autant que passionnée, et les secrets s’enchaînent les uns après les autres. À la fin de chaque chapitre, le seul truc que je voulais faire , c’était lire la prochaine page! C’était fou, sauf que c’était génial! Bref, c’est un page-turner très efficace! Hervé Commère a une plume addictive et j’ai aimé les chemins sur lesquels il m’a mené en moto ou dans une vieille voiture, avec des personnages qui ont parfois dépasser les limites, mais qu’on se plait à suivre dans leurs cheminements personnels…J’ai d’ailleurs toujours eu un faible pour les histoires avec les manoirs, et celui-ci avec sa mer de travers et son ombre de mystères a réussi à me faire rêver aux falaises bretonnes et norvégiennes…Jusqu’à la vérité vertigineuse!

J’avais 6 ans quand c’est arrivé.

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Ma note Plaisir de Lecture 8/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement Emmanuelle ainsi que toute la Team Pocket. J’ai eu la chance de recevoir ce roman avec une dédicace de l’auteur, j’étais Joie. Merci pour cette douce attention!

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En Féérie, il brille quelques poussières…

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