Ténèbre, Paul Kawczak.

Synopsis:

Un matin de septembre 1890, un géomètre belge, mandaté par son Roi pour démanteler l’Afrique, quitte Léopoldville vers le Nord. Avec l’autorité des étoiles et quelques instruments savants, Pierre Claes a pour mission de matérialiser, à même les terres sauvages, le tracé exact de ce que l’Europe nomme alors le « progrès ». À bord du Fleur de Bruges, glissant sur le fleuve Congo, l’accompagnent des travailleurs bantous et Xi Xiao, un maître tatoueur chinois, bourreau spécialisé dans l’art de la découpe humaine. Celui-ci décèle l’avenir en toute chose : Xi Xiao sait quelle œuvre d’abomination est la colonisation, et il sait qu’il aimera le géomètre d’amour. Ténèbre est l’histoire d’une mutilation. Kawczak présente un incroyable roman d’aventure traversé d’érotisme, un opéra de désir et de douleur tout empreint de réalisme magique, qui du Nord de l’Europe au cœur de l’Afrique coule comme une larme de sang sur la face de l’Histoire.

Ce que j’ai ressenti:

Quand et où arrêter cette errance d’art et de sang?

Les pieds dans la boue, les étoiles et le sang, je m’aperçois que tu me découpes, et je t’ai aimé, encore et encore, jusqu’à sortir hors du temps, hors de moi, hors de cette barbarie…J’aurai peut-être dû, moins t’en laisser, du cœur de moi…Parce que, vois-tu, Ténèbre, tu as tatoué des lignes et des mots sur ma chair qui font trop mal, de la poésie qui te balafre en dedans, de l’amour qui t’explose la cage thoracique, de la souffrance qui t’anime un effort de conscience, pour que rien ne soit jamais plus pareil…Ténèbre, tu es une fulgurance. Ma fulgurance. J’aimerai te relire et retrouver à chaque fois, l’étonnement et la fascination, que j’ai eu à te découvrir. Retrouver le plaisir presque charnel de tourner chaque page et d’être toujours aussi époustouflée par cette prouesse littéraire. Je te promets de retrouver les vertiges du désir, les délires de la fièvre, le pouvoir de l’évasion. Je ne craindrai pas le noir des jungles, la malaria ou la cruauté. Je revivrai chaque souffrance, chaque horreur avec le même œil. Je ne me lasserai pas d’essayer de comprendre comment les hommes peuvent en arriver à dépecer un pays, détruire leurs semblables, se perdre dans les affres du racisme, s’abandonner à une violence aussi extrême. C’était un carnage, cette colonisation. La terre du Congo en porte encore les traces. La Haine s’en rappelle encore. Les âmes perdues n’oublieront jamais…Et j’ai regardé ce morceau d’Histoire avec empathie pour toutes ces victimes… J’aurai du regarder moins fort, sans doute. Parce qu’il semble que la Ténèbre gagne mes yeux, ma tête et mon sang. Je voudrais que Xi Xiao me tatoue aussi, des galaxies, pour quitter la réalité abominable de la mutilation de l’Afrique. M’ouvrir aux étoiles comme Pierre Claes, pour supporter cette douleur. Tu vois, je n’ai pas peur de toi Ténèbre, je m’y abandonne, parce que toi, tu as tout donné sans fard, sans filtre et millions de litres de sangs versés. Derrière la boue, les étoiles et le sang, j’ai vu la Beauté. C’était tellement exaltant cette originalité, cette ivresse de sensoriel, cette extase de sensualité, cette transe hallucinatoire. J’aimerai ne pas te cacher, que j’y ai trouvé une parcelle de sublime. Avant que tout ne soit bientôt terminé, avant le silence. Laisse-moi te dire, tu me découpes peut-être, mais je vais toujours t’aimer Ténèbre. Jusqu’au bout. Je vais m’endormir alors, un peu plus morte. Un peu plus démantelée…Je retourne à la nuit….« Adieu mon amour ». J’ai eu un coup de cœur triomphant, souverain.

« Tu me découpes et je t’ai toujours aimé. »

Ma note Plaisir de Lecture 10/10

6 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. Collectif Polar : chronique de nuit
    Oct 24, 2020 @ 01:40:17

    Ténèbre, Paul Kawczak a été pour moi une putain de découverte, merci d’en parler si bien !

    Réponse

  2. Yuyine
    Août 29, 2020 @ 08:55:48

    Hop dans la wish-list. Impossible de résister à cette fulgurance qui t’as traversé.

    Réponse

  3. Les Mots de Mahault
    Août 19, 2020 @ 17:02:45

    Waouh, ça c’est un coup de cœur.
    C’est en tout cas une très belle chronique, qui me convint un peu plus de me plonger dans ce livre.

    Réponse

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