Les fureurs invisibles du cœur, John Boyne.

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Synopsis:

Cyril n’est pas « un vrai Avery » et il ne le sera jamais – du moins, c’est ce que lui répètent ses parents, Maude et Charles. Mais s’il n’est pas un vrai Avery, qui est-il ? Né d’une fille-mère bannie de la communauté rurale irlandaise où elle a grandi, devenu fils adoptif des Avery, un couple dublinois aisé et excentrique, Cyril se forge une identité au gré d’improbables rencontres et apprend à lutter contre les préjugés d’une société irlandaise où la différence et la liberté de choix sont loin d’être acquises.

Ce que j’ai ressenti:

850 pages. Un roman-fleuve qui nous dépeint l’évolution politique et sociale de l’Irlande de 1945 à 2015, à travers les yeux d’un homme, Cyril Avery. Il semble difficile de raconter toutes les émotions qui sont venues me chopper comme ça au fil des pages, parce que ça se joue dans les grandes lignes de l’Histoire et dans les petits détails des conversations des personnages. De l’amour et de la haine, de la peur et de la violence, le rejet et l’intolérance, l’homophobie et le sexisme, c’est tout ça, condensé dans ce pavé et encore, ça ne suffirait pas pour tout vous décrire mais c’est un roman riche qui vient déchaîner toutes Les Fureurs Invisibles du Cœur! Et nos cœurs souffrent avec chacun, ces hommes et ces femmes, et pire encore ces enfants confrontés aux esprits malveillants, étriqués, et discriminants. Un roman grandiose!

Ils craignent un changement dans l’ordre du monde.

J’ai adoré suivre la quête d’identité de Cyril, pas tout à fait « un vrai Avery ». C’est un personnage terriblement attachant qui nous retrace ses 70 printemps, par tranche de 7 ans, en nous donnant à lire des souvenirs entre amertume et tendresse. De l’amertume, il en a parce qu’il a mal de voir son Irlande coincée dans un puritanisme restrictif, mais de la tendresse aussi, parce qu’il constate que les mentalités évoluent aussi au fil des décennies même si Cyril a souffert de toute cette intolérance virulente, au cours de sa vie. Dans ces rencontres, on verra qu’il est amené à rencontrer des personnalités fabuleuses tout autant que horripilantes, et qu’elles le feront avancer vers la paix de son cœur.

« L’idée de passer toute mon existence à mentir me pesait terriblement et dans ces moments-là, j’envisageai sérieusement de disparaître à jamais. »

Le point fort de ce roman, c’est la grande amitié entre Cyril et Julian. Même contrariée et avec tous les non-dits qu’elle porte en elle, c’est une histoire qui nous prend aux tripes, parce qu’on espère tellement que ces deux-là vont finir par se comprendre. Mais rien n’est simple dans l’amitié et encore moins dans l’amour, et le temps n’arrange rien si le poids du secret s’en mêle. John Boyne nous donne un grand moment d’émotion, entre rires et larmes, avec ce duo de garçons qui toutes leurs vies seront liés envers et malgré tout…

-Je me souviens qu’un de mes amis m’a dit un jour que nous haïssons ce qui nous effraie en nous-même.

Tout simplement, j’ai adoré ce roman. Je le conseille ardemment pour toute la palette de sentiments qu’il nous donne à ressentir. C’est puissant autant que mélancolique, bouleversant autant qu’attendrissant. Chaque fois, que je me laissais prendre dans la fureur de ces pages, je ne voulais plus en sortir…C’est invisible le lien qui nous lie à un livre, mais c’est mon cœur qui vous conseille cette magnifique lecture!

Ma note Plaisir de Lecture 9/10

Agathe, Anne Cathrine Bomann.

Synopsis:

Véritable phénomène littéraire international, Agathe nous invite à ouvrir les yeux, tout simplement.
Soixante-douze ans passés, un demi-siècle de pratique et huit cents entretiens restants avant la fermeture de son cabinet : voilà ce qu’il subsiste du parcours d’un psychanalyste en fin de carrière. Or, l’arrivée imprévue d’une ultime patiente, Agathe Zimmermann, une Allemande à l’odeur de pomme, renverse tout. Fragile et transparente comme du verre, elle a perdu l’envie de vivre. Agathe, c’est l’histoire d’un petit miracle, la rencontre de deux êtres vides qui se remplissent à nouveau.

