Rhapsodie des oubliés, Sofia Aouine.


Synopsis:

« Ma rue raconte l’histoire du monde avec une odeur de poubelles. Elle s’appelle rue Léon, un nom de bon Français avec que des métèques et des visages bruns dedans ».
Abad, treize ans, vit dans le quartier de Barbès, la Goutte d’Or, Paris XVIIIe. C’est l’âge des possibles : la sève coule, le coeur est plein de ronces, l’amour et le sexe torturent la tête. Pour arracher ses désirs au destin, Abad devra briser les règles. A la manière d’un Antoine Doinel, qui veut réaliser ses 400 coups à lui.
Rhapsodie des oubliés raconte sans concession le quotidien d’un quartier et l’odyssée de ses habitants. Derrière les clichés, le crack, les putes, la violence, le désir de vie, l’amour et l’enfance ne sont jamais loin.
Dans une langue explosive, influencée par le roman noir, la littérature naturaliste, le hip-hop et la soul music, Sofia Aouine nous livre un premier roman éblouissant.


Ce que j’ai ressenti:

Sur le boulevard des rêves brisés…

Il y a Paris, mais pas l’amour. Il y a le bitume, mais pas l’amour. Il y a la rue, mais pas l’amour. Il y a le quartier, mais pas l’amour.

L’amour, c’est pour les autres…Ici, tu es dans la rue Léon. L’amour, il n’y en a pas. Des « Je t’aime », il n’y en a pas.

Sur le boulevard des rêves brisés, il y a tout de même un jeune immigré de 13 ans, Abad, qui le cherche désespérément l’amour. Avec toute l’innocence de la jeunesse, avec toute l’ardeur de son âge charnière, avec toute la désespérance de sa situation, il le cherche vraiment l’amour. Mais dans la rue Léon, dans le quartier de Barbès, il n’y en a pas tant que ça de l’amour. Ça ne court pas les rues, l’amour…En tout cas, pas celle là…

Sur le boulevard des rêves brisés, ça serait plutôt la prostitution, l’intolérance, le fanatisme, la mort et la violence qui courent… Mais Abad cherche derrière cette odeur de misère, le trésor. Il n’a peut être pas les mots, pas toujours le bon comportement, et sans doute trop d’espérance dans ce mot. Il nous partage tout, sans filtre et sans concession, avec humour et incrédulité, la rhapsodie de sa rue. Il a une touchante maladresse, Abad, une obsession hormonale envahissante, et malgré tout, il a aussi quelques personnes qui vont lui donner des miettes d’affection. Heureusement.

Ce n’est donc pas facile de le trouver cet amour. Putain d’amour! Mais il est où, sérieux?! Dans les yeux de Ethel? Dans le corps de Gervaise? N’existe-t-il que dans les livres et les chansons?!

C’est vrai que j’ai juré. C’est qu’on l’attrape vite le virus de la rue et puis, ça m’énerve aussi. Mais qu’on lui donne à ce gamin! Qu’on lui tende un peu la main, qu’on ouvre un peu les fenêtres, qu’on déblaye la rue avec cette odeur de poubelle! Surtout que l’amour, ça n’attend pas, ça se barre vite fait! Comment tu veux le voir en plus, avec toute cette crasse?! La Goutte d’Or, je t’en foutrais moi, de l’or! C’est tout gris dans cette rue Léon. Il y a des revenants et le bordel, des Batman et l’enfer, des cassos et la pauvreté, des fantômes et le bitume, des seins nus et des chats qui puent, des valises et des malheurs, une Marguerite et des âmes divisées… Mais pas d’or. Et pas d’amour. Non, toujours pas. Il est où, l’amour, putain?! Pardon, j’ai juré. Encore.

Alors, Paris, tu vas le laisser sur le bitume aussi celui-là de gamin? Tu ne vas rien faire pour lui, même s’il a un stylo à la main et des rêves d’avenir trop grands? Hein, dis?! S’il te plaît, n’en fais pas un oublié de plus. Abad, il s’est ouvert en dedans, pour laisser toute la place à l’amour, laisse-le encore monter sur les toits, voir ta beauté, Paris. Laisse-le nous ce gamin, laisse grandir ce personnage attachant de Sofia Aouine…Laisse-le trouver l’amour. Dis lui, aussi que ce n’est pas que pour les autres, l’amour, et que le boulevard des rêves brisés va bientôt disparaître…

-(♫La nuit, je mens…♫, je m’en lave les mains)-

Pourquoi je t’entends chanter, Paris? Et puis, c’est quoi que tu chantes,là?! Hein dis?!!

-(♫La nuit, je mens…♫, je m’en lave les mains)-

 

Je ne t’oublierai pas, moi, Abad.

13 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. belette2911
    Sep 25, 2019 @ 19:01:12

    Ah, voilà, en passant par la porte arrière, WP ne me l’a plus interdit, l’enculé ! Oups, pardon.

    Mais oui, qu’on lui donne de l’amour, à ce gamin qui en demande. Belle chronique ma louloutte ! ❤

    Réponse

  2. La culture dans tous ses états
    Sep 24, 2019 @ 21:19:28

    Pareil ! « La nuit je mens » de Bashung c’est une chanson que je pourrais écouter en boucle, une merveille et ce texte ! 😉

    Réponse

  3. La culture dans tous ses états
    Sep 24, 2019 @ 20:03:37

    Alors là je note ce livre de Sofia Aouine et ce titre sublime « Rhapsodie des oubliés ». Un titre comme celui là moi ça m’évoque pleins de choses. Je songe à « Grand frère » de Mahir Guven, (Goncourt du premier roman 2018), j’avais adoré ce livre. Tu l’as lus peut-être ? J’ai lu ta chronique et moi tu m’as touché avec tes mots. La fin de ton texte avec les paroles de Bashung et ce « Je ne t’oublierai pas, moi, Abad ».. c’est si beau👌. Bravo pour ta chronique tout en sensibilité et merci ! 🙂

    Réponse

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