Ce que j’ai ressenti:

Et si vous vous installiez sur vos canapés et qu’on discutait un peu de lecture, un peu de la vie aussi, et personnages de romans? J’ai ouvert Agathe, un peu par hasard, parce qu’en ce moment, c’est difficile de trouver de l’engouement, même pour la lecture…Là, on dirait que c’est Agathe qui m’a choisie pour passer une petite consultation-introspection qui donne un peu de profondeur, à ce temps ralenti…

Première approche, un psychanalyste ronchon…Sans trop spoiler, on va dire que lui et moi, c’est pas possible…J’évite ce genre de personnes, qui comptent…Les personnes qui comptent le temps qu’ils donnent, le temps qu’ils reçoivent, le temps qu’il reste…Mais j’imagine que cette antipathie pour ce docteur est bel et bien voulue pour que Agathe puisse prendre sa place dans ce petit univers d’heures vides…

En revanche, Agathe et moi, c’est le coup de foudre. Tout à la différence du docteur, c’est une personne qui donne, ses émotions, ses failles et son désarroi. Sa fragilité est tellement apparente qu’on a presque peur qu’elle se désagrège sous nos doigts pendant que l’on tourne les pages…Plonger dans les yeux d’Agathe, c’est rencontrer l’abîme, mais c’est aussi voir une délicatesse touchante.

En ce temps de confinement, on a plus de temps pour réfléchir au sens de nos vies. Grâce à cette lecture, à l’élégance de la plume de Anne Cathrine Bomann, on fructifie nos esprits. Avec la pertinence de ces questions existentielles, elle a réussi à me toucher et à me faire apprécier ce duo étrange de patient/docteur…C’est un texte qui aborde beaucoup d’émotions, et notamment les vertiges de la solitude, l’ultime sursaut d’éveil avant l’implacable renoncement…

C’était peut-être juste ce qu’il me fallait, ce temps enrichi par la sobriété et l’intelligence de l’essentiel…Merci Anne Cathrine Bomann pour ce temps gagné à vous lire.

Ma note Plaisir de Lecture 8/10

L’Institut, Stephen King.

Synopsis:

Bienvenue à l’Institut.
Quand les enfants y entrent, ils n’en sortent plus. Au cœur de la nuit, à Minneapolis, des intrus pénètrent dans la maison de Luke Ellis, jeune surdoué de 12 ans, tuent ses parents et le kidnappent. Luke se réveille à l’Institut, dans une chambre semblable à la sienne, sauf qu’elle n’a pas de fenêtre. Dans le couloir, d’autres portes cachent d’autres enfants, dotés comme lui de pouvoirs psychiques. Que font-ils là ? Qu’attend-on d’eux ? Et pourquoi aucun de ces enfants ne cherche-t-il à s’enfuir ? Aussi angoissant que Charlie, d’une puissance d’évocation égale à Ça, L’Institut nous entraîne dans un monde totalitaire… qui ressemble étrangement au nôtre. Le nouveau chef-d’œuvre de Stephen King.

Ce que j’ai ressenti:

Bonjour. Vous m’entendez?

Je veille sur une bande de gamins, dans mes nuits. Pas n’importe lesquels de gamins, non. Une bande de gamins aux pouvoirs psychiques. Vous savez bien de quoi je parle si vous avez déjà lu du King. Il en a fait une spécialité depuis des années maintenant, et là, il nous revient en force, et peut être plus ancré encore dans la réalité que dans le fantastique, avec un Institut vraiment pas commun, et qui risque de bousculer sérieusement l’ordre du monde…Stephen King nous raconte, entre rétro et avant-garde, un enfer sans nom, où les enfants sont prisonniers dans un Avant-Arrière effroyable!

Holà? Me escuchas?

J’attends de recevoir leur appel.Je suis prête et déterminée à répondre à leur appel, parce que vous savez comme il est bon d’avoir des amis…Comme des personnages des fois, dépassent le cadre de la fiction, et comme on s’attache à eux. J’attends près du gros Téléfone. J’attends, j’attends, je me concentre pour le prochain synchronisme…Mais en attendant, j’essaye de vous transmettre mes tendres pensées et j’espère que vous serez près de vos téléphones pour entendre cet appel au ralliement: la puissance de la lecture. Parce que tout seul, on n’est rien, et encore une fois, ce livre là, et bien il nous le démontre avec cette histoire d’amitié et d’entraide! Avec ce qu’il faut d’horreur et de perspicacité, avec cette pointe de nostalgie et de mystère, avec ce talent inouï, forcément que l’appel du King a été pour moi une évidence…600 pages de pure évasion…

Ciao! Mi senti? MI SENTI?

Je ne sais pas si vous allez m’entendre, parce que j’ai plein de lumières dans les yeux, une migraine affreuse, des piqûres partout, encore un peu d’eau dans les poumons, et certainement, enfermée comme ça, sans même une fenêtre pour laisser échapper un appel à l’aide, je doute que vous entendrez quelque chose…Mais je décide de ne pas me lamenter sur mon sort malgré les douleurs…Certes, je n’ai pas l’intelligence de Luke ou le super pouvoir de L’avorton, mais je peux enfiler le Manteau de Griffin, et laisser comme une bouteille à la mer, un dernier message désespéré sur la toile, pour combattre avec eux dans la bataille de l’esprit… « LISEZ ce livre! ».

Hoor je me? Hoor je me? Vous m’entendez? Allô, vous m’entendez? Lisez L’Institut! Vous m’entendez? Lisez L’institut! Allô?!

Ma note Plaisir de Lecture 9/10

Nos cheveux blanchiront avec nos yeux, Thomas Vinau.

Synopsis:

Le voyage géographique et intime d’un jeune homme.
Walther quitte la femme qu’il aime pour aller vagabonder du nord au sud, des Flandres laiteuses jusqu’à l’Espagne éclatante. Un voyage qui finira par le ramener presque par hasard à l’essentiel, vers celle qui a su le laisser partir et attendre leur enfant. Composé d’instantanés d’une grande délicatesse, ce roman est conçu en deux parties: les jours d’errance puis la vie à demeure, les lointains dépaysants et l’art des petits riens.

Ce que j’ai ressenti:

Je voudrai t’écrire une lettre, Walther, parce que des fois, il n’y a que cela qui peut répondre à des mots qui font écho. Je regarde le ciel d’avril, et j’écris à bulle d’air, presque à ras de terre, en fait…Je te cherche Walther, dans tes dehors et puis, t’es dedans. Dans un train, une chambre ou entre deux bleus, près une baignoire, à te perdre dans des dehors éloignés, courant vers un Sud idéalisé… Je devine les grandes bourrasques, mais je ne sors pas de ma chambre, juste je t’écris et je te lis. J’observe comme toi toutes les nuances du ciel. Et si l’on regarde bien, il n’est pas si bleu. Il prend toutes les couleurs du printemps, et il déborde d’heures enfuies. C’est drôle, Walther, parce qu’on a le même avril, la même envie de partir, mais sans doute pas pour les mêmes raisons…

C’est dans tes observations perspicaces qu’on sait que tu es en mouvement Walther, mais c’est dans cette sorte de journal intime, entre cahier de poésie et carnet de voyage, qu’on peut lire tes plus belles envolées. Ni dehors ni dedans tu n’es bien, mais dans dedans sans dehors, on est rien. Il nous faut trouver du sens à nos riens qui sont tout, alors tu enfiles comme des perles, ces petits riens insignifiants pour qu’ils deviennent poésie pour que certains se perdent dedans…Je m’y suis perdue sans retenue, bousculant mon en-dedans…Mais qu’est-ce que je peux bien en faire moi, de tout ça?

On sent peut être le âpre et le doux, on sent surtout Walther, que tu es un homme dépassé par la grandeur du miracle de la vie. Trop conscient, que c’est dans cette vie qu’on est au plus près de la mort…Mais Walther, j’ose à peine balbutier, que dans mon en-dedans, je moissonne l’idée de poèmes, d’histoires et de mon prochain enfant…Et je développe une envie folle de lire tous les livres de Thomas Vinau, mais celui-ci, je vais le garder tout au fond de mon cœur…

Au revoir Walther, rendez-vous dans un autre ailleurs, ou le ciel sera débarrassé de ces cendres…

Ma Note Plaisir de Lecture 9/10.

De Pierre et d’Os, Bérengère Cournut.

Couverture De pierre et d'os

Synopsis:

Dans ce monde des confins, une nuit, une fracture de la banquise sépare une jeune femme inuit de sa famille. Uqsuralik se voit livrée à elle-même, plongée dans la pénombre et le froid polaire. Elle n’a d’autre solution pour survivre que d’avancer, trouver un refuge. Commence ainsi pour elle, dans des conditions extrêmes, le chemin d’une quête qui, au-delà des vastitudes de l’espace arctique, va lui révéler son monde intérieur.
Deux ans après son roman Née contente à Oraibi, qui nous faisait découvrir la culture des indiens hopis, Bérengère Cournut poursuit sa recherche d’une vision alternative du monde avec un roman qui nous amène cette fois-ci dans le monde inuit. Empreint à la fois de douceur, d’écologie et de spiritualité, De pierre et d’os nous plonge dans le destin solaire d’une jeune femme eskimo.
Édition augmentée d’un cahier de photographies.

Ce que j’ai ressenti:

🤍De blanc et de froid…

Le peuple Inuit est un peuple nomade fascinant. Bérengère Cournut nous emmène à leur rencontre par le biais d’une fiction sublime. Nous nous retrouvons sur la banquise, transis de froid, à vivre à l’heure des jours et des nuits sans fin, avec parfois au ventre, des douleurs terribles. La neige à perte de vue, mais dans leurs yeux, des tas de couleurs perdues ou retrouvées dans des failles. Des tas d’émotions laissés dans la blancheur du paysage. En suivant les pas d’une ourse/hermine, la courageuse Uqsuralik, nous apprenons les beautés et tous les dangers de ces terres gelées…À chercher désespérément la nourriture, l’amour, le pardon, des vérités, un petit espace où s’abriter…Une aventure grandeur Nature, entendrez-vous aussi la mélancolie envoûtante du chant De pierre et d’os?

Même si en cette saison la mort n’est jamais très loin, il est bon d’être ensemble et de rire au creux de la nuit. Nous savons qu’il a été des temps plus difficiles que ceux que nous vivons.

❤️De sang et de légendes…

C’est une lecture magnifique, lente et empreinte de magie. C’est aussi une lecture emplie de violence impitoyable. Chaque pas est un pas qui peut faire chuter, un pas qui pourrait emporter soit vers le ciel, soit sous la mer. Et les esprits auraient tôt fait de prendre aussi tous ces égarés…C’est une survie quotidienne dans ce décor, même si la cohésion de groupe est primordiale. Mais dans ce climat de danger permanent, il y a aussi la poésie qui traîne dans les recoins de la banquise, autour des feux de camps, dans la tête et le corps des Inuits, dans la faune et la flore qui se devine, dans les histoires qu’ils se transmettent de génération en génération, dans les traditions de leurs gestes…Un lien puissant pour garder l’union. J’ai été touchée par cette poésie qui émane de cet endroit, Bérengère Cournut arrive à nous transporter jusque là entre songes et réalités bouleversantes, par un travail de recherche que l’on sent minutieux et un vrai contact avec ce peuple.

Nous devons maintenant inventer la nuit qui vient.

💗De force et de féminité…

Uqsuralik, c’est une jeune femme qui va au-delà des limites de son corps et de son esprit. Au-delà des conventions et des lieux communs. C’est une femme qui apprend à se connaître, à survivre seule face à ce climat extrême, à se confronter aux autres. Elle est ourse et hermine, donne la vie à un être ailé, fréquente les esprits, danse avec les siens et apprends chaque jour à respirer au rythme de la nature. C’est ce parcours initiatique enrichissant,violent et énigmatique qui nous tient en haleine pendant ces deux cents pages. Et c’est magnifique, plein de sagesse et d’émerveillements! Je recommande chaudement si vous avez envie d’évasion, cette escapade est captivante!

Tu es déjà quelqu’un d’étrange, à mi-chemin entre l’homme et la femme, l’orpheline et le chasseur, l’ours et l’hermine. …Qui sait ce que tu peux encore devenir?

Ma note Plaisir de Lecture 9/10.

Gomorra, Roberto Saviano

Synopsis:

Gomorra explore Naples et la Campanie dominées par la criminalité organisée, sur fond de guerres entre clans rivaux et de trafics en tout genre : contrefaçon, armes, drogue et déchets toxiques. C’est ainsi que le Système, comme le désignent ses affiliés, accroît ses profits, conforte sa toute-puissance et se pose en avant-garde criminelle de l’économie mondialisée. Mais c’est aussi l’histoire intime de Roberto Saviano, qui est né sur ces terres et a choisi l’écriture pour mener son combat contre la camorra.

Ce que j’ai ressenti:

Gomorra, c’est une odeur persistante. Une humeur saisissante, du papier brûlant, des chiffres vertigineux, de la poésie phénoménale, une « pièce » sanglante, une action foudroyante, un cœur en souffrance, un abime sans fond…Une fulgurance en somme. Un moment unique et douloureux de lecture aussi. Difficile de vous raconter toutes les émotions qui m’ont traversées en lisant Gomorra…Seul le ciel et le silence pourrait comprendre les prières que j’envoie pour la Campanie…

Le mot camorra n’existe pas, c’est un mot de flics, utilisé par les magistrats, les journalistes et les scénaristes.

Je pourrai vous dire qu’il y beaucoup de beaucoup, et beaucoup de trop même…C’est peut être le destin de trop d’enfants perdus qui m’a fait le plus mal en vrai. Ces enfants qui n’ont d’autres choix que la Camorra. Pas d’autres horizons, pas d’autres rêves, juste une illusion éphémère de pouvoir…Gomorra, c’est trop de drogues, de sang et de balles. Trop de stratégies, de drames et de crimes. Trop de secrets, de disparitions et de pleurs. Trop de familles exposées et explosées par ce phénomène économique et social. Gomorra, c’est une enquête minutieuse d’un journaliste passionné, mais c’est aussi la puissance du sentiment d’un écrivain ravagé par le mal qui détruit son pays, et c’est dans ce mélange de genre qui fait que ce livre est tellement bouleversant.

Le fait est qu’ici la seule chose qu’on apprend, c’est à mourir.

Naples la Superbe, cache en son sein un empire de violence qu’on ne soupçonne pas. Roberto Saviano a laissé dans ses pages, des vérités stupéfiantes, des dénonciations ahurissantes, de l’encre enflammée pour nous faire comprendre la puissance de la mafia. Mais surtout, il y a laissé, au nom d’un idéal qu’il croit plus grand, sa propre liberté…Il est obligé de vivre aujourd’hui sous protection policière depuis la parution de Gomorra. Depuis quatorze ans, sa vie n’est plus la même…C’est ce courage qui l’anime et sa résistance au Système, qui rend ce sacrifice admirable et éblouissant.

Ici on n’a pas peur que le ciel nous tombe sur la tête. Ici on s’enfonce. On plonge. Car il y a toujours un abîme au fond de l’abîme.

Ma note Plaisir de Lecture 9/10

Vagabond, Franck Bouysse.

Vagabond par Bouysse

Synopsis:

L’homme est traqué.
L’homme joue du blues chaque soir dans un obscur bar de la rue des Martyrs à Limoges.
Lorsqu’il dérive vers son hôtel, au milieu de la nuit, il lui arrive de dialoguer avec des clochards et autres esprits égarés.
Il lui arrive de s’effondrer sur les pavés des ruelles antiques et de s’endormir, ivre ou épuisé.
Il lui arrive aussi de ne jouer sur scène que pour une femme qu’il semble être le seul à voir.
Mais l’homme est traqué
Pas par un tueur. Ni par un flic. Quelque chose comme des ombres.

Ce que j’ai ressenti:

Le temps est au confinement. Il est à l’introspection. Mais surtout le temps est ouvert aux poètes. Et en ces temps, la poésie noire de Franck Bouysse m’est indispensable. Dans ce presque-silence, j’ai voulu ses mots et vagabonder sur quelques notes de musique…

J’ai voulu juste rester là, au milieu du carnage de ce vide, à attendre les mensonges de la nuit, et regarder sombrer un artiste dans ses pires passions…Vagabond, c’est les errances d’un homme, ni mauvais ni bon, même pas ange ni démon, juste un homme dans ses contradictions. Un homme amoureux, peut-être. Un homme malheureux plus vraisemblablement. Hanté de blues, déchu d’un amour trop puissant, accroché à sa guitare comme un forcené, victime d’une forme fantôme divine, il dégringole dans les ténèbres entre souvenirs douloureux et chagrins insurmontables…Il joue, il improvise, il invente…La musique, bouée indispensable, dans ses dérives…

Je pense au printemps et aux hommes qui se déracinent. Je pense au temps que les hommes déciment. Je pense à la mort entêtante. Je pense à la poésie, à la beauté d’un choix de mots, à la force qui vient te perforer, là où tu n’avais pas conscience, encore hier…Le temps que les hommes tue, les hommes qui se tuent dans le temps…Ce beau temps où les hommes écrivent, des chansons ou des romans, qui parleront de ces sombres temps-tourments.

Je pense à ses drames qui courent les rues. Aux minutes gagnées dans la création, aux heures perdues qu’il faut aussi compter, pour faire une œuvre aussi puissante. En près de 100 pages. Je pense au dépassement physique et mental qu’il faut pour trouver l’équilibre. Je pense à cet artiste maudit qui joue Rue des Martyrs. Je pense que des fois, un seul mot suffit. Merci.

Merci Franck Bouysse pour ce temps précieux que vous nous donnez à lire. J’adore chaque minute de ce temps passé avec vos romans. Un coup de cœur.

Ma note Plaisir de Lecture 10/10

Dérive des âmes et des continents, Shubhangi Swarup.

Synopsis:

Magistral premier roman indien où le paysage, la terre, la mer, les montagnes et les personnages principaux (deux jeunes mariés, un yéti mélancolique, un géologue, une tortue…) semblent inventer un genre en soi : la fiction de la nature. Un roman tellurique, où les histoires semblent surgir organiquement le long d’une ligne de faille qui fait trembler la terre et tout ce qu’elle contient de l’océan Indien à l’Himalaya. Peut-être le premier roman où la nature s’exprime directement. Deux jeunes mariés s’installent dans une ancienne demeure coloniale, sur les îles Andaman, et tentent de s’apprivoiser. Ils savent qu’ils se sont déjà aimés dans d’autres vies. Girija Prasad est un scientifique fasciné par les volcans lilliputiens et les phénomènes naturels de l’archipel. Chanda Devi est un peu sorcière ; elle sait amadouer les éléphants en colère, prévoir les tremblements de terre et parler aux fantômes qui peuplent les îles (soldats japonais, lord anglais, mangeurs d’escargots, une chèvre bêlante). Plusieurs personnages plus loin (un jeune révolutionnaire, un trafiquant désabusé, un yéti mélancolique, une tortue, une strip-teaseuse…), on retrouve leur descendant le long de la ligne de faille sismique : un géologue chargé de s’assurer que le prochain sommet himalayen, prévu pour être plus haut que l’Everest, surgira bien dans le cadre des frontières de l’Inde, pour encourager le tourisme. Premier roman au souffle incroyable, Dérive des âmes et des continents surprend par sa puissance narrative, à la hauteur des tsunamis qu’il contient.

Ce que j’ai ressenti:

▪️Se rattacher aux âmes…

Un roman polyphonique ambitieux, poétique et onirique qui m’aura littéralement enchantée. Même s’il m’a fallu dériver aussi pour saisir toutes les nuances et les intentions de l’auteure, je me suis rattachée au pouvoir des mots. Et c’était magnifique. Certains passages m’ont bouleversée, d’autres moins, je dois l’avouer, parce que justement cette lecture possède plusieurs voix et que certaines vibrent plus que d’autres en nous. Il y a des âmes qui restent, des fantômes qui parlent et des poètes qui laissent des mots résistances. Plusieurs voix se succèdent, se répondent parfois, s’ignorent aussi, se retrouvent et se perdent. Elles dérivent…Il nous faut les entendre parce que chacune parle d’une souffrance particulière que ce soit le deuil, l’abandon, l’exil, la violence conjugale, la peur ou la folie. Alors on se rattache à leurs mots pour comprendre leurs histoires…

La vie est plus que la somme de ses souffles et de ses tremblements.

▪️Se rattacher aux continents…

Il y a des lignes de failles, des creux qu’on caressent et des fissures qu’on explorent. Il y a des temps de solitude, de contemplation et d’abandon. L’autre voix puissante qui nous parle c’est la nature elle-même, elle incarne ce roman. Les paysages se succèdent, la mer laisse la place à la neige, les îles sont continents, les fissures descendent jusqu’au cœur du monde…Les perroquets sont îles, les scolopendres mordent, et les chèvres parlent et pendant ce temps, les plantes communiquent avec les esprits ouverts et sensibles. Ce livre, c’est la communion avec les vivants, faune et flore, et les rêves des tendres fous. C’est une lecture évasion puissante. J’en reviens forcément éblouie et plus attentive encore à la beauté qui nous entoure.

Mettez tous les ingrédients de vos rêves dans cette bouteille et secouez vigoureusement.

▪️Et se fondre dans les fissures…

C’est un premier roman, et c’est une merveille. J’ai adoré la force évocatrice de la poésie qui fait vibrer ce roman. Dans les pulsions, on ressent une émotion. Dans les failles, on apprend les enseignements du vide. J’aurai du mal à décrire tous les sentiments qui me sont venus, je préfère en laisser dériver avec les âmes et les continents. J’aurai voulu vous dire que c’est un coup de cœur. Mais en fait, ce n’est pas ça, c’est des milliers de micro-fissures qui me restent, et j’imagine que dans une prochaine lecture, quand j’aurai plus de sagesse peut-être, il me viendra ce raz-de-marée qui saura tout emporter…

-Vous n’êtes ni un gazhal, ni un poème, ni une chanson, l’entendit-elle dire. Vous n’en êtes pas non plus la muse. Je vous connais. Vous êtes une poétesse.

Ma note Plaisir de Lecture 9/10

Remerciements:

Je tiens à remercier très chaleureusement les éditions Metailie de leur confiance et l’envoi de ce livre.

La Voix des Vagues, Jackie Copleton.

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Synopsis:

Lorsque par un froid matin d’hiver, un homme défiguré frappe à la porte d’Amaterasu Takahashi et lui annonce qu’il est son petit-fils, elle ne peut le croire…Tout le passé de la vieille dame pénètre à sa suite. Celui d’avant l’Amérique. Celui d’avant ce 9 août 1945, à Nagasaki où le feu du ciel lui prit sa fille, son petit-fils – cherchés sans répit dans le ruines, et jamais retrouvés.Quarante ans plus tard, l’inconnu au visage brûlé ravive les plaies qu’elle a tant voulu oublier. La culpabilité. Le mensonge. Les secrets. Qu’a-t-il à lui dire ? Qu’a-t-elle encore à lui offrir ?

Ce que j’ai ressenti:

À tous ceux qui liront cette lettre,

Tout d’abord, je dois vous dire que ce livre est une merveille. Un raz-de-marée aussi. Une découverte troublante et une beauté d’ailleurs. C’est l’histoire d’une famille brisée par un drame pulvérisant. Le monde a changé radicalement après « ça ». Jackie Copleton nous donne une vague de douceur en nous contant cette tragédie avec la puissance poétique de cette fiction.

Pikadon, c’est le terme qu’ils emploient pour parler de cette journée. Le jour où le cœur du Japon a explosé. Peu de mots permettent de décrire l’horreur de Nagasaki. Comment mettre des termes pour décrire une telle destruction? Tout ce qui n’a pas été anéanti, réduit en cendres, a fini en miettes. Les édifices, la nature, les peaux. La vie de milliers de gens en bing-bang.

Alors je vous dirai avec humilité, que le chagrin de ces survivants a quelque chose d’admirable. Il est fait de vœux, de donations, d’entraide et de résilience. Une inspiration en somme. Leurs arts comme leurs bontés sont des modèles à suivre…J’ai tellement aimé les définitions en japonais qui ouvrent les débuts de chapitres. C’est une invitation à mieux apprendre cette culture, et je lui trouve une musicalité exquise pour faire résonner la voix de ses vagues de mélancolie et d’amour.

Finalement, en écrivant cette lettre, je me rend compte que j’ai passé un doux moment, même si accompagné de beaucoup de tristesse, avec Amaterasu et sa famille. J’ai lu leurs mots, leurs confidences, leurs secrets inavoués, leurs doutes et leurs rêves…J’ai partagé un parapluie avec eux, le temps de 400 pages. Un rapprochement réconfortant au plus près de leurs intimités. Et même, si ce peuple est doté d’une grande pudeur, j’ai apprécié la force de leurs sentiments. L’amour est au centre de leurs vies. Même maladroit, même dissimulé, même monstrueux, il se lit comme une évidence au fond de leurs cœurs.

Je ne saurai que trop vous conseiller de découvrir à votre tour, cette perle littéraire…Féériquement vôtre, en toute sincérité,

Stelphique.

Remerciements:

Je tiens à remercier chaleureusement Emmanuelle ainsi que les éditions Pocket de leur confiance et l’envoi de ce livre.

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Le nouveau western, Marc Fernandez.

Le nouveau western par Fernandez

Synopsis:

Rodrigo Díaz de Vivar, plus connu sous le nom du Cid, n’est pas que le héros d’une pièce de théâtre. Ce fut un chevalier. Un vrai. Banni par le roi Alphonse VI, il a traversé l’Espagne au XIe siècle. Il a gagné des batailles. Contre les Musulmans, et avec eux. Un mercenaire avant l’heure. Un combattant légendaire. Si le Cid voyageait à cheval, c’est sur son VTT – baptisé Tornado – que Marc Fernandez suit sa route de Burgos, ville natale du chevalier, jusqu’à Valence, où il mourut en 1099. Une épreuve et un défi pour l’auteur, à la découverte d’une partie méconnue de l’Espagne, médiévale, immensément vide. 900 kilomètres à vélo, 11 302 mètres de dénivelé positif dans un décor de western, pour retracer la vie extraordinaire d’une figure mythique digne d’un personnage de polar.

Ce que j’ai ressenti:

En avant, Tornado!

En ce moment, on ne va pas se mentir, toute aventure est bonne à prendre! Même virtuelle, même imaginaire, l’aventure a toujours ce pouvoir attractif. Une virée en vélo à travers l’Espagne sur les traces du Cid, je vous l’avoue ça me tente bien, là tout de suite! Mais bon, je dois me contenter, pour le moment, de pédaler sur mon vélo d’appartement et suivre la folle expédition de Marc Fernandez en lecture! Et quelle virée! On sent qu’il a adoré ce défi, même si ça ne c’est pas fait sans douleurs…900 kilomètres et un timing plutôt serré, c’est un parcours osé que l’auteur s’impose pour revivre un peu de la vie de ce grand héros qu’est Le Cid. Entre carnet de voyage personnel et revisite des œuvres littéraires autour de ce grand chevalier, on explore avec Marc Fernandez, la beauté des terres espagnoles, en 14 étapes. C’était intéressant, surtout que j’ignorais presque tout de ce combattant légendaire, donc cette virée à vélo, m’a apporté un espace d’évasion et encore plus de curiosité par rapport à ce héros qui en a inspiré plus d’un!

Nous repartons nous aussi et roulons quelques kilomètres dans un paysage qui nous renvoie mille ans en arrière.

Démarches aventurières.

Depuis quelques mois, j’ai plaisir à découvrir les parutions de la maison d’éditions Paulsen. Elles me permettent de voyager en lecture, en Corée ou en Amérique du Nord, et maintenant en Espagne avec celui-ci. À travers leurs écrits, les auteurs nous entraînent dans des défis complètement fous, et j’adore les suivre! Ce qui rend leurs voyages encore plus beaux, c’est leurs ouvertures d’esprits et leurs bienveillances. En ces temps compliqués, ces lectures sont de belles fenêtres ouvertes sur le monde et ses richesses, une manière différente de vivre par les Hommes, pour un temps…Je compte bien ne pas m’arrêter en si bon chemin, et j’ai hâte de pouvoir lire d’autres aventures Paulsen.

Une sensation de bien-être, que j’ai rarement ressenti, m’envahit. Ce voyage en vélo me procure un sentiment de liberté. Si le Cid chevauchait vers son rêve, nous faisons de même. Presque mille ans nous séparent, mais comment ne pas se sentir bien devant le spectacle que nous offre ce parc naturel de toute beauté?

En bref, il me reste de cette aventure, la poésie de Emmanuel de Saint-Albin, une envie de rencontre avec le Cid, quelques courbatures et des images de paysages que je ne verrai sans doute pas dans l’immédiat…Il me reste une bouffée d’air frais avec Le Nouveau Western. Et puis, cette soif d’aventures et de liberté…Merci Marc Fernandez d’avoir fait la route pour nous…

Ma note Plaisir de Lecture 8/10

Remerciements:

Je tiens à remercier Muriel ainsi que les éditions Paulsen pour leur confiance et l’envoi de ce livre.

Editions Paulsen

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En Féérie, il brille quelques poussières…

